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Par Mathilde Valingot pour le WWF France

Peut-on fabriquer de l’eau douce ?

C’est l’histoire d’un rêveur qui à l’idée de renoncer préfère celle de créer ce qui n’existe pas encore. La planète se réchauffe ? Qu’à cela ne tienne, il conçoit la bulle d’orage , montgolfière improbable fonctionnant à l’énergie solaire . La pénurie d’or bleu menace l’humanité ? Il imagine, invente puis fabrique la machine à dessaler l’eau de mer. Rencontre avec Jean-Paul Domen, savant pas fou du tout qui conjugue l’ingénierie avec l’art de s’amuser, confessant au passage que si l’écologie le préoccupe, ce qu’il cherche avant tout, c’est faire ce qui lui plaît.

Parlez-nous de votre incroyable machine. Vous avez réellement élaboré un process permettant de fabriquer de l’eau potable ? Jean-Paul Domen : Ce que j’ai développé, c’est une technologie permettant de dessaler l’eau de mer, autrement dit, la technologie MHD ou humidification/déshumidification multi-étagée. Je n’ai pas inventé, en soi, une nouvelle façon de fabriquer de l’eau, en la faisant apparaître, comme par enchantement, à l’aide d’une baguette magique. Je me suis contenté d’imiter le phénomène naturel du cycle de l’eau, en le reproduisant à petite échelle. Un cours de CM1. Le principe se résume en une expérience. Tremper un morceau d’essuie-tout dans de l’eau tiède salée. Rapprochez-le à 5 mm d’une fenêtre. Et observez la buée. Évidemment, le procédé mis au point, via une machine en plastique et en floc de coton, s’avère plus complexe. Peu à peu, la mécanique se peaufine. J’en suis au 12ème prototype. Le mécanisme, de près de 3 m de hauteur, devrait permettre de récupérer 1 m3 d’eau douce par jour, soit 1000 litres, le but étant de permettre une application familiale, rustique et à coût réduit. Par la suite, nous extrapolerons vers des machines de plus grande capacité. Qu’est ce qui vous a donné l’idée d’un tel projet ? Jean-Paul Domen : Derrière l’idée, au premier abord un peu farfelue, il y a des aspirations philanthropiques et la volonté d’apporter sa pierre à l’édifice face à un enjeu mondial. Car le projet est né d’un article sur la future pénurie d’eau, annoncée au XXIe siècle. Dans l’espoir, entre autres, d’une utilisation dans les déserts, comme pour les « puits saumâtres du Sahara ». D’après l’OMS plus d’un milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable. D’ici 2025, ce chiffre pourrait doubler et atteindre les 2 milliards. Qu’est ce qu’on fait alors ? On croise les bras et on attend ? Très peu pour moi ! Jean-Paul Domen : Mais soyons honnête, si j’ai fait preuve d’autant de persévérance, depuis près 14 ans, c’est aussi, et peut-être même avant tout, parce que j’adore ce métier. Chercher, résoudre des problèmes techniques, améliorer l’ensemble, tout cela est comme une distraction pour moi. Cela me permet de m’évader. Ou en est le projet aujourd’hui ? Jean-Paul Domen : J’ai déposé un premier brevet en 98. Très rapidement, un groupe d’investisseurs a décidé de soutenir le projet. Nous avons alors créé TMW, une start-up fondée pour développer et commercialiser une technologie permettant de dessaler l’eau de mer. A l’heure où l’on parle, une trentaine d’investisseurs individuels et une équipe de 10 personnes portent le projet. La société a investi près de 5 millions d’euros et en 2006, TMW a créé le premier prototype donnant des résultats probants sur le plan économique. Deux ans plus tard, le concept a été validé et l’industrialisation a démarré. 2011 voit les premiers beta-tests lancés : dernière ligne droite avant la commercialisation du produit au courant de l’année. En fait, si c’est pour lutter contre le fléau de la pénurie d’or bleu que TMW s’est créée, les besoins de la France en dessalement d’eau de mer sont limités. Nous avons alors pensé à une autre application de la technologie MHD, qui permettrait de réduire l’empreinte des industriels sur l’environnement : la concentration de liquides pollués. Si vous souhaitez en savoir plus sur la technologie développée par Jean-Paul Domen, je vous invite à télécharger le document de présentation de l’entreprise TMW en cliquant ici.

 

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David Naulinhttp://cdurable.info
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