Réforme du BVP (Bureau de Vérification de la Publicité)

Vers la création d’une autorégulation plus efficace et concertée de la publicité ?

Résultat : les ONG quittent le groupe de travail du Grenelle de l'environnement portant sur la publicité

Sommaire : (masquer)

Dans Métro (édition du 6 décembre 2007) on apprend que les écologistes ont quitté le groupe de travail du Grenelle de l’environnement portant sur la publicité. En cause, des divergences de vues profondes avec le Bureau de Vérification de la Publicité, composé de professionnels du secteur. «C’est un vrai clash, survenu mardi en réunion, on a carrément claqué la porte», a indiqué jeudi un représentant de l’association WWF au quotidien Métro. Le collectif «Alliance pour la planète», dont fait partie WWF, souhaite que les publicités vantant les mérites d’un produit « vert » reçoivent également l’assentiment des écologistes, et non plus des seuls professionnels de la publicité, comme c’est le cas aujourd’hui. Aucun accord n’a pu être trouvé sur ce point avec le BVP. Les ONG ont réagi face à la réforme engagée par le BVP qui prévoit seulement la signature d’une charte avec le MEDAD, d’objectifs et d’engagements, pour renforcer l’efficacité de l’autodiscipline. Les professionnels s’engagent juste à consulter le BVP avant toute diffusion d’une campagne nationale incluant des arguments écologiques. (Pour en savoir plus sur le principe d’autorégulation appliqué par le BVP, consulter son site. Sans commentaire). Selon les écologistes, il est urgent de mieux encadrer la publicité: « Les voitures soit disant écologiques c’est n’importe quoi, s’énerve un membre de WWF. Et ce matin encore j’ai vu dans la presse une publicité vantant les mérites verts du bioétahnol. Depuis quand les émissions de CO2 c’est bio? »

La réforme du BVP par le BVP

Le 3 décembre dernier, le BVP annonçait dans un communiqué de presse que sa réforme avait été approuvée par son Conseil d’administration, qui a réuni toute l’interprofession publicitaire (annonceurs, agences et médias). Jean-Pierre Teyssier, président du BVP la présentait ainsi : « Cette réforme est l’aboutissement d’une démarche volontaire engagée, depuis mai 2006, par l’interprofession pour une publicité toujours plus responsable et qui réponde encore mieux aux attentes du public en matière de transparence, d’implication des parties prenantes et d’efficacité, au service d’une éthique professionnelle exigeante ». Parmi les mesures annoncées par le BVP : – La création d’un Conseil Paritaire de la Publicité (CPP), composé des parties prenantes (associations environnementales, de consommateurs et sociétales) et des professionnels de la communication. Ce Conseil, organe de dialogue et de concertation, sera présidé par un de ses membres issu des parties prenantes et aura une triple mission : participation à l’élaboration des règles déontologiques, via des avis préalables qui seront publiés, alerte du BVP sur tout sujet ou campagne pouvant poser problème, évaluation annuelle de l’application des règles. Sa composition doit être déterminée avec les associations concernées. Selon le BVP, grâce à cette ouverture, il sera possible d’améliorer la lisibilité, la pertinence et le respect des règles déontologiques. Le CPP pourra suggérer la création de nouvelles règles professionnelles, proposer des modifications des règles actuelles, participer à la définition de règles simplifiées et facilement applicables permettant une mise en œuvre plus aisée par les professionnels et un plus grand contrôle par les parties prenantes. – La création d’un Jury de l’Ethique Publicitaire (JEP) chargé de traiter les plaintes concernant des campagnes publicitaires susceptibles de contrevenir aux règles déontologiques. Ce Jury, indépendant, sera composé de membres experts impartiaux proposés : pour un tiers, par le Conseil Paritaire de la Publicité, pour un autre tiers, par le Conseil de l’Ethique Publicitaire et pour un dernier tiers, par le Conseil d’administration du BVP. Les décisions du JEP feront l’objet d’une publication et pourront donner lieu, pour les campagnes constituant des manquements aux règles professionnelles, à des demandes de cessation de diffusion. Le BVP annonce que «l’ensemble de ces mesures devra être opérationnel dans le courant de l’année 2008, après concertation approfondie avec le secteur associatif (ONG environnementales, Conseil National de la Consommation, Associations travaillant sur des questions sociétales comme l’image de la femme ou la protection des enfants) et les pouvoirs publics. (…) Ainsi refondé, le BVP pourra mettre en œuvre une autorégulation des professions publicitaires plus ouverte, efficace et transparente.» « Ces décisions et ces engagements marquent un tournant vers la création d’une autorégulation concertée de la publicité, qui doit se traduire par une coopération accrue avec les parties prenantes et les pouvoirs publics », résume Jean-Pierre Teyssier, Président du BVP. La concertation avec l’ensemble des parties prenantes est annoncée et apparait légitime pour aborder un sujet ou les arguments écologiques, sociaux et économiques doivent nécessairement converger pour un développement durable. Mais le BVP pourra-t’il convaincre les ONG, parties en claquant la porte, que sa réforme peut remplacer la création d’une instance de contrôle indépendante ?

 

David Naulin
David Naulinhttps://cdurable.info
Journaliste de solutions écologiques et sociales en Occitanie.

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