Et si la Transition était avant tout une formidable aventure humaine ? Pour les quatre femmes engagées depuis 20 ans dans la Transition Ecologique et à l’origine de cette tribune, Hélène Jalin, Emmanuelle Aoustin, Amélie ROUVIN et Bénédicte Spanu, « depuis des décennies, l’enjeu impératif de repenser notre système économique va dans le mur« . Pourquoi ça n’avance pas assez ? Et si le principal frein à la transition écologique n’était pas tant technologique, ni même financier mais essentiellement humain ? Une tribune publiée le 5 Janvier 2026 dans Les Échos avec le soutien de nombreux collectifs de chercheurs, scientifiques, médecins et chefs d’entreprise.

« Réussir la transition écologique : et si la solution, c’était l’Humain ? »
Tribune publiée dans Les Échos le 5 Janvier 2026
Le frein majeur à la décarbonation de l’économie n’est ni technologique, ni financier : il est humain. Alors que le discours dominant fait peser la responsabilité du changement sur les individus, le levier le plus puissant se trouve au sein des organisations, explique un collectif de chercheurs, scientifiques, médecins et chefs d’entreprise.
Nos systèmes d’organisation, nos habitudes, nos peurs, nos biais, nos récits collectifs,… C’est là que tout se joue.
Amélie ROUVIN Fondatrice d’EChOSOPHIA.
« Le Facteur Humain, souvent obstacle, peut devenir un puissant moteur de la transition écologique !
Quand on rend le changement et les récits désirables plutôt qu’anxiogènes
Quand on mobilise la tête, le cœur et le corps, quand on agit au cœur des organisations, des institutions, des collectifs, à tous les niveaux
Alors les transformations deviennent possibles, profondes et durables. Des exemples existent.
Agissons là où se joue l’impact : dans les organisations. C’est là où se structurent nos modes de vie, nos façons de produire et consommer«
Mettre l’Humain au cœur de la transition n’est pas une utopie.
C’est une condition de réussite !
Tribune « Réussir la transition écologique : et si la solution, c’était l’Humain ? »

Nous savons aujourd’hui comment décarboner notre économie. Les solutions techniques existent. Pourtant, les changements sont trop lents et trop fragmentés. Pourquoi ?
Parce que le frein majeur n’est ni technologique, ni même financier : il est essentiellement humain.
L’inertie face à la crise écologique s’enracine dans des mécanismes profonds : biais cognitifs qui filtrent notre perception, poids des habitudes qui nous font préférer le statu quo, normes sociales qui verrouillent nos modes de vie et de production, défenses émotionnelles qui alimentent le déni, perception catastrophiste de l’avenir qui entrave toute projection dans un futur désirable. En un mot : notre subjectivité.
Voilà pourquoi la sensibilisation fondée uniquement sur les chiffres et les données scientifiques échoue à faire évoluer les comportements.
Et pourquoi, dans les organisations, les politiques RSE peinent à opérer de véritables transformations. Comme dans la société, les démarches qui ne tiennent pas compte des freins humains se heurtent aux peurs et aux résistances et font le lit, au mieux de l’inaction, au pire de la colère et de la frustration.
Une stratégie qui ignore le facteur humain ne peut générer qu’un changement superficiel.
Le discours dominant fait encore trop peser la responsabilité du changement sur les individus – souvent seuls face à des choix contraints – alors que les leviers les plus puissants se trouvent au cœur des organisations. Ce sont elles qui structurent nos habitudes, nos façons de produire et de consommer. C’est en leur sein que peut s’opérer le passage à l’échelle.
La recherche en sciences du comportement nous invite à agir à plusieurs niveaux :
- rendre le changement désirable en donnant à voir ses bénéfices concrets plutôt qu’effrayer ou culpabiliser ;
- repenser nos cadres de vie pour que les changements souhaités puissent être adoptés avec moins d’efforts pour davantage de bien-être ;
- adapter nos manières de communiquer pour limiter les résistances ;
- veiller à l’équité des réformes proposées pour éviter les fractures et la colère sociale ;
- et enfin, créer et partager de nouveaux récits collectifs qui donnent envie de construire un avenir souhaitable.

