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L’URGENCE DE COMPRENDRE - Editions de l’aube

Propriétaire ou artiste ? Manifeste pour une écologie de l’être

Par Gilles Berhault

samedi 28 décembre 2013
Posté par Cyrille

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"Soyons lucides. Le développement durable est une démarche humaniste qui a perdu son humanité." Dès l’introduction de son dernier livre au titre énigmatique "Propriétaire ou artiste ? Manifeste pour une écologie de l’être", Gilles Berhault nous invite à un changement radical de cap. "Il y a urgence de création pour le XXIème siècle, cette fois nous y sommes vraiment !". Tous les voyants sont au rouge depuis plus de 40 ans que l’on s’intéresse aux limites de la croissance ... Qu’elles s’appellent RSE, Agenda 21 ou ISO 26000, force est de constater que les démarches actuelles en faveur d’un développement durable sont devenues plus techniques que politiques et visent plus à se rassurer qu’à changer de paradigme. Mais "Internet a plus transformé le monde que l’imprimerie et beaucoup plus rapidement !" nous rappelle Gilles qui, à l’instar de Michel Serre dans Petite poucette, nous rappelle que "chacun tient en main le monde". Chaque être humain a la capacité d’agir de façon libre et autonome, d’assumer sa part d’expression personnelle pour trouver les solutions ...



Rio, 1992. Fin d’une époque, ou plutôt début d’une autre : une démarche globale pour les communautés humaines et leurs territoires voit le jour. C’est le développement durable, qui fait se rencontrer la protection de l’environnement et le « développement ».

Mais ne nous y trompons pas : c’était avant tout une démarche humaniste, même si elle a perdu son humanité. C’est la tension environnement/culture qui donne du sens et des valeurs, c’est elle que nous devons réenchanter d urgence ! Il faut nous entendre sur une humanité qui découvre la capacité à inventer puis à participer pleinement à un nouveau monde. Nous n’en sommes plus à la sensibilisation ou aux rêveries utopiques : la création du xxie siècle, c’est maintenant !

 Gilles Berhault

Gilles Berhault

Gilles Berhault est président du Comité 21, le Comité français pour le développement durable, et conseiller du directeur scientifique de l’Institut Mines Télécom. Il a présidé le Pavillon de la France lors du Sommet de la terre Rio+20 (Brésil 2012).

Rencontre avec Gilles Behrault par Gaitelyrique le 22 Octobre 2013 pour annoncer la sortie du livre "Propriétaire ou artiste ? Manifeste pour une écologie de l’être"

 Extraits

Quelques citations extraites du livre de Gilles Berhault "Propriétaire ou artiste ? Manifeste pour une écologie de l’être"

Propriétaire ou artiste ? Manifeste pour une écologie de l'être

"Là est sans doute le défi le plus immédiat qui s’impose à l’homme moderne : l’impérieuse nécessité de porter un autre regard sur le monde qu’il habite s’il veut donner à celui-ci une chance de perdurer"

"Nous avons considéré la nature comme acquise à jamais et sans limites, et nous l’avons épuisée. Pourtant dans ce monde dominé par la finance, les banquiers nous expliquent que l’on doit vivre sur les dividendes et non sur le capital. nous avons fait et faisons l’inverse"

"C’est dans une collaboration d’êtres que s’élaborent les possibles"

"Tout homme doté d’une conscience de soi porte en lui son devenir."

"Au pied du mur, alors que se profile pour la première fois la possible extinction de toute forme de vie sur la planète Terre, comment ne pas remettre en question ce qui nous contraint à vivre selon des options qui ne sont pas les nôtres ?"

"En termes de durabilité, bien avant les richesses matérielles, la culture a toujours été le legs le plus important que nous ont laissé les civilisations passées ..."

"Une révolution est en marche. L’effondrement des anciennes valeurs sur lesquelles reposaient nos sociétés ces derniers siècles et l’émergence d’une nouvelle vision du monde replacent l’homme au centre de son propre devenir.
Une ère de notre humanité touche à sa fin. Nous allons passer de l’opposition à la collaboration, ...
"

 Interview de Gilles Berhault, Président du Comité 21

Culture et développement durable : de quoi parle-t-on ? La plateforme aér, portée par l'Arcade (Agence régionale des arts du spectacle), et créée à l'initiative de l'ADEME et de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, est un outil dédié au partage d'expérience, à la valorisation et à l'accompagnement des démarches éco-responsables mises en œuvre par les évènements culturels de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Culture et développement durable, quel rapport, quelle convergence ? Comment aller plus loin que l’éco-responsabilité ? Comment intégrer ce volet dans les politiques territoriales de développement durable ? Autant de questions qui se posent alors que Marseille Provence 2013 s’achève et que les Assises Nationales du Développement Durable se profile en terre provençale d’ici fin novembre. Gilles Berhault, Président du Comité 21, responsable de la délégation française Rio+20 pour l’Etat et habitant de notre territoire s’empare de la question à travers un livre « Propriétaire ou artiste, Manifeste pour une écologie de l’être » sorti aux éditions de l’Aube le 31 octobre. Il nous fait partager sa vision et ses réflexions sur un sujet émergeant mais complexe.

- De quoi traite votre livre ?

Celui-ci propose un changement culturel radical. L’économie de la propriété a des conséquences négatives autant sur l’environnement, que sur la santé, que sur le développement d’une économie équitable et localisée. Seul le développement culturel et artistique de nos sociétés placé comme priorité absolue nous permettra de reprendre la main sur nos vies, dans l’ambition d’un vrai plaisir de vivre partagée, riche et plus solidaire, en harmonie avec la fantastique biodiversité dont vous faisons partie.

