« Green Kazakhstan » : comment la République d’Asie centrale compte atteindre la neutralité carbone

L’urgence climatique touche l’intégralité des pays du monde. En Asie centrale, le Kazakhstan, État le plus peuplé de la région, a mis sur pied un plan de grande envergure pour répondre aux nombreux défis que pose la crise climatique, notamment en développant la production d’énergie décarbonée. 5445038312_fa8e062d76_o.jpg Le ton a été donné dès décembre 2020 par Kassym-Jomart Tokayev, chef de l’État kazakh : le pays doit atteindre la neutralité carbone en 2060. Une tâche ardue sur le papier, sachant que le mix énergétique du Kazakhstan repose encore en grande partie sur les énergies fossiles. Mais le grand État d’Asie centrale peut compter sur une géographie avantageuse et d’importantes ressources en uranium pour réduire peu à peu ses émissions de gaz à effet de serre (GES) et décarboner son économie et sa production d’énergie. Un plan sur quatre ans pour anticiper le changement climatique et verdir l’économie Le gouvernement kazakh a lancé, à l’occasion du 30e anniversaire de l’indépendance du pays en 2021, un vaste programme de décarbonation de long terme, intitulé « Green Kazakhstan ». « Le “verdissement” de l’économie et la protection de l’environnement sont les priorités principales de notre politique économique », expliquait alors le porte-parole gouvernemental en mai 2021, à l’occasion d’une table ronde organisée conjointement avec le programme « Partnership for Action on Green Economy » de l’ONU. Il y indiquait alors l’une des grandes priorités pour les années à venir, à savoir planter plus de 2 milliards d’arbres dans les forêts et 15 millions dans les agglomérations d’ici à 2025. Une opération qui devrait accélérer le piégeage du carbone et freiner la désertification du pays. Le potentiel d’énergie éolienne estimé à 1 trillion kWh/an Dans le détail, ce plan « Green Kazakhstan » comporte plusieurs volets. Tout d’abord, sur le long terme, le pays prévoit « d’utiliser activement des technologies à faible émission de carbone, telles que le captage et le stockage du carbone », comme l’explique Serikkali Brekeshev, ministre kazakh de l’Écologie. « Cela aura pour but d’augmenter la part des sources d’énergies renouvelables à 83 % d’ici 2060 et de mettre fin à la production de chaleur à partir de charbon après 2050. De même, dans le secteur de l’agriculture et de l’aménagement du territoire, nous prévoyons de passer à une agriculture 100 % durable et de produire des produits entièrement biologiques ». Dans une échelle de temps plus proche, le pays s’est fixé pour objectif principal la réduction des émissions de GES de 15 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Pour ce faire, le Kazakhstan a essentiellement prévu d’augmenter la part d’énergies renouvelables (ENR) dans son mix énergétique, avec un objectif fixé à 24 % d’ici à 2030, tout en réduisant la part du charbon de 69 % à 40 % sur l’intervalle. À cette fin, le Kazakhstan travaille notamment en collaboration avec l’OCDE et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour développer davantage sa production d’énergie éolienne et photovoltaïque. « Au Kazakhstan, le potentiel d’énergie éolienne est d’environ 1 trillion de kWh par an », souligne Badgat Oral, directeur de CAEPCO, principale entreprise énergétique du pays. « Le potentiel existe et il doit être développé  ». capture_d_e_cran_2023-10-10_a_15.18_54.png Le pays d’Asie centrale a ainsi mis en place, dès 2018, un système d’enchères électroniques dans le but d’attirer le plus possible les investisseurs internationaux dans le secteur des énergies renouvelables. Une stratégie qui porte d’ores et déjà ses fruits, puisque l’État kazakh a signé plusieurs gros contrats, l’exemple le plus marquant étant l’accord passé avec TotalEnergies en juin 2023. Ce dernier prévoit la construction du plus grand parc éolien jamais construit au Kazakhstan, avec une puissance théorique de 1 GW pour 200 éoliennes environ. Un système de stockage de batterie de 600 MWh est également à l’ordre du jour. Au total, le parc devrait pouvoir répondre aux besoins énergétiques de plus d’un million de personnes. En parallèle, Plenitude, une entreprise du groupe italien ENI, vient d’inaugurer, en présence de l’ambassadeur italien au Kazakhstan, Marco Alberti, sa première centrale photovoltaïque près du village de Shaulder, dans la région du Turkistan. Celle-ci produira jusqu’à 90 GWh par an et comprendra, à terme, plus de 93 000 panneaux solaires qui seront intégrés au réseau local par le biais d’une nouvelle ligne électrique aérienne. « La centrale contribuera au développement de la région du Turkistan en mettant à la disposition du territoire local les technologies les plus avancées dans le domaine », a déclaré à cette occasion Stefano Goberti, PDG de Plenitude. « Ce projet contribuera au processus de transition énergétique en cours au Kazakhstan et aux objectifs de neutralité carbone ». Le nucléaire civil, une solution aux problèmes d’approvisionnement en énergie ? Les enjeux énergétiques au Kazakhstan sont particulièrement élevés, car, si le pays dépend encore très fortement des énergies fossiles pour son électricité — comme la majorité des États du monde —, il souffre aussi de fréquentes coupures et pannes sur son réseau. Comme dans beaucoup de pays de la région, la faute revient à des installations vétustes datant de la période soviétique. C’est dans ce contexte que le gouvernement kazakh a relancé le débat sur le nucléaire civil, sachant que le Kazakhstan est le premier exportateur d’uranium au monde — il représente, à lui seul, 42 % de la production mondiale. Le nucléaire, qui est un sujet sensible dans ce grand État d’Asie centrale, et qui réveille les douloureux souvenirs des essais nucléaires menés dans le pays pendant la période soviétique, est donc appréhendé avec prudence par les autorités. Kassym-Jomart Tokayev a ainsi décidé de mener un référendum sur le sujet, laissant les Kazakhs décider ou non de la construction d’une nouvelle centrale, 24 ans après l’arrêt du réacteur BN-350, qui se trouvait dans l’ancienne ville de Chevtchenko, sur les rives de la mer Caspienne. « En tant que l’un des plus grands producteurs d’uranium au monde, le Kazakhstan doit développer sa capacité de production d’énergie nucléaire », a-t-il affirmé lors de son discours sur l’état de la nation, le 1er septembre dernier. Pour l’heure, la date du référendum n’est pas connue, mais la construction d’une telle infrastructure participerait immanquablement à la décarbonation du mix énergétique du pays, tout en assurant un approvisionnement plus stable qu’actuellement. Cela marquerait, en somme, une étape importante vers la neutralité carbone.

 

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