Suite au décès le 31 décembre 2025 de Francis Hallé, à l’âge de 87 ans, les Éditions Actes Sud rendent un hommage au botaniste de renom, spécialiste des arbres et plus particulièrement des forêts tropicales, qui avait suivi des études de biologie et de botanique à la Sorbonne. L’occasion de découvrir toute son œuvre chez Actes Sud.

Il était une forêt, plaidoyer pour l’arbre
“La modestie devant les arbres s’impose dans tous les domaines. Ne nous y trompons pas : à notre époque où triomphent les technosciences, nous sommes tout à fait incapables de construire un édifice qui aurait les mêmes propriétés technologiques qu’un arbre.
C’est peut-être un peu humiliant,
Francis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, Actes Sud, 2005 et nouvelle édition en 2024
mais c’est ainsi.”

“Sur la fenêtre de mon balcon, il y avait des pots de terre. Ce n’était pas moi qui les avais mis là.
Et jour après jour, j’ai vu pousser une plante, je l’ai vue fleurir, je l’ai vue donner des graines, et l’année d’après il y avait des plantes dans tous les pots. Je ne m’en étais pas occupé, je ne l’avais même pas arrosée. La pluie parisienne lui suffisait.
Aucun animal n’est capable de faire ça ! (…) Tandis qu’une plante, c’est absolument magique ! Elle est d’une autonomie absolue. Pas besoin de s’en occuper. Elle fait tout ce qu’elle a à faire indépendamment de moi.
C’est ce qui m’a émerveillé et séduit.”
Laure-Dominique Agniel, Francis Hallé
Les vies heureuses du botaniste
Actes Sud, 2023
Dans les années 60, Francis Hallé enseigne à l’université de Brazzaville au Congo, puis à l’université Lovanium de Kinshasa. Il s’installe à Montpellier en 1971, où il enseigne l’écologie tropicale et l’agroforesterie à l’université. Cette ville lui servira également de base arrière pour ses nombreuses expéditions scientifiques à travers le monde.
Le Radeau des Cimes : 30 années d’exploration des canopées forestières équatoriales

Francis Hallé était également connu du grand public comme co-initiateur de l’aventure du radeau des cimes, expérience scientifique incomparable qui a donné lieu à un film réalisé par Luc Jacquet, Il était une forêt (2013) et à un livre, Le Radeau des cimes (Actes Sud, 2021). L’engin volant conçu par Gilles Ebersolt et piloté par Dany Cleyet-Marrel a permis à Francis Hallé et son équipe de mener entre la fin des années 1980 et les années 2010, une dizaine d’expéditions scientifiques sur les canopées des forêts tropicales primaires, là où se trouve la plus forte biodiversité de la planète.

La condition tropicale
“La canopée de la forêt tropicale présente la caractéristique étonnante d’être le milieu où vivent le plus grand nombre d’espèces animales et végétales, le milieu le plus vivant du monde.”
Francis Hallé, La Condition tropicale, Actes Sud, 2010
Une histoire naturelle, économique et sociale
des basses latitudes
Notre avenir : la forêt et les arbres
Conférence de Francis Hallé
au 10ème Festival Terre & Lettres 2019
Un projet : recréer une forêt primaire en Europe de l’Ouest

Défenseur infatigable des forêts primaires, il avait lancé en 2018 avec quelques amis et l’appui de son association, le projet de recréer une forêt primaire transfrontalière en Europe de l’Ouest, un projet dans lequel une forêt évoluerait de façon autonome, renouvelant et développant sa faune et sa flore sans aucune intervention humaine, et cela sur une période de plusieurs siècles.

Il avait exposé les détails du projet dans un petit manifeste, Pour une forêt primaire en Europe de l’ouest (Actes Sud, 2021) et parcourait le territoire pour en expliquer la nécessité.

