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Développement Durable en débat
Un nouveau rapport

La mode fossile : la dépendance cachée de la mode aux combustibles fossiles

L’UE doit prendre des mesures législatives fortes.

mercredi 3 février 2021
Posté par Cyrille

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Selon un nouveau rapport, l’industrie mondiale de la mode a développé une dangereuse dépendance vis-à-vis des fibres synthétiques, produites à partir d’énergies fossiles nocives pour l’environnement, comme le pétrole et le gaz, et ce afin d’alimenter son modèle économique reposant sur la fast fashion.
Le rapport, Fossil Fashion : The Hidden Reliance of Fashion on Fossil Fuels (« La mode fossile : la dépendance cachée de la mode aux combustibles fossiles »), montre comment l’utilisation des fibres synthétiques, et plus particulièrement du polyester, a doublé au cours de ces vingt dernières années. Celle-ci devrait continuer de croître : elle pourrait représenter près des trois quarts de la production mondiale de fibres en 2030 et le polyester pourrait représenter 85% de cette part.




 L’industrie mondiale de la mode a développé une dangereuse dépendance vis-à-vis des fibres synthétiques bon marché, produites à partir d’énergies fossiles telles que le pétrole et le gaz.
 L’essor rapide des fibres synthétiques, telles que le polyester, entraîne un désastre écologique qui ne cesse de s’aggraver, et pourrait avoir des conséquences pour la santé que l’on découvre seulement depuis peu.
 La législation française en matière de lutte contre le gaspillage vestimentaire et de réduction des risques environnementaux présente des limites et ne permet pas d’entraîner une transformation du secteur dans son ensemble.
 L’UE doit prendre dès à présent des mesures législatives urgentes pour amener le secteur du textile et de l’habillement à agir en conformité avec les objectifs de l’Accord de Paris et du Pacte vert pour l’Europe (European Green Deal).

Les textiles sont utilisés dans toutes sortes de produits tels que les vêtements, les chaussures, les tapis ou l’ameublement, mais le secteur de la mode représente 70% du marché mondial en 2019. [1]

À l’heure actuelle, on trouve le polyester dans plus de la moitié de l’ensemble des textiles produits dans le monde. Alors qu’en 2015, l’empreinte carbone de la production de polyester représentait 700 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions annuelles du Mexique ou de 180 centrales électriques à charbon, on estime qu’elle devrait doubler d’ici à 2030.

De plus, l’industrie du pétrole et du gaz mise gros sur les plastiques, à partir desquels le polyester et les autres fibres synthétiques sont produits. En cause : la baisse des revenus provenant d’autres secteurs, tels que les transports ou l’énergie. La future croissance de la demande en pétrole devrait donc provenir majoritairement de la production de plastiques qui pourrait représenter, selon BP, jusqu’à 95% de la demande. En outre, la production de fibres synthétiques devient de plus en plus polluante avec des matières premières issues du
gaz obtenu par fracturation hydraulique [2], et le principal producteur de polyester chinois projette d’investir plusieurs milliards de dollars dans la fabrication de fils de polyester à partir du charbon [3].

Le Rapport

La mode fossile : la dépendance cachée de la mode aux combustibles fossiles

Le rapport [4] révèle également une corrélation frappante entre l’essor du polyester et l’explosion de la production de vêtements de mauvaise qualité et bon marché, qui provoque une crise du gaspillage qui ne cesse de s’aggraver. Certaines marques produisent jusqu’à 20 collections par an et la consommation mondiale de vêtements a augmenté de 60% lors de ces 15 dernières années, tandis que leur durée de vie a été divisée par deux. Et la tendance devrait s’aggraver : avec 62 millions de tonnes à son actif en 2015, la production mondiale de l’industrie de la mode devrait encore grimper pour atteindre 102 millions de tonnes en 2030.

Des études montrent que ces tendances vont à contre-courant des attentes des Français·e·s vis-à-vis du secteur. Une enquête de 2019 révèle notamment que près de neuf personnes sur dix (88%) veulent des vêtements qui durent plus longtemps [5].

L’industrie française de la mode constitue une part importante de l’économie du pays, représentant 2,7% du PIB national. Le secteur totalise un chiffre d’affaires de 150 milliards d’euros et génère 1 million d’emplois [6]. Alors que 2,6 milliards de vêtements et accessoires ont été commercialisés en 2017, soit un total de 624 000 tonnes ou 9,5 kilos par habitant·e [7], 600 000 tonnes de vêtements et accessoires sont jetés chaque année [8].

