Lancé le 19 octobre 2026 à l’occasion du premier colloque national sur les Ordonnances Vertes, un nouveau réseau entend accélérer le déploiement de ce dispositif de prévention en santé environnementale. Son ambition : mieux protéger les femmes enceintes et leurs bébés de l’exposition aux perturbateurs endocriniens, en associant professionnels de santé, collectivités, producteurs bio et citoyens.

Comment mieux protéger la santé des générations futures face aux pollutions environnementales ? Une initiative née à Strasbourg apporte une réponse concrète en associant prévention sanitaire, alimentation biologique et accompagnement des futurs parents. Après plusieurs années d’expérimentation et un déploiement progressif dans les territoires, les Ordonnances Vertes se dotent désormais d’un réseau national pour faciliter leur développement et favoriser l’accès du plus grand nombre à ce dispositif.

L’association « Alerte Médicale sur Les Pesticides et les perturbateurs endocriniens» a pour objectif la protection de la santé face à l’utilisation des produits pesticides et des polluants chimiques en informant les agriculteurs et la population sur les risques sanitaires liés à ces produits en participant à l’information et à la formation des médecins, en agissant auprès des pouvoirs publics et des agences nationales et européennes pour en limiter l’usage à commencer par les plus dangereux.
À l’initiative de l’association Alerte médicale sur les pesticides et les perturbateurs endocriniens (AMLP), cinq organisations ont annoncé la création du Réseau Ordonnances Vertes, le 19 octobre 2026, à Strasbourg. Parmi elles figurent Mutuelles Santé Planétaire, WECF France, la Coordination AgroBiologique (CAB) des Pays de la Loire et l’INTERAMAP du Maine-et-Loire « Les voisins de paniers ».
L’objectif est double : partager les expériences, les outils et les connaissances des acteurs déjà engagés, mais aussi faire reconnaître les Ordonnances Vertes comme un véritable levier de santé publique, accessible à toutes les femmes enceintes, y compris les plus précaires.

Les 1 000 premiers jours : une période déterminante pour la santé

La grossesse est une période de grande sensibilité aux expositions environnementales : l’organisme de l’enfant est en plein développement. Les travaux de l’Inserm soulignent l’importance de prévenir l’exposition aux pesticides pendant cette période.
L’objectif est d’accompagner les futurs parents avec des conseils accessibles et une aide concrète, pour leur permettre d’adopter progressivement de nouvelles habitudes.
La grossesse et la petite enfance constituent des périodes particulièrement sensibles aux expositions environnementales. Parmi les substances préoccupantes figurent les perturbateurs endocriniens, capables d’interférer avec le fonctionnement du système hormonal. Présents dans de nombreux environnements et produits du quotidien, certains de ces composés peuvent notamment être associés aux pesticides de synthèse, à certains produits cosmétiques, aux matériaux et aux contenants alimentaires.
Les expositions précoces à certaines substances sont associées à différents effets sanitaires, notamment des troubles du développement, des problèmes de fertilité et certains cancers hormono-dépendants. Ces risques dépendent toutefois des substances concernées, des niveaux d’exposition et des périodes de vulnérabilité. Face à ces enjeux, la prévention ne peut se limiter à la prise en charge médicale une fois les problèmes de santé apparus. Elle suppose aussi d’agir sur l’environnement quotidien, l’information des familles et l’accès à des alternatives plus saines.
C’est précisément l’approche défendue par les Ordonnances Vertes. Le dispositif s’inscrit dans la logique des politiques de prévention pendant les 1 000 premiers jours de la vie, période qui s’étend de la grossesse aux deux premières années de l’enfant. Il rejoint également les objectifs de la deuxième Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens (SNPE 2), qui vise à mieux prévenir les expositions et à renforcer l’information sur leurs effets potentiels.

