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Le Comité 21 lance l’« Observatoire des crises »

Sommes-nous sur la voie d’une sortie de crise ?

"La volonté d’éradiquer les causes profondes des crises n’est pas manifeste"

samedi 21 novembre 2009
Posté par Cyrille

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Malgré un frémissement de l’économie, la volonté d’éradiquer les causes profondes des crises n’est pas manifeste. Le décalage entre le système économique global et les individus s’en trouve ainsi approfondi. Telles sont les conclusions de la première note de l’Observatoire des crises du Comité 21.



 Temps de crise : financière, économique, écologique, sociale : enjeux, contradictions, opportunités

rapportcriseC21 Le 26 juin 2009, le Comité de prospective du Comité 21 a présenté son premier rapport intitulé : « Temps de crise financière, économique, écologique, sociale : enjeux, contradictions, opportunités »

Dans ce rapport, le Comité de prospective du Comité 21 s’était prononcé pour une transformation profonde de notre civilisation, seule voie de sortie de crise car les crises ont la même origine, la démesure, et appellent des réponses communes : moins de « court-termisme », plus d’horizon durable, moins de produits virtuels, plus d’investissements pour satisfaire nos vrais besoins.

Concernant l’après-crise, le Comité de prospective préconisait une transformation substantielle : un nouveau choix global d’organisation sociale, considérant que ce n’est pas simplement le capitalisme
qu’il faut refonder, mais le fonctionnement entier de nos sociétés et de nos comportements.

Afin de suivre l’évolution des crises en regard des enjeux du développement durable, le Comité 21 annonçait lors de la parution de ce rapport la création d’un « Observatoire des crises ». Il s’agit pour ce réseau de mesurer, au fil des crises, l’évolution sur les court et le moyen termes de leurs manifestations et la manière dont elles sont traitées.

- Télécharger la présentation du Comité de prospective

- Télécharger le rapport du Comité de prospective

 Sommes-nous sur la voie d’une sortie de crise ?

Observatoire des crises Six mois après la publication du rapport, cette première « Note cadre », réalisée par Bettina Laville, présidente du Comité de prospective et présidente d’honneur du Comité 21, et Guillaume Cantillon, juriste, rapporteur du Comité de prospective, examine une série de points clefs concernant l’origine et les conséquences des crises. Elle sera complétée par des « Notes thématiques » plus précises et des « Flash d’actualité », notamment dans la perspective du sommet de Copenhague.

Extraits :

Les cordes de rappel déployées par les Etats ont stoppé la chute libre de l’économie. Mais, les acteurs économiques, déjà repartis à la conquête des sommets de la croissance, ont-ils revu les bases de leur comportement ? Confronté à cette question, l’Observatoire des crises
constate que, par-dessus le gouffre laissé béant par l’effondrement des bourses, les marchés de 2009 tiennent la main des traders de 2008. Bulles spéculatives, opacité, démesure, prima de l’offre : le capitalisme est plus que jamais plongé dans une crise anthropologique. Dès lors, il ne faut pas tant relancer l’économie que réanimer les esprits [1]

(...)

Les bulles spéculatives

De nombreux économistes sonnent l’alerte face à un nouvel accès de spéculation. Certains considèrent même que pour l’instant, rien n’a été fait pour changer le mécanisme qui préside aux mouvements spéculatifs (Paul Jaurion) [2], soulignant que le personnel politique et financier n’a pas changé, quand il n’existe pas une capillarité forte entre les deux [3].
En voulant sauver l’économie mondiale, a-t-on fait naître une nouvelle bulle qui sera à l’origine de la crise d’après ?

(...)

Le goût pour l’opacité

« La défaillance, face aux désordres de l’environnement et du marché, est collective. De l’investisseur de base peu averti jusqu’aux états-majors des établissements financiers s’est diffusée une tolérance pour l’opacité », avaient constaté les membres du Comité de prospective, prônant un approfondissement de la transparence par une meilleure régulation.

Transparence et régulation. Deux mots qui apparaissent à 50 reprises dans le rapport du G 20 de Londres, qui avait jugé en avril dernier que « les principaux échecs de la régulation et des contrôles du secteur financier ont joué un rôle essentiel dans la crise