Les forêts primaires, qui n’ont jamais été modifiées ni exploitées par l’homme, sont des joyaux de la nature, des sommets de biodiversité. Leurs bénéfices sont inestimables. Sous les tropiques, elles subissent un déclin alarmant. En Europe, elles ont quasiment disparu depuis 1850. Pourquoi devrions-nous nous satisfaire de cette situation ? Ce n’est cohérent ni avec notre tradition culturelle, ni avec notre exigence de beauté des paysages.
C’est pourquoi, à l’initiative du botaniste, l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire agit pour la création d’un vaste espace (environ 70 000 hectares) dans lequel une forêt, placée en “libre évolution”, renouvellera et développera sa faune et sa flore sans aucune intervention humaine, et cela sur une période de plusieurs siècles. Cette zone, qui reste à localiser, sera transfrontalière, avec une base française.
Ce projet suscite un très vif intérêt du public, pour des raisons à la fois écologiques et philosophiques. Comme l’expose ce manifeste, l’Association souhaite susciter un large mouvement d’opinion pour faciliter l’obtention des accords politiques et administratifs nécessaires. Il est urgent d’agir !
Dessiner les plantes pour mieux les comprendre
Pédagogue subtil, il adorait aller à la rencontre des plus jeunes pour leur transmettre son savoir et sa passion et leur conseillait fréquemment d’apprendre à dessiner les plantes :
“On me demande parfois pourquoi je passe tant de temps à dessiner les plantes, alors qu’il y a aujourd’hui de petits appareils photo très maniables et légers. Mais si vous photographiez une plante qui vous intéresse, vous verrez également sur la photo toutes les plantes qui poussent autour d’elle et la vôtre disparaîtra au milieu des autres. Je ne vois pas d’autre solution que le dessin pour décrire cette plante et elle seule. Avec le dessin, je peux tourner autour de mon sujet et l’observer dans ses moindres détails. Quand j’esquisse une plante, je la comprends mieux. Une sorte de dialogue s’instaure. Il me vient des questions en dessinant. Je peux essayer d’y répondre puisque l’objet vivant est là.
Bien sûr, il faut prendre son temps !”
Laure-Dominique Agniel, Francis Hallé, Les vies heureuses du botaniste, Actes Sud, 2023

L’étonnante vie des plantes
Francis Hallé était en effet doué pour le dessin et les siens ont fait l’objet de plusieurs expositions et publications, y compris pour le jeune public, avec notamment L’Étonnante vie des plantes (Actes Sud Jeunesse, 2021).

La Beauté du vivant, son dernier livre
Son dernier livre, La Beauté du vivant, (Actes Sud), publié à l’automne 2024, sonne comme une dernière injonction à s’ouvrir à la beauté de la nature, lui qui déplorait souvent que les scientifiques n’aient pas le droit de s’exprimer sur ce sujet :
“Nous sommes priés de ne jamais faire état de nos sentiments personnels.
La beauté, nous n’avons pas le droit d’en parler, parce que c’est subjectif et non mesurable.
Pourtant, la beauté de la nature est bien réelle.
De quel droit un scientifique dit-il : “J’étudie ce qui est mesurable et objectif mais je ne veux pas me lancer dans ce qui est subjectif et non mesurable” ?
Pendant nos études, on nous a répété que s’intéresser à la beauté c’était bon pour les enfants, les débutants, ou les artistes, mais pas pour les scientifiques.”
Laure-Dominique Agniel, Francis Hallé, Les vies heureuses du botaniste, Actes Sud, 2023
La beauté du vivant, nous l’avons sous les yeux chaque jour.

Actes Sud
Pourtant, rares sont les naturalistes qui osent en parler. Soupçons de subjectivité, accusations de sentimentalisme : les questions d’esthétique ont longtemps été considérées comme des obstacles au raisonnement scientifique. Francis Hallé nous prouve le contraire avec grâce, dans une enquête sous forme de déambulation entre les lignées de l’évolution, délicatement dessinées de sa main.
- Peut-on trouver des critères objectifs de beauté ou de laideur d’une espèce ?
- Quelle utilité la beauté peut-elle avoir pour un organisme vivant ?
- La notion de beauté a-t-elle un sens chez les végétaux ?
- L’évolution mène-t-elle à davantage de beauté ?
Au fil des planches, on découvre avec bonheur que la fonction de la beauté pourrait être bien plus large que le maigre rôle de séduction qu’on lui avait octroyé dans la théorie de l’évolution.
Pour nos yeux trop habitués à ce qu’ils voient, lassés du spectacle des brutalités quotidiennes, ce livre est une sorte d’antidote.
On y renoue avec un émerveillement simple, là où nous n’aurions jamais espéré le trouver : au fin fond des mers, dans les ingénieux replis d’une graine, les correspondances géométriques d’un pelage…
Livre aventureux et buissonnier, La Beauté du vivant démontre que toute compréhension du monde commence par l’amour et l’observation attentive de ses formes, même les plus simples.
L’engagement de Francis Hallé à défendre cette beauté du vivant et, singulièrement, celle des forêts primaires était absolu.






