Le Travail, grand oublié du développement durable

En 1987, le rapport Brundtland listait le travail parmi les besoins essentiels de l’individu. L’accès à un emploi décent, à la protection sociale, le respect de bonnes conditions de travail sont des éléments clés du progrès social et devraient à ce titre occuper une place centrale dans les politiques publiques. Loin des idées reçues, l’économiste et maître de conférences Rémi Bazillier démontre dans cet ouvrage que de meilleures conditions de travail ne sont pas le privilège des pays riches : le progrès social peut tout à fait se concilier avec l’efficacité économique et le respect de l’environnement. C est l’idée motrice du développement durable. Plus de vingt ans après la création de ce concept, il est temps d en rappeler certains fondements.

Extrait : l’avant-propos par Rémi Bazillier La dimension sociale est le parent pauvre du développement durable. Souvent délaissée ou oubliée, cette dimension est pourtant fondamentale dans ses interactions avec les deux autres sphères : la sphère économique et la sphère environnementale. Au sein de cette dimension sociale, la place du travail et de l’emploi est particulière. Le rapport Brundtland de 1987 ne listait-il pas le travail comme un besoin qu’il conviendrait de satisfaire ? Plus largement, la notion de progrès social n’est-elle pas étroitement liée à l’amélioration des conditions de vie et des conditions de travail ? Répondre positivement à ces questions, c’est déjà reconnaître que le travail est au coeur de la dimension sociale du développement durable. Et cette prise en compte du social est nécessaire pour que le développement économique et le respect de l’environnement n’aient pas pour corollaire l’exploitation de certaines catégories de travailleurs ou, au niveau international, de certains peuples. C’est ce qui fonde toute l’originalité du concept de développement durable. Comment rendre conciliable ce qui apparaît au premier abord comme antinomique ? Les droits au travail ont longtemps été considérés comme un obstacle au développement économique. Ainsi, le courant distortionniste, largement dominant ces dernières décennies, considérait qu’il fallait flexibiliser, réduire les protections, favoriser la « fluidité » du marché du travail pour le rendre plus efficace. Le progrès social ne serait que la simple conséquence de la croissance économique. Pourtant, les résultats empiriques de la recherche en économie sont bien loin du consensus affiché par certains décideurs. Dans de nombreuses situations, l’amélioration des conditions de travail, le respect du travail décent peuvent être des outils permettant l’expansion économique. Il s’agit surtout de choix de modèles de développement. Chacun peut présenter des avantages et des risques. Il en est de même concernant les liens entre travail et environnement. Lorsqu’une usine polluante ferme, cela permet certes de réduire les émissions atmosphériques ; mais cela crée aussi du chômage et peut susciter la colère des travailleurs. L’amélioration de l’environnement passe-t-elle nécessairement par la fin de l’emploi ? L’attitude des syndicats est à cet égard emblématique. Longtemps accrochés à une vision défensive de l’emploi quels que soient les coûts environnementaux, ils ont décidé d’adopter, au cours des dernières années, une attitude plus offensive en insistant sur les possibles opportunités liées à la réduction de la pollution. Encore une fois, il n’y a pas d’inéluctabilité à la confrontation des dimensions sociale et environnementale. Les politiques environnementales peuvent être envisagées de manière à ce qu’elles soient bénéfiques à l’emploi. Le changement climatique nous oblige aujourd’hui à revoir notre modèle de développement. La transition vers une économie faiblement intensive en carbone peut avoir des conséquences sociales lourdes. Mais elle est également porteuse d’un potentiel de développement d’emplois et d’amélioration des conditions de travail, partout dans le monde. Encore faut-il que les politiques soient adaptées et veillent à ne pas laisser au bord du chemin de nouveaux exclus de la révolution écologique. La transition doit être juste. Alors, il sera possible de concilier la dimension sociale et la dimension environnementale. – Références : Le Travail, grand oublié du développement durable de Rémi Bazillier – Editeur : Le Cavalier Bleu – Date de publication : 22 septembre 2011 – 222 pages – ISBN-13: 978-2846703437 – Prix public : 15 € Pour en savoir plusPrésentation du développement durable et de la dimension sociale – Jérôme Ballet, Jean-Luc Dubois et François-Régis Mahieu, « À la recherche du développement socialement durable : concepts fondamentaux et principes de base », Développement durable et territoires [En ligne], Dossier 3 : « Les dimensions humaine et sociale du développement durable », mis en ligne le 22 juin 2004. Consultable en cliquant ICI. – Une tribune de Rémi Bazillier sur Le Monde.fr est consultable en cliquant ICI. – Une interview de l’auteur sur Emploi-Pro est disponible en cliquant ICI.

 

David Naulin
David Naulinhttp://cdurable.info
Journaliste de solutions écologiques et sociales en Occitanie.

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