- Quand on évoque ce sujet, de quoi parle-t-on ? De création artistique, de culture, de patrimoine, de territoires ?

On parle de la société. On parle de vie, de changement de comportement et de respect de la diversité, mais on parle aussi de capacité d’expression et de création artistique. C’est elle qui nous apporte une vision de l’avenir, nous permet de concevoir de nouveaux modèles, y compris en remettant en cause nos façons d’être.

On évoque souvent la culture comme le quatrième pilier du développement durable, c’est selon moi une erreur. La culture est transversale. Je préfère quand on la considère comme la clef de voute d’un développement durable, au service d’un nouveau projet collectif, comme dans la démarche proposée par Malraux, ministre de la culture. Il s’agit de concevoir et de mettre en œuvre un nouveau projet partagé, cela passe par une métamorphose globale.

- En quoi notre modèle sociétal connaît des dérives que seule une approche culturelle peut inverser ?

Ce qui caractérise la fin du 20e siècle est la systématisation de la consommation compulsive. La volonté de donner accès à des produits et services, dans un esprit de reconstruction d’après guerre, s’est vite transformée en un modèle économique mondial. Je stresse et je compense par l’achat, donc la possession. Le phénomène a bien sûr été accentué par l’avènement de la télévision. On se rappelle les propos d’un patron de TF1 : « je vends du temps de cerveau disponible à Coca Cola », « du temps de cerveau stressé » aurait-il pu ajouter.

Nous devons être prudents, nous abordons souvent le sujet du développement durable de manière technique en oubliant que le développement durable est avant tout une approche humaniste, même si elle semble avoir perdu de son humanité.

Le développement durable est avant tout un changement de paradigme. Mais ce que l’on sous-estime, c’est que ce consumérisme devenu religion a structuré la société jusqu’à en devenir une structure culturelle. Les lois ne suffisent pas pour modifier ce qui aujourd’hui est entré dans nos us et coutumes. Seule l’expression, les échanges, l’esquisse d’autres modes de vie, la capacité créative, la confiance pourront inverser la tendance.

Je suis persuadé que l’essentiel en matière d’éducation c’est l’expression et celle-ci passe évidemment par la pratique artistique parfois plus accessible et souvent plus libre. L’éducation aux arts et à l’humanité, c’est aussi l’expression de la démocratie, comme l’exprime très bien Martha Nussbaum…

- Quelle est la place des artistes dans cette mutation sociétale ?

Le développement durable a pour l’instant peu fait appel aux créateurs. Il s’est trop tourné vers son passé avec nostalgie. Pourtant les artistes apportent une autre approche. Ils observent le monde avec une approche émotionnelle. On ne cherche pas à d’être raisonnable, au contraire. Réinventer un système est souvent déstabilisant, pourtant nous avons la chance de vivre à notre époque de mutations très rapides.

Mais, il y a une autre dimension à prendre en compte à partir du moment où on pose la question de la création, c’est la notion de propriété. Bien sûr, il y a un marché de l’art mais fondamentalement, on n’est pas plus propriétaire d’une œuvre que d’un paysage. Matisse, par exemple, retournait parfois chez l’acquéreur d’une de ses toiles afin de la continuer. Quand on achète une œuvre, on en est le détenteur et le protecteur mais pas le propriétaire. La relation à l’art et au mode d’expression ne peut s’inscrire dans une logique de propriétaire. Cette notion de propriété est intéressante à revisiter en matière d’impact environnemental et social mais surtout en terme d’accès à une plus grande qualité de vie. Ne pas chercher à systématiquement à posséder rend la vie plus légère et moins stressante. Cela renvoie à la notion d’usage et non plus d’appartenance.

- En quoi l’éco-responsabilité participe de cette prise de conscience ?

On confond encore trop souvent la relation du développement durable à la création avec l’éco-responsabilité. L’art comme toute activité doit s’emparer de l’éco-responsabilité. Pour moi c’est une évidence, mais ce n’est pas mon propos. Mon propos tourne plus autour de la nécessité de ramener l’art dans la vie de chacun. La lettre de mission du gouvernement à destination du ministère de la culture va d’ailleurs dans ce sens là, donnant sa responsabilité sociétale et éducative à la politique développement durable du ministère de la culture.

- Le développement durable et ses porte-voix prônent la proximité. Comment aborder la culture locale dans un univers mondialisé ?

La question des cultures locales est complexe surtout avec l’avènement du numérique. Les jeunes adultes constituent la première génération « jeune » à se vivre de façon unitaire à l’échelle de la planète, tout en gardant ses diversités, souvent liées à un territoire de vie. C’est vrai par exemple en Bretagne où la culture locale est très forte et la culture contemporaine très riche et pourtant les 2 se mélangent très bien dans un contexte de culture mondialisée.

Il faut arrêter de croire que le numérique se substitue aux modes de vies anciens. Bien au contraire, on peut avoir l’ambition avec le numérique d’avoir des gens plus cultivés, plus intelligents, qui se parlent et échangent. Il est trop tard pour revenir aux anciens équilibres, y compris avec la biodiversité. Aujourd’hui, on peut être à l’écoute des gens de son quartier, tout en conversant avec des Coréens ou des Mexicains.

- Source : La plateforme aér



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