L’année 2025 a été source de bouleversements et d’incertitudes pour les entrepreneurs de l’impact. S’il reste attentif aux dispositions finales du PLF1 2026, qui détermineront la place de l’ESS dans notre économie, l’écosystème tout entier se distingue par sa résilience : les entreprises à « impact » n’ont jamais été aussi nombreuses (+10 % entre 2023 et 2025 selon Bpifrance) et matures ! Sophie Vannier, Présidente de La Ruche, a accepté de répondre aux questions essentielles pour Cdurable. Elle jette en introduction un regard optimiste sur l’année écoulée, qu’elle voit comme une opportunité pour la filière de réinterroger sa raison d’être : que veut dire, aujourd’hui, « faire de l’impact » ?

Une opportunité pour la filière de réinterroger sa raison d’être
Sophie Vannier identifie 5 grandes perspectives pour le secteur de l’impact en 2026 :
#1 : Le retour de la proximité : le lien social et l’ancrage local avant toute chose.

« Pour contrer un sentiment de perte de sens – ressenti par près de la moitié des dirigeants au cours des deux dernières années (Bpifrance) – et lutter contre l’isolement, les entrepreneurs sont en quête de proximité. On ne saurait que trop le répéter :
l’aventure entrepreneuriale n’a rien d’individuel et l’entrepreneur a besoin de tiers de confiance – ou tout simplement d’écoute – pour grandir !
Ils se tournent donc vers leurs pairs, investissent de nouveau des lieux de partage et pensent leurs modèles dans une logique de circuit-court. En 2026, l’entrepreneur et son entreprise font partie d’un écosystème interconnecté ! », explique Sophie Vannier.
#2 : L’essor du segment du « care » : prendre soin de soi et des autres.
« Fort heureusement, notre société est de plus en plus ouverte au monde, à l’écoute de l’Autre et attentive à soi. En réponse autant qu’en miroir, de nombreux entrepreneurs choisissent d’investir le secteur du « care » et de concevoir des solutions permettant de répondre à des enjeux liés à la santé ainsi qu’au bien-être. Des programmes de formation et d’accompagnement entrepreneurial naissent pour accompagner cet élan, soutenu par des professionnels aguerris qui se reconvertissent dans les métiers du soin pour prendre soin des autres… et d’eux-mêmes ! », poursuit-elle.
#3 : Le pragmatisme des business models : la robustesse avant l’innovation.
« Après avoir longtemps couru après l’hypercroissance et la super-levée, je ne peux que constater un salutaire retour au réel est en train de s’opérer parmi les entrepreneurs. La priorité est désormais moins au passage à l’échelle qu’à la construction de modèles stables, rentables et en mesure de créer de la valeur sur le long-terme. Car, si l’on semblait l’avoir un temps oublié, c’est bien dans la longévité que se mesure véritablement l’impact », rappelle Sophie Vannier.
#4 : Le repreneuriat : transmettre plutôt que créer !
« Nos territoires sont les premiers concernés – et premiers intéressés – par cette nouvelle forme d’entrepreneuriat. Dans les zones rurales, qui vont voir le départ à la retraite de nombreux de leurs dirigeants, la reprise d’entreprise constitue un moyen de préserver le tissu économique local – d’ores et déjà fragile. La « transmission » a un fort potentiel, mais encore faut-il qu’elle soit facilitée, accompagnée, soutenue. Les collectivités ont un rôle à jouer ! » déclare-t-elle.
#5 : L’essor des micro-entrepreneurs : l’impact à « petite échelle ».
« Contrairement aux idées reçues dont ils souffrent, les micro-entrepreneurs – ou entrepreneurs individuels – n’ont rien de marginaux ! Les chiffres publiés par l’INSEE parlent d’eux-mêmes, ils représentaient près des deux-tiers des entreprises créées en 2024. Leur existence même nous pousse à nous interroger quant au véritable sens de l’impact. Se mesure-t-il seulement à l’échelle d’une entreprise ou du collectif ? » interroge et conclut Sophie Vannier.
Questions Cdurable à Sophie Vannier

1 – Quelle est la nature de ma relation avec le vivant ?

L’association Noé Conservation dit “Biodiversité, nos vies sont liées” ! Cette affirmation a toujours raisonné en moi ! Nous ne pouvons pas réfléchir à l’intérêt général, à l’humanité, sans penser le Vivant, tout comme nous ne pouvons pas penser à la protection de nos environnements et à la transition écologique sans y intégrer les sujets d’égalité des chances et d’inclusion sociale.
Je suis liée au Vivant
et il est lié à moi.
Je trouve très intéressant de suivre les travaux de l’association Wild légal, qui défend l’idée que la nature a des droits ! Comme toute personne physique et morale.
UN GUIDE POUR INSCRIRE LES DROITS DE LA NATURE AU CŒUR DES PROGRAMMES MUNICIPAUX

2 – Quels sont mes besoins et choix d’alimentation ?
J’aime me nourrir de bonnes choses ! Je consomme principalement des produits locaux et bios quand c’est possible. J’alterne les courses entre le magasin La Main Verte à côté de chez moi (Paris 13) et le marché local (les maraîchers David et Laetitia) de Mortagne en Perche (Normandie) où j’ai la chance de passer de nombreux week-end. Pour les petits plats maison, je me laisse porter par le cuistot de la famille. En dehors, je vais m’orienter vers le poisson, les plats veggies et une alimentation plutôt anti-inflammatoire.

