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ONU Info s’est entretenu avec Andrew Revkin

Cinq façons pour le journalisme de soutenir l’action climatique et combattre la désinformation

En s’appuyant sur les rapports du GIEC, de l’UNESCO et autres agences des Nations Unies

jeudi 6 octobre 2022
Posté par Cyrille Souche

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Le journalisme climatique remplit un rôle unique en couvrant l’une des questions les plus urgentes de notre époque selon l’ONU. C’est un fait : les médias façonnent l’opinion publique sur le changement climatique et la manière d’y répondre. Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies avait déjà lancé l’alerte dans son dernier rapport. Selon le GIEC, ce pouvoir de « façonnage » d’opinion peut utilement susciter le soutien du public pour la lutte contre les changements climatiques mais peut également avoir l’effet inverse.



Le journalisme climatique remplit un rôle unique en couvrant l’une des questions les plus urgentes de notre époque.
ONU Info/Laura Quinones

Le GIEC a déjà lancé l’alerte dans son dernier rapport. Ce pouvoir médiatique peut susciter le soutien du public pour la lutte contre les changements climatiques mais peut également avoir l’effet inverse. Pouvoir « façonner » l’opinion, selon l’angle et les informations présentées, confère une importante responsabilité aux instances médiatiques et aux journalistes.

Le groupe d’experts note également que la couverture médiatique mondiale des sujets liés au climat a augmenté nettement. A travers une étude portant sur 59 pays, elle est passée d’environ 47.000 articles en 2016-17 à quelque 87.000 en 2020-21.

En général, la représentation médiatique de la science du climat est en augmentation et est devenue plus précise au fil du temps. En parallèle, «  la propagation d’informations scientifiques trompeuses par des contre-mouvements organisés a alimenté une polarisation de l’opinion publique, avec des répercussions négatives pour la politique climatique », expliquent les experts du GIEC.

En outre, les médias ont parfois présenté « les deux côtés d’une controverse », avec le risque d’une représentation disproportionnée des climato-sceptiques, au détriment de la science qui établit clairement que les humains contribuent au changement climatique.

Alors comment les journalistes peuvent-ils être une force positive à ce que le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, appelle « l’urgence climatique actuelle » ?

ONU Info s’est entretenu avec Andrew Revkin, l’un des journalistes environnementaux les plus expérimentés des États-Unis, et le directeur fondateur de la nouvelle initiative sur la Communication et la Durabilité lancée à l’Institut de la Terre de l’Université Columbia.

M. Revkin écrit sur le changement climatique depuis des décennies, avant même la création du GIEC il y a 30 ans, pour des médias de renom tels que le New York Times, le National Geographic et le magazine Discover. Il a également participé à des événements organisés par le Programme des Nations Unies pour l’environnement, le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe, ONU-Habitat et d’autres agences des Nations Unies.

En s’appuyant sur sa vaste expérience et sur l’expertise de l’UNESCO et du GIEC, voici cinq façons dont le journalisme peut soutenir l’action climatique et combattre la désinformation.

Le journaliste Andrew Revkin sur la rivière Amazon Jurua en 1989.
© Fernando Allegretti

1. Arrêtez d’être (trop) dramatique

À mesure que le changement climatique s’installe, les gens demandent de plus en plus d’informations sur ce qui se passe, mais aussi sur ce qu’eux-mêmes et leurs gouvernements peuvent faire pour y remédier.

Selon l’UNESCO, les trois rôles traditionnels des médias - informer le public, agir en tant que chien de garde et faire campagne sur les questions sociales - sont particulièrement pertinents dans le contexte du changement climatique.

M. Revkin explique que les journalistes sont sensibles aux voix qui s’expriment en dehors des cadres habituels et subordonnés à la façon dont les histoires sont racontées, que ce soit par le Secrétaire général des Nations Unies ou par des militants qui bloquent une rue à Londres ou à New York.

