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Entrepreneurs d’Avenir

Manifeste pour refonder le progrès

Par Dorothée Browaeys & Jacques Huybrechts

jeudi 26 mars 2020
Posté par Cyrille

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Ce Manifeste pour refonder le progrès a été lancé pour les 10 ans du Parlement des Entrepreneurs d’avenir les 22 et 23 janvier 2020 qui avait comme thème central « Humanisons le progrès  ».
Ce Manifeste, destiné à être largement diffusé, soutenu et entendu décrit un nouvel horizon de nos sociétés prenant les contraintes de notre condition terrestre comme occasion d’un renouveau.
Il décrit les mutations à l’oeuvre pour faire émerger une nouvelle civilisation
de solidarité et de liberté, réconciliée avec le vivant.



Parcours

- Prologue
• L’aspiration à une refondation
• Trois étapes pour refonder le progrès dans une reconciliation avec le vivant
- 1 Réconcilier progrès technique et vivant
• Les dégâts du progrès
• Repenser la trajectoire technique
• Faire de la technique un soutien à la production du vivant
• Les scientifiques comme éclaireurs et vigiles
- 2 Inventer une politique de la Terre
• Réencastrer la société et l’économie dans la biosphère
• Résister aux indifférences, réduire les injustices
• Cultiver une souveraineté du politique face au numérique
- 3 Régénération et création de valeur
• La comptabilité comme levier de transition
• Explorer des pratiques cohérentes avec nos milieux de vie.
- épilogue : résonance et communauté de destin
• Résonance et communauté de destin
• Apaiser nos identités
• Servir le monde commun

Le Manifeste pour refonder le progrès a été lancé pour les 10 ans du Parlement des Entrepreneurs d’avenir les 22 et 23 janvier 2020 avec comme thème central « Humanisons le progrès  ».

Prologue

Peut-on encore croire au progrès ? Comment espérer aujourd’hui une trajectoire d’amélioration du bien-être de tous et une réduction des inégalités ? Alors que nous découvrons à marche forcée les dégâts non seulement écologiques et climatiques mais aussi politiques et sociaux, peut-on trouver
matière à reprendre confiance dans l’avenir ? Face aux menaces d’effondrement, plus personne n’adhère à de simples mesures d’atténuation, de compensation, de remédiation… Il faut vraiment réinventer toutes nos manières de faire dans une perspective radicalement différente. Changer nos façons de produire, d’échanger, d’être au monde. Mais selon quelles boussoles ? Sur quoi peut-on compter ? Que faut-il quitter ? Face aux menaces climatiques et écologiques nous sommes tétanisés. Nous bégayons, nous peinons à penser le temps d’après, à envisager l’avenir, une promesse, du neuf ! Pourtant, si l’homme est devenu une force géologique capable de détruire son propre milieu de vie, pourquoi serait-il incapable de changer de civilisation. Quitter un monde thermo-industriel dont l’économie de marché est indifférente à la biosphère pour réaffecter d’urgence nos moyens immenses vers une autre civilisation ajustée à la Terre et à l’humain, une civilisation du vivant.

Ce retournement a déjà commencé car les limites planétaires et biologiques sont désormais nos balises. Nous comprenons que nous sommes des terriens en dépendance totale d’un milieu naturel fragile. Redécouvrir notre condition de vie permet de revisiter nos interactions, nos cultures, nos milieux et la prodigieuse diversité des sociétés humaines.

Ainsi la boussole du vivant peut redonner un sens nouveau au progrès. Elle nous permet de rompre définitivement avec notre image de prédateur de la biosphère pour en devenir les gardiens. Une boussole qui permet d’adopter une attitude réaliste, consciente que toute croissance et tout progrès sont fondés sur le renouvellement et la régénération.

L’aspiration à une refondation

Le virage est amorcé. Depuis le Sommet de la Terre de Rio en 1992, les mobilisations pour rendre l’industrie « soutenable », l’accord sur les 17 objectifs de développement durable (ODD) voté en 2015 par les Nations Unies inaugurent une adaptation au monde. Mais nous sommes encore loin de « porter le souci du monde » ! Nous n’avons pas encore déployé les leviers pour soumettre l’économie aux limites biosphériques.

