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Média du Développement durable
LA CROIX L’HEBDO

Comprendre la crise climatique

Le Rapport du GIEC en 6 infographies

vendredi 2 septembre 2022
Posté par Cyrille Souche

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Sécheresse, orages, incendies incontrôlables en France comme ailleurs, l’été 2022 a été celui des catastrophes climatiques. Or plus le réchauffement sera élevé, plus ses effets seront dévastateurs. Pour comprendre +0,8°C ce qui se joue et agir enfin, les rapports du Giec sont incontournables. LA CROIX les a résumés en six infographies accessibles et édifiantes, dans un dossier à mettre entre toutes les mains et que nous relayons sur CDURABLE.info. Comprendre pour agir ...



BAISSER LA TEMPÉRATURE

L’été a été brûlant, la rentrée ne l’est pas moins. Sur la crise climatique comme sur la pénurie d’énergie, les esprits s’échauffent. Les jets privés, les piscines et les golfs sont dans le collimateur, le gouvernement somme les patrons de présenter rapidement des plans de sobriété, sous peine de sanctions. Sur les estrades et les plateaux télé, la température monte. Et si on la faisait baisser un peu ? Le sentiment d’urgence, oui, le vent de panique, non.

Canicule, sécheresse et incendies ont brutalement imposé chez une grande majorité de Français la nécessité de changer de comportement pour préserver l’environnement. Mais, entre « savoir » et « agir », il y a un pas, que nous sommes tous tentés de déléguer au voisin. Pour nous aider à le franchir, La Croix L’Hebdo s’est plongé dans les rapports du Giec afin de comprendre pourquoi les meilleurs scientifiques du monde entier alertent depuis trente ans sur les risques majeurs que court la planète, à une échéance qui ne cesse de se rapprocher. De leur lecture attentive, Camille Richir et Marine Lamoureux ont tiré, comme d’autres, la conviction que les solutions étaient à portée de nos mains. Pas forcé- ment au même rythme, mais collectivement.

Comprendre pour passer à l’action, voilà bien la philosophie de notre magazine, cette année encore. Elle s’illustre notamment dans une nouvelle rubrique [1], « Les Français par eux-mêmes », qui succède à « La France vue par  », inaugurée en janvier dernier pour la période électorale. Une maître d’hôtel, bientôt une femme pompier, un maître-nageur, un viticulteur, une kiné... D’abord, ils se racontent, faisant partager au lecteur la richesse de leur expérience, puis viennent deux questions : « Là, tout de suite, qu’est-ce qui vous changerait la vie ? » « Et pour demain, une idée pour changer le monde ? » Entre deux débats enflammés sur les pelouses des universités d’été – avant qu’ils ne reprennent au Parlement le 3 octobre –, les élus de tous bords pourraient y trouver matière à réflexion. Et à décision.

Bruno Bouvet @bbouvet7574

Une citation pour commencer :
« Le plus grand échec pour un pédagogue, c’est de ne pas parvenir à faire comprendre que le savoir est source d’émancipation. »
Carole Zerbib (p. 16)

POURQUOI NOUS L’AVONS FAIT ?

Avouons-le. Les 2 913 pages du dernier rapport du Giec, portant sur la réduction des émissions mondiales de CO2, ont de quoi rebuter. Comme les 3 676 pages du précédent, en février 2022, sur la vulnérabilité des populations.
Des documents truffés de sigles, de références et d’analyses que la rigueur scientifique impose mais qui rendent la lecture fastidieuse. Et pourtant, il faut prendre connaissance de ces travaux. Car le dérèglement du climat est, avec le déclin de la biodiversité, le grand combat de notre temps. Pour espérer contenir le réchauffement à 1,5 °C, les experts de l’ONU indiquent que les émissions mondiales de CO2 doivent décroître au plus tard en 2025, puis entamer une baisse drastique : – 43 % d’ici à 2030, jalon sur la route de la neutralité carbone.

Un défi colossal, qui nous concerne tous. Pour aider nos lecteurs à prendre la mesure du défi, nous avons plongé dans les épais rapports, fouillé, trié, échangé avec des climatologues, pour en extraire les données décisives : sur le « budget carbone » – le maigre matelas qu’il nous reste – (ci-contre), les impacts à venir (p. 26-27) mais aussi les solutions, qui sont à portée de main (p. 28-29). À chacun – citoyens, pouvoirs publics, entreprises – de s’en saisir.

Marine Lamoureux et Camille Richir

Explorer - URGENCE CLIMAT : Comprendre pour agir

« Les responsables politiques et économiques sont dans un déni de l’urgence »

Économiste et diplomate, Laurence Tubiana est la directrice de la Fondation européenne pour le climat. Ex-ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique, elle a notamment joué un rôle clé dans les négociations pour l’Accord de Paris en 2015.