Sur le terrain,
diverses initiatives ouvrent la voie.
Le Groupe International d’Experts sur le Comportement (GIECO), rassemblant plus de 1 200 chercheurs de 76 pays, a récemment publié un premier rapport intitulé “Facteurs de changement et de non-changement de comportement dans les transitions”, qui offre un nouvel éclairage et des pistes d’action concrètes. L’ADEME a depuis des années soutenu des expérimentations locales qui intègrent les sciences du comportement. La Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) a embarqué plus de 2 600 dirigeant.e.s dans une expérience immersive engageant « la tête, le cœur et le corps » dans laquelle compréhension des enjeux, engagement émotionnel et passage à l’action collective se renforcent mutuellement.
Ces approches engendrent des prises de conscience qui mènent à des réorientations stratégiques parfois assez radicales de leur modèle économique.
Ces exemples sont encore trop rares, notamment dans les organisations où la logique collaborative et systémique heurte de front une culture managériale souvent encore structurée autour du contrôle, de la rationalité économique étroite et de la planification descendante. Pourtant, le succès de ces initiatives le démontre :
Le facteur humain peut, lorsqu’on sait le mobiliser pleinement, devenir un véritable levier du changement.
Ce « Putain de Facteur Humain » (PFH) souvent cité par Hubert Reeves, capable à lui seul de faire échouer le mieux conçu des programmes, peut se muer en « Précieux Facteur Humain » dès lors qu’il en devient le principal moteur.
Les objectifs de l’Accord de Paris ne seront tenus que si nous faisons de la transition écologique un projet collectif désirable.
Placer l’humain au cœur du processus n’est donc pas accessoire, c’est une condition impérative de réussite.
Concrètement, toute démarche de transition doit intégrer le facteur humain (impacts psychosociaux, freins culturels, leviers émotionnels) dès sa conception afin de la rendre plus pertinente et plus efficace. La recherche et les initiatives publiques ou privées dans ce domaine méritent d’être soutenues financièrement pour diffuser les connaissances auprès de tous et développer des dispositifs favorisant l’évolution des pratiques.
Il est également primordial d’outiller massivement les acteurs : les leaders et les managers gagneraient à se former ou s’entourer d’expertise en sciences du comportement. Enfin, il est essentiel de s’autoriser à revisiter la gouvernance, la culture interne, les valeurs et les modes d’action des organisations, afin de rendre possible des transformations en profondeur.
Face aux crises sociétales, la réussite de la transition repose avant tout sur notre capacité collective à comprendre, accompagner et libérer le potentiel transformateur des dynamiques humaines.
Mettre l’Humain au cœur de la transition n’est ni un luxe ni une utopie : c’est la condition même de notre réussite collective à construire un futur vivable, juste et désirable.
Texte de la Tribune publiée dans Les Échos
Premiers signataires
La tribune a déjà l’appui de Jean Jouzel, Climatologue du GIEC ; Corinne Lepage, Avocate, ancienne ministre et eurodéputée ; Dominique Bourg, Philosophe et Professeur en sciences de l’environnement à l’Université de Lausanne ; Olivier Hamant, chercheur à l’INRAE et co-auteur du livre “L’entreprise robuste” ; Denis Machuel, CEO de The Adecco Group ; Hubert de Boisredon, PDG de Armor Group ; Florence Guemy, ex-DG de Bayard Presse ; Dr Jacques Fradin, fondateur de l’institut de médecine environnementale et Stéphane La Branche, sociologue du climat, cofondateurs du GIECO ; Dr. Heïdi Sevestre, glaciologue ; Mathieu Hetzer, Président du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants) ; Eric Duverger, Fondateur de la CEC (Convention des Entreprises pour le Climat) ; Fabrice Bonnifet, Président de Genact ; Thomas Breuzard, Co-président de B Lab France ; Xavier Hua pour l’Institut du Commerce ; Frederic Laloux, Fondateur de The Week ; Jacques Huybrechts, Fondateur de l’Université de la Terre et d’Entrepreneurs d’avenir ; Cécile Renouard, Présidente du Campus de la Transition ; Sébastien Bohler, Docteur en neurosciences, rédacteur en chef de Cerveau & Psycho Magazine ; Raphaël Desswarte et Antoine Julien pour Les Collectifs ; Philippe Lukacs, Essayiste et Catalyseur de futurs souhaitables, Maika Nuti pour la Climate House ; Hélène Binet pour makesense ; Alice Durand-Réville pour She Changes Climate ; Matthieu Dardaillon ; Stéphane Riot ; Jean-Pierre Goux ; Christophe Sempels et Romain Cristofini pour Lumia ; Alban Torette pour l’Université du Facteur Humain ; Emma Haziza, Hydrologue systémicienne et Docteure de l’École supérieure des Mines de Paris ; Magali PAYEN, Fondatrice d’OnEstPrêt et d’Imagine 2050 ; Séverine Millet, Créatrice de la Fresque des étapes humaines du changement, Denis GUIBARD, Valérie Brunel, Maïka Nuti, Sarah Dubreil, Alice Durand-Réville, Alban Torette-Dedrie, Niels de Fraguier, Samuel Grzybowski, Agnès Rambaud-Paquin, Jean-Sebastien Tronchon, Stéphane RIOT, Kako Dubs, Sébastien Ravut, Émeric Fortin, … et de nombreux autres !
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