C’est pourtant un passage incontournable, comme le reconnait l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) dans son rapport intitulé « Financer la biodiversité » pour le G7 environnement. Cette instance
internationale – qui a ouvert un chantier pour « éviter l’effondrement systémique » a compris que désormais toute performance économique est conditionnée aux performances vitales, écologiques et sociales.

Face aux risques d’effondrement écologique, social et financier, nous proposons de faire « cause commune » autour d’un Manifeste pour refonder le progrès.

Notre ambition est d’entrainer une aspiration commune pour un monde futur plus interdépendant et plus cohérent. Elle est surtout de dessiner un cadre de pensée et d’action pour soutenir des mutations personnelles ou collectives d’ordre social, économique et politique.

Loin d’être superficielle, la mutation oblige un réagencement complet des
rôles de l’entreprise, de la finance, de la comptabilité, de la recherche, du politique et de la société civile.

Il s’agit d’inventer de nouvelles pratiques pour manger, cultiver, habiter, se déplacer, fabriquer, échanger… autrement.

Cet avenir est riche et foisonnant, truffé d’opportunités, de réagencements, de relations nouvelles. Il implique beaucoup de solidarité pour que les risques de transition soient répartis équitablement. Il nécessite de faire corps politiquement, en résistant aux dislocations sociales et biologiques qu’opèrent l’accélération des gestes et la mise en concurrence des régions du monde.

Pour chacun, la priorité est de prendre soin des milieux naturels, techniques, numériques, financiers pour les maintenir ou les rendre compatibles avec nos vies humaines. C’est la perspective d’un new deal vert qui met l’écologie au centre de tous les arbitrages.

Trois étapes pour refonder le progrès dans une réconciliation avec le vivant

D’une manière paradoxale, notre époque qualifiée d’Anthropocène - puisque les activités humaines des sociétés occidentales sont en train de transformer le « devenir » terrestre - nous confronte en même temps à notre puissance destructrice et à notre fragile condition humaine, dépendante des autres vivants.

Cette situation est fondatrice puisqu’elle inaugure la réconciliation avec le vivant si longtemps perçu comme inquiétant car instable ou ingérable. Elle inspire une dynamique en cascades que Felix Guattari [1] avait bien décrite dans son petit ouvrage intitulé Les trois écologies. Cette dynamique comprend trois transformations : ajuster notre insertion dans le monde naturel, soutenir notre responsabilité pour faire société, pacifier notre vie personnelle dans la résonance au monde.

Ainsi tracée, la perspective constitue en premier lieu un tournant dans la modernité afin de redéfinir nos relations avec la nature, de saisir l’importance des milieux écologiques, technologiques ou symboliques, de préciser la place nouvelle de la science et des autres savoirs.

En second lieu, elle implique de nous appliquer à protéger les biens naturels ou communs, par des pratiques politiques nouvelles.

Cela veut dire penser une « Politique de la Terre » qui transcende les clivages anciens entre conservateurs ou progressistes pour soutenir la coexistence des vivants.

Ce nouvel horizon nécessite en troisième lieu de revisiter ce à quoi nous donnons de la valeur et comment nous pouvons en générer par une innovation frugale, pertinente pour l’homme et la société. Cet horizon nécessite la refondation du rôle des entreprises conçues comme contributives (raison d’être, mission) et une révision comptable.

Enfin, si l’émancipation a été au coeur du progrès des siècles passés, nous cherchons désormais un « art de vivre ensemble »,une convivialité comme source de l’épanouissement humain. Les défis qui sont donc les nôtres concernent nos capacités de solidarité, de coopération, d’adaptation et de résilience.

La perspective de ce Manifeste pour refonder le progrès est bien d’articuler progrès scientifique, économique, social et politique au service de l’humain et de son milieu.