D’après Météo France, l’été 2022 a été en métropole le deuxième le plus chaud depuis 1900. Quelles leçons en tirer ?
Encore plus que les autres, cet été fait prendre conscience que le changement climatique n’est pas seulement un problème abstrait qui concernera d’autres pays ou les générations futures. Ici et maintenant, nous en voyons les conséquences. L’agriculture est en difficulté, nous constatons que nos villes et nos logements ne sont pas conçus pour résister à des vagues de chaleur.
L’un des points « positifs » est que les citoyens sont de plus en plus conscients du fait que l’on ne pourra pas continuer à émettre comme on le fait aujourd’hui. Or c’est un préalable nécessaire à l’action.

Vous parlez là de la société civile. Qu’en est-il des dirigeants ?
Les responsables politiques et économiques sont encore dans un déni de l’urgence. Dans les discours, le constat du réchauffement climatique est bien présent, mais les dirigeants ont encore du mal à en tirer les conséquences. L’exemple le plus frappant a été la façon
dont les objectifs environnementaux ont été repoussés par la guerre en Ukraine. En quelques mois, le gaz a été considéré comme une énergie utile à la transition par le « label
vert » européen, censé guider les investissements dans la lutte contre le changement climatique. L’exploration gazière est ainsi légitimée. Pourtant, selon l’Agence internationale de l’énergie, il faut stopper tout nouveau projet pétrolier ou gazier dès maintenant pour espérer rester au-dessous de la barre de 1,5 °C. Quant à la France, au nom de la lutte pour le pouvoir d’achat, le gouvernement a préféré subventionner le carburant plutôt que de mettre en place des alternatives.

Il y a beaucoup de peur du côté des responsables politiques à assumer qu’il y a des changements à mettre en œuvre, qu’il y aura des contraintes mais que c’est indispensable.
Comment expliquer cette dichotomie ?

Les dirigeants éprouvent des difficultés à intégrer l’idée que la transition est systémique, qu’elle doit être faite maintenant et que c’est possible. Prenez la Convention citoyenne pour le climat : les citoyens proposaient d’interdire la publicité pour les SUV, qui participent fortement aux émissions du secteur des transports. Les milieux économiques ont rétorqué que cela ruinerait le secteur de la pub, l’indépendance de la presse... Dès lors que l’on essaie de mettre en œuvre la moindre politique, on se voit opposer des arguments catastrophistes comme ceux-là et qui mettent fin à toute discussion.

On entend souvent aussi l’argument selon lequel la France ne représenterait que 1 % des émissions mondiales. Toute action serait donc inutile ?
Aujourd’hui, un Français émet 10 tonnes d’équivalent CO2 par an. La moyenne mondiale est de 6 tonnes, et, d’ici à 2050, il faudra en émettre moins de 2. Pour respecter ces objectifs climatiques, la France doit doubler le rythme de la baisse de ses émissions dès l’année prochaine. Cela montre l’ampleur des transformations à effectuer. D’autant que nous faisons partie des pays dont les revenus sont les plus élevés. Si nous ne prenons pas notre juste part, cela nous enlève toute légitimité pour demander à d’autres pays de baisser leurs émissions. Il ne faut pas non plus sous- estimer notre pouvoir d’action : l’Union européenne est l’un des principaux marchés de consommateurs au monde. Quand l’Allemagne s’est engagée dans le développement des énergies renouvelables, elle a créé des incitations économiques et a ainsi contribué au décollage de la production mondiale. Tout comme les normes environnementales européennes sont de plus en plus utilisées
comme standards à travers le monde, la lutte contre le changement climatique passe
par une dynamique d’entraînement.

 Recueilli par Camille Richir

Où retrouver les rapports du Giec ?

Le site officiel du Giec, où figure l’ensemble de ses publications par cycle d’évaluation, est en anglais. On y trouve les rapports dans leur intégralité et des synthèses plus accessibles : le « résumé pour décideurs », le « résumé technique » et les questions/réponses
(« Frequently Asked Questions ») destinées au grand public, avec des illustrations très utiles. On peut commencer par là !

 www.ipcc.ch

Il existe une version française du site, dans laquelle seule une partie des rapports est disponible dans notre langue.

 www.ipcc.ch (onglet « Languages »)


Textes : Marine Lamoureux et Camille Richir Infographies : Paul Coulbois

Remerciements à Sophie Szopa, directrice de recherche CEA (Commissariat à l’énergie atomique) au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE-IPSL) et auteure principale du rapport du groupe I du Giec, pour son aide précieuse pour ce dossier.


[1Autre changement, la double page « En débat » se nomme désormais « À vif », pour compléter l’offre d’interviews et de tribunes disponibles sous ce titre dans le quotidien et sur la-croix.com


Voir en ligne : www.la-croix.com

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