Une analyse d'Ernst & Young

Stratégies d’achats durables : où en est-on en 2010 ?

Ernst & Young publie la première étude sur l’intégration des principes de développement durable dans les stratégies d’achat des entreprises. Elle met en lumière le nouveau rôle central que les responsables achats sont désormais appelés à jouer, étant au carrefour des projets liés au développement durable dans l’entreprise. En effet, au-delà de leurs missions classiques d’optimisation des coûts, d’examen de la qualité des fournisseurs et de gestion des risques, ils ont aujourd’hui la responsabilité d’aller plus loin dans l’intégration et la déclinaison opérationnelle des principes de développement durable pour en faire un élément supplémentaire de compétitivité.

L’achat durable est une réalité opérationnelle L’étude montre que les entreprises interrogées ont mis en place différentes initiatives opérationnelles, pour intégrer la dimension développement durable dans leurs politiques d’achats : – 70% des répondants citent comme initiative première le recueil de données environnementales sur les produits auprès des fournisseurs. – 67% des répondants mentionnent l’achat de prestations de recyclage de déchets et/ou la création de filière de recyclage avec certains fournisseurs. – 65% mentionnent le recours à des fournisseurs à vocation sociale. « La maturité des entreprises en matière de développement durable relatif aux achats a passé un cap significatif » constate Eric Salviac, Directeur chez Ernst & Young Advisory. « Au-delà de la mise en conformité puis de l’image, il s’agit désormais d’un sujet de compétitivité et de proposer une offre répondant à une demande clients. jouer seulement sur l’image et la perception n’est plus d’actualité. Il faut agir d’abord et communiquer ensuite sur des actes », ajoute-il. L’achat durable face à la pression sur les coûts L’intégration du développement durable au sein de la filière achats ne se fait pas sans mal, car les éléments de court terme – pression à la baisse des coûts – entrent en contradiction frontale avec les concepts de « coût complet » et d’approche de long terme inhérents au développement durable, dont les bénéfices ne se mesurent pas toujours facilement. – 56% des personnes interrogées citent le coût de la démarche pour l’entreprise comme un handicap majeur en particulier dans un contexte de fortes restrictions budgétaires et d’optimisation des coûts. – 42% du panel souligne la difficulté à mesurer les résultats concrets du développement durable et le manque d’indicateurs de mesure. – 35% des répondants citent le coût de la démarche supporté cette fois par les fournisseurs. « Une solution aux réticences d’ordre budgétaire est de réfléchir systématiquement en coût complet. Ceci revient à prendre en compte la somme des coûts directement imputables à un bien ou à un service sur l’ensemble de son cycle de vie (ex : transport, maintenance, stockage, coût de fin de vie liés au recyclage) et non seulement son coût d’acquisition. Ainsi, la stratégie d’achats durables devient compatible avec une politique d’optimisation des coûts » ajoute Eric Salviac. L’achat durable : un critère de sélection et d’évaluation du risque fournisseur L’étude révèle que plus des trois quarts des entreprises interrogées déclarent prendre en compte des critères de développement durable dans leur choix de fournisseurs. Dans ce cas, ils déclarent porter une attention particulière à la certification des sites (74% des répondants), le respect des droits et des conditions de travail (63%) et l’existence d’une charte environnementale au sein de l’entreprise (62%). La dimension développement durable est notamment prise en compte lors des évaluations formalisées du risque fournisseur par les entreprises. au-delà du traditionnel risque financier (cité par 82% des répondants), elle ressort au travers des critères sociaux (mentionnés par 65% des personnes interrogées) et environnementaux (54%). « On assiste à une mutation de la relation des entreprises avec leurs fournisseurs. Elle peut aller de la recherche de solutions et de produits intégrant la notion de développement durable jusqu’à la création de véritables filières capables de fournir un approvisionnement régulier » souligne Eric Salviac. L’étude montre d’ailleurs que la majorité des acheteurs interrogés (83%) a déjà été amenée à demander à des fournisseurs des données environnementales sur leurs produits. Seul un quart des entreprises déclare ne rencontrer aucune difficulté pour obtenir ces informations. Les trois quarts restants se heurtent à la complexité de la démarche, à la difficulté de s’entendre sur un référentiel clair voire à l’incompréhension des fournisseurs, pas toujours formés sur ces aspects. L’achat durable : de nouvelles compétences pour les acheteurs Outre les objectifs habituels sur les coûts, la qualité et les délais, les directions achats sont désormais positionnées sur le thème du développement durable à des degrés divers – de la diminution des consommations au recours accru au recyclage. Cette évolution du rôle des directions achats, implique le développement de nouvelles compétences par les acheteurs et induit une transformation rapide de ce métier stratégique. « Les directions achats ont manifestement un rôle de plus en plus central à jouer : outre leurs missions traditionnelles, elles assument des responsabilités grandissantes et se retrouvent au cœur de l’intégration du développement durable dans l’entreprise », conclut Eric Salviac.

 

Méthodologie : Pour cette étude réalisée entre janvier et mars 2010, Ernst & Young a interrogé 100 grandes entreprises françaises – parmi elles, 57% sont cotées. La majorité des entreprises a un chiffre supérieur à 5 milliards d’euros. Le panel comprend les acteurs les plus importants et les plus significatifs du métier des achats (en termes de volumes achetés) ; ceux-ci pèsent sur les marchés fournisseurs et apparaissent comme des leaders d’opinion sur les sujets relatifs au développement durable. Les répondants occupent majoritairement les fonctions de directeurs/responsables des achats (55%), responsables de développement durable (16%) et celles de responsables supply chain/logistique (10%). L’échantillon a été composé de façon à restituer l’image la plus représentative possible des différents secteur de l’activité économique en France. Il se répartit en 8 grandes catégories : l’industrie (23%), la banque, assurances et services aux entreprises (17%), les produits de grande consommation (17%), les transports et l’automobile (15%), les télécoms, technologies, médias et multimédia (10%), le bâtiment et l’immobilier (7%), la vente et la distribution (7%) et enfin les autres secteurs (4%).

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David Naulin
David Naulinhttps://cdurable.info
Journaliste de solutions écologiques et sociales en Occitanie.

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