Si d’aucuns voient dans cette réinvention, une régression, nous pouvons penser inversement qu’il s’agit d’une réconciliation, d’une maturation pour faire advenir un nouveau sens au progrès, celui d’une humanité recentrée, capable de se faire « gardienne » des biens communs.

Il ne s’agit pas de nier la modernité, la puissance d’une rationalité créative mais de saisir ses limites quand elle se fait hégémonique.

Composer avec la diversité des expériences humaines qu’elles soient analytiques, artistiques, corporelles, émotionnelles ou spirituelles. Reconstruire des chaînes de valeur partagées pour que nos aliments, nos agricultures et nos paysages, nos moyens de transport, nos habitats et nos villes, nos manières
de soigner et nos hôpitaux, nos réseaux numériques… génèrent des milieux favorables à l’épanouissement de chacun. Installer les conditions d’une prospérité par une diversité féconde.

Des pionniers ont déjà amorcé un virage radical inaugurant ce « monde d’après ». Ces hommes et ces femmes porteurs d’une « transition écologique et solidaire » sont d’abord des gens de la terre, agro-écologistes, mais aussi des entrepreneurs, des acteurs locaux ou politiques. Ils développent des activités plus coopératives, plus sobres, plus intégrées, plus robustes. Les jeunes mobilisés dans les grèves du climat ou le Manifeste pour un Réveil écologique plébiscitent ces priorités contributives et qui donnent sens à l’action.

Manifeste

- Télécharger le Manifeste

De quel progrès voulons-nous ?

A propos d’Entrepreneurs d’Avenir

Entrepreneurs d’avenir est une communauté de dirigeants partageant Entrepreneurs d'Avenirdes valeurs et convictions communes qui s’allient et s’engagent à titre individuel et pour leur structure à faire grandir une économie réinventée, bénéfique pour l’humanité, la planète et la société.

Entrepreneurs d’avenir veut rassembler et promouvoir (à travers un réseau, des événements, un média) les acteurs d’une société réinventée où l’économie contribue positivement à une vie meilleure, à la qualité de vie au travail, aux équilibres sociétaux, environnementaux et territoriaux. Les Entrepreneurs d’avenir sont les dirigeant.es qui oeuvrent à générer un nouveau type de croissance et de progrès positifs fondés sur l’efficience, l’équité et la durabilité.

- La CHARTE DES ENTREPRENEURS D’AVENIR énonce leurs valeurs.


Entrepreneurs d’Avenir

La communauté des Entrepreneurs d’avenir est née à l’issue du 1er Parlement des Entrepreneurs d’avenir, lancé en 2009 à l’Assemblée nationale. Ce large réseau rassemble plusieurs centaines de dirigeants qui souhaitent engager et promouvoir leur organisation vers un modèle conjuguant progrès économique, social et environnemental. Impliqués à différents niveaux dans cette démarche de performance globale, les entrepreneurs ou managers sont conscients qu’elle est source d’opportunités pour le développement de leur entreprise et de la société.

En rejoignant la communauté, les attentes exprimées par les Entrepreneurs d’avenir sont de :

– s’identifier et se reconnaître dans un réseau de dirigeants engagés ;
– se rencontrer et partager des enjeux, des pratiques et des affaires ;
– communiquer et informer sur leurs activités et bonnes pratiques ;
– progresser et faire progresser l’économie par des actions collectives ;
– influencer, c’est-à-dire porter auprès du monde économique et politique leur vision de l’économie et du développement durable.

800 dirigeants appartenant à tous les secteurs d’activité sont répartis sur l’ensemble du territoire. Le réseau est ouvert à d’autres acteurs privés et publics (managers, intrapreneurs, experts, collectivités, associations…) avec lesquels des partenariats ou actions sont menés.

Les Entrepreneurs d’avenir se mobilisent lors des Parlements nationaux ou régionaux, lors de moments inspirants et conviviaux, les Happy Business ou encore de voyages au coeur d’entreprises innovantes et durables.

- www.entrepreneursdavenir.com


[11. Felix Guattari, Les trois écologies, Paris, Galilée, 1989

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