Dans l'actualité :

Pourquoi le billet de banque en polymère est un anachronisme pro-plastique

Les principaux fabricants de billets de banque utilisent deux matériaux de base : soit les fibres de lin et de coton, soit le polymère. Matière plastique, le polymère apparaît aujourd’hui comme un non-sens environnemental tant son empreinte carbone est désastreuse et son origine issue de matières fossiles non renouvelables. Pour répondre à ce nouveau phénomène, les géants de l’industrie fiduciaire se sont réunis pour fabriquer un « billet vert », aux performances environnementales et sécuritaires surprenantes. Nos billets de banque ne sont pas de vulgaires morceaux de papier imprimés, mais sont devenus des bijoux de technologie. La plupart – comme les euros – sont conçus à partir de fibres de lin et de coton, mais certains sont fabriqués à partir d’une matière plastique habilement appelé « polymère » par ses promoteurs, le polymère. C’est aux banques centrales du monde entier que revient de faire ce choix : ces dernières années, plusieurs d’entre elles ont opté par les billets en plastique que les Britanniques connaissent déjà bien puisque le principal producteur de billets en polymère – De La Rue – est installé au Royaume-Uni. Le premier pays à être passé au polymère a été l’Australie, arguant des avantages en termes de sécurité offert par le support plastique mis au point par la Commonwealth Scientific and Industreal Research Organisation (CSIRO) et l’Université de Melbourne. Nous sommes alors en 1988, une époque où le dérèglement climatique et la décarbonation de l’économie n’étaient pas encore à l’ordre du jour. Depuis, d’autres pays comme le Vietnam, la Roumanie, l’Angola, le Mexique ou le Canada ont opté pour cette solution technique avant que la Banque centrale du Royaume-Uni, en 2012, tente d’imposer ce modèle à sa sphère d’influence. Le polymère, une matière plastique
La Banque centrale européenne ne souhaite pas suivre la banque d'Angleterre. La nouvelle coupure reste en papier alors que les Britanniques auront des billets en plastique en 2016. Explications.
La Banque centrale européenne ne souhaite pas suivre la banque d’Angleterre. La nouvelle coupure reste en papier alors que les Britanniques auront des billets en plastique en 2016. Explications.
Une bataille commerciale et technique fait donc rage entre les producteurs de billets en fibre naturelles et ceux en polymère. La Banque centrale à Londres préfère ces derniers car ils seraient « plus propres, plus sûrs et plus durables que les billets en papier » offrant une « une meilleure résistance à la contrefaçon ». La Banque centrale européenne (BCE), quant à elle, tient au papier pour la production des euros, car le papier permet d’intégrer directement dans la masse des éléments d’authentification comme des fils de sécurité ou des filigranes. Même la Fed américaine – qui avait été tentée par l’aventure polymère pour ses billets de 100 dollars – a préféré conserver le papier, dont les propriétés actuelles protègent des salissures, de l’humidité davantage que le plastique. Les différences se situent également lors de la fabrication et en fin de vie des billets : l’empreinte carbone de la production est bien plus importante pour les billets en polymère, tandis que leur recyclage est problématique, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Plusieurs études se sont en effet penchées sur la question de l’impact environnemental des deux modes de fabrication. L’étude intitulée The Environmental Cost of Spending: Polymer vs Paper Banknotes établit de nombreuses comparaisons : si les billets en polymère ont une durée de vie supérieure (x1,33), les émissions de CO2 des billets en fibres naturelles sont bien inférieures : 2,92kg contre 8,77kg pour les billets en polymère de £10, soit trois fois plus. A l’heure où les pays, aux quatre coins du monde, font la chasse aux émissions carbone pour entrer dans les clous de la transition énergétique, l’argument écologique joue clairement en faveur du papier naturel. 773x435_cmsv3ab7.jpg Selon les chiffres les plus récents, 95% des billets en circulation aujourd’hui dans le monde sont fabriqués à partir de papier en fibres naturelles, contre 5% en polymère. Ces chiffres s’expliquent par les performances des papiers utilisés, tant en termes de sécurité que d’environnement.
« Pour minimiser l’impact écologique, le coton des billets est dérivé des résidus issus du peignage du coton de l’industrie textile, explique Clemens Berger, président de Louisenthal, un leader du papier haute sécurité. Pour la production de billets de banque, les fibres courtes constituent une matière première idéale de haute qualité. Bien que le plastique soit réputé être un peu plus durable, il ne l’est en aucun cas. Des études ont révélé que les billets de banque en plastique sont nettement plus néfastes pour la planète que les billets en coton, car ils ont une empreinte carbone élevée et augmentent les déchets permanents en fin de vie. Selon les statistiques, entre 1950 et 2015, plus de 8,3 milliards de tonnes de plastique ont été produites dans le monde. Pas même 10% de cette quantité a été recyclée. »
Après son empreinte carbone lors de sa production, c’est bien à l’étape du recyclage que l’utilisation du polymère pose problème alors que le monde post-Covid a du mal à se défaire de l’utilisation des plastiques à usage unique, impossibles à recycler. Le désastre écologique créé par les masques chirurgicaux pullulant dans la nature est là pour le rappeler : non, le plastique n’est pas fantastique.
The Green Banknote Initiative
The Green Banknote Initiative
Comme ces vingt dernières années, la recherche, le développement, et l’innovation restent donc au cœur du réacteur pour l’industrie fiduciaire. Douze siècles après son invention en Chine, la « monnaie papier » semble bien garder une longueur d’avance. Surtout sur les billets en plastique, transition écologique oblige.

 

Lire aussi

​Le Mirage des « Tiges de Carbone » : pourquoi la foresterie industrielle court à la faillite

"On ne comprend plus nos forêts parce qu’on refuse...

Urbanisme écologique : de la nature en ville à la ville régénérative

Suffit-il de planter quelques arbres dans une rue pour...

La coopération avec le vivant : une trajectoire pour les Jardins de Cocagne

Le vivant, c’est l'outil de travail des Jardins de...

Les entreprises ont le choix entre mener un changement transformateur ou risquer l’extinction

Toutes les entreprises dépendent de la nature et ont...

Newsletter

spot_img

Sur Cdurable

La coopération avec le vivant : une trajectoire pour les Jardins de Cocagne

Le vivant, c’est l'outil de travail des Jardins de...

Productions végétales agricoles : comment innover pour des filières compétitives et durables ?

Le secteur agricole a subi des évolutions majeures ces...

40 recettes des 4 saisons à base de légumes et légumineuses

À l'approche de la Journée mondiale des légumineuses, le...

14 lauréats du Prix des saveurs véganes 2026 de PETA France

Alors que le Veganuary séduit un public toujours plus...

Jean-Samuel Kriegk : « avec Blitz, l’objectif est de construire un modèle plus juste, plus durable et plus responsable pour toute la chaîne du...

Face à la concentration du marché du livre et à la polarisation croissante des ventes autour de quelques best-sellers, une nouvelle maison d’édition indépendante...

Récupération d’eau de pluie : une solution durable et économique avec la citerne souple

Face à la hausse du prix de l’eau potable et aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, la récupération d’eau de pluie...

Olric de Gélis : « L’écologie ne peut pas être seulement une affaire de contraintes »

À l’heure où l’écologie oscille entre discours alarmistes et injonctions morales, peut-elle encore susciter l’adhésion plutôt que la lassitude ? Les éditions Desclée de...