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IRD : Institut de Recherche pour le Développement

Faire face au changement climatique et à l’érosion de la biodiversité : les solutions sont aussi au Sud

Entretien avec Valérie Verdie, PDG de l’IRD et Benjamlin Sultan, Climatologue

mercredi 9 novembre 2022
Posté par Cyrille Souche , David Naulin

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Après un été brûlant sans précédent en France et en Europe, et en préambule de la COP27 Climat et COP15 Biodiversité, les scientifiques de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) et leurs partenaires du Burkina Faso et du Sénégal présentaient des solutions concrètes ancrées dans la science pour faire face à l’urgence climatique et à l’érosion de la biodiversité.



Cette rencontre est l’occasion d’inverser le paradigme Nord-Sud et de rappeler l’impérative co-construction de solutions basées sur un modèle de partenariat équitable avec les pays du Sud. Cette transformative science nourrira les réflexions sur les notions de développement et de sustainability science pour un monde plus résilient face aux grandes crises planétaires.

Valérie Verdier

Valérie Verdier
Valérie Verdier est présidente-directrice générale de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) depuis le 12 février 2020. Physiopathologiste, elle est Docteur en sciences végétales de l’Université Paris-Sud (1988) et titulaire d’une Habilitation à diriger des recherches (HDR). Elle étudie les interactions entre les bactéries phytopathogènes et les plantes tropicales, dont la compréhension est un enjeu crucial pour la sécurité alimentaire. Co-auteure de plus de 100 publications scientifiques, elle est reconnue internationalement pour ses contributions fondamentales à la compréhension des mécanismes par lesquels les bactéries causent des maladies, notamment au manioc et au riz, et aux approches développées pour leur contrôle. Jusqu’à sa nomination, Valérie Verdier était directrice de l’Unité mixte de recherche Interaction plantes microorganismes environnement (IMPE) et avait la responsabilité de l’un des cinq départements scientifiques de l’IRD : le département Écologie, biodiversité et fonctionnement des écosystèmes continentaux.

Les COPs servent-elles encore à quelque chose ?

« Oui, c’est un espace, d’échanges et de négociations, nécessaire. Il est crucial de maintenir la mobilisation globale autour d’objectifs communs pour répondre à l’urgence climatique (réduire drastiquement les émissions des GES) et préserver la biodiversité. Ces COPs sont aussi une opportunité pour nous, et notamment pour les pays du Sud (COP27 en Afrique), de faire entendre leur voix, de pouvoir peser dans la balance des négociations et des décisions qui doivent être éclairées par la science (avec les rapports de l’IPBES - Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques - et du GIEC - Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat - auxquels nos chercheurs contribuent). L’IRD nourrit ainsi en amont les prises de décisions et les politiques publiques avec une science des solutions.

Si le multilatéralisme permet de maintenir un dialogue à l’échelle internationale sur des enjeux mondiaux (qui doivent être traités du local au global), nous en connaissons les limites, les tensions et les freins portés aux négociations. La diplomatie scientifique, en l’occurrence climatique, n’est pas préservée des tensions mais elle reste en partie fonctionnelle, et il faut s’en féliciter. A une autre échelle, les COPs offrent des espaces de discussions au niveau pays ou région et nous permettent de dégager des pistes concrètes de projets, d’initiatives, de solutions à mettre en œuvre avec, autour de la table, les bailleurs, la société civile, les décideurs ».

Quelles sont les principales avancées depuis 30 ans ?

« J’en vois au moins une majeure, c’est l’accord de Paris (objectif des 1,5 C° et définitions des NDCs - Contributions déterminées au niveau national) »

Qu’attendez-vous de cette COP27 ?

« Il faut rappeler les 4 priorités de cette COP : atténuation, adaptation, financement, coopération. Une attention particulière doit notamment être portée aux questions de l’ambition climatique (mise en œuvre du Pacte de Glasgow sur le climat) et de la solidarité climatique (dialogue sur les pertes et dommages).

Cette COP se déroule en Afrique, elle doit renforcer la confiance et l’espoir pour les générations actuelles et futures dans ce « monde en commun » où nous vivons (et notre vision croisée entre Nord et Sud et entre les pays du Sud). La question des « pertes et préjudices » liés aux changements globaux, en intégrant la réponse aux impacts pour les pays du Sud, doit être abordée dans les négociations et notamment son financement (pour une recherche axée sur les solutions).

L’ensemble des pays signataires des conventions internationales connaissent des situations économiques et sociales inégales et des systèmes d’appui à la recherche encore plus inégaux. Ce déséquilibre doit impérativement être pris en compte dans ce cadre mondial des COP et dans un esprit d’efficacité et de justice environnementale ».

Quelle est la mesure la plus attendue ?

