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Finance - Contribution Economique
Economie Collaborative

OuiShare : la Communauté des Acteurs de l’Economie Collaborative

Nous entrons dans l’ère où tout devient possible : une interview de Charles Eisenstein

mercredi 25 septembre 2013
Posté par Cyrille

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OuiShare est une communauté ouverte internationale composée de passionnés -entrepreneurs, designers, makers, chercheurs, décideurs publics, citoyens, et bien d’autres- qui oeuvrent pour le développement de l’économie collaborative. Organisation à but non lucratif fondée en janvier 2012 à Paris, OuiShare se donne pour mission d’explorer, de mettre en lien et de promouvoir les idées et projets à impact sociétal, basés sur les modèles du partage, de la collaboration et de l’ouverture.

L’équipe de OuiShare est présente au LH Forum - Mouvement pour une Economie Positive du 25 au 27 Septembre au Havre. Une traduction de l’interview de C. Eisenstein : “Nous entrons dans l’ère où tout devient possible” a été publiée sur leur site quelques jours avant.



Si les 10 dernières années se focalisaient sur les moyens nouveaux de créer, se connecter et partager sur le web ; les 10 prochaines années seront consacrées à la manière d’appliquer ces principes dans le monde réel. Déjà, de très nombreuses alternatives “peer-to-peer”, collaboratives et “open source”, modifient notre rapport aux biens matériels et immatériels en tirant partie de la force des communautés :

- La consommation collaborative décuple le pouvoir d’internet et des réseaux “peer-to-peer” pour réinventer notre manière de partager, louer ou échanger services et biens

- Le mouvement des “Makers” et la production contributive dessinent les contours d’une nouvelle révolution industrielle, portée par les outils et les lieux de fabrication numérique (imprimantes 3D, Fablabs…) et le partage de plans, méthodologies et designs en open source.

- La finance collaborative permet la distribution des capitaux par le financement participatif (crowdfunding) ou le prêt d’argent de pair à pair mais aussi des alternatives aux systèmes de transaction actuels en s’appuyant sur les monnaies complémentaires ou l’économie du don.

- La culture libre (open knowledge) est le socle numérique d’une société collaborative, permettant la démocratisation de la science, de la culture, de la politique, de l’éducation ou encore de l’économie.

- OuiShare lance la première semaine de l’économie collaborative du 1 au 7 mai 2014

Pour OuiShare, ce changement de paradigme et tous ces développements forment l’économie collaborative. Le potentiel de ces nouveaux modèles est énorme mais les défis qui y sont attachés restent encore importants.

Il existe peu de recherches et analyse systémique sur l’impact réel de ces nouveaux schémas sur la société et l’économie.

Les projets qui collaborent réellement sont encore minoritaires. Peu se connaissent et beaucoup restent encore enfermés dans une approche compétitive. En apprenant les uns des autres, ils peuvent alors se développer tout en accélérant le changement de paradigme et le partage responsable des biens communs.

L’économie collaborative a besoin de davantage de visibilité et d’éducation pour faciliter l’adoption de nouvelles pratiques par les usagers, encourager les pouvoirs politiques à soutenir des modèles soutenables et durables et réinventer les business models des entreprises.

OuiShare embrasse ces problématiques ; par la création de connaissance, d’événements, d’outils et de lien entre les acteurs, la communauté joue un rôle d’accélérateur de projets innovants.

- http://ouishare.net/fr

 Chiffres et faits marquants

OuiShare : la Communauté des Acteurs de l'Economie Collaborative`

Lancée à partir d’un groupe Facebook, la Communauté OuiShare compte désormais plus de 500 membres, principalement en Europe et en Amérique du Nord et Amérique latine qui contribuent en anglais, français, italien, espagnol, portugais et allemand. En 2012, il y a eu plus de 40 événements (rencontres, conférences et ateliers créatifs) dans 20 villes européennes et il y a désormais des communautés actives à Paris, Londres, Bruxelles, Rome, Barcelone, Madrid, Berlin, Munich…

Depuis Juillet 2012, la publication OuiShare.net, un magazine collaboratif en ligne propose différents articles d’analyse sur l’économie collaborative, en français, anglais et espagnol.

Plus récemment, l’animation de groupes de travail permet de partager et produire de l’expertise sur des thématiques telles que la mobilité partagée, la finance P2P, les nouveaux circuits alimentaires ou la production distribuée.

