« Notre avenir nous est volé ! », disent de jeunes militants aux négociateurs de la COP27

Des jeunes militants protestent pour exiger des dirigeants qu'ils assument leur responsabilité en matière de pertes et de dommages.
Des jeunes militants protestent pour exiger des dirigeants qu’ils assument leur responsabilité en matière de pertes et de dommages.
Armés de t-shirts, de banderoles, de pancartes, de mégaphones, et surtout de témoignages déchirants étayés par des faits scientifiques et financiers, des jeunes ont envahi jeudi les couloirs du centre accueillant la Conférence des Nations Unies sur le climat, la COP27, en Egypte, pour exiger des négociateurs qu’ils examinent la question des « pertes et dommages ».
« Il y a des catastrophes climatiques et des destructions, et mon pays finit par emprunter de l’argent au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale pour faire face aux répercussions… Nos pays ne peuvent pas se développer à cause des coûts de la crise climatique », a déclaré un jeune militant africain lors de l’une des nombreuses manifestations qui ont eu lieu jeudi au centre de conférence international qui accueille la COP27 à Charm El-Cheikh.

« Notre avenir nous est volé et c’est une injustice », a-t-il déclaré.

Les « pertes et dommages » font référence aux coûts encourus par les pays qui ont le moins contribué au changement climatique, mais qui supportent le poids de ses impacts, tels que l’élévation du niveau de la mer et les phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents.
Des jeunes militants asiatiques protestent pour exiger des dirigeants qu'ils assument leur responsabilité en matière de pertes et de dommages.
Des jeunes militants asiatiques protestent pour exiger des dirigeants qu’ils assument leur responsabilité en matière de pertes et de dommages.

Dette écologique

Actuellement, des pays en développement comme le Pakistan, le Bangladesh et bon nombre de pays africains sont contraints de payer des coûts très élevés pour se remettre des catastrophes induites par le climat, et les jeunes pensent qu’il est temps que les gros pollueurs paient leur dette écologique.
« C’est une question qui a été mise de côté COP après COP. Le fait que nous soyons dans un pays africain cette année est très significatif. C’est un fait scientifique que les pays avec le moins de ressources économiques et avec à peine la responsabilité des émissions sont ceux qui finissent par souffrir le plus… Il s’agit de réparation et de justice sociale », a déclaré Bruno Rodriguez, jeune militant argentin à ONU Info.
L’appel des jeunes est clair : ils veulent la création d’un mécanisme de financement des « pertes et dommages » qui puisse fournir un financement supplémentaire et facilement accessible pour aider les pays en développement à s’adapter et à limiter les « impacts irréversibles sur la vie des jeunes ».
« Nous ne voulons pas de prêts ; nous ne voulons pas de davantage de dettes. Payez maintenant pour les pertes et les dommages », était le message d’un militant des Philippines.

La communauté scientifique est d’accord

10 points clés à retenir de 2020 sur les sciences du climat
10 points clés à retenir de 2020 sur les sciences du climat
Le rapport annuel 10 New Insights in Climate Science, qui fournit une synthèse concise des conclusions les plus urgentes sur la recherche liée au changement climatique pour éclairer les négociations de la COP, souligne également l’importance d’aborder la question des « pertes et dommages », la qualifiant « d’impératif planétaire urgent ». Lors de la publication du rapport ce jeudi, qui a coïncidé avec la « Journée de la jeunesse et de la science » à la COP27, les scientifiques ont souligné que des « pertes et dommages » se produisent déjà et augmenteront considérablement en fonction des modèles de trajectoires actuels. « Bien que nombre de pertes et dommages puissent être calculés en termes monétaires, il existe également des pertes et dommages non économiques qui doivent être mieux compris et pris en compte », ont averti les auteurs du rapport, appelant à une réponse politique mondiale coordonnée « urgente » sur la question. Le document d’information, compilé par le Programme de recherche sur le climat et soutenu par ONU Climat (CCNUCC), souligne également que beaucoup de ces conséquences ne peuvent être évitées par de simples mesures d’adaptation et qu’agir rapidement pour réduire les émissions est une bien meilleure option. 10 New Insights in Climate Science 2022 (Anglais)
« Le rapport indique que le potentiel d’adaptation au changement climatique n’est pas illimité, et cela n’empêchera pas toutes les pertes et tous les dommages que nous pouvons voir maintenant », a déclaré le chef de d’ONU Climat, Simon Stiel.
Cependant, a-t-il dit, « les actions d’adaptation ne peuvent se substituer à des actions d’atténuation ambitieuses [pour réduire les émissions] ».
Lettres d'enfants et de jeunes dans leur pavillon à la COP27.
Lettres d’enfants et de jeunes dans leur pavillon à la COP27.

« Expulsez les pollueurs »

Pour les auteurs du rapport, la réalité que des dizaines de milliers de personnes meurent actuellement des effets du changement climatique doit être au cœur des négociations. Ils ont également souligné que plus de 3 milliards de personnes habiteront des « points chauds de vulnérabilité » – des zones les plus susceptibles d’être affectées par des aléas climatiques – d’ici à 2050, soit le double d’aujourd’hui. Lors de leur journée à la COP27, les jeunes se sont exprimés non seulement en protestant, mais aussi avec de la musique, de la danse, des vêtements colorés et des dessins. Un chant entendu était « Expulsez les pollueurs » alors que trois ONG ont dénoncé que sur la liste des participants inscrits à la COP27, il y a plus de 600 lobbyistes des combustibles fossiles, soit une augmentation de 25% par rapport à l’année dernière.
« L’influence des lobbyistes des combustibles fossiles est plus grande que celle des pays et des communautés en première ligne. Les délégations des pays africains et des communautés autochtones sont éclipsées par les représentants des intérêts des entreprises », a dénoncé un groupe de manifestants de l’organisation Kick Big Polluters Out.
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