À deux mois des élections municipales, une large majorité de Français affirme qu’elle serait réticente à voter pour un candidat remettant en cause les politiques locales de transition écologique. Une enquête Ifop, publiée le 15 janvier et menée pour Réseau Action Climat et le Secours Catholique – Caritas France, met en évidence une attente forte de continuité des actions engagées, y compris dans les petites villes.

Alors qu’à quelques semaines des municipales, la transition écologique est toujours la grande absente des débats, observe-t-on un backlash écologique (« green backlash ») dans l’opinion publique, c’est-à-dire une montée de l’hostilité à l’égard des politiques de régulation environnementales menées pour accélérer la transition écologique et sociale à l’échelle locale ?
Au regard des résultats de cette enquête Ifop menée pour Réseau Action Climat et le Secours Catholique – Caritas France, force est de constater que les électeurs font plutôt entendre le message inverse : les candidats doivent poursuivre la transition écologique au plus près des Français, dans leurs communes !
Réalisé à la fois auprès d’un échantillon national représentatif de 1 004 Français et d’un échantillon inédit de 1 050 habitants des quartiers populaires (QPV1), ce sondage brise l’idée reçue selon laquelle les Français seraient désormais crispés sur les actions en faveur de l’environnement et de la transition écologique. A l’inverse de ce que l’on peut constater dans d’autres contrées, le soutien de l’opinion publique française à la transition écologique reste sans équivoque : les électeurs expriment une forte réticence à un éventuel retour en arrière sur les politiques déjà engagées, attendent des candidats qu’ils portent des mesures environnementales ambitieuses et soutiennent les mesures de transition déjà engagées, y compris dans les QPV.
Dans une campagne municipale que l’on annonce fortement polarisée par le thème sécuritaire2, ces résultats rappellent que la transition écologique et sociale ne s’efface pas de l’agenda : elle reste un horizon d’attente élevé, étroitement associé à la qualité de vie des habitants.
La perception du dérèglement climatique et des effets des pollutions d’origine humaine

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE N’EST PLUS ABSTRAIT : LA CONSTATATION DE SES EFFETS A l’ÉCHELLE LOCALE, MAIS AUSSI L’EXPOSITION A DIVERSES POLLUTIONS ALIMENTENT LES BESOINS DE RÉPONSES CONCRÈTES A L’ÉCHELLE MUNICIPALE
1 – Les effets du changement climatique sont déjà largement observés :58% des Français déclarent les avoir constatés ces dernières années, une proportion qui grimpe à 66% chez les habitants des QPV.

2 – Dans le détail, les manifestations citées sont très concrètes : 72% indiquent avoir constaté la baisse de l’enneigement, 72% la multiplication des épisodes extrêmes, 72% l’augmentation des vagues de chaleur et 71% la hausse des températures sur l’ensemble de l’année.

3 – Cette prise de conscience s’accompagne d’un diagnostic sévère sur le manque de préparation locale : 52% des Français estiment que leur commune est mal préparée aux impacts du changement climatique, avec un écart significatif dans les quartiers populaires (57 % contre 52 % en moyenne).
Les enjeux liés à la lutte contre le dérèglement climatique à l’échelle municipale

UN NET REJET DU DÉTRICOTAGE DES POLITIQUES ENGAGÉES A L’ÉCHELON MUNICIPAL : REVENIR SUR LES POLITIQUES DE TRANSITION ÉCOLOGIQUE DÉJÀ ENGAGÉES EXPOSE A UN RISQUE DE SANCTION ÉLECTORALE
4– Revenir sur les politiques de transition écologique déjà engagées expose à un risque de sanction : 63% des électeurs se disent gênés de voter pour un candidat remettant en cause les mesures de transition écologique déjà engagées dans leur commune.

5– L’idée d’une transition “de privilégiés” est démentie : cette gêne à l’idée de voter pour un candidat qui reviendrait en arrière est partagée par les deux tiers des habitants des quartiers populaires (64%) et jusqu’à 72 % dans les villes de 100 000 habitants et plus, c’est-à-dire où les politiques de transition menées ces dernières années ont été plus visibles et plus structurantes.
6– L’argument “resserrer les dépenses” au détriment de la transition convainc peu : 53% des Français estiment qu’il faut poursuivre la transition, quitte à augmenter les investissements municipaux.
L’enjeu de la transition écologique lors des élections municipales de 2026

LE POINT DE VUE DE CLARA SANNICOLO (RESEAU ACTION CLIMAT) :
Ce sondage doit agir comme un signal d’alarme pour les candidats : une majorité de Françaises et de Français, que leur intention de vote se porte à gauche ou à droite, se dit prête à sanctionner des candidats qui proposeraient des reculs sur la transition écologique juste dans leur commune, y compris dans les quartiers populaires. Ceux-ci ont donc tout intérêt à s’engager pour des politiques environnementales ambitieuses et intégrant les enjeux sociaux face à la réalité du changement climatique vécue au quotidien. Les politiques de transition écologique sont perçues comme le gage d’une meilleure qualité de vie dans la commune, d’un pouvoir d’achat renforcé, d’une santé préservée ou encore de création d’emplois locaux. Le retour en arrière sur les politiques de transition déjà engagées devient donc une ligne rouge !

