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The Shift Project

Grande consultation nationale des maires et élus municipaux de France sur les enjeux climatiques et énergétiques de leur territoire

Les résultats, en amont des élections municipales de 2026

Le groupe de réflexion The Shift Project et l’association de bénévoles The Shifters ont lancé d’octobre à décembre 2025 « La Grande Consultation des Maires et des élus municipaux1», une enquête en ligne destinée à recueillir la voix de milliers d’élus sur les enjeux climatiques et énergétiques de leur territoire. L’étude, réalisée avec les bénévoles Shifters auprès de 3000 élus municipaux, dont 1000 maires, montre que l’engagement pour la transition énergétique et climatique est massif sur l’ensemble des territoires, ruraux comme urbains, et qu’il dépasse les préférences partisanes. Le vrai frein n’est pas électoral, les répondants ne craignant pas l’impopularité de mesures environnementales, il est bien plus opérationnel : les élus ont besoin de stabilité et de lisibilité, de formation et d’ingénierie.

Grande consultation nationale des maires et élus municipaux de France sur les enjeux climatiques et énergétiques de leur territoire

Les résultats de la Grande Consultation des Maires et des Élus municipaux

L’engagement pour la transition dépasse les préférences partisanes, chez les élus issus aussi bien des territoires urbains que ruraux.

Près de 90 % des répondants considèrent avoir pris en compte la transition énergétique lors de leur mandat (note d’au moins 5 sur 10 à la question de la prise en compte de la transition énergétique).

Cet engagement dépasse largement les préférences partisanes : 85 % des répondants ayant une préférence partisane à gauche ou très à gauche expriment avoir pris en compte la transition énergétique lors de leur mandat, une proportion qui monte à 88 % pour les répondants au centre, à droite ou très à droite. Les élus ruraux (86 %) et péri-urbains (87 %) font autant partie de cette dynamique que les élus urbains (91 %), contredisant l’idée selon laquelle la transition serait avant tout un sujet de citadins.

Les élus locaux agissent d’abord par pragmatisme, pour des raisons concrètes de qualité de vie, de santé et de pouvoir d’achat.

Les deux premières motivations des élus pour agir en faveur de la transition sont l’amélioration de la qualité de vie et de la santé des habitants (77 %) et la diminution des dépenses énergétiques (75 %). La contribution à l’effort de neutralité carbone arrive en 4ème position (55 %), montrant que la transition est perçue avant tout comme une politique pragmatique d’amélioration du cadre de vie, de protection de la population et d’indépendance énergétique. De même, l’attractivité du territoire (21 %) et la création d’emplois non délocalisables (17 %) sont nettement moins cités parmi les motivations des répondants.

Cela se traduit par un plus fort soutien et par un engagement en faveur d’actions concrètes permettant des bénéfices en termes de confort et d’économies d’énergie : rénovation des bâtiments de la collectivité et des logements (93 %) , développement d’infrastructures nécessaires à la mobilité active et aux transports collectifs (83 %), contre 74 % pour le suivi des émissions de gaz à effet de serre de la collectivité et du territoire.

Le vrai frein n’est ni idéologique, ni électoral, mais opérationnel et capacitaire, et aggravé par l’instabilité réglementaire.

Le premier frein à l’action identifié par les répondants se situe plutôt du côté de la collectivité avec le manque de moyens (59 %), suivi par des freins plus personnels de l’élu comme l’accumulation des urgences quotidiennes (57 %) et le manque de connaissances ou de compétences (41 %). La crainte de l’impopularité ou du risque électoral figure parmi les freins les moins cités par les élus (respectivement 7 % et 4 %), et devient marginale dans les communes rurales.

Les maires expriment une frustration forte devant l’instabilité : subventions modifiées, règles révisées, conditions d’éligibilité mouvantes.

Les élus ne demandent qu’à en faire davantage : la formation et l’ingénierie sont les premiers besoins identifiés par notre étude et exprimés par les répondants pour accélérer leur engagement.

Seuls 4 % des répondants indiquent ne pas souhaiter engager ou accélérer la transition climatique et énergétique sur leur territoire.
Pour lever les freins qu’ils identifient, leurs besoins prioritaires portent sur de la documentation et des retours d’expériences concrets (46 %), des formations courtes (44 %), de l’expertise technique accessible et des outils de communication pour convaincre la population (39 %).
En croisant les résultats, on constate que plus les répondants estiment avoir un bon niveau de connaissances sur les enjeux climatiques et énergétiques, plus ils sont nombreux à mettre en place des actions d’adaptation ou d’atténuation.

Il subsiste des besoins de dialogue et de compréhension mutuelle entre les élus et leurs électeurs.

39 % des répondants déclarent ignorer la façon dont la population juge leur action en faveur de la transition. C’est particulièrement vrai dans les communes rurales.
35 % des répondants estiment que leur action en faveur de la transition est jugée adaptée par la population, alors que 77% des Français estiment que leur maire ne met pas assez d’actions en place pour lutter contre le dérèglement climatique (source : étude Odoxa “Ma commune mon maire et moi – volet-Environnement, Septembre-2025).

Les associations environnementales, les entreprises et les artistes font partie des acteurs identifiés par les élus pour jouer le rôle de relais auprès de la population.

Le « backlash écologique » n’existe pas chez les élus locaux. La transition énergétique et climatique est pour eux une préoccupation centrale, et est considérée comme un enjeu prioritaire du prochain mandat.

