[CDURABLE.info] : Déclaration de la communauté scientifique en soutien à la première génération de grands parcs océaniques
A l’occasion du 3eme Congrès international des aires marines protégées
Déclaration de la communauté scientifique en soutien à la première génération de grands parcs océaniques
Par Global Ocean Legacy - The Pew Charitable Trusts
vendredi 18 octobre 2013
par Cyrille Souche
Pitcairn Island Council

Deux habitants des îles Pitcairn ont parcouru des milliers de kilomètres à travers le monde pour se rendre à Marseille à l’occasion du 3ème Congrès International des Aires Marines Protégées et parler de leur rêve de protéger la plus grande réserve marine du monde. Melva Warren Evans et Simon Young expliqueront en quoi la constitution d’une réserve marine sera déterminante et bénéficierait à leurs îles et à ses habitants et pourquoi ils réclament au gouvernement britannique d’en faire une réserve. L’île, peuplée de 50 habitants et considérée comme la plus petite démocratie du monde (et l’ensemble de sa population a voté en faveur de la réserve), appelle à la création de la plus grande réserve marine du monde avec plus de 800.000 kilomètres carrés. En 2007, déjà, Global Ocean Legacy (GOL) avait identifié les Îles Pitcairn comme possible réserve marine de grande échelle.

Introduction

Global Ocean Legacy, projet de Pew Charitable Trusts et de ses partenaires, œuvre à l’adoption d’une nouvelle référence en matière de protection des écosystèmes océaniques : la mise en place, d’ici 2022, de la première génération de grands parcs marins à l’échelle de la planète. Ces dernières années, plusieurs évolutions prometteuses ont eu lieu, grâce à la création de grandes réserves marines intégralement protégées : en 2012, l’Australie prenait l’audacieuse décision de créer le Parc National Marin de la Mer de Corail, offrant ainsi une protection intégrale à quelques 502 000 km2 de récifs coralliens, atolls et autres reliefs hauturiers jouant un rôle écologique essentiel, puisqu’ils abritent 62 espèces menacées et protégées par l’État australien. Trois ans auparavant, le Royaume-Uni mettait en place dans l’Océan Indien la plus grande réserve océanique au monde : la Réserve Marine des Chagos, avec plus de cinquante îles et atolls coralliens dispersés sur 640 000 km2. En 2006, les États-Unis créaient le Monument National Marin de Papahanaumokuakea d’une étendue de 362 000 km2. Cette décision a permis de protéger plus de 7 000 espèces marines présentes dans les eaux des îles hawaïennes du Nord-Ouest, dont un quart sont endémiques.

Déclaration de la communauté scientifique en soutien à la première génération de grands parcs océaniques

«  Ces dernières années, plusieurs évolutions prometteuses ont eu lieu, grâce à la création de grandes réserves marines intégralement protégées . »

Malgré ces évolutions positives, les écosystèmes marins de la planète continuent de subir de graves dégradations liées à la surpêche, à la pollution, aux changements climatiques et à diverses autres activités humaines qui menacent les modes de vie, la sécurité alimentaire et l’avenir économique de millions d’êtres humains. Il est impératif de mettre en place une meilleure gestion des océans pour préserver tous les aspects de la vie sous-marine et de ses services éco-systémiques qui sont d’une importance capitale.

Les Îles Pitcairn identifiées par Global Ocean Legacy comme possible réserve marine de grande échelle

Selon la méthode de calcul retenue, on estime que 6% à 12% des terres émergées font l’objet de mesures particulières visant à protéger la biodiversité et les services éco-systémiques fournis aux sociétés humaines. À titre de comparaison, seul un centième de la surface océanique planétaire bénéficie de protections analogues (septembre 2013). La plupart des zones marines strictement protégées sont limitées en taille et proches du littoral. Elles offrent localement d’importants avantages en termes de conservation des espèces, là où la pêche est déjà très intensive. Toutefois, ces sites n’offrent que peu d’intérêt pour la protection des nombreuses espèces dont les aires de dispersion et de migration sont plus étendues. Les grandes réserves, en revanche, permettent aux divers processus écologiques de continuer à fonctionner plus ou moins comme ils le font depuis des millénaires. Pourtant, ces réserves sont aujourd’hui quasiment absentes de l’arsenal de protection et de gestion des environnements marins.
Les grands parcs terrestres de la planète fournissent des services importants, en préservant les écosystèmes et les grands migrateurs, et en permettant le développement d’activités non-extractives telles que le tourisme. Si l’on veut rétablir et reconstruire l’environnement marin mondial, la planète doit se doter de réserves océaniques à une échelle comparable.

Les Îles Pitcairn identifiées par Global Ocean Legacy comme possible réserve marine de grande échelle

Global Ocean Legacy intervient auprès des États, des collectivités locales et des scientifiques en vue d’identifier les possibilités d’action et de mettre en place la première génération de méga-réserves marines. Parmi ces écosystèmes, beaucoup n’ont jamais subi de pêches intensives et sont demeurés relativement intacts, relevant administrativement de pays disposant des moyens nécessaires pour assurer l’application et le respect d’éventuelles mesures de protection.
Nous croyons fermement que la mise en place d’un réseau mondial de très grandes réserves océaniques intégralement protégées constitue une étape essentielle qui, même si elle intervient tardivement, permettra une gestion nettement améliorée de l’environnement marin mondial.

