[CDURABLE.info l'essentiel du développement durable] : L’iPad : un gadget inutile, nuisible et vite obsolète ?
iPad - La tablette d’Apple débarque en France
L’iPad : un gadget inutile, nuisible et vite obsolète ?
vendredi 28 mai 2010
par David Naulin

Alors qu’Apple vient de se classer à la 1e place des entreprises technologiques, doublant en capitalisation boursière Microsoft et IBM, son dernier gadget, l’iPad arrive en France. Tablette numérique à mi-chemin entre téléphone mobile et ordinateur portable, l’iPad, outre une utilité discutable, n’a rien d’inoffensif selon Les Amis de la Terre. Selon l’ONG, il résume en effet à lui seul l’effroyable gaspillage en cours de matières premières, et notamment de "terres rares", un ensemble d’éléments métalliques nécessaires à nombres d’applications informatiques.

La course à la miniaturisation, à l’élaboration de processeurs toujours plus performants, d’écrans toujours plus minces, a entraîné l’industrie des nouvelles technologies dans une dépendance croissante et colossale aux terres rares. Ce groupe d’éléments métalliques est devenu indispensable à la fabrication d’ordinateurs, de téléphones portables, d’écrans plats, et maintenant de l’iPad, qui est un condensé de ces technologies.

Or plus de 95 % de la production mondiale de ces éléments est extraite des mines chinoises, dans des conditions environnementales et sociales désastreuses. En effet, les terres rares ne se présentent jamais à l’état pur ni en gisements très concentrés : elles doivent être séparées d’autres minerais. Une opération lourde d’impacts toxiques comme l’explique Aloys Ligault, chargé de campagne sur la Responsabilité sociale et environnementale aux Amis de la Terre : "Autour des usines chinoises, les déchets radioactifs de roches s’accumulent, les vapeurs de soufre, de fluor imprègnent l’air et les rejets de métaux lourds polluent les rivières. Les populations locales payent un lourd tribut à notre croissance prétendument “verte” et à notre frénésie de nouvelles technologies."

Une politique responsable consisterait, au grand minimum, à allonger la durée de vie de ces produits et à favoriser le recyclage de leurs composants pour préserver les matières premières, mais c’est exactement l’option inverse qu’a choisi Apple, comme le souligne Annelaure Wittmann, référente sur la campagne déchets des Amis de la Terre : "L’iPad, emblématique de notre société du gaspillage, est programmé pour devenir très rapidement obsolète [1]. La batterie est soudée à l’appareil. Une fois en panne, celui-ci ne sera donc pas réparable. Sa durée de vie sera au final celle de sa batterie, qui pour l’iPhone se révèle être de deux ans. Malgré leur petite taille apparente, ces objets, accumulés, encombreront vite décharges et incinérateurs."

Pour Les Amis de la Terre, le gouvernement français a aussi sa part de responsabilité dans cette fuite en avant. Au lieu de contraindre les industriels à fabriquer des produits robustes et à réduire la demande en minerais rares, il n’aborde ces problèmes que sous l’angle de la sécurisation de l’accès aux ressources face à, notamment, une Chine qui est en train de modifier ses rapports de force avec les pays développés. Pour Claude Bascompte, président des Amis de la Terre, "l’annonce de Jean-Louis Borloo de vouloir créer un pôle minier autour d’Areva est tout simplement scandaleuse et court-termiste. Il faut cesser de surexploiter les ressources naturelles, et réutiliser celles que nous avons déjà retirées du sol."

ps :

Pour info, si vous souhaitez tout de même acquérir un iPad :
La nouvelle tablette tactile d’Apple est déclinée en plusieurs modèles : les trois versions "Wi-Fi uniquement" coûtent en France 499 euros pour le modèle 16 Go, 599 euros pour le modèle 32 Go et 699 euros pour le modèle 64 Go, alors que les versions équipées en plus d’une puce 3G coûteront 599 euros pour le modèle 16 Go, 699 euros pour le modèle 32 Go et 799 euros pour le modèle 64 Go. Des prix élevés par rapport aux tarifs pratiqués outre-Atlantique...

[1Les Amis de la Terre mènent une étude sur le phénomène d’obsolescence programmée des produits électriques et électroniques, publiée courant de l’été.