« J’ai été sur la calotte glaciaire du Groenland. J’ai écrit des centaines d’articles sur le niveau de la mer. La fourchette de la hausse du niveau de la mer d’ici 2100 est toujours plus ou moins la même que lorsque j’ai écrit mon premier en 1988. Donc, quand vous mettez tout cela ensemble, nous finissons par malheureusement transmettre au public une histoire plus dramatique  », dit-il.

Il ajoute que les médias modernes tentent également d’attirer l’attention des gens au milieu de nombreuses priorités concurrentes, et qu’il existe une « tendance » à s’accrocher à un angle dramatique.

«  Je dirige un programme dans lequel j’essaie, entre autres, d’amener les gens à s’arrêter et à réfléchir aux mots qu’ils utilisent. Lorsque vous utilisez le mot « effondrement » pour parler d’un glacier, pensez-vous à l’échelle de plusieurs siècles à laquelle les scientifiques réfléchissent, ou pensez-vous à un effondrement comme celui des [tours] du World Trade Center ? Il est vraiment important d’être plus clair dans le choix des mots et dans la manière dont ils peuvent donner une fausse impression », souligne-t-il.

Selon l’UNESCO et des études menées par l’Institut Thomson Reuters, le discours catastrophiste peut également amener certaines personnes à se désintéresser du sujet.

«  [L’angle dramatique] vous permettra d’obtenir des clics. Mais ce que je dis souvent aujourd’hui, c’est que si les clics sont la mesure du succès du journalisme environnemental, alors nous sommes en quelque sorte condamnés. Ce que vous voulez vraiment c’est construire un va-et-vient engagé avec les lecteurs et les experts, de sorte que vous, en tant que média, ou journaliste d’une institution médiatique, deveniez une sorte de guide de confiance », souligne M. Revkin.

Andrew Revkin en reportage sur la calotte glaciaire du Groenland
© Edge McConnell

2. Une histoire liée au changement climatique va au-delà du climat

Pour sortir du catastrophisme et susciter l’engagement des lecteurs et des experts scientifiques, il faut réaliser que le changement climatique n’est pas qu’« une histoire », mais un contexte dans lequel tant d’autres histoires vont se dérouler.

Si vous commencez votre journée en pensant à des questions telles que « comment réduire les risques de catastrophes climatiques et énergétiques, comment les définir et aider les populations à y faire face », alors cela change vraiment tout.

Je pourrais continuer à écrire des articles sur la façon dont le réchauffement climatique [progresse] ou sur la façon dont cette année sera la quatrième année la plus chaude de l’histoire, cela fait partie du journalisme, mais cela ne nous fait pas avancer vers la réduction de ces risques », affirme M. Revkin.

Selon lui, une approche plus contextuelle peut également créer un espace pour des histoires qui, autrement, ne seraient pas racontées.

« Il s’agit de créer un chemin vers l’impact. Parfois, le résultat ne sera pas une histoire, mais ce pourrait être un outil ».

À titre d’exemple, il cite une calculatrice en ligne créée par une ONG américaine appelée Rewiring America. En saisissant quelques informations personnelles, les particuliers peuvent savoir combien d’argent ils peuvent recevoir au titre de la loi sur la réduction de l’inflation (une récente législation du Congrès qui aurait mis en place le plus gros investissement dans la lutte contre le changement climatique de l’histoire des États-Unis) en optant pour des options énergétiques plus propres.

« Savez-vous, qu’en tant qu’habitant de l’Ohio, quels seront les avantages de cette nouvelle législation climatique pour vous ? Pourriez-vous facilement convertir votre maison à l’énergie solaire ou envisager d’acquérir un véhicule électrique ? Et vous savez quels seront les avantages ? C’est le genre de choses [qu’elle montrera] et cela pourrait être tout aussi vrai partout dans le monde », souligne-t-il.

La calculatrice ne mentionne pas le changement climatique sur son site web, mais elle incite les utilisateurs à passer à des énergies plus propres en raison des avantages qu’ils pourraient en retirer.

« Dans le cas des pays en développement, la nouvelle information la plus importante à transmettre concerne le risque, le risque environnemental, le risque d’inondation et aussi les opportunités énergétiques. Et cela est très différent de la façon dont le journalisme fonctionnait lorsque j’étais beaucoup plus jeune », explique M. Revkin.