 Valeurs de OuiShare

- Ouverture. Nous croyons qu’une culture de l’ouverture procure de multiples bénéfices. OuiShare est une organisation sans hiérarchie. Chacun peut rejoindre et contribuer s’il le souhaite. La prise de décision est basée sur une gouvernance ouverte, partagée, et sur le mérite. Nos productions sont open-source, ce qui rend plus facile leur appropriation, leur réutilisation et leur diffusion.

- Transparence. En tant qu’organisation ouverte, notre priorité est que chacun puisse comprendre ce que nous faisons, comment et pourquoi nous le faisons et avec quels moyens. Notre but est de faciliter l’accès à l’information en la rendant la plus lisible possible.

- Indépendance. Si nous apprécions de travailler avec des organisations sur des projets spécifiques, nous refusons les partenariats exclusifs qui pourraient compromettre notre indépendance. Cela perturbe certains de nos partenaires à court terme, mais tous ont compris l’intérêt de cette posture à long terme.

- Impact. Nous définissons notre mission comme étant “d’accélérer l’émergence d’une économie plus collaborative”. Nous cherchons à assurer cette mission avec le plus d’impact possible.

- MPRL (Meet People In Real Life) – Rencontrer les gens dans la vraie vie – Nous privilégions les rencontres loin de l’ordinateur ! Internet est un outil qui amplifie les relations du quotidien mais ne les remplace pas.

- Action. Nous n’aimons pas parler sans agir. Quand vous avez une idée, n’attendez pas que d’autres la réalisent. Construisez un prototype par vous-mêmes et d’autres vous rejoindront !

- Beta permanente. OuiShare est une expérimentation permanente avec une approche de start-up. Notre curiosité et notre ouverture d’esprit nous poussent à expérimenter continuellement, à nous remettre en question quotidiennement. Autrement dit : “Démarrons rapidement, échouons souvent, apprenons par la pratique et itérons”.

- Feedback. Des feedbacks réguliers et personnels sont essentiels au maintien de la dynamique de OuiShare, à l’apprentissage et aux progrès de chacun. C’est pourquoi nous prônons les contributions, valorisons les réussites et encourageons la critique constructive.

- Inclusion. L’innovation se produit dans des environnements divers. Les membres de OuiShare habitent aux quatre coins du globe et recouvrent des profils très différents : entrepreneurs, designers, “makers” (ceux qui fabriquent), “hackers” (les pirates bienveillants), innovateurs sociaux, écologistes, chercheurs, journalistes, fonctionnaires, militants etc.

- Jeu. Travailler ne doit pas être ennuyeux. Nous voulons que les styles de vie collaboratifs se viralisent, et croyons que cela ne peut être permis que si travailler est aussi amusant, stimulant et créatif que jouer.

 OuiShare Europe Tour

OuiShare Europe Tour

 C. Eisenstein : “Nous entrons dans l’ère où tout devient possible

La Révolution de l'économie du don de Charles Eisenstein

Interview du 23 September 2013 par Stanislas Jourdan et Etienne Hayem
A lire dans son intégralité sur OUISHARE

Charles Eisenstein à Amsterdam

La crise financière est en train de dévoiler un long processus de re-exploration d’idées anciennes et de valeurs oubliées, explique Charles Eisenstein dans cette interview. Pour ce penseur, la réponse à la crise se trouve dans la magie du don et la narration d’une nouvelle histoire.

Charles Eisenstein est probablement l’un des auteurs les plus avancés dans la catégorie de la pensée intégrale avec sa spécialité : l’économie du don et la monnaie. Son dernier ouvrage, “L’Économie Sacrée“, est une bible de réflexion sur la valeur et l’argent dans la société actuelle et surtout celle de demain. Nous avons eu la chance de discuter avec Charles et de le faire parler sur sa vision de la nouvelle histoire que nous devons écrire.

Un article traduit de l’anglais par Marianne Souliez.

Cela fait cinq ans que la crise des subprimes a commencé et a fait s’effondrer le système financier… Et on dirait que rien n’a changé depuis ! Es-tu d’accord ?

Charles Eisenstein : Tu as raison. Et non seulement rien n’a changé mais les dynamiques de bases se sont même intensifiées. Une part de plus en plus grande de notre économie et de notre énergie sociale est vouée au service de la dette. Et cela veut dire que la concentration de richesses va augmenter, que la pression pour trouver un moyen de générer de la croissance économique va augmenter, et de plus en plus de gens seront laissés sur le carreau. Le système d’aide sociale va continuer à se dégrader parce que quand l’économie rétrécit, il faut bien encore trouver l’argent quelque part et l’un des moyens est de transférer les actifs existants et de les utiliser au service de la dette.