Les élus municipaux sont massivement préoccupés par le changement climatique (87 % évaluant cette préoccupation personnelle à au moins 7 sur 10), et fortement préoccupés par la dépendance nationale aux énergies fossiles (70 % évaluant cette préoccupation personnelle à au moins 7 sur 10).

53 % des élus municipaux citent la préservation de l’environnement comme l’un des trois enjeux prioritaires de leur mandat, et cette proportion monte à près de 70 % pour le prochain mandat, qu’ils se représentent ou non. Cet enjeu arrive devant la revitalisation des centres-bourgs (41 %), la fiscalité (34 %) ou la sécurité (29 %), et ce quelle que soit la préférence partisane ou le type de territoire des répondants.

Lorsqu’ils se projettent vers les enjeux du mandat à venir, les deux thématiques qui vont le plus gagner en importance sont la préservation de l’environnement (+ 17) et les transports (+ 15).

Enfin, 89 % des répondants pensent que la transition énergétique et climatique des territoires doit faire partie des priorités du ou de la prochain(e) Président(e) de la République.

Les résultats détaillés de la grande consultation

Objectifs de la grande consultation

Ce questionnaire, exclusivement adressé aux maires et aux élus municipaux, permettra de mieux comprendre leur perception des enjeux, les motivations qui les poussent à agir, les freins qui peuvent les en empêcher, ainsi que leurs besoins pour aller plus loin.

« On ne va pas venir vous demander des comptes sur ce que vous faites comme action. On va essayer de faire un travail original qui consiste à vous demander comment vous vous sentez vis-à-vis de la transition écologique. » résume Jean-Marc Jancovici dans une vidéo où il s’adresse aux élus municipaux.

Cette enquête qualitative complète la centaine d’entretiens qualitatifs déjà réalisés auprès de maires de la France entière depuis l’été 2025.

Les résultats de cette grande consultation seront mis au service de l’action des Shifters pour mettre au cœur des débats les questions climatiques et énergétiques dans la campagne des élections municipales de 2026.

Pourquoi lancer cette consultation aujourd’hui ?

À six mois des Municipales, il semble indispensable de mieux comprendre les motivations, les freins et les besoins des maires et conseillers municipaux pour mener à bien la transition de leur commune, et ce pour quatre raisons :

  1. Il est nécessaire d’appuyer les actions des collectivités dans un contexte où les enjeux environnementaux perdent du terrain au niveau national, malgré l’urgence climatique.
  2. Les maires et conseillers municipaux bénéficient d’une influence accrue au niveau local, en embarquant les citoyens, mais aussi au niveau national, en élisant les sénateurs. Ils sont les figures politiques les plus appréciées des Français.
  3. Les élus locaux disposent de nombreux leviers d’action pour accélérer la transition.
  4. L’échelon local est un terrain d’expérimentation concret particulièrement sensible car il exacerbe les clivages autour de la transition en rendant les enjeux concrets et tangibles.

Faire remonter les enjeux locaux au niveau national

Cette consultation constitue également une étape importante d’un travail au long cours que le Shift Project souhaite mener avec les élus locaux, en particulier pour faire remonter leurs enjeux au niveau national.

Les résultats de cette grande consultation seront mis au service de l’action du Shift Project et des Shifters pour mettre au cœur des débats les questions climatiques et énergétiques dans la dernière ligne droite de la campagne des municipales, et outilleront les électeurs afin que le sujet soit considéré comme une priorité du territoire.

L’association des Shifters, composée de plus de 20 000 bénévoles, est mobilisée pour co-piloter cette enquête et la relayer, en particulier à travers les 70 « groupes locaux » de l’association, notamment via un kit de diffusion dédié.


  1. La consultation est réalisée en partenariat avec l’éditeur d’étude Le Sphinx et est accessible via le lien grandeconsultationdesmaires.fr. ↩︎

Comment sensibiliser des publics désintéressés par les enjeux climatiques ?

Comment surpasser la division et engager un maximum de monde dans un vaste mouvement d’ensemble ?
Comment engager la population pour faire shifter la France ?

Pour répondre à ces questions, visionnez une table ronde organisée pendant la dernière UniverShifté



À propos du Shift Project et des Shifters

The Shift Project est un groupe de réflexion qui œuvre en faveur d’une économie post-carbone. Association loi 1901 reconnue d’intérêt général et guidée par l’exigence de la rigueur scientifique, sa mission est d’éclairer et d’influencer le débat sur la transition énergétique en Europe.

The Shifters est une association loi 1901, créée en 2014 pour apporter un soutien bénévole au groupe de réflexion The Shift Project, qui œuvre à la décarbonation de l’économie. Les Shifters sont aujourd’hui plus de 20 000 bénévoles répartis sur tout le territoire français et à l’étranger.

Les consultations font désormais partie de la stratégie des deux associations pour enrichir leurs programmes de recherche et d’influence. À titre d’exemple, The Shift Project et The Shifters avaient lancé en 2024 une Grande Consultation des Agriculteurs qui avait récolté près de 7 800 réponses et avait permis de porter la voix des agriculteurs dans le débat public (résultats disponibles sur le site du Shift Project)

Cyrille Souche
Cyrille Souchehttp://cdurable.info
Directeur de la Publication Cdurable.info qui a eu 20 ans en 2025 ... L'occasion de supprimer la publicité et d'un nouveau départ vers un webmedia participatif d'intérêt général, avec pour raison d'être de recenser et partager les solutions utiles et durables pour agir et coopérer avec le vivant. Je suis ouvert à toute proposition de coopération mutuellement bénéfique au service de la régénération du vivant.

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