En effet, dans un manuel destiné aux journalistes, l’UNESCO affirme que, contrairement à la croyance populaire, le climat est un sujet qui suscite de nombreuses préoccupations et qui peut faire vendre des journaux et attirer de nouveaux publics en ligne, dans la presse écrite et sur les ondes ; les journalistes n’ont pas vraiment besoin de mettre le mot « climat » dans leurs titres pour écrire de bons articles sur le changement climatique.

Des militants pour le climat manifestent à Glasgow pendant la COP26.
ONU Info/Laura Quinones

3. S’implanter localement et réfléchir davantage à la justice climatique

Les scientifiques du GIEC ont également reconnu l’importance d’une attention « explicite » à l’équité et à la justice, tant pour l’acceptation sociale que pour une législation équitable et efficace pour répondre au changement climatique.

En analysant les contextes locaux et les facteurs sociaux, les journalistes peuvent également créer des sujets liés à la justice climatique.

« Le risque énergétique ne se résume pas à l’arrêt des combustibles fossiles si vous êtes dans un pays en développement qui n’a pas du tout contribué aux émissions de gaz à effet de serre, si vous consommez 0,1 tonne de CO2 par an dans la campagne rwandaise.... Ainsi, tous ceux qui écrivent des articles sur l’utilisation des combustibles fossiles passent à côté du fait que la vulnérabilité énergétique est également importante  », déclare M. Revkin.

Il donne l’exemple des inondations et des glissements de terrain survenus à Durban, en Afrique du Sud, en début d’année, qui ont fait près de 450 morts et déplacé quelque 40 000 personnes. Une géographe locale, Catherine Sutherland, a étudié les zones où les gens s’étaient noyés et où les dégâts les plus importants avaient eu lieu.

« Ce problème était bien plus qu’une question de climat. Il s’agissait de la vulnérabilité créée par les facteurs raciaux et de pauvreté. Où vivez-vous lorsque vous n’avez ni argent ni pouvoir ? Vous vivez dans les endroits où personne d’autre ne veut vivre, qui vont être inondés. C’est donc ça l’histoire. C’est de là que vient l’idée de justice climatique. Il est trop simpliste de dire qu’il ne s’agit que de combustibles fossiles », ajoute-t-il.

M. Revkin souligne que les décisions en matière d’énergie et la vulnérabilité climatique sont fonction des conditions locales, ce qui signifie qu’elles constituent une « partie très importante de l’histoire ».

«  Par exemple, le World Weather Attribution Project a procédé à une analyse rapide de la contribution du réchauffement climatique à la récente catastrophe au Pakistan. Les journalistes se sont concentrés sur le changement climatique parce qu’il est important, mais chacun de ces rapports comporte également une section sur les autres facteurs de perte, comme le lieu et la manière dont les gens ont été installés, les politiques gouvernementales liées à la gestion des barrages hydrauliques et les infrastructures d’inondation trop vulnérables. »

Pour lui, il est important de construire une communauté de journalistes locaux qui ont une « focale risque climatique » dans leur boîte à outils de reportage.

« Tout le monde s’en portera mieux, car vous serez en mesure de naviguer au sein de tous ces facteurs plus efficacement, vous aurez potentiellement plus d’impact pour votre communauté », explique-t-il.

Les fake news - articles d’information intentionnellement faux et vérifiables, destinés à manipuler la perception de la réalité par les gens - ont été utilisées pour influencer la politique et promouvoir la publicité.
Unsplash/Nijwam Swargiary

4. Instaurer la confiance et l’engagement qui permettent de lutter contre la désinformation

Au début de la pandémie de Covid-19, des journalistes de The Atlantic ont réalisé qu’il y avait un flot d’informations peu fiables en ligne et ont donc décidé de créer, avec l’aide de quelques épidémiologistes, un tracker Covid-19 qui est devenu un outil vital pour les gens.