« J’en vois 2 essentielles :

  1. Celle de faire progresser l’agenda climatique mondial pour revenir vers des trajectoires de réchauffement de la planète à 1,5 degré et pas au-delà.
  2. Celle de renforcer la mobilisation internationale pour tenir les promesses sur la finance climat et la réelle mise en œuvre du transfert de 100 Mds$ par an en soutien aux pays en développement. »

Ensemble pour le climat : Les solutions sont aussi au Sud

Faire face au changement climatique et à l’érosion de la biodiversité : les solutions sont aussi au Sud
© IRD - Sabrina Toscano

Benjamin Sultan

Benjamin Sultan
Benjamin Sultan est directeur de recherche à l’IRD. Il travaille sur le climat et ses impacts sur l’agriculture en Afrique de l’Ouest depuis plus de vingt ans. Il a publié plus de 100 articles scientifiques et coordonné plusieurs projets en partenariat avec des chercheurs africains. Il est membre du conseil scientifique du Programme scientifique mondial sur l’adaptation du programme des Nations unies pour l’environnement.

A quoi servent les COPs ?

« Les COPs sont un moment essentiel car c’est le seul moment qui rassemble tous les pays (197 pays quand même) autour d’un objectif commun, celui de la réduction des émissions des GES et la lutte contre le réchauffement climatique. Même la Russie y participe alors que les relations diplomatiques avec ce pays sont compliquées avec la guerre en Ukraine.

C’est un moment où la science, via les rapports du GIEC, peut peser sur les décisions. Les rapports du GIEC sont essentiels dans les négociations pour en fixer les objectifs »

Quelles sont les principales avancées depuis 30 ans ?

« Il y a eu des succès comme l’accord de Paris qui fixe un objectif globale de limiter le réchauffement en dessous de 2°C voir 1.5°C avec des mécanismes où chaque pays présente des contributions déterminées au niveau national, dont l’ambition tient compte des spécificités de chaque pays et doit être évaluée et revue périodiquement à la hausse.

Néanmoins, il est peu probable que ce soit suffisant. Par exemple en 2020, les énergies fossiles occupaient 80 % du mix énergétique, soit la même part que trente ans auparavant. Les promesses et engagements des Etats sont actuellement insuffisants pour limiter le réchauffement à 1.5°C ni à 2°C. Par ailleurs, les promesses faites aux COPs ne sont pas tout le temps tenues. Contrairement à ce qui avait été promis à la COP26, très peu de pays (24 pays) ont soumis une contribution nationale déterminée avec des ambitions renforcées. Par ailleurs la promesse de soutenir financièrement les pays du Sud faite à la COP15 en 2009 à Copenhague n’est toujours pas tenue (elle le sera sans doute en 2023 c’est à dire 14 ans plus tard...)

Heureusement tout ne se joue pas dans les COPs, cela se passe également à l’échelle des territoires, citons par exemple la Californie qui a une politique de réduction ambitieuse de réduction des émissions de GES alors même que les Etats-Unis s’étaient même retirés de l’accord de Paris. »

Qu’attendez-vous de cette COP27 ?

« La COP27 intervient dans un contexte tendu dans les pays du Sud avec des événements extrêmes comme les inondations au Pakistan (1700 victimes), les inondations au Nigeria (600 morts et de nombreux déplacés) et une sécheresse dramatique dans la Corne de l’Afrique avec plus de 30 millions d’habitants qui souffrent de la faim ».

Quelle est la mesure la plus attendue ?

« Cette COP27 se passe en Afrique et c’est sans doute l’occasion pour les pays du Sud et en particulier pour les pays africains de peser sur la balance. La présidence égyptienne devrait porter des thèmes chers à l’Afrique et aux pays du Sud que sont l’adaptation, la finance climat, et les « pertes et préjudices » liés au réchauffement climatique ».

Protéger la biodiversité : Les solutions sont aussi au Sud


A propos de l’IRD

Résolument tourné vers les besoins des populations locales, le modèle de recherche de l’IRD est basé sur un partenariat scientifique équitable avec pour vocation la formation et la co-construction de connaissances en vue d’atteindre les objectifs du développement durable (science de la durabilité, science des solutions durables).

Ce positionnement original confère à l’IRD une vraie légitimité pour porter le déploiement de la Science de la durabilité dans le monde de la recherche.

Cette science des solutions durables se distingue des autres champs scientifiques en se confrontant directement avec les grands défis de nos sociétés, et en s’appuyant sur des méthodologies transdisciplinaires pour y répondre. Cette approche se fonde en particulier sur la co-construction des connaissances et des savoirs, à partir de la collaboration entre scientifiques de différentes disciplines et acteurs non académiques, dans une démarche participative et engagée.

La conviction de l’IRD est qu’il faut accompagner les acteurs dans la mise en place et le renforcement de la science de la durabilité : donner l’impulsion et les outils permettant aux disciplines et aux savoirs de se rencontrer pour répondre ensemble aux grands enjeux du développement durable.

Pour cela, l’institut lance en 2021 une feuille de route qui s’illustre notamment par le lancement de l’émission Hello World ! et la mise en place de Communautés de Savoirs (CoSav), qui orientent la stratégie scientifique de l’IRD autour de neuf grands défis sociétaux.



Voir en ligne : www.ird.fr

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