Vous pouvez ponctionner les fonds de retraites, les salaires des enseignants, privatiser des actifs… Il y a beaucoup de moyens de faire ce genre de chose mais il faut l’extraire des poches des gens, presque l’extraire de leur chair. Ils vont continuer à faire ça jusqu’à ce que les gens s’arrêtent et disent ‘Non’.

C’est une description très pessimiste de la situation, mais d’autres choses émergent à présent. Les nouvelles idées se répandent. Toi même fais partie des personnes qui militent pour le changement…

Charles : Oui, en fait je ne suis pas quelqu’un de pessimiste. Mais cela fait partie d’un processus naturel que lorsque quelque chose comme le capitalisme semble assez bien fonctionner, on essaye de faire que cela continue. Sauf que nous atteignons un point où cela devient intolérable. Puisque nous en sommes maintenant à ce point, c’est aussi le moment de la transition, le point à partir duquel on peut créer des alternatives complètement nouvelles. Certains personnes réfléchissent à ces alternatives depuis un bon moment, mais personne ne les prenait au sérieux car l’ancien régime n’avait pas atteint son point culminant.

Quelles sont les idées qui montent en ce moment ?

Charles : L’une d’elle est le revenu de base. On en parle depuis les années 20. Ce n’est donc pas une idée nouvelle mais même aujourd’hui, elle est très très éloignée de l’imagination de beaucoup de politiciens. Une autre idée associée est le système des taxes et dividendes pour les émissions carbone et les autres formes de pollution. On a aussi beaucoup parlé de changer la manière dont les banques centrales fonctionnent. Surtout aux Etats-Unis, des personnes très haut placées ont patiemment milité pour l’implémentation du plan Chicago par exemple, une proposition selon laquelle les gouvernements utilisent l’argent directement, sans les banques privées.

Il y en a beaucoup d’autres mais l’important est que c’est seulement quand le système ne fonctionne plus que l’ouverture se fait pour des idées nouvelles. C’est seulement quand les personnes diplômées ne parviennent pas à trouver du travail, restent coincées dans une sous-classe permanente, forcés d’accepter des boulots ennuyeux qui ne mènent à rien juste pour survivre, et des emplois qui ne contribuent même pas au bien-être de l’être humain ni à celui de la société. C’est alors que les gens en ont assez et s’ouvrent à des idées radicales comme le revenu de base universel.

Et c’est pour cela que je suis un optimiste, parce que c’est l’époque où nous entrons en ce moment.

La question de l’argent est centrale dans ton livre « L’Economie Sacrée ». Il y a un débat très répandu aujourd’hui à propos des banques centrales, de la création monétaire, etc. mais on dirait que toutes ces divisions aboutissent à un désaccord sur la définition de ce qu’est véritablement l’argent. Quelle est ta définition de l’argent ?

Charles : Je préfère aller au delà de la définition purement économique de l’argent : un moyen d’échange, une unité de valeur, une valeur de stockage. Elle explique ce que fait l’argent mais pas ce qu’est l’argent. Et ce que l’argent est et a toujours été est fondamentalement une convention sociale. Et une convention sociale, ça se change.

La convention sociale qui constitue l’argent aujourd’hui est reliée à beaucoup d’autres conventions qui sont invisibles à nos yeux, comme : qu’est-ce qui est important dans la vie, quel est le rôle de l’humanité sur Terre, qu’est-ce qui a de la valeur… Tout cela est connecté aux racines les plus profondes de notre mythologie sociale et politique. Donc, puisque toute la mythologie est en train de changer, parce que nous sommes en train de ré-inventer qui nous sommes sur cette planète, le système monétaire a besoin de changer aussi. De nombreux activistes, qu’ils travaillent sur les problèmes environnementaux, sur la pauvreté, ou sur la démocratie, tous se rendent compte que le système monétaire travaille contre eux. Donc à un moment donné, une partie de leur tâche est de faire changer le système monétaire afin qu’il ne soit plus l’ennemi de l’environnement et de la justice sociale, mais devienne un allié.

Si vous vous posez la question très innocente : « Pourquoi est-ce que la meilleure décision financière est si souvent à l’opposé de la meilleure décision écologique alors que l’argent est juste une convention ? Ne peut-on adopter une autre convention ? » La réponse est évidemment « Oui ! » et je ne suis pas le seul à le défendre.