« The Atlantic est surtout connu pour faire de beaux articles narratifs... mais pour moi, le tracker Covid-19 illustre l’autre possibilité du travail de journalisme, qu’on pourrait utiliser sur les questions climatiques », note M. Revkin.

Il mentionne le travail du géographe Stephen M. Strader qui écrit « Chaque année, il y a des typhons, des ouragans et des cyclones... Mais lorsqu’un cyclone frappe le littoral, les pertes sont [basées sur] le nombre de personnes présentes, la quantité d’affaires présentes et la façon dont elles sont préparées à encaisser le choc. »

« Quand j’étais enfant, il y avait des conséquences désastreuses, des centaines de milliers de personnes tuées, à cause des inondations liées aux cyclones. Et si chaque décès est terrible, les [décès] aujourd’hui pour le même type de tempête [ou plus fortes] se comptent désormais par dizaines. On peut ne pas se contenter de dire aux gens et aux décideurs quelle est l’ampleur de la tempête, mais de dire quelle est l’étendue de la tempête, et de ne pas se contenter de rendre compte de la partie climatique, mais des pertes causées par le contexte sur place. »

Selon M. Revkin, la création d’un moyen simple d’avoir une « formulation du risque » dans les articles des journalistes serait un outil majeur pour lutter contre la désinformation.

« Vous construisez la confiance, vous construisez l’engagement, et vous contournez cette idée de « c’est un canular » parce que vous parlez de risque. Il y aura toujours des arguments idéologiques autour de cela, tout comme il y en a autour de la vaccination. J’ai un parent proche qui n’a jamais été vacciné. Je l’aime, vous savez, mais je ne vais pas le changer avec une histoire. Je dois donc réfléchir au niveau de la communauté. Que puis-je faire ? »

Pour lui, un bon exemple est le mouvement du journalisme de solutions, qui enquête et explique comment les gens tentent de résoudre des problèmes largement partagés.

«  Je pense que beaucoup de journalistes traditionnels pensent au journalisme de solutions et se disent qu’ils sont en train de vendre des histoires heureuses, mais non. Par exemple, nous pouvons informer les communautés sur les pratiques qui peuvent favoriser la résilience là où la vulnérabilité est la plus grande. Et c’est toujours à la société qu’il incombe de s’attaquer à ce problème, mais cela leur permet simplement de trouver plus facilement ce qu’il faut faire ».

Pour M. Revkin, le changement climatique est une question complexe et multidimensionnelle. C’est en pensant à cela qu’il a réalisé que parfois un blog pouvait mieux correspondre à la question qu’un « article classique en première page ». C’est dans cet esprit qu’il a créé Dot Earth, qui a fonctionné de 2007 à 2016.

« Celui qui réussira [dans le journalisme] est celui qui ressemble plus à un guide de montagne après une avalanche qu’à un sténographe traditionnel. En d’autres termes, il faut que les gens développent une compréhension et une confiance en vous en tant qu’intermédiaire honnête, au milieu de toute cette contestation et des arguments contradictoires, et qu’ils vous suivent ».

Il appelle cela le « journalisme d’engagement », un reportage qui va au-delà de « l’approche des gros titres » et qui émerge d’une conversation dynamique avec la communauté.

« J’aimerais que les grands médias, tels que la BBC, adoptent ou intègrent la communauté des journalistes locaux en leur laissant davantage d’espace, au lieu de garder le monopole de la parole », souligne-t-il.

Une autre façon de créer cette conversation, affirme-t-il, est de s’éloigner du modèle économique de la publicité pour adopter de plus en plus un modèle basé sur l’abonnement.

« Un outil et un portail grâce auxquels les communautés peuvent identifier plus clairement les risques et les solutions qui les entourent [...] Vous n’achetez pas une histoire. Vous achetez une relation avec un guide que vous connaissez. Je pense que c’est [...] la façon dont j’aimerais voir cela mûrir, comme un véritable modèle viable pour le journalisme à l’avenir dans un climat changeant ».

