mardi 4 mars 2008 Posté par David Naulin
La grande primatologue propose dans ce livre une vision transversale des grandes questions alimentaires de notre époque. Sa connaissance biologique et son amour pour les animaux l’amènent à esquisser brièvement l’histoire de l’alimentation de l’homme. Elle célèbre en même temps la diversification culturelle qui s’exprime à travers les mille manières d’agrémenter et de consommer les produits de la nature.
L’auteur fait ensuite le tour des grandes menaces qui pèsent sur les ressources naturelles qui sont à la base de l’alimentation de l’homme et des animaux (la surexploitation des sols, l’élevage intensif, le ravage des océans, le transport excessif des aliments, une manière de produire des aliments qui les appauvrit et les rend parfois nocifs...) pour ensuite faire partager ses idées sur les mesures à prendre.
La politique agricole, l’éducation alimentaire des enfants, l’approvisionnement alimentaire dans l’environnement immédiat, l’économie d’eau et d’énergie - sont autant d’idées qu’elle aborde. La sérénité avec laquelle Jane Goodall évoque toutes ces questions procure à ce livre une grande originalité. Les différentes problématiques sont résumées avec intelligence, et intégrées dans une vision globale et transversale du sujet.
La « grande dame des chimpanzés » fait ainsi bénéficier le lecteur de ses expériences de biologiste et de directrice d’une importante fondation de sauvegarde de la nature.
Il s’agit d’un livre où une grande quantité d’information est présentée avec une belle capacité de conviction. Après Le Marché de la faim, le cri de coeur de Jane Goodall propose des éléments concrets aux consommateurs pour se réapproprier une liberté de se nourrir de façon citoyenne.
Nous sommes ce que nous mangeons de Jane Goodall - Editeur : Actes sud - Collection : Essais sciences humaines - Parution : 30/01/2008 - Prix public : 22,50 €
Dans son livre, Jane Goodall dénonce notre "boulimie" occidentale de viande. Elle en énumère les conséquences, comme l’avait déjà fait l’économiste Jeremy Rifkin dans son étude Beyond Beef ("Au-delà du bœuf", Plume Books, 1993, non traduit). Les chiffres qu’ils citent effraient. 1,2 milliard de bœufs, vaches, veaux et moutons destinés à l’abattage vivent sur terre : 100 000 bovins sont abattus par jour aux Etats-Unis, 3 000 000 par an en France. Ce véritable continent d’animaux de boucherie, et la monoculture céréalière qui l’accompagne, occupent 25 % des terres cultivées planétaires. Un tiers des céréales mondiales nourrit le bétail que dévorent un demi-milliard d’Occidentaux trop gras.
Au Brésil, 23 % des terres arables vont à l’alimentation du bœuf exporté, au détriment du maïs et des haricots noirs, nourriture de base des paysans. 90 % du bœuf du Guatemala, pays en malnutrition, part aux Etats-Unis. 50 000 tonnes de bœuf passent chaque année de l’Amérique latine aux Etats-Unis.
Les conséquences ? L’obésité : 6,7 milliards de hamburgers sont vendus aux Etats-Unis chaque année dans les fast-foods. En moyenne, un Américain entre 7 et 13 ans mange 6,2 hamburgers par semaine, presque un par jour. L’eau gaspillée : selon Rifkin, 50 % de l’eau consommée aux Etats-Unis sert à l’élevage. Et le réchauffement planétaire : les déjections et pets des ruminants libèrent chaque année dans l’atmosphère 60 millions de tonnes de méthane, dont la molécule accumule vingt-cinq fois plus de chaleur solaire qu’une molécule de CO2…
Lire l’article de Frédéric Joignot sur le site du Monde 2
- Aller plus loin en vidéo avec notre partenaire Alternative Channel : Jane Goodall inaugure une exposition en plein air
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