Selon Urska Trunk, Directrice de campagne de Changing Markets Foundation :
« Peu de consommateurs sont conscients du fait que la fast fashion est en réalité la ‘fossil fashion’. L’addiction des marques de mode au polyester bon marché et autres fibres dérivées du pétrole intervient à un moment où le monde délaisse progressivement les énergies fossiles. Mais au lieu d’abandonner les fibres synthétiques, qui constituent un désastre écologique, les marques veulent que vous pensiez qu’elles ont la situation bien en main et qu’elles peuvent continuer de produire toujours plus de vêtements ».

Des montagnes de déchets, des océans de microfibres

La dépendance aux fibres synthétiques et la consommation galopante de vêtements bon marché entraîne d’insoutenables quantités de déchets vestimentaires, sachant que 87% des tissus utilisés pour fabriquer nos vêtements sont incinérés, envoyés dans des décharges ou jetés dans la nature. Lors de leur utilisation, lavage et élimination, les textiles synthétiques libèrent de minuscules fibres invisibles à l’œil nu. Ces « microfibres » ne sont pas biodégradables et resteront à jamais dans la nature.

Par conséquent, on retrouve ces microfibres partout : dans l’Océan arctique, dans nos chaînes alimentaires, dans nos poumons et jusque dans nos estomacs. Les microfibres sont également présentes dans 80% de l’eau du robinet et on en a même retrouvé dans le placenta des bébés à naître. Si nous ne connaissons pas encore toutes les conséquences de ces microfibres sur notre santé, nous savons déjà qu’elles sont nocives pour les espèces marines et des études préliminaires ont montré qu’elles pouvaient perturber le développement pulmonaire.

Selon Muriel Papin, Déléguée Générale de No Plastic In My Sea :
"Ce rapport confirme nos avertissements sur les risques majeurs liés à la pollution des micro plastiques textiles. Depuis plusieurs années, nous invitons les consommateurs à choisir des fibres naturelles, malheureusement peu disponibles sur le marché. Plus globalement, le rapport montre l’urgence de réduire notre consommation de vêtements. ”

L’UE doit prendre le relais et agir

Malgré les grandes déclarations, les promesses et la multitude de labels et initiatives écologiques trompeurs, l’industrie de la mode n’est pas parvenue à faire des progrès et à renverser son impact catastrophique sur l’environnement, ou à réduire sa dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles [9].Plus de huit personnes sur dix en France (82%) ne font pas confiance aux affirmations selon lesquelles les produits d’habillement sont respectueux de l’environnement. [10]

En 2017, la France a adopté une loi obligeant les entreprises à rendre compte des mesures qu’elles prennent pour identifier et prévenir les risques d’atteintes aux droits humains et à l’environnement que leurs activités impliquent. Cependant, la loi contient de nombreuses lacunes et donne lieu à une certaine confusion quant à son interprétation, et quatre ans après son élaboration et adoption, les résultats sont décevants. [11]

En tant que premier importateur de textile-habillement au monde, [12] l’UE a l’occasion de jouer un rôle de leader à travers l’adoption de mesures fortes. Alors que la Commission européenne élabore actuellement sa stratégie pour le textile, dont l’adoption est prévue pour cette année, la Changing Markets Foundation l’exhorte à établir un plan global visant à réduire le taux de consommation de vêtements. Pour ce faire, la Commission peut amener le secteur de la mode à sortir des combustibles fossiles, augmenter la qualité des matériels à travers, par exemple, des mesures d’éco-conception, et rendre l’industrie textile responsable de la fin de vie de ses produits. Aussi les vêtements doivent-ils être collectés séparément, réutilisés et réparés, et le secteur doit commencer à investir dans des technologies de recyclage fibre par fibre viables.

La Commission doit garantir que les fonds prévus dans le cadre du Plan de relance de l’UE pour faire face aux répercussions de la pandémie de Covid-19 ne seront délivrés aux marques qu’à la condition que celles-ci deviennent plus durables, et que ces mêmes fonds ne seront pas utilisés pour renforcer le modèle économique défaillant de la fast fashion. Cette dernière, en plus de constituer une catastrophe pour l’environnement et les travailleurs·euses, coûtera très cher aux citoyens sur le long terme.