Andrew Revkin lors d’une manifestation pour le climat à Copenhague en 2009.
© Fernando Allegretti

5. Se laisser guider par la science

M. Revkin parle d’une évolution des relations entre le journalisme et les scientifiques qu’il considère comme positive.

« Avant, c’était moi avec un micro qui interviewait l’expert en glaciers. De plus en plus, on voit des scientifiques qui viennent dans les salles de presse et aident à construire des modélisations, qu’il s’agisse de la Covid ou de climat. Je suis sûr que de nombreux médias dans le monde ont commencé à le faire, ce qui implique une toute nouvelle courbe d’apprentissage », explique-t-il.

Il a souligné que l’histoire de l’environnement a été pendant des décennies encadrée par le mot « stop » (arrêter de polluer, arrêter de fracturer), mais qu’elle s’est maintenant transformée en un appel à l’activisme et est encadrée par le mot « start », « commencer à ».

« Par exemple, aux États-Unis, il y a maintenant 370 milliards à dépenser en 10 ans pour les énergies propres. Mais comment cela se fait-il après des décennies de « stop » ? Comment faire pour avoir plus de lignes de transmission ? Comment le faire d’une manière qui soit juste pour les personnes qui ont tendance à être le dépotoir de toutes nos infrastructures ? C’est le sujet de l’actualité. C’est une histoire de « départ », une histoire du « oui ». C’est l’activisme du « oui » et c’est pour les journalistes. Il a été trop facile d’écrire des articles anxiogènes ».

En effet, l’UNESCO indique que la couverture du changement climatique signifie plusieurs choses. Au niveau local, elle peut sauver des vies, formuler des plans, changer les politiques et permettre aux gens de faire des choix éclairés. Grâce à des reportages informés, les journalistes peuvent mettre en lumière la multitude d’activités que les gens entreprennent déjà pour se préparer au changement climatique.

Au niveau international, le journalisme peut également faire connaître des histoires locales à des publics internationaux et contribuer à encourager les pays riches et puissants, leurs citoyens et les entreprises qui y sont implantées, à agir en solidarité avec les communautés vulnérables face au changement climatique.

Pour obtenir d’autres conseils sur la manière de communiquer sur le changement climatique, même si vous n’êtes pas journaliste, vous pouvez consulter les lignes directrices des Nations Unies en matière de communication sur le climat reprises ci-dessous.

Communiquer sur les changements climatiques

Communiquer sur les changements climatiques, c’est éduquer les publics et les inciter à agir pour lutter contre la crise climatique. Tout le monde peut jouer un rôle en faisant entendre sa voix, en partageant des solutions et en plaidant pour le changement – en s’appuyant sur des expériences, des contextes culturels et des valeurs sous-jacentes différents.

Si vous créez un produit de communication – une vidéo, un podcast, un article écrit ou un graphique sur les changements climatiques – gardez à l’esprit les conseils suivants pour en faire un contenu utile, efficace et fiable.

  • 1. Utilisez des informations scientifiques faisant autorité
Utilisez des informations scientifiques faisant autorité

POURQUOI ?

La mésinformation et la désinformation sont très fréquentes sur la question des changements climatiques – et elles sont des obstacles majeurs aux progrès dans la lutte contre la crise climatique. Les contenus fallacieux ou trompeurs déforment la perception de la science et des solutions en matière de climat, sont source de confusion et conduisent souvent à une action plus lente, ou même à des actions nuisibles. « Les discours et la désinformation sur le changement climatique et l’affaiblissement délibéré de la science ont contribué à des perceptions erronées du consensus scientifique, à l’incertitude, au mépris du risque et de l’urgence et à la désunion », selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

COMMENT ?

