Total et les sables bitumineux : à qui profite le désastre ?

L’Assemblée générale des actionnaires de Total a été l’occasion pour le groupe d’annoncer un bénéfice record pour 2010 avec un résultat net de 10,3 milliards d’euros. Les Amis de la Terre France et leurs partenaires venus de Madagascar et du Canada réitèrent auprès du géant énergétique leur demande de cesser tout investissement dans les hydrocarbures non conventionnels, notamment les sables bitumineux et les gaz de schiste. L’exploitation de ces ressources contribue à l’aggravation de la crise climatique, à la destruction de l’environnement et affecte irrémédiablement les conditions de vie des populations locales. Aux impacts sociaux et environnementaux désastreux s’ajoute le coût économique élevé de ces projets, autant d’argent qui n’est pas consacré au développement d’énergies propres. Année après année, Total annonce des profits faramineux : en 2010, le groupe a engendré le bénéfice le plus important du CAC 40 avec un résultat net de 10,3 milliards d’euros, en hausse de 32 % par rapport à l’année 2009. Si certains actionnaires peuvent se réjouir des bons résultats du groupe, ce dernier, maître de l’optimisation fiscale, n’a payé aucun impôt sur les sociétés en 2009 et 2010, arguant que ces activités en France seraient déficitaires. Selon la multinationale : « Ce résultat reflète à la fois l’amélioration de l’environnement et la solidité des performances du Groupe [[ – Total, Document de référence 2010, p. 54]]» : une nouvelle provocation de la part d’une multinationale connue pour son irresponsabilité et qui donne la priorité aux intérêts économiques quel qu’en soit le prix, y compris le sacrifice des peuples et de la planète. Loin de tirer la leçon du désastreux bilan de l’exploitation des sables bitumineux au Canada[[Actuellement, les sables bitumineux représentent la forme de carburant non conventionnel la plus exploitée commercialement mais ces impacts sont désastreux. L’extraction de ces sables rejette de 3 à 5 fois plus de gaz à effet de serre (GES) que les hydrocarbures conventionnels et détruit de façon irréversible les écosystèmes. Ainsi, leur exploitation dans la région de l’Alberta au Canada conduit à la destruction de la forêt boréale, la contamination de l’air, de l’eau et des sols notamment à cause des énormes bassins de décantation, provoquant des problèmes sanitaires graves pour les communautés indigènes se trouvant en aval de ces projets et affectant fortement leurs moyens de subsistance et leur intégrité culturelle.]], Total compte continuer à développer ses activités dans cette région et ailleurs dans le monde. De nouvelles catastrophes sont annoncées, notamment à Madagascar avec le projet de Bemolanga, qui menace une des plus grandes réserves de biodiversité, ainsi que les ressources en eau et les zones de pâturage, indispensables aux communautés locales qui vivent principalement de l’élevage. A cela s’ajoutent la multiplication des projets d’exploitation de gaz de schiste, en France, aux États-Unis, en Argentine et au Danemark. Des militants, représentants des Premières nations canadiennes et de la société civile malgache, sont à Paris pour pouvoir apporter directement leur témoignage et interpeller Total. Juliette Renaud, chargée de campagne aux Amis de la Terre commente : « Ces projets se font sans réelle consultation ni consentement libre, informé et préalable des populations locales, qui se retrouvent souvent abandonnées par leurs gouvernements et démunies face à l’immensité des impacts provoqués par les activités des multinationales pétrolières. Il est temps pour Total de réagir et de se tourner vers l’avenir en préparant l’indispensable transition énergétique et en développant massivement les investissements dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique ». Par ailleurs, de nombreux doutes existent concernant la viabilité financière à long terme de l’exploitation des sables bitumineux. En effet, l’exploitation de ces hydrocarbures non conventionnels implique des coûts d’investissement très importants, et leur rentabilité repose sur le maintien des prix du pétrole à un niveau élevé (70 à 100 dollars le baril), et des prix du carbone à un niveau bas. Les compagnies pétrolières comme Total misent sur des fausses solutions comme le captage et le stockage du carbone, alors que leur efficacité n’a pas encore été prouvée et que les coûts de leur utilisation à échelle commerciale sont considérables voire prohibitifs. Selon Yann Louvel, référent sur la Responsabilité des acteurs financiers aux Amis de la Terre : « Avec le développement des sables bitumineux, Total est engagé dans une course en avant et va droit dans le mur. Ses actionnaires et les investisseurs devraient commencer à se poser plus de questions, demander des comptes à Total et retirer leur soutien à ces projets. »
Les Amis de la Terre
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