Selon Urska Trunk, Directrice de campagne de Changing Markets Foundation :
« Nous achetons toujours plus de vêtements, les portons moins longtemps, les jetons plus rapidement et de plus en plus ils proviennent des combustibles fossiles. Nous savons que l’industrie de la mode ne va pas résoudre elle-même cette question. Bien que la France dispose d’une législation en vigueur visant à s’attaquer aux problèmes liés au secteur de la mode, elle ne peut pas à elle seule apporter les changements dont la planète a besoin. La Commission européenne doit présenter une stratégie globale pour le textile à même de régler la question de la dépendance du secteur vis-à-vis des combustibles fossiles et de le placer sur une voie plus durable. L’UE, en tant que l’un des plus importants marchés du textile, a une occasion en or de traiter ce problème souvent méconnu, qui menace notre capacité à vivre dans les limites que nous impose la planète ».

Le pays a adopté en 2020 une autre loi qui interdit la destruction d’un ensemble de produits invendus non alimentaires, dont les articles de mode. Bien qu’il s’agisse d’une avancée positive, il est peu probable que cette loi entraîne une transformation de ce secteur d’envergure mondiale.

Infographie

Infographie sur la mode fossile

À propos de Changing Markets

La Changing Markets Foundation travaille avec des ONG partenaires sur des campagnes axées sur les marchés. Notre mission vise à exposer les pratiques irresponsables des entreprises et amener des changements qui vont dans le sens d’une économie plus durable.

 www.changingmarkets.org | @ChangingMarkets

À propos de Plastic Soup Foundation

La Plastic Soup Foundation est une ONG basée à Amsterdam, dont l’objectif est de mettre fin à la pollution plastique à la source. Leur devise : « pas de plastique dans notre eau et nos corps »

 www.plasticsoupfoundation.org/ | @plasticoupfoun

À propos de Zero Waste Alliance Ukraine

Zero Waste Alliance Ukraine est une association publique qui réunit des initiatives zéro déchet. Elle a été créée en 2019 par Zero Waste Lviv, Zero Waste Kharkiv et Zero Waste Society.

À propos de Clean Clothes Campaign

La campagne Clean Clothes est un réseau international d’organisations de défense des droits humains qui s’engage pour l’amélioration des conditions de travail et l’autonomie des travailleurs·euses du secteur de l’habillement et des vêtements de sport à l’échelle du monde.

 https://cleanclothes.org | @cleanclothes

À propos de WeMoveEU

We Move.EU (Bougeons l’Europe) est une organisation indépendante qui a pour objectif de former une puissante force collective de citoyens en vue de transformer l’Europe et la rendre plus humaine, démocratique, équitable et durable.

 https://www.wemove.eu/ | @wemoveEU

À propos de No Plastic in my Sea

No Plastic in my Sea a pour objet de lutter contre la pollution plastique et ses conséquences sur l’écosystème marin.

 https://noplasticinmysea.org/ | @noplasticFrance


[1Le secteur de la mode et de l’habillement est le plus gros consommateur de textiles. En termes de volumes, le secteur représentait plus de 70% de la consommation de textiles en 2019, une part considérable. Voir Grand View Research, Textile Market Size, Share & Trends Analysis Report, 2020-2027 (2020) (“Marché du textile : taille, parts et tendance. Rapport d’analyse, 2020-2027). (en anglais).

[4Ce rapport a été publié conjointement par Changing Markets Foundation, Plastic Soup Foundation, Clean Clothes Campaign, Zero Waste Alliance Ukraine, No Plastic in my Sea et We Move.EU (Bougeons l’Europe).

[5Commission européenne, Protéger l’environnement – Eurobaromètre (2020) (en français)

[7- France Nature Environnement, Réduisons le gaspillage textile (Octobre 2018) (en français).

[9- Changing Markets Foundation, The False Promise of Certification : how certification is hindering sustainability in the textiles, palm oil and fisheries industries (2018) (« Changing Markets Foundation, La fausse promesse de la certification : comment la certification entrave la durabilité dans les secteurs du textile, de l’huile de palme et de la pêche », 2018). (en anglais).

[10- Commission européenne,Protéger l’environnement – Eurobaromètre (2020) (en français)


Voir en ligne : www.changingmarkets.org

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