[CDURABLE.info l'essentiel du développement durable] : Charal : un abattoir infiltré par une association de protection animale
Une réglementation sans effet, des souffrances évitables
Charal : un abattoir infiltré par une association de protection animale
samedi 29 août 2009
par David Naulin

L’abattoir Charal de Metz a été infiltré par un enquêteur de l’association de protection animale L214. Les images tournées en caméra cachée sont sans appel. Que ce soit en abattage rituel ou non, le non respect de la réglementation en vigueur entraîne des morts insoutenables : des bovins (vaches, boeufs) suspendus par une patte à la chaîne d’abattage s’agitent désespérément pendant de longues minutes avant de rendre leur dernier souffle. L214 porte plainte contre Charal pour cruauté envers les animaux et dénonce la tromperie de l’entreprise envers les consommateurs. L’association L214 nous a transmis la vidéo que nous diffusons ci-dessous. Nous invitons l’entreprise Charal a s’exprimer sur ces pratiques.

Pour l’abattage standard, les bovins sont étourdis puis suspendus à la chaîne d’abattage, mais au lieu d’être immédiatement égorgés comme l’exige la réglementation [1]
, l’employé chargé des mises à mort accumule du retard ce qui entraîne une reprise de conscience des animaux avant leur égorgement.

L’abattage rituel du bovin dans l’usine de Metz du groupe Charal

Concernant l’abattage rituel (sans étourdissement préalable à l’égorgement), la vitesse de la chaîne d’abattage est inchangée par rapport à l’abattage standard (entre 50 et 60 bovins à l’heure). Cette cadence ne permet pas d’attendre le temps nécessaire à une saignée complète dans le tonneau à contention. Pourtant la réglementation exige que « l’immobilisation [soit] maintenue pendant la saignée. » [2]

Comme le montre clairement les images, ces deux principales violations entraînent une mort des bovins en toute conscience, suspendus par une patte à la chaîne d’abattage.

L’enquêteur a pu constater que ces infractions étaient répétées et quotidiennes.

« Notre groupe a fait de la protection animale un volet central et spécifique de sa politique "Qualité", qui va au-delà des exigences actuelles et préfigure les évolutions réglementaires. » C’est ainsi que se présentait Charal dans une lettre à L214 motivant un refus de visite [3]. L’enquêteur a également pu constater le changement momentané des pratiques de l’abattoir à l’occasion d’un audit mené par McKey, le fournisseur des steaks chez McDonald’s.

Les Services vétérinaires pourtant présents en permanence dans l’abattoir ont montré leur incapacité à faire respecter la réglementation de protection des animaux. Ces constatations corroborent celles de l’Office alimentaire et vétérinaire (OAV) de la Commission européenne qui relève des défaillances récurrentes des Services vétérinaires français. Au cours de sa dernière mission [4], l’OAV a notamment pointé explicitement l’insuffisance de formation des agents officiels concernant le bien-être des animaux.

 Télécharger le rapport d’enquête de L214

ps :

Pourquoi L214 ?

L214

En 1976 les animaux sont pour la première fois explicitement désignés comme "êtres sensibles" dans la loi française. C’est l’art. L.214-1 du Code rural. Les implications éthiques de la sentence animale sont considérables. Pour l’heure, elles n’ont été sérieusement prises en compte ni dans les pratiques ni dans le droit.

L’association L214 s’inscrit dans le mouvement de refus du spécisme.

Les campagnes de L214 ciblent des pratiques nocives pour les animaux et représentatives des problèmes généraux posés par la production de viande, dont L214 prône l’abolition.

L214 a été fondée par des militants végétariens pour les animaux de l’équipe de Stop Gavage, campagne pour l’abolition du foie gras qui se poursuit dorénavant au sein de L214.

[4« Rapport d’une mission effectuée en France en vue d’évaluer les systèmes de contrôle en place régissant la production et la mise sur le marché de viandes de volaille et produits à base de viande de volaille », OAV, du 17 au 26 novembre 2008.