  • Vérifiez vos sources. Lorsque vous partagez des faits et des chiffres, assurez-vous qu’ils proviennent d’une source fiable, fondée sur la science (conformément au consensus scientifique le plus récent) et objective (ni biaisée ni influencée par des intérêts financiers ou politiques). Les articles évalués par les pairs (révisés par des experts du même domaine avant leur publication) fournissent généralement les informations les plus fiables. Une source faisant particulièrement autorité est le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU, dont les évaluations très complètes sont rédigées par des centaines d’éminents scientifiques, avec des contributions de milliers d’experts, et approuvées par ses 195 pays membres.
  • Arrêtez la désinformation. Ce que vous publiez en ligne peut se propager très rapidement. Arrêtez-vous un instant avant de partager quelque chose. Découvrez qui en est à l’origine, quelles sont ses sources, qui l’a payé et qui pourrait en tirer profit. Si vous détectez de la désinformation parmi vos abonnés, réfutez-la en suivant le modèle « Fait, Mythe, Erreur », qui peut vous aider à faire passer un message qui restera en mémoire.
  • Attention à l’écoblanchiment (le fait de présenter une entreprise ou un produit comme respectueux de l’environnement alors qu’ils ne le sont pas). Vérifiez ce que l’entreprise fait réellement pour réduire son empreinte carbone et tenir ses promesses en matière climatique, et ne faites la promotion que des marques véritablement durables qui respectent certains critères minimaux. Lorsque vous acceptez un travail qui a une contrepartie financière, veillez à remettre en question la mission pour vous assurer qu’elle favorise des comportements durables.
  • Utilisez des messagers de confiance. Décomposer la science qui explique les changements climatiques est une tâche complexe, mais les bons messagers peuvent susciter l’intérêt du public. En tant que créateur de contenu reconnu, vous êtes peut-être déjà un messager de confiance pour votre public. Si vous invitez d’autres messagers, pensez à des scientifiques respectés (dont les articles citent des revues scientifiques évaluées par les pairs ou des études menées par des instituts de recherche ou des universités réputés), à des présentateurs météo et à des médecins, qui sont tous largement crédibles. Souvent, les communications sur le climat les plus impactantes proviennent aussi de « gens comme tout le monde » qui se sentent concernés et qui s’en préoccupent.
  • 2. Parlez du problème et des solutions
Parlez du problème et des solutions

POURQUOI ?

Il est important d’expliquer l’ampleur de la crise climatique, mais les personnes peuvent se sentir dépassées, ce qui les conduit à se désintéresser du sujet et à ne plus écouter. Les changements climatiques représentent l’un des plus grands défis auxquels l’humanité ait été confrontée. C’est terrifiant, mais la lutte contre les changements climatiques est loin d’être perdue. Les pires conséquences peuvent encore être évitées si nous agissons maintenant. Un bon moyen d’éviter la désillusion et l’épuisement face à la crise est de transmettre un message d’espoir axé sur les solutions, afin d’aider les individus à se sentir capables d’agir et motivés à s’engager.

COMMENT ?

  • Racontez une histoire – parlez de choses concrètes. Présenter des données seules peut endormir votre public. Rendez les informations conviviales, locales et personnelles. Des histoires spécifiques peuvent créer un lien émotionnel, éveiller l’empathie du public et rendre les problèmes mondiaux communs moins intimidants. Vous n’avez même pas besoin d’ouvrir en parlant de « climat », vous pouvez commencer par un problème connexe qui est important pour votre public. La pollution de l’air, par exemple, à laquelle des villes comme Dar es-Salaam s’attaquent en introduisant des bus qui n’émettent pas de fumée Ou de nouvelles possibilités d’emploi offertes par des projets d’énergie propre, comme dans cette histoire venue d’Inde. Ou encore les coupures de courant pendant les ouragans, contre lesquelles Porto Rico lutte par l’installation d’infrastructures fonctionnant à l’énergie solaire.
  • Donnez la force d’agir. Faites savoir aux gens qu’ils ont le pouvoir de créer le changement. L’action individuelle va de pair avec le changement systémique. Les individus peuvent contribuer au changement en modifiant leurs habitudes de consommation et en exigeant des gouvernements et des entreprises qu’ils agissent. De petites actions adoptées par un grand nombre de personnes peuvent contribuer à persuader les dirigeants d’apporter les grands changements dont nous avons besoin. Et plus les personnes qui agissent maintenant et s’expriment en faveur du changement sont nombreuses, plus forte est la pression exercée sur les dirigeants pour qu’ils agissent.
  • Faites le lien avec la justice. Les changements climatiques ne sont pas seulement une affaire de science, ils sont également une question de justice. Les personnes pauvres et marginalisées sont souvent les plus durement touchées par l’augmentation des risques climatiques tels que les inondations, les sécheresses et les tempêtes. Ceux qui ont le moins contribué aux émissions de gaz à effet de serre sont trop souvent les principales victimes. Et les pays les plus riches n’ont pas tenu leurs promesses de soutien financier. Résoudre la crise climatique, cela signifie également s’attaquer aux injustices et aux inégalités, ce qui peut créer des possibilités pour tous.
  • Évitez les stéréotypes. Les pays les plus pauvres et les collectivités mal desservies, notamment les peuples autochtones qui protègent l’environnement depuis des générations, sont souvent dépeints uniquement en tant que victimes des changements climatiques, plutôt qu’en tant qu’agents positifs du changement. Il en va souvent de même pour les femmes et les filles. Veillez à mettre en avant les voix, l’expertise, les innovations, les actions positives et les solutions de personnes de tous horizons et de toutes les communautés, partout dans le monde.
  • 3. Mobilisez l’action
Mobilisez l’action

