Effondrement

Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie

« Au rythme actuel de la croissance démographique, et particulièrement de l’augmentation des besoins économiques, de santé et en énergie, les sociétés contemporaines pourront-elles survivre demain ? »

L’écrivain de cet essai, l’américain Jared Diamond, est biologiste évolutionniste, physiologiste, biogéographe et actuellement directeur de la branche américaine de WWF (l’organisation mondiale de protection de l’environnement). Il formule la réponse à partir d’un tour du monde dans l’espace et dans le temps – depuis les sociétés disparues du passé (les îles de Pâques, de Pitcairn et d’Henderson ; les Indiens mimbres et anasazis du sud-ouest des États-Unis ; les sociétés moche et inca ; les colonies vikings du Groenland) aux sociétés fragilisées d’aujourd’hui (Rwanda, Haïti et Saint-Domingue, la Chine, le Montana et l’Australie) en passant par les sociétés qui surent, à un moment donné, enrayer leur effondrement (la Nouvelle-Guinée, Tipokia et le Japon de l’ère Tokugawa). effondrement.jpg De cette étude comparée, Jared Diamond conclut qu’il n’existe aucun cas dans lequel l’effondrement d’une société ne serait attribuable qu’aux seuls dommages écologiques. Plusieurs facteurs, au nombre de 5, entrent toujours potentiellement en jeu : – des dommages environnementaux ; – un changement climatique ; – des voisins hostiles ; – des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux ; – les réponses apportées par une société, selon ses valeurs propres, à ces problèmes. Cette complexité des facteurs permet de croire qu’il n’y a rien d’inéluctable aujourd’hui dans la course accélérée à la dégradation globalisée de l’environnement. Une dernière partie recense, pour le lecteur citoyen et consommateur, à partir d’exemples de mobilisations réussies, les voies par lesquelles il peut d’ores et déjà peser afin que, dans un avenir que nous écrirons tous, le monde soit durable et moins inéquitable aux pauvres et démunis. Cet essai extrêmement bien documenté, très riche et complet (648 pages, Editions Gallimard, Collection Nrf Essais) mérite que l’on y consacre du temps. On apprend une foule de choses qui permettent de mieux comprendre les enjeux de nos sociétés contemporaines. Du fait de la mondialisation accrue au cours de ce dernier demi-siècle, nos sociétés sont devenues interconnectées et interdépendantes. L’effondrement de l’une aurait immanquablement des conséquences directes sur le reste du monde… L’ile de Pâques fut autrefois isolée du reste du monde et le peuple pascuan ne pouvait pas avoir connaissance des impacts désastreux de la déforestation au même moment, de l’autre coté de la planète, sur les vikings du Groenland ou il y a des siècles sur l’empire Maya (érosion, appauvrissement nutritif des sols, et donc impossibilité de cultiver durablement). Et ils n’ont pu ni émigrer ni partir coloniser d’autres terres pour échapper à l’épuisement de leurs propres ressources naturelles. Aujourd’hui, grâce aux scientifiques qui nous enseignent et nous alertent, grâce aux medias, à l’Internet, etc. nous sommes informés en permanence et en temps réel des conséquences de nos actions avec le recul nécessaire des erreurs passées. Nous avons donc à la fois cet atout majeur par rapport aux sociétés du passé mais dans un contexte risqué et dangereux d’hyper-mondialisation… Saurons-nous relever ce défi ? C’est dans cette optique que Jared Diamond a écrit ce livre pour accumuler ces connaissances afin de tirer un bénéfice concret de ce savoir. Il ne s’agit plus de se contenter de « délocaliser » le problème comme auparavant (colonisation, importation de bois du Tiers-Monde pour ne pas déforester chez soi, transfert de ses pollutions chimiques et déchets électroniques et électriques en Chine ou en Afrique, délocalisation d’usines, etc.). Car ces « solutions » court-terme et profitables pour une minorité seulement compromettront la capacité des générations futures de répondre à leurs besoins…

 


Effondrement de Jared Diamond | Gallimard

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