Une info RUE89

La bouteille végétale de Volvic, pas si écolo

Entre l’eau du robinet chlorée et l’eau en bouteille génératrice de déchets, Volvic propose depuis mars la première « bouteille végétale » à grand renfort de marketing. Oui mais voila, a y regarder de plus près malgré son bouchon vert, elle est toujours 100% … en plastique dévoile RUE89…

Le plastique de cette bouteille-là est un PET (un mélange d’acide téréphtalique et d’éthylène glycol), comme ses cousines plus « classiques ». Sauf que les 20% d’éthylène glycol de la « bouteille végétale » sont issus d’une mélasse de canne à sucre. Ce déchet est issu de la production de sucre de canne, cultivée et transformée en Inde, alors que les autres bouteilles sont à 100% constituées d’hydrocarbures. Chez Danone, maison-mère de Volvic, on indique que : « La molécule issue du végétal remplace ainsi une des molécules du PET, mais sa composition chimique finale est exactement la même. » Concrètement, cette « bouteille végétale » nécessite (un peu) moins d’hydrocarbures consommés, mais engendre toujours autant de plastique, qu’on retrouve dans le ventre d’oiseaux sauvages, assemblé en continents flottants dans le Pacifique et l’Atlantique, résume la journaliste Marine Jobert qui signe cet article dans RUE89.
communiqué de presse de la marque Volvic
communiqué de presse de la marque Volvic
L’autorité de régulation de la pub alertée L’apparition de cette bouteille pseudo verte a, logiquement, fait bondir les spécialistes du secteur. La filière du « bioplastique » – représentée par Pascal Bastien, le président de Vegetal & Mineral Water SAS, une PME de Champagne-Ardenne) – travaille à produire un plastique à base de résines végétales, totalement biodégradable. Ulcéré par ce qu’il considère comme de la publicité mensongère, son représentant a alerté l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP). Danone assure qu’elle a travaillé en collaboration avec l’ARPP pour élaborer sa campagne et n’avoir, depuis, reçu aucun signalement émanant de l’autorité. Pascal Bastien dénonce un plastique qui n’est « ni biodégradable, ni compostable et qui est toxique pour l’environnement ». La Fondation France Libertés parle de « greenwashing de bonne foi, mais qui ne résout rien au niveau de la filière déchet ». Emmanuel Poilane, le directeur de la Fondation de Danielle Mitterrand, dénonce la « perversion du système qui amène à pouvoir annoncer comme “ verte ” une activité polluante au final ». Il se prend à rêver : « Si ces bouteilles étaient réellement composés de végétaux, on pourrait les enterrer dans son jardin ! » Un des efforts de Volvic en matière d’écologie Le directeur du comité nature Evian-Volvic et des usines de la marque, Stéphane Cousté, se défend en assurant : « La bouteille est 100% recyclable. C’est une étape de plus pour Volvic. » Il rappelle que la politique de développement durable de la marque a permis de réduire de 20% le poids des emballages des bouteilles et d’intégrer du plastique recyclé, ou de réduire le poids des bouteilles (de 10%). « Quand une bouteille sur deux seulement trouve le chemin de la poubelle de tri – pour finir en billes de plastique la plupart du temps – et que 100% du plastique en fin de vie finira enfoui ou incinéré, on comprend que, végétale ou pas, Volvic a bel et bien mis sur le marché une bouteille aussi polluante que ses concurrents. Il ne reste plus qu’à militer activement pour une eau de qualité à la sortie du robinet » conclut la journaliste Marine Jobert.

 

David Naulin
David Naulinhttps://cdurable.info
Journaliste de solutions écologiques et sociales en Occitanie.

Lire aussi

Cinq associations lancent un Pacte national pour faire des sols vivants une priorité

Alors que 89 % des sols agricoles de l'Union...

Investir dans notre avenir : L’innovation sociale par la preuve

"Investir dans notre avenir" : ce thème de la...

La transition écologique à l’âge des preuves, une évolution inévitable pour 68% des français

Que font les crises successives à l'opinion et à...

Newsletter

Sur Cdurable

Réseau des Ordonnances Vertes : unir les territoires pour protéger la santé dès la grossesse

Le Réseau Ordonnances Vertes veut faciliter l'accès à une alimentation bio, sensibiliser aux perturbateurs endocriniens et renforcer la prévention en santé environnementale.

Immobilier : après le DPE, la qualité environnementale du quartier devient un nouveau critère de choix !

Deux appartements affichent le même DPE, la même surface...

De la théorie du donut à l’outil pour une approche durable de l’avenir

Comment concilier la satisfaction des besoins humains fondamentaux avec...

Quand les habitants se mobilisent pour faire revivre leur village : Bouge Ton CoQ avec l’ouverture d’une épicerie participative

Alors que 62 % des communes françaises ne disposent plus d'aucun commerce, les épiceries participatives poursuivent leur essor dans les territoires ruraux. Partout en France, des habitants se mobilisent pour recréer un lieu de vie, soutenir les producteurs locaux et maintenir des services de proximité. Forte de l'expérience acquise auprès de près de 300 communes accompagnées, l'association Bouge Ton CoQ lance un nouvel appel à candidatures afin d'accompagner 30 nouveaux projets d'épiceries participatives dès cet hiver.

Cinq associations lancent un Pacte national pour faire des sols vivants une priorité

Alors que 89 % des sols agricoles de l'Union européenne présentent des signes de dégradation, cinq associations engagées dans la transition agricole appellent les...

Investir dans notre avenir : L’innovation sociale par la preuve

"Investir dans notre avenir" : ce thème de la cinquième édition du Sommet de la mesure d'impact résonne dans un contexte marqué par des...

La transition écologique à l’âge des preuves, une évolution inévitable pour 68% des français

Que font les crises successives à l'opinion et à la transition écologique ? L'analyse de Parlons Climat, après 50 heures d'écoute ces derniers mois...