POURQUOI ?

Nous avons besoin de tout le monde sur le pont. Pour atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici 2050, et réduire les émissions de moitié d’ici 2030, il ne faudra rien de moins qu’une transformation complète de nos modes de production, de consommation et de transport. Des sondages indiquent qu’une majorité de personnes dans le monde veulent que leurs gouvernements agissent et la plupart des citoyens des économies avancées sont prêts à apporter des changements dans leur propre vie.

COMMENT ?

  • Faites comprendre l’urgence. Montrez qu’il faut agir maintenant. De nombreux discours de désinformation présentent l’action climatique comme quelque chose de nécessaire, mais seulement à l’avenir. Assurez-vous de faire savoir ce qui doit se passer dès maintenant pour résoudre la crise climatique, et que cette action ne peut pas attendre. Des études ont également montré qu’expliquer que l’action humaine cause le changement climatique augmente le soutien du public pour une action urgente.
  • Concentrez-vous sur les possibilités. Faites en sorte que votre public soit enthousiasmé par la perspective d’un monde durable. La lutte contre les changements climatiques entraînera une abondance de possibilités – des emplois verts, un air plus pur, des énergies renouvelables, la sécurité alimentaire, des villes côtières habitables et une meilleure santé. Y a-t-il des initiatives climatiques dans votre communauté qui font face à une opposition ? Présentez leurs avantages pour rallier des soutiens. Recadrer le problème en vous concentrant sur les perspectives d’un avenir meilleur peut galvaniser l’action.
  • Soyez pertinent. Parlez avec les gens à leur niveau et évitez le jargon technique. Par exemple, il peut être difficile de se représenter ce que signifie limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Présentez le problème d’une manière qui résonnera auprès de votre public local, en le reliant à des valeurs partagées comme la famille, la nature, la communauté et la religion. La sécurité et la stabilité – protéger ce que nous avons – se sont également avérées être des cadres très efficaces pour créer un sentiment d’urgence.
  • Faites participer les jeunes. Le mouvement mondial des jeunes pour le climat a joué un rôle puissant pour pousser les dirigeants à agir et leur faire rendre des comptes. Faire parler des jeunes aidera la jeunesse à mieux s’identifier avec le sujet et à s’impliquer davantage pour exiger le changement. Mais évitez de présenter les changements climatiques comme un problème qui concerne uniquement les générations futures. Les conséquences sont lourdes dès maintenant et il faut agir dès maintenant.

Ces lignes directrices ont été élaborées par le Département de la communication globale des Nations Unies, en consultation avec la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), et l’Organisation météorologique mondiale (OMM), ainsi que ACT Climate Labs, Climate Action Against Disinformation (CAAD), Conscious Advertising Network (CAN), TED Countdown, et le Programme de Yale sur la communication sur les changements climatiques



Voir en ligne : www.un.org/fr

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