Par exemple, la manière dont l’argent est créé aujourd’hui par l’intermédiaire de la dette avec intérêt fonctionne assez bien tant que l’économie croît. A chaque fois qu’une banque accorde un prêt à des entreprises ou à des individus, la dette grossit plus que la quantité d’argent. La banque vous prête un million d’Euros et ensuite vous devez deux millions à la banque. Et cela veut dire que nous sommes constamment en compétition pour obtenir de l’argent les uns des autres.

Si l’histoire se résumait à cela, au bout de dix ans la moitié des gens seraient en faillite et la richesse se concentrerait très rapidement. Mais en fait, avant que cela ne se produise, encore plus d’argent nouveau est prêté dans l’économie et nous avons plus de dettes. Mais ce n’est pas grave car la dette va générer plus d’argent. On le voit dans les pays piégés par la dette comme la Grèce et l’Irlande : quand les autorités disent que la solution est la croissance économique pour permettre de rembourser la dette.

«  De nombreux activistes, qu’ils travaillent sur les problèmes environnementaux, sur la pauvreté, ou sur la démocratie, tous se rendent compte que le système monétaire travaille contre eux . »

Au niveau individuel aussi, si on travaille d’avantage ou qu’on se débrouille avec moins, peut-être qu’un jour on peut rembourser sa dette personnelle. Nous sommes tous sous une pression systémique pour trouver quelque chose à vendre, et les aspects de la vie deviennent des services. Cette pression pousse vers la croissance économique, ce qui veut dire qu’une part de plus en plus grande de la nature doit être convertie en produits, de plus en plus de rapports humains doivent être convertis en services. Le tout fonctionne tant qu’il reste encore de la nature à transformer en matière première, et ce que nous appelons la communauté devient un tissu de relations monétisées.

La crise survient aujourd’hui parce qu’il ne reste plus grand chose : il n’y a plus beaucoup de nature à monétiser. On ne peut plus convertir la capacité de l’atmosphère à absorber le CO2 en plus de produits. On ne peut plus convertir la fertilité du sol en plus de sucre de canne, de nourriture pour animaux ou d’agrocarburants. On ne peut plus convertir la biodiversité des océans en pêches de poissons de plus en plus grosses chaque année. Nous admettons d’une manière générale que cette planète ne peut pas soutenir une productivité de plus en plus grande, et la même chose se produit au niveau social. Il n’y a presque plus de relations aujourd’hui qui ne soient pas monétisées d’une manière ou une autre. Il y a deux cent ans, beaucoup de choses faisaient partie de l’économie du don, comme la production de distractions et de loisirs. Les gens avaient l’habitude de se rassembler et de chanter. Aujourd’hui ils achètent leurs distractions. Aujourd’hui il faut payer pour obtenir un terrain de jeu pour les enfants, les gens paient pour aller faire du sport au lieu d’aller dans la nature.

«  Mis à part au sein de la famille, la plupart de nos relations humaines sont aujourd’hui monétisées . »

Comment alors revenir à une économie du don ?

Charles : En fait nous avons épuisé les ressources susceptibles de créer de la croissance, mais nous avons un système monétaire qui nécessite de la croissance. Donc la première option est de trouver de nouveaux moyens de croître : nous pourrions coloniser de nouveaux espaces, démarrer une guerre pour détruire des choses qu’il faudra reconstruire. La deuxième option est de changer de système monétaire pour permettre la décroissance ou la stabilité économique. Mais cela ne veut pas dire faire avec moins.

Je m’explique : aujourd’hui la plupart des repas sont cuisinés en dehors de la maison au lieu d’être préparés chez les gens dans leur cuisine. Maintenant la décroissance ne veut pas dire que les repas ne seront plus cuisinés. Cela veut dire que les gens vont se remettre à cuisiner les uns pour les autres. Cela ne veut pas dire que la nourriture ne sera plus cultivée, cela veut dire que nous allons la faire pousser dans nos jardins au lieu de payer un agro-business énorme et dépendant du transport. Cela ne veut pas dire que nous n’allons plus conduire nos voitures et nos vélos ; cela veut dire que tout un voisinage pourrait se partager la moitié des voitures que nous avons aujourd’hui. Nous passons environ 5% de notre temps en voiture, donc quand nous partageons les choses, cela nous permet de profiter de tout ce qui est important et que nous appelons la richesse sans le payer intégralement.

Autrement dit, cela signifie que nous devenons de plus en plus riches mais d’une manière porteuse de sens, alors même que la valeur totale des biens et services échangés contre de l’argent diminue. C’est là où l’économie du don intervient et nous avons besoin d’un système monétaire qui ne soit pas dépendant de la révision de la dette.

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