Les Ordonnances vertes associent des paniers bio gratuits et des ateliers pour limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens pendant la grossesse.
Une ordonnance pour accéder à une alimentation bio et locale
À première vue, une ordonnance pour des légumes peut surprendre. Pourtant, le principe des Ordonnances Vertes est simple : associer un accompagnement par des professionnels de santé à un accès facilité à une alimentation biologique, tout en sensibilisant les futurs parents aux risques liés à leur environnement. Expérimenté initialement par la Ville de Strasbourg, le dispositif permet aux femmes enceintes bénéficiaires de recevoir, gratuitement pendant une partie ou la totalité de leur grossesse, des paniers de fruits et légumes issus de l’agriculture biologique et, autant que possible, de productions locales. En contrepartie, les bénéficiaires participent à des ateliers de sensibilisation. Ils peuvent ainsi mieux comprendre les sources d’exposition aux perturbateurs endocriniens et découvrir des moyens concrets de les réduire dans leur vie quotidienne.

Une ordonnance verte est prescrite aux futurs parents pendant la grossesse. Elle leur ouvre droit à des ateliers de sensibilisation et à des paniers de fruits et légumes bio et locaux. Son but : limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens — dont font partie la majorité des pesticides — à la période où elle a le plus de conséquences.
Cette démarche repose sur trois piliers complémentaires :
- Une prescription par un professionnel de santé, qui permet d’inscrire la démarche dans le suivi de la grossesse.
- Des ateliers de sensibilisation, pour mieux comprendre les liens entre santé et environnement et identifier des solutions adaptées aux situations de chacun.
- Un accès à des produits certifiés biologiques et, autant que possible, locaux, afin de faciliter l’évolution des pratiques alimentaires.
Le dispositif ne consiste donc pas seulement à distribuer des paniers alimentaires. Il associe une aide concrète, une démarche éducative et une politique de prévention. L’enjeu est également social. Les recommandations en faveur d’une alimentation de qualité ou d’une réduction de certaines expositions environnementales restent difficiles à appliquer lorsque les produits concernés sont trop coûteux ou que l’information est peu accessible. En agissant sur ces obstacles, les Ordonnances Vertes cherchent à rendre la prévention plus concrète et plus équitable.
Un réseau national pour passer à l’échelle
Depuis son lancement à Strasbourg, le dispositif s’est diffusé dans de nombreux territoires. Selon WECF France, les Ordonnances Vertes sont désormais déployées dans plus d’une centaine de territoires. Cet essaimage témoigne de l’intérêt des collectivités et des acteurs de terrain pour une approche qui rapproche les politiques de santé, l’alimentation et l’agriculture biologique. Mais la multiplication des initiatives pose aussi des questions : comment garantir la cohérence des dispositifs ? Comment partager les outils pédagogiques ? Comment évaluer les résultats ? Et comment éviter que l’accès à cette prévention dépende uniquement du lieu de résidence ou des moyens financiers des familles ?
C’est pour répondre à ces difficultés que le Réseau Ordonnances Vertes a été créé. Il réunira des organisations de santé et de santé environnementale, des collectivités territoriales, des groupements de producteurs et productrices biologiques ainsi que des organisations citoyennes. Sa charte commune doit permettre de consolider les principes fondamentaux du dispositif tout en favorisant les échanges entre les territoires. Le réseau se veut indépendant financièrement et apartisan. L’objectif est de construire une dynamique collective durable, capable de faire progresser les initiatives locales et de faciliter leur appropriation par de nouveaux acteurs.
Quatre leviers d’action pour les collectivités et les professionnels
Le Réseau Ordonnances Vertes entend développer plusieurs actions complémentaires.
1. Sensibiliser les professionnels de santé et les décideurs publics
Les médecins, sages-femmes et autres professionnels qui accompagnent les futurs parents occupent une place essentielle dans la prévention. Le réseau souhaite renforcer leur connaissance des perturbateurs endocriniens et mieux faire connaître le dispositif auprès des institutions et des élus.
2. Mettre en relation les porteurs de projets
Les collectivités qui souhaitent lancer une Ordonnance Verte pourront bénéficier des retours d’expérience des territoires déjà engagés. Cette mise en réseau doit faciliter l’identification des partenaires, la construction des projets et leur adaptation aux réalités locales.
3. Mutualiser les outils et les évaluations
Le partage de ressources pédagogiques et de méthodes d’évaluation doit éviter que chaque territoire ait à reconstruire seul son dispositif. La mutualisation permettra également de mieux identifier les pratiques les plus pertinentes et les difficultés rencontrées.
4. Faire évoluer les politiques publiques
Le réseau souhaite recenser et analyser les projets existants afin de documenter leurs résultats, de faciliter leur déploiement et de construire un argumentaire à destination des décideurs publics. Cette dernière dimension est essentielle. Pour passer d’expérimentations locales à une politique de prévention plus ambitieuse, il faut pouvoir apprécier les effets du dispositif, son coût, ses conditions de réussite et sa capacité à toucher les populations qui en ont le plus besoin.
Santé environnementale et agriculture biologique : des intérêts convergents
Les Ordonnances Vertes illustrent une approche qui dépasse les frontières habituelles entre politiques sanitaires, sociales et agricoles. En facilitant l’accès à des fruits et légumes biologiques, le dispositif cherche à réduire certaines expositions aux résidus de pesticides tout en encourageant une alimentation de qualité. Le recours à des producteurs locaux, lorsque cela est possible, peut également contribuer à renforcer les liens entre les habitants, les filières agricoles et leur territoire. Cette articulation mérite une attention particulière dans les politiques de transition écologique.
La prévention en santé environnementale ne repose pas uniquement sur les choix individuels. Elle dépend aussi de la disponibilité des produits, de leur prix, de l’organisation des filières agricoles et des moyens dont disposent les collectivités pour accompagner les publics. Les Ordonnances Vertes proposent ainsi de relier trois enjeux fondamentaux : protéger la santé, rendre une alimentation de qualité plus accessible et soutenir des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.
protéger la santé, rendre une alimentation de qualité plus accessible et soutenir des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement
Pour autant, le dispositif ne saurait se substituer aux politiques de réduction des pollutions à la source. L’information des consommateurs et l’évolution des habitudes sont utiles, mais elles doivent s’accompagner d’actions collectives pour limiter les expositions environnementales.
WECF France : agir dès la grossesse pour un environnement plus sain