LA TRANSITION DANS LE CONCRET : LES FRANÇAIS ONT BIEN COMPRIS QUE LES POLITIQUES DE TRANSITION ÉTAIENT PLUTÔT POSITIVES POUR LEUR PORTEFEUILLE, LEUR QUALITÉ DE VIE DANS LEUR COMMUNE ET LEUR SANTÉ

7 – Le soutien aux leviers d’action municipaux est très élevé : 89% approuvent la création d’espaces verts et la protection des zones naturelles et agricoles, 86% la préparation des bâtiments communaux aux effets du changement climatique, et 85 % pour développer l’offre de transports en commun accessibles à tous, le covoiturage et l’autopartage.
8– Plusieurs mesures sont aussi perçues comme bénéfiques pour les finances personnelles : 57% des Français attribuent un impact positif à la végétalisation des espaces publics, 56% à la limitation de la bétonisation et 55% au développement des transports en commun.
La perception de différentes actions dans le cadre de la transition écologique

DES FRANÇAIS QUI ONT SOIF DE JUSTICE SOCIALE. INTÉGRER DES MESURES SOCIALES EST NÉCESSAIRE ET DES MESURES ÉCOLOGIQUES EN FAVEUR DU SOCIAL

9 – 68 % des Français soutiennent la priorité donnée aux plus démunis dans les politiques locales de lutte contre les pollutions et le changement climatique. Ce soutien dépasse les clivages politiques.
10– Proposer à tarifs sociaux des repas plus sains et locaux dans les cantines scolaires fait presque l’unanimité, avec 87 % des personnes favorables.

LE POINT DE VUE DE DAPHNE CHAMARD-TEIRLINCK (SCCF) :
Les résultats de ce sondage sont sans ambiguïté : les Français, et plus encore les habitants des quartiers populaires, apportent un fort soutien aux leviers d’action municipaux pour la transition écologique et attendent des candidats aux municipales qu’ils s’engagent clairement en la matière. Ils savent que ces politiques répondent à des besoins très concrets – se loger, se déplacer, se nourrir, protéger sa santé – et qu’elles peuvent améliorer leur quotidien si elles sont justes et accessibles. L’attachement à la solidarité perdure, en plébiscitant largement la priorité à donner aux plus fragiles.

LE POINT DE VUE DE NICOLA GADDONI (IFOP) :
Ces résultats suggèrent que la transition écologique et sociale est en train de sortir du registre du “débat d’opinion” pour entrer dans celui des attentes de gestion municipale. Le niveau élevé de gêne face à un candidat qui reviendrait sur l’existant indique qu’une partie des politiques engagées est désormais perçue comme un acquis : la question centrale devient donc moins “faire ou ne pas faire” que tenir le cap, l’adapter aux réalités locales et en garantir une mise en œuvre équitable. L’adhésion observée dans les quartiers populaires confirme que la transition écologique et sociale est d’abord perçue comme un sujet de protection et de qualité de vie (canicules, logement, eau), ce qui renforce l’exigence d’action municipale. Pour les candidats, l’enjeu est clair : poursuivre, mais surtout répartir justement les efforts, en ciblant en priorité les publics et territoires les plus exposés.
Les résultats détaillés de l’enquête Ifop
- Les quartiers prioritaires de la politique de la ville sont des territoires d’intervention de l’État et des collectivités territoriales définis par la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014 dans l’objectif commun de réduire les écarts de développement entre les quartiers défavorisés et leurs unités urbaines. En France métropolitaine, ils ont été identifiés selon un critère unique, celui du revenu par habitant. L’identification des quartiers prioritaires a été réalisée à partir des données carroyées de l’Insee (source Revenus localisés sociaux et fiscaux pour la France métropolitaine). ↩︎
- Étude Ifop pour La Tribune Dimanche, réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 21 au 28 octobre 2025 auprès d’un échantillon de 2525 personnes résidant dans des villes de 5000 habitants et plus, extrait d’un échantillon de 4044 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. ↩︎


