Huit Prix Nobel de la Paix interpellent l’Europe sur les sables bitumineux

Huit Prix Nobel de la Paix ont écrit aux chefs d’États européens et aux ministres de l’Environnement les exhortant de s’attaquer aux sources de carburants les plus polluantes, tels que les sables bitumineux et les huiles de schiste.

Dans leur lettre, les huit Prix Nobel de la Paix [[Mairead Maguire, Prix Nobel de la Paix (1976) – Irlande. Betty Williams, Prix Nobel de la Paix (1976) – Irlande. Adolfo Pérez Esquivel, Prix Nobel de la Paix (1980) – Argentine. Archbishop Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix (1984) – Afrique du Sud. Rigoberta Menchú Tum, Prix Nobel de la Paix (1992) – Guatemala. President José Ramos‐Horta, Prix Nobel de la Paix (1996) – Timor Oriental. Jody Williams, Prix Nobel de la Paix (1997) – Etats-Unis. Shirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix (2003) – Iran]] interpellent le Président Sarkozy : « Nous vous écrivons aujourd’hui pour demander de faire le bon choix pour notre environnement, en soutenant les efforts de la Commission européenne pour maintenir les sables bitumineux très polluants hors d’Europe ». Juliette Renaud, chargée de campagne sur les industries extractives aux Amis de la Terre France, commente : « Les sables bitumineux sont la source de pétrole la plus sale [[Pour plus d’information, cliquez ici.]]. Ils provoquent des dégâts irréversibles sur l’environnement et la faune sauvage, et surtout affectent fortement les conditions de vie des communautés locales dans le monde entier. Après les forêts boréales au Canada, les pétroliers veulent maintenant s’attaquer à des zones toujours plus fragiles, comme le projet de Total à Madagascar ». Les représentants des États membres de l’UE vont voter le 23 février prochain sur les modalités de mise en œuvre de la directive sur la qualité des carburants. Cette réglementation pourrait être un frein important à l’importation des carburants très polluants [[Le pétrole produit à partir de sources très polluantes, tels que les sables bitumineux, les huiles de schiste ou le charbon liquéfie, provoque des émissions de gaz à effet de serre bien plus importantes que le pétrole conventionnel. Ainsi les carburants issus des sables bitumineux produisent 23% de plus d’émissions de gaz à effet de serre que le pétrole conventionnel (107 grammes d’équivalent CO2 par megajoule d’énergie produite contre 87g pour le pétrole conventionnel).]] en Europe et surtout constituer un précédent pour d’autres législations dans le reste du monde. Cette directive a été votée en 2008 mais n’a toujours pas été mise en œuvre. Le Canada, un producteur majeur de sables bitumineux, ainsi que les grandes compagnies pétrolières, ont exercé un lobby agressif contre cette loi. La France compte parmi les pays qui seraient en train de céder à ces pressions et s’apprêterait à voter contre la proposition de la Commission européenne le 23 février. En conclusion de la lettre, les Prix Nobel rappellent que le Président Obama, à qui ils avaient aussi écrit pour exprimer leurs préoccupations, a su faire le bon choix en rejetant le projet d’oléoduc Keystone XL, qui devait transporter les sables bitumineux depuis l’Alberta (Canada) vers les États-Unis. Darek Urbaniak, des Amis de la Terre Europe, conclut : « Si l’Union européenne ne met pas en place des politiques adéquates, elle sera aussi responsable des dommages causés par les sables bitumineux. La proposition de la Commission européenne s’appuie sur des preuves scientifiques et les États membres devraient la soutenir. La question est de savoir s’ils sont prêts à dire « non » au lobby pétrolier et aux sables bitumineux. »

 

David Naulin
David Naulinhttp://cdurable.info
Journaliste de solutions écologiques et sociales en Occitanie.

Lire aussi

Appel à la résistance démocratique, sociale et écologique des mouvements Climat

Face aux partisans du backlash écologique et aux multiples...

Décarbonation industrielle : la France a les cartes, mais pas encore la stratégie

Alors que les tensions géopolitiques rappellent la fragilité des...

Évaluation environnementale des projets et participation du public

L’évaluation environnementale des projets en France et la participation...

Quand l’ancrage local sur le territoire devient un levier de compétitivité et de résilience pour l’entreprise

Chaînes de valeur fragilisées, tensions sur les ressources, transitions...

Newsletter

spot_img

Sur Cdurable

La catastrophe qui tarde : comprendre le paradoxe de l’environnementaliste

Changement climatique, effondrement de la biodiversité, pollution de l’air,...

Protéines végétales : le marché français progresse de 21% en deux ans et atteint 572 M€ en 2025

L’organisation à but non lucratif Good Food Institute Europe,...

Appel à la résistance démocratique, sociale et écologique des mouvements Climat

Face aux partisans du backlash écologique et aux multiples reculs, le mouvement Climat est toujours vivant, avec la multiplication des mobilisations de citoyens pour...

Décarbonation industrielle : la France a les cartes, mais pas encore la stratégie

Alors que les tensions géopolitiques rappellent la fragilité des approvisionnements énergétiques européens, la décarbonation de l'industrie apparaît plus que jamais comme un enjeu de...

Évaluation environnementale des projets et participation du public

L’évaluation environnementale des projets en France et la participation du public souffrent d'une perception souvent négative des acteurs concernés qui jugent lourdes, peu lisibles...