14 octobre – Journée nationale de la qualité de l’air : WECF et le Fonds de dotation mutualiste ont présenté de nouveaux outils pédagogiques pour mieux comprendre les enjeux de la qualité de l’air et agir au quotidien. 99 % de la population mondiale respire un air contenant des niveaux de polluants supérieurs aux recommandations sanitaires selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Si la pollution de l’air concerne et peut affecter tout le monde, certaines périodes de la vie sont particulièrement sensibles aux effets des polluants atmosphériques
L’association WECF France (Women Engage for a Common Future) œuvre pour construire, avec les femmes, un monde sain, durable et équitable. Ses activités couvrent notamment la santé environnementale, l’alimentation, la biodiversité et la transition climatique. Son engagement dans le Réseau Ordonnances Vertes prolonge son travail de sensibilisation aux substances préoccupantes présentes dans l’environnement quotidien.
WECF développe également les ateliers Nesting, qui permettent aux futurs et jeunes parents de mieux comprendre les sources de pollution dans leur logement et leurs habitudes de consommation. Les participants y découvrent des solutions pour limiter leur exposition et créer un environnement plus sain pour les jeunes enfants. Ces ateliers abordent notamment les produits d’entretien, les cosmétiques, les contenants alimentaires, les meubles et les articles de puériculture. L’association défend une approche préventive qui associe information, accompagnement et solutions pratiques, sans faire peser toute la responsabilité sur les familles.
Rejoindre le Réseau Ordonnances Vertes
Le lancement du réseau marque une nouvelle étape pour une initiative qui cherche à transformer une expérimentation locale en un outil de prévention plus largement accessible. Collectivités, professionnels de santé, producteurs et productrices biologiques, associations et citoyens sont invités à rejoindre cette dynamique. Pour les territoires intéressés, le réseau peut constituer un point d’appui pour comprendre le dispositif, identifier des partenaires, mutualiser les ressources et construire un projet adapté aux besoins locaux.
Au-delà de la distribution de paniers bio, les Ordonnances Vertes posent une question essentielle : comment faire de la protection de la santé environnementale un droit accessible à toutes et tous, plutôt qu’une possibilité réservée aux personnes les mieux informées ou les plus favorisées ? En réunissant les acteurs de la santé, de l’alimentation et de l’action publique, le Réseau Ordonnances Vertes entend contribuer à apporter une réponse collective à cet enjeu.