3 – Quel est mon type d’habitat actuel et idéal ?
Je vis dans un appartement à Paris. Mon habitat idéal est celui qui est proche de tout ! J’aime beaucoup le concept de la ville du quart d’heure. Un concept où l’on trouve tout ce qui est nécessaire à quinze minutes à pied de chez soi. Un luxe ! Et un vrai défi de design de services pour les villes.
Dans mon habitat idéal il y aussi la vie communautaire où chacun dispose d’un chez soi, mais connaît son voisin, s’entraide et fait “village”.

4 – Quelle activité physique favorise mon bien-être et ma santé ?
La marche en forêt, je ne manque pas une occasion de chausser mes bottes et d’aller faire une balade dans les forêts normandes ou landaises. Je pratique aussi le yoga avec des amies chères et des collègues qui partagent le plaisir de se retrouver sur le tapis. J’aime jouer au SKYJO ou autres jeux de société avec mes enfants, quand ils sont bons joueurs !
5 – Quels savoirs m’ont permis de comprendre comment agir ?
J’ai bifurqué après ma licence de droit vers une école de commerce pour sortir le nez des Dalloz et aller sur le terrain. J’ai ensuite appris en faisant. Agir avec méthode me permet de passer à l’action en me sécurisant. Agir avec philosophie donne du sens à mon action et aux difficultés rencontrées. J’ai aussi beaucoup observé les entrepreneurs pionniers de La Ruche.
Enfin, je me suis récemment inspirée des philosophies indiennes et notamment des enseignements puissants de la Bhagavad Gita, un texte fondamental de l’hindouisme qui nous souffle une philosophie concrète de l’action, même dans l’incertitude !
6 – Quel est le sens que je donne à mon travail ?
Pendant longtemps, sens et travail était une question de survie !

Travailler dans et pour l’entrepreneuriat à impact n’était pas une option mais presque une vocation. C’était quasi thérapeutique pour vivre dans un monde qui ne tourne pas rond. Aujourd’hui, c’est différent ! Malgré tous nos efforts, l’économie engagée et responsable dont je rêvais comme une norme tarde à percer et la conjoncture actuelle malmène bien souvent nos actions, et parfois nos convictions.
Le sens dans mon travail est désormais celui de “faire ma part”.
En miroir à l’allégorie du colibri que j’ai longtemps délaissé par son manque d’ambition et qui en fait reflète une certaine résilience très pragmatique.
7 – Quelle énergie j’utilise pour mes usages et besoins ?
Le vélo électrique pour atteindre La Ruche Paris sur la butte de Ménilmontant !

La Ruche, pour faire essaimer l’entrepreneuriat partout en France
8 – Quelle est mon implication personnelle pour l’intérêt général ?
J’ai des difficultés à séparer les engagements pros et persos.
Dans la sphère privée, je vais essayer de m’engager au maximum à travers ma façon de consommer même si ce n’est pas parfait ! Seconde main, achats responsables, dons d’argent et de matériels, banques alimentaires, sont les petits gestes qui me donnent bonne conscience face à l’immensité du challenge !
9 – Quels sont mes liens de coopération et ma participation au bien commun ?
Je suis tombée dans la marmite du “co” dès mon premier pied dans l’ESS en 2011 par le co-working d’abord, puis l’animation de communauté, la co-construction de programmes pour entrepreneurs sociaux puis la formation de facilitateur. A La Ruche nous considérons aussi que le savoir est un bien commun et nos communautés apprenantes participent à les diffuser.

10 – Carte blanche : quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer à nos visiteurs ?
Entreprendre c’est une posture ! Une posture qui doit toujours être guidée par la question du sens : à quel besoin, à quel manque, à quel problème mon projet répond-il ? Entreprendre répond aussi, et peut-être surtout à une envie : de changer les choses, de s’impliquer, de se rendre acteur. Et comme je le dis souvent, il faut aussi savoir écouter ses envies et ce que notre être nous crie.
Et si c’est la voie de l’entrepreneuriat qui monte en vous : osez l’écouter et vous lancer !
Pour ceux qui ne sauraient pas par quel bout commencer, je leur réponds qu’il existe partout en France des organisations, des réseaux, des associations pour vous aider, vous accompagner de l’idée au lancement de votre projet et qui ne vous laisseront jamais seuls !
- Projet de loi de finances pour 2026 ↩︎