Les Îles Pitcairn identifiées par Global Ocean Legacy comme possible réserve marine de grande échelle

Argumentaire

La demande croissante de poisson par le marché, alors que le niveau des stocks est sur le déclin, signifie que même les sites les plus isolés et les plus éloignés risquent de facto de perdre leur fonction de réserves naturelles dans un proche avenir, à moins d’une amélioration radicale de la gestion et de la gouvernance des écosystèmes marins.

Les Îles Pitcairn identifiées par Global Ocean Legacy comme possible réserve marine de grande échelle

«  Il est impératif de mettre en place une meilleure gestion des océans pour préserver tous les aspects de la vie sous-marine et de ses services éco-systémiques qui sont d’une importance capitale  »

Le but de Global Ocean Legacy est d’identifier et de faire adopter des mesures de protection pour un nombre accru de grands écosystèmes océaniques, que leur isolement géographique suffisait à protéger jusqu’à récemment, et ce avant qu’ils ne subissent d’importantes dégradations environnementales. Les bénéfices escomptés de la mise en place de ces réserves sont, entre autres, les suivants :

 Maintien de stocks abondants de grands prédateurs tels que requins, espadons et autres mammifères marins, ainsi que la préservation de réseaux trophiques intacts, qui avaient jusqu’ici été épargnés par la surpêche.
 Établissement de sites de référence à des fins ultérieures de recherche scientifique et de sensibilisation du public.
 Adaptation de l’échelle de la gestion à celle des grands processus éco-systémiques tels que la dispersion et la migration de nombreuses espèces. Les îles et les récifs océaniques sont généralement petits et relativement isolés les uns des autres par rapport à ceux des côtes continentales. Par conséquent, les espèces marines présentes sur ces sites isolés disposent, pour la reconstitution de leurs stocks, de sources moins nombreuses et plus éloignées. Une gestion efficace doit protéger l’ensemble du cycle de vie des espèces.
 Amélioration de la capacité d’adaptation aux effets accélérés du changement climatique. Un nombre croissant d’études scientifiques montre que la protection de la structure des réseaux trophiques et le maintien des fonctions écologiques des espèces ciblées jouent un rôle critique en vue de renforcer la capacité d’adaptation et de prévenir les basculements d’équilibre ainsi que les réorganisations à grande échelle dans les écosystèmes dégradés.
 Aide au rétablissement pérenne, à la conservation et au maintien des effectifs des espèces très mobiles et migratrices. Les grandes réserves couvrent des étendues océaniques suffisantes pour offrir d’importants habitats et refuges à des espèces telles que le thon, les requins, les oiseaux de mer, les tortues et les mammifères marins.
 Mise en place d’un niveau de protection accru à un coût socio-économique minime. Les très grandes réserves marines intégrales sont particulièrement adaptées aux régions isolées et relativement intactes, car elles protègent la biodiversité, les espèces et les habitats dans des zones où les usages existants sont peu nombreux et où, par conséquent, le potentiel d’apparition de conflits et de coûts sociaux est minime.
 Gain d’image pour les pays administrateurs à l’échelle mondiale. Les États ayant institué de vastes zones interdites à toute activité extractive feront figure de chefs de file en matière de bonne gestion innovante de la biodiversité marine.

Les Îles Pitcairn identifiées par Global Ocean Legacy comme possible réserve marine de grande échelle

Conclusion

Il n’existe, à l’échelle de la planète, qu’un nombre relativement réduit de régions intactes où il est possible de mettre en place, de faire fonctionner et de surveiller de très grandes réserves marines. Il est urgent d’en faire la priorité en matière de protection des océans, sur la base d’une forte adhésion des décideurs politiques et des populations.

«  La mise en place d’un réseau mondial de très grandes réserves océaniques intégralement protégées constitue une étape essentielle . »

Pour tous les motifs susmentionnés, les signataires de la présente déclaration expriment leur soutien aux activités de Global Ocean Legacy. Nous sommes désireux d’œuvrer, de concert avec d’autres, à la constitution de ce patrimoine océanique légué aux générations futures et à l’humanité tout entière.

Dr. Callum Roberts
Professeur de Conservation Marine à l’Université de York (Département de l’Environnement)

Dr. Terry Hughes
Directeur du Centre d’excellence du Conseil Australien de la Recherche pour l’étude des récifs coralliens, Université James Cook, lauréat et attaché de recherche auprès du Conseil Australien de la Recherche (2012-2017)

Dr. Carl Safina
Président du Blue Ocean Institute, Professeur-chercheur à l’École des Sciences Marines et Atmosphériques de l’Université de Stony Brook

 Contact : Robert Mazurek

ps :
Pew Charitable Trusts

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