Plan digues : doit-on aveuglément entretenir et pérenniser l’une des causes de la catastrophe ?

Le plan « digues » annoncé lundi par Nicolas Sarkozy, au lendemain de la tempête Xynthia qui a balayé la Vendée et la Charente-Maritime, se traduira par « des travaux et un plan de financement sur cinq ans », a affirmé mercredi Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie. Réaction de FNE.

Combiner repli stratégique et consolidation des défenses

L’enveloppe financière des travaux n’a pas encore été déterminée. Mais le coût de réfection des digues s’élèverait, selon Madame Jouanno, à « 1 million d’euros par kilomètre ». Sur 1350 km de digues, « un tiers pose problème » selon le Ministère. D’après Christian Garnier, vice-président de FNE « Si utile qu’il soit, ce plan ne masquera pas l’indispensable élaboration d’une stratégie d’adaptation du littoral au changement climatique. Forte de l’expérience des Pays Bas et de la Grande-Bretagne, il n’est pas normal que la France ne se soit pas déjà engagée dans une politique qui combine intelligemment repli stratégique et consolidation des défenses pour un coût acceptable. »

Les digues entretiennent un faux sentiment de sécurité

En protégeant des crues « ordinaires », les digues entretiennent un faux sentiment de sécurité. Elles participent à l’oubli qui nous frappe concernant les catastrophes s’étant produites il y a plus d’une génération.

Aucune digue ne sera assez haute pour garantir un risque zéro. « A l’image d‘une assurance, les digues doivent nous préserver des risques ordinaires, explique Benoit Hartmann, coordinateur du pôle aménagement durable du territoire à FNE, mais ne sauraient être dimensionnées de telle façon à nous protéger de tous les événements. Irait-on surélever à 15 m toutes les digues existantes et endiguer tout le littoral restant pour pouvoir faire face à un tsunami ? »

On ne pourra pas endiguer la France entière

Face à la remontée du niveau marin et à l’augmentation de l’exposition au risque de submersion deux attitudes devront être conduites conjointement : à la fois organiser la défense de certains espaces et activités qui seront jugés stratégiques (sans pour autant s’en remettre aux seules digues) et mettre en œuvre l’évacuation de certaines zones, engager le repli stratégique. On ne pourra ni ne voudra endiguer la France entière.

Un plan stratégique « adaptation du littoral aux changement climatique »

Une fois la stratégie élaborée de façon participative, il faudra sans doute détruire certaines digues et ouvrages de défense contre la mer. « Nous ne pourrons faire l’économie de l’anticipation de la remontée inéluctable de la mer en ayant conscience que nous ne domestiquerons jamais les événements extrêmes », conclut Sébastien Genest, président de FNE.

Lire aussi

Newsletter

spot_img

Sur Cdurable

Grande Consultation du Sport : un secteur sensible, vulnérable et en capacité d’action face aux défis climatiques et énergétiques

The Shift Project et Les Shifters publient les résultats de la Grande Consultation du Sport, menée auprès du secteur sportif amateur français. Plus de 10 000...

Réemploi des emballages cosmétiques : 15 entreprises dévoilent les résultats d’une expérimentation collective

Après deux ans de travaux et une expérimentation menée dans 45 points de vente en France, la Coalition ReCosm, réunissant 15 entreprises incontournables de...

Et si le principal responsable de l’extinction du vivant n’était pas le climat ou la déforestation mais les pesticides ?

Nous sommes nombreux à penser que les pesticides ne jouent qu'un rôle secondaire dans l’effondrement du vivant, puisqu’ils sont contrôlés par des organismes de...