Rio+20 : Appel de la société civile pour une refonte de la gouvernance mondiale de l’environnement

A l’occasion de la conférence de RIO+20, la société civile (ONG, associations, syndicats, entreprises, scientifiques et académiques, collectivités territoriales) lance un appel pour une refonte de la gouvernance mondiale de l’environnement. Il s’agit de convaincre les gouvernements participant à RIO+20 de peser pour que les conclusions de la conférence impulsent concrètement le tournant indispensable vers une société de développement durable et pour la création d’une OME, organisation mondiale de l’environnement.

Celle-ci permettra une large gouvernance, reliant les nombreux accords multilatéraux pour l’environnement, dont elle favorisera la coordination, la cohérence, la mise en oeuvre et l’efficacité. Elle pourra prendre en charge l’élaboration de nouvelles conventions. Cet appel a été rédigé par des organisations de la société civile (réseaux de collectivités et d’entreprises, associations environnementales du Grenelle, membres du Club France Rio+20). Il est parrainé par Edgar Morin et Jacques Perrin. Les premiers signataires en leur nom propre sont Gilles Berhault (président du Comité 21), Jean Jouzel (climatologue), Bettina Laville (avocate, présidente fondatrice du Comité 21) et Pierre Radanne (président de 4D).

Le texte de l’Appel

Mesdames et messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement, Le Sommet de Rio, en 1992, annonçait la volonté des Nations de s’engager sur la voie d’un développement durable, visant à satisfaire équitablement les besoins relatifs au développement et à préserver la biosphère pour les générations présentes et futures. Il en est résulté, depuis lors, des accords multilatéraux, négociations et plans d’actions qui ont fait avancer une prise de conscience mondiale, ainsi que de multiples initiatives citoyennes, des engagements de nombreux acteurs, des stratégies nationales et territoriales qui se sont mises en place. Mais vingt ans plus tard, les risques annoncés sont devenus réalités : la pauvreté n’a pas été éradiquée, les inégalités se sont creusées. L’accès à la culture, à la santé et à l’éducation restent insuffisants. La mise en œuvre des trois conventions de Rio (climat, biodiversité, désertification) n’a pas été assez rapide pour empêcher l’accélération des dégradations des ressources naturelles. Nous devons aussi relever de nouveaux défis comme l’adaptation aux conditions nouvelles de notre siècle, l’accès à l’énergie ou la préservation des océans, la sécurité alimentaire et la maîtrise de l’urbanisation. Nous sommes donc à présent dans une situation d’urgence qui exige un calendrier d’actions efficaces et adaptées à l’aggravation constatée. Une métamorphose de notre monde doit s’engager rapidement, vers l’équité et la soutenabilité. Les mondialisations de l’économie, de la circulation de l’information et de la finance, et le besoin d’une gestion équitable des ressources et de l’environnement de la planète appellent à une régulation globale. La Conférence de Rio de juin 2012, dite Rio+20 peut marquer une avancée décisive en faveur d’une régulation qui relie les trois dimensions du développement durable. Elle sera un grave échec si elle se limite à l’énoncé incantatoire d’objectifs lointains et à la reconduction des modes d’action antérieurs. La société civile, avec ses multiples composantes que sont les ONG, associations, syndicats, entreprises, scientifiques et académiques, collectivités territoriales, tous déjà très engagés dans des processus de développement durable, et l’ensemble des citoyens sont donc particulièrement préoccupés et vous lancent l’appel suivant : La création du cadre institutionnel facilitant les mutations et la régulation globale est indispensable – Le développement durable doit avoir une place centrale dans le système onusien : La gouvernance mondiale du développement durable doit être réformée pour que celui-ci inspire le travail de toutes les institutions des Nations Unies. Une coordination par une nouvelle instance exécutive, le Conseil de développement durable, en lien étroit et en cohérence avec les instances de l’ONU – notamment l’OIT – et l’OMC, est souhaitable. – Une organisation dédiée à l’environnement doit voir le jour : En particulier, une gouvernance de la dimension environnementale doit être instaurée à partir du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE) basé à Nairobi, par la création d’une agence spécialisée universelle. Cette nouvelle Organisation Mondiale de l’Environnement (OME) permettra une large gouvernance, reliant les nombreux accords multilatéraux pour l’environnement, dont elle favorisera la coordination, la cohérence, la mise en oeuvre et l’efficacité. Elle pourra prendre en charge l’élaboration de nouvelles conventions. Les acteurs de la société civile doivent être plus clairement associés aux processus de décision Pour une mobilisation et une action concrètes et rapides, il faut pleinement appliquer le principe 10 de la Déclaration finale du Sommet de Rio (1992) qui affirme : « la meilleure façon de traiter les questions d’environnement est d’assurer la participation de tous les citoyens concernés, au niveau qui convient ». Il est temps, à Rio + 20, de favoriser un processus de participation du public et d’accès à l’information et à la justice pour tous les citoyens, ce qui nécessite notamment un élargissement de la composition et du rôle du Conseil économique et social de l’ONU. La gestion de la connaissance devra offrir transparence, rapidité et équité d’accès, s’agissant des données d’observation, des technologies et des savoirs scientifiques pouvant favoriser le développement durable et particulièrement la préservation de la biosphère. Au sein de l’organisation qui naîtra de la transformation du PNUE, les collectivités territoriales, les associations et ONG, les syndicats et les entreprises devront être de véritables parties prenantes qui, à l’image d’organisations et de conventions existantes, assumeront leurs responsabilités d’acteurs majeurs de la société civile, et participeront aux processus de décision. Les scientifiques y auront un rôle important : informer les décideurs politiques et les autres parties prenantes, expliquer les enjeux propres à l’humanité comme à la biosphère, à toutes échelles de temps et notamment sur le très long terme. La future organisation devra disposer d’évaluations scientifiques indépendantes, transparentes, collégiales et multi-disciplinaires, et pourra notamment s’appuyer sur des plateformes intergouvernementales d’experts. L’économie verte, autre thème de la conférence de Rio +20, doit se développer dans le cadre des objectifs de développement durable Fondée sur le principe 8 de la Déclaration de Rio « Afin de parvenir à un développement durable et à une meilleure qualité de vie pour tous les peuples, les Etats devraient réduire et éliminer les modes de production et de consommation non viables… », cette mutation doit s’appuyer sur toutes les parties prenantes publiques, privées et associatives. Leurs innovations, expériences et synergies tant au niveau national que territorial, permettent de nouveaux modèles de développement. Les nouvelles technologies, l’innovation, doivent être développées et mise en œuvre pour tous, afin de favoriser une économie circulaire, avec des modes de production, d’usage et de consommation sobres portant attention à la répartition des coûts et bénéfices. Ces modèles respectueux des ressources naturelles et équitables sont la clé d’une nouvelle voie de développement pour tous les peuples. Cette économie nouvelle, soutenue dans la phase de transition où nous sommes par des objectifs chiffrés, calendriers et indicateurs associés ainsi que des financements innovants, nécessite la coopération et la coproduction de tous, tant à court qu’à long terme. Elle se caractérise par une libération de la créativité, le respect et la promotion de la diversité des cultures et un renforcement des solidarités. C’est la voie de sortie des crises que nous traversons. Mesdames et messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement, Nous vous invitons à marquer à Rio+20, votre conscience de ces dangers et votre volonté de les combattre. Le temps du constat est passé, le temps de l’action est venu. Aussi nous vous demandons de peser pour que les conclusions de la conférence impriment dans la réalité le tournant indispensable vers le développement durable. Au-delà de la gouvernance environnementale, Rio + 20 doit être la Conférence mondiale où la société civile, qui aspire à un changement de modèle, sera entendue. La traduction institutionnelle de l’importance du développement durable dans le cadre des Nations Unies, l’Organisation Mondiale de l’Environnement, une réforme permettant la participation réelle des acteurs ainsi qu’un cadre favorisant une économie verte et équitable nous permettront d’être à la hauteur des enjeux de notre siècle. Telles sont nos attentes, tel est notre appel. Les premiers signataires engagent les femmes et les hommes du monde entier à signer et relayer cet appel, dans leurs organisations, auprès de leurs proches et au niveau de leurs réseaux sociaux. – Signer l’Appel en cliquant ici.

Les signataires

L’appel de la société civile a été rédigé par des organisations de la société civile : réseaux de collectivités et d’entreprises, associations environnementales du Grenelle, membres du Club France Rio+20. Il est parrainé par Edgar Morin et Jacques Perrin (cinéaste). Les premiers signataires en leur nom propre sont :
  • Gilles Berhault (président du Comité 21), FRANCE
  • Jean Jouzel (climatologue), FRANCE
  • Bettina Laville (Conseiller d’État, directrice de la rédaction de Vraiment Durable), FRANCE
Ils ont été rejoints par :
  • Hubert Reeves (astrophysicien, président de la Ligue Roc), FRANCE
  • Marion Guillou (présidente de l’INRA), FRANCE
  • Alain Bougrain Dubourg (président de la Ligue pour la Protection des oiseaux), FRANCE
  • Raymond Van Ermen (Partenaires européens pour l’environnement), FRANCE
  • Emmanuel Soulias (MACIF), FRANCE
  • Jean-Charles Lardic (ville de Marseille), FRANCE
  • Bernadette Segol (Confédération européenne des syndicats), BELGIQUE
  • Fabrice Bonnifet (directeur développement durable de Bouygues), FRANCE
  • Sylviane Villaudiere (Alliantis), FRANCE
  • Anie Sasco (Insern), FRANCE
  • Hervé Cronel (Organisation internationale de la francophonie), FRANCE
  • Jérôme Bellin (Ateliers de la Terre), FRANCE
  • Dominique Martin-Ferrari (Media Pep’s), FRANCE
  • Jacques Bregeon (CHEDD), FRANCE
  • Anne-Marie Ducroux (Conseil économique social et environnemental), FRANCE
  • Jean-Paul Affana (AVD), CAMEROUN
  • Gérald Dumas (FGMM, CFDT), FRANCE
  • Mylène André (Sciences Po), FRANCE
  • Eduardo Viola (Université de Brasilia), BRESIL
  • Dominique Allaume-Bobe (UNAF), FRANCE
  • Robert Bakiika (EMLI), OUGANDA
  • Cherif Rahmani (Fondation déserts du monde), ALGERIE
  • Gérald Majou (CGE), FRANCE
  • Clément Bresson (Réseau européen des étudiants en développement durable), FRANCE
  • France Nature Environnement, FRANCE
…

 

David Naulin
David Naulinhttps://cdurable.info
Journaliste de solutions écologiques et sociales en Occitanie.

Lire aussi

Cinq associations lancent un Pacte national pour faire des sols vivants une priorité

Alors que 89 % des sols agricoles de l'Union...

Investir dans notre avenir : L’innovation sociale par la preuve

"Investir dans notre avenir" : ce thème de la...

La transition écologique à l’âge des preuves, une évolution inévitable pour 68% des français

Que font les crises successives à l'opinion et à...

Newsletter

Sur Cdurable

Réseau des Ordonnances Vertes : unir les territoires pour protéger la santé dès la grossesse

Le Réseau Ordonnances Vertes veut faciliter l'accès à une alimentation bio, sensibiliser aux perturbateurs endocriniens et renforcer la prévention en santé environnementale.

Immobilier : après le DPE, la qualité environnementale du quartier devient un nouveau critère de choix !

Deux appartements affichent le même DPE, la même surface...

De la théorie du donut à l’outil pour une approche durable de l’avenir

Comment concilier la satisfaction des besoins humains fondamentaux avec...

Quand les habitants se mobilisent pour faire revivre leur village : Bouge Ton CoQ avec l’ouverture d’une épicerie participative

Alors que 62 % des communes françaises ne disposent plus d'aucun commerce, les épiceries participatives poursuivent leur essor dans les territoires ruraux. Partout en France, des habitants se mobilisent pour recréer un lieu de vie, soutenir les producteurs locaux et maintenir des services de proximité. Forte de l'expérience acquise auprès de près de 300 communes accompagnées, l'association Bouge Ton CoQ lance un nouvel appel à candidatures afin d'accompagner 30 nouveaux projets d'épiceries participatives dès cet hiver.

Cinq associations lancent un Pacte national pour faire des sols vivants une priorité

Alors que 89 % des sols agricoles de l'Union européenne présentent des signes de dégradation, cinq associations engagées dans la transition agricole appellent les...

Investir dans notre avenir : L’innovation sociale par la preuve

"Investir dans notre avenir" : ce thème de la cinquième édition du Sommet de la mesure d'impact résonne dans un contexte marqué par des...

La transition écologique à l’âge des preuves, une évolution inévitable pour 68% des français

Que font les crises successives à l'opinion et à la transition écologique ? L'analyse de Parlons Climat, après 50 heures d'écoute ces derniers mois...