Dans l'actualité :

Les prairies et parcours : des systèmes vivants pour la transition agroécologique  

Les prairies naturelles ou permanentes et parcours, riches en...

Les produits issus du pétrole ont une empreinte carbone plus élevée qu’estimée 

De nouvelles données publiées récemment influencent de manière significative...

Pour une transition écologique, équitable et solidaire de notre agriculture et de notre alimentation

A l'occasion du Salon de l’agriculture, 12 ONG réunies...
L'Humanité a rencontré le fondateur de Max Havelaar

Le commerce équitable : un conte de fées ?

Entretien réalisé par Françoise Escarpit

C’est en 1988 que le prêtre-ouvrier Francisco Van der Hoff fonde avec Nico Roozen l’association, et le label, Max Havelaar, aujourd’hui présent dans dix-sept pays avec café, thé, miel, banane, cacao, sucre, jus d’orange, fruits et fleurs, tous produits dans le respect des droits – humains et de l’environnement. Partisan du développement d’un commerce mondial alternatif, il souligne la nécessité d’une – mobilisation démocratique et populaire de grande ampleur pour contrecarrer le système néolibéral dominant. Van der Hoff a été fait chevalier de la Légion d’honneur le 14 juin dernier. Une décoration acceptée « au nom de dizaines de millions de producteurs du Sud » et remise à l’Élysée, devant Kofi Anan, Tony Blair et des chefs d’entreprise du monde entier, au cours de la réunion annuelle du pacte mondial de l’ONU qui veut inciter les entreprises à prendre des initiatives pour un développement durable. Entretien paru dans Le journal L’Humanité daté du 03/08/2005.

Max Havelaar est-il né aux Pays-Bas ou au Mexique ? Francisco Van der Hoff. Prêtre-ouvrier, je suis arrivé en 1980 dans la région de l’isthme. L’évêque de Tehuantepec, Arturo Lona Reyes, m’a alors demandé de partir dans la sierra (montagne) ramasser le café avec des paysans indiens qui semblaient n’avoir guère conscience de leur exploitation. En 1981, une assemblée a réuni près de cent cinquante personnes, et l’Union des caféiculteurs indiens de la région de l’isthme (UCIRI) est ainsi née pour se libérer des « coyotes », des caciques, et exploiter le café sans intermédiaire. En 1985, nous avons exporté, pour la première fois, sur des marchés alternatifs en Allemagne et en Hollande. Une expérience compliquée à cause de quotas d’exportation mais qui a montré à ces 4 000 petits producteurs d’Oaxaca, mais aussi du Chiapas et de Tabasco, que c’était possible. Puis nous avons tenté d’élargir notre marché auprès d’ONG solidaires. J’ai rencontré Nico Roozen et nous avons eu l’idée de créer Max Havelaar. Le café est le premier produit agricole mondial, au niveau volume et argent, avec 130 milliards de dollars chaque année. Juste après le pétrole, avec une spéculation énorme intéressant banques et fonds d’assurances qui naviguent de l’un à l’autre ! Nous sommes entrés dans le commerce équitable avec le thé en Asie mais, comme pour la banane, c’est techniquement plus compliqué que pour le café car, pour exporter, il faut toujours négocier avec les grands producteurs. Quel est le projet social et politique de l’UCIRI ? Francisco Van der Hoff. On y retrouve les quatre ethnies présentes dans l’isthme (Mixes et Zapotèques surtout, mais aussi Chatinos et Chontales), ce qui provoque des contradictions culturelles très fortes. Par exemple, la société zapotèque est matriarcale alors que celle des Mixes est patriarcale. Les regrouper dans une seule organisation n’a pas été évident, pas plus que de parler d’égalité des genres mais cela a permis de faire évoluer le statut des femmes. Elles ont une organisation propre. Elles commencent avec dix poulets ou un cochon et, peu à peu, elles organisent une petite entreprise familiale. Cela n’est pas allé tout seul chez les Mixes car les hommes disaient : « Comment est-il possible que ma femme ait de l’argent ? » Certains trouvent que nous sommes passés de l’ère du tambour à la pointe de la technologie électronique ! Dans la sierra, beaucoup de communautés ont maintenant accès à l’information. Les gens communiquent avec d’autres villages ou suivent des formations. Ils sont entrés là-dedans comme si c’était naturel en s’appropriant cet instrument pour la technologie et la recherche, pour la production de fruits nouveaux comme le maracuya, et pour le commerce. Ils savent ce qui se passe dans la région, dans le pays, dans le monde. Ils savent les prix et les « coyotes » qui veulent avoir un sac d’oranges pour 15 pesos s’entendent dire : « Non monsieur, il est à 50 ! » Ils savent ce que vaut une forêt où vit le quetzal que l’on pensait disparu et où poussent des milliers d’orchidées qui n’ont jamais été répertoriées. Ils veulent essayer de développer l’écotourisme – interne en protégeant la – biodiversité. Mais tout cela n’est pas un conte de fées ! Voilà vingt-cinq ans que nous menons une lutte quotidienne acharnée, freinée par la fatigue et la lassitude pour faire fonctionner une organisation devenue énorme et complexe, de laquelle peu sortent et beaucoup entrent. Cela suscite des conflits car quelques-uns voudraient aller plus vite et manifestent un certain désenchantement. (…) Le système dominant s’intéresse au commerce équitable. Essaierait-il d’instrumentaliser les marchés alternatifs ? Francisco Van der Hoff. Nous en sommes très conscients. En se proposant de créer un marché démocratique dans lequel consommateurs et producteurs décident des règles de l’économie, le marché alternatif se pose comme un défi énorme au système dominant. Il pèse actuellement trois milliards de dollars. S’il croît jusqu’à 7 % ou 8 %, l’industrie va devoir répondre. On le voit déjà en Allemagne où les chefs d’entreprise ne peuvent plus escamoter leur responsabilité, parlent de co-responsabilité sociale. Ils inventent des tas de choses qui ne sont que du maquillage mais ils ne peuvent plus faire ce qu’ils veulent, même à l’intérieur de leur entreprise. Ils ont inventé leurs propres codes de co-responsablilité sociale sans se préoccuper de la question financière. Cela n’a pas de sens car, pour nous, le paysan doit recevoir le prix juste pour son produit. Le commerce équitable est le seul qui a des règles, une transparence, une traçabilité. La grande industrie ne peut pas faire cela et ça ne l’intéresse pas mais son pouvoir est tel qu’elle peut facilement nous avaler ! (…) L’entretien complet est consultable sur le site de l’humanité. Lien direct ci-dessous.

 

A lire

Méthanisation : un levier pour l’agroécologie ?

La vue, le bruit ou l'odeur. Tels sont les...

Un monde sans argent inspire partage et rencontres …

Un monde sans argent, une idée du Grand Projet...

Quels sont les enjeux écologiques des élections européennes ?

Les prochaines élections européennes seront cruciales pour l’avenir de...

Accélérer le passage à l’action pour la résilience des stations de montagne

Un séminaire de travail Green Cross a eu lieu...

Newsletter

spot_img

Sur Cdurable

Fédérer agriculteurs et entreprises pour régénérer notre terre

L’agriculture, c’est 40% des surfaces terrestres et 25% des...

Roots of Tomorrow : un Jeu Vidéo gratuit pour comprendre l’agroécologie

Gamabilis, studio indépendant français, a créé Roots of Tomorrow,...

Etudiant-e ? Secoue ton campus !

D’après la Consultation Nationale Étudiante 2023, 74% des étudiant·es...

Bachelor ACT, un diplôme pour les métiers porteurs de sens

Alors que de plus en plus de jeunes expriment...
David Naulin
David Naulinhttp://cdurable.info
Journaliste de solutions. Formation "Devenir journaliste" au CFPJ en 2022

Les prairies et parcours : des systèmes vivants pour la transition agroécologique  

Les prairies naturelles ou permanentes et parcours, riches en biodiversité, présentent de nombreux atouts pour la transition agroécologique. Ils aident les agriculteurs à temporiser...

Les produits issus du pétrole ont une empreinte carbone plus élevée qu’estimée 

De nouvelles données publiées récemment influencent de manière significative les comparaisons ACV des plastiques issus du carbone renouvelable et des plastiques issus du pétrole...

Pour une transition écologique, équitable et solidaire de notre agriculture et de notre alimentation

A l'occasion du Salon de l’agriculture, 12 ONG réunies au sein du collectif Cap Nature & Biodiversité dénoncent la volonté de faire de l’écologie...