Le réchauffement est irréversible

Par Louis-Gilles Francoeur

«Il faut à tout prix éviter le seuil de l’emballement» , dit un spécialiste

Des hivers aussi aberrants que celui qui a cours présentement, s’ils ne sont pas nécessairement un effet du réchauffement du climat, nous donnent cependant une idée très claire de ce qui s’en vient d’ici 2050, car le mégaphénomène climatique est désormais «irréversible».

«Irréversible, certes, et c’est pourquoi il faut intensément se préoccuper de nous y préparer par l’étude des meilleures stratégies d’adaptation. Mais pas encore en phase d’emballement, ce qui le rendrait hors de contrôle par les humains», explique en entrevue au Devoir André Musy, le directeur du Centre Ouranos de Montréal, qui se spécialise dans l’étude du réchauffement climatique.

On sait depuis plusieurs années — parce que des dizaines d’études le confirment — que le réchauffement du climat s’accélère, au point de rejoindre certains scénarios parmi les plus pessimistes, ajoute le directeur d’Ouranos. Mais on ne sait pas encore où se situe exactement le seuil à partir duquel le réchauffement s’emballerait grâce à la libération des millions de tonnes de CO2 emprisonnées dans le pergélisol ou des millions de tonnes de méthane solide — 22 fois plus efficace que le CO2 comme gaz à effet de serre (GES) — qui dorment sur le plancher des océans à très grande profondeur. Sans parler des impacts de l’arrêt de l’oscillation de l’océan Atlantique et du Golf Stream, dont dépend le climat européen.

«Ce qu’on sait cependant, explique André Musy, c’est qu’il est pratiquement inévitable que le climat de la planète se réchauffe de 4 à 5 °C d’ici 2050, car on ne peut pas retirer de l’atmosphère terrestre les énormes quantités de GES émises depuis 10 ou 15 ans, qui vont y rester encore longtemps. L’effet de ce réchauffement variera selon les régions. Dans le nord du Canada, on parle d’un réchauffement qui pourrait atteindre 7 à 8 °C si la couverture de neige s’y modifie sensiblement. Même si la marge d’erreur dans ce domaine demeure relativement importante, il faut constater que tous les modèles mathématiques convergent dans la même direction.»

C’est un réchauffement du climat terrestre moyen de cette ampleur, soit entre 3,5 et 4 °C, qui a fait fondre la calotte de glace d’environ deux kilomètres d’épaisseur qui recouvrait Montréal il y a 15 000 ans. On peut difficilement imaginer à quoi ressemblerait la métropole si le climat devait se réchauffer autant en moins de deux générations. Mais c’est ce que prédisent les modèles à partir de la situation actuelle, et cela, ajoute André Musy, même si on amorçait une diminution radicale de nos émissions de GES dès maintenant.

Le véritable enjeu, dit-il, c’est de savoir si on peut éviter l’emballement du réchauffement climatique, qui pourrait provoquer un réchauffement planétaire moyen, pouvant atteindre 7 à 8 °C, ce qui serait possible si les émissions d’origine humaine déclenchent la libération des forces naturelles dormantes dans le pergélisol et le fond des mers. À ce stade, toutes les tentatives humaines pour contrôler l’évolution du climat seraient vaines.

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