L’Art au secours du climat

Publié en février 2018 dans la revue Global Environmental Change par Miriam Burke, David Ockwell et Lorraine Whitmarsh, l’article « Participatory arts and affective engagement with climate change : the missing link in achieving climate compatible behaviour change ? » souligne l’importance de l’engagement émotionnel dans l’adoption de nouveaux comportements et étudie l’impact des arts participatifs sur la perception du changement climatique. Il présente les résultats d’une enquête réalisée auprès de plusieurs visiteurs de l’exposition Bird Yarns[[Bird Yarns est un projet de tricotage communautaire initié par Deirdre Nelson et financé par Cape Farewell sur l’île de Mull (Écosse) durant l’été 2012. Les oiseaux tricotés par le groupe furent inclus dans une exposition en plein air dans le but de sensibiliser les passants aux perturbations des migrations des Sternes arctiques liées à l’élévation de la température de surface des océans.]] en Écosse et propose des pistes de réflexion sur l’utilisation de l’art pour sensibiliser le public aux effets du changement climatique. Trier ses déchets, prendre le bus plutôt que la voiture, manger moins de viande : l’évolution des comportements individuels est un point clé de la lutte contre le changement climatique. Or, pour qu’un changement survienne, il est nécessaire que l’individu se sente émotionnellement engagé par l’enjeu. Cet article passe en revue les avancées de la psychologie sociale dans ce domaine (1) et présente les résultats d’une étude auprès de 15 visiteurs de l’exposition Bird Yarns[[Bird Yarns est un projet de tricotage communautaire initié par Deirdre Nelson et financé par Cape Farewell sur l’île de Mull (Écosse) durant l’été 2012. Les oiseaux tricotés par le groupe furent inclus dans une exposition en plein air dans le but de sensibiliser les passants aux perturbations des migrations des Sternes arctiques liées à l’élévation de la température de surface des océans.]] (2) avant d’en tirer des conclusions sur l’impact des arts sur la perception du changement climatique et l’adoption de comportements « bas-carbone » (3). – #1 Le changement climatique apparaît comme trop lent et trop abstrait pour provoquer une réaction émotionnelle. Pourtant, les réactions émotionnelles sont essentielles au processus de prise de décision : plus l’émotion est forte, plus les chances qu’elle débouche sur une action est grande. Néanmoins, les émotions négatives – provoquées par des visions catastrophistes du futur – peuvent avoir l’effet contraire et mener au déni ou à la résignation. Ces mécanismes psychologiques expliqueraient pourquoi une majeure partie de la population ne fait pas spontanément évoluer ses comportements malgré une conscience de la gravité du problème. Ils mettent aussi en évidence les failles des campagnes de sensibilisation basées uniquement sur des faits scientifiques. A l’inverse, les formes d’art originales, telles que les arts participatifs, offrent des opportunités d’engagement émotionnel intéressantes par le biais d’un ancrage local et de nouvelles représentations. – #2 Les chercheurs ont alors soumis 36 affirmations à un échantillon de 15 visiteurs[[9 femmes et 6 hommes, âgés de 20 à 65 ans, recrutés alors qu’ils visitaient l’exposition. L’article précise que cet échantillon n’est pas assez important pour être représentatif de la population mais qu’il peut servir de point de départ pour de futures recherches.]] de l’exposition Bird Yarns2. Il s’agissait d’exprimer sur une échelle de -4 à 4 son désaccord ou son accord avec les différentes affirmations. Trois groupes se sont dégagés de l’échantillon : un groupe conscient de la réalité et de la gravité du changement climatique (A), un groupe indécis (B) et un groupe climato-sceptique (C). Les groupes (A) et (C) ont déclaré ne pas avoir changé de point de vue sur le changement climatique suite à l’exposition. Au contraire, le groupe (B) s’est montré enthousiaste et affirme se sentir plus concerné par l’enjeu qu’avant l’exposition. Les résultats démontrent donc une réception de l’exposition biaisée selon les convictions de départ mais aussi que l’intégration du travail artistique dans le contexte local joue un rôle important dans l’engagement émotionnel des personnes indécises. – #3 L’art peut jouer un rôle important dans la sensibilisation au changement climatique car l’adoption de nouveaux comportements vertueux ne peut se concrétiser que par le biais d’un engagement émotionnel fort. Pour cela, une imagerie originale et positive ainsi que l’humour font partie des paramètres primordiaux d’une communication réussie. Le travail artistique doit également s’inscrire dans un contexte local afin de rendre plus tangible l’impact du changement climatique et de permettre l’ouverture d’un nouvel espace de discussion dans une communauté. Néanmoins, les auteurs de l’article précisent que la connexion entre engagement émotionnel avec le sujet et adoption de comportements « bas-carbone » ne résulte pas d’une progression linéaire mais bien d’un ensemble de relations complexes.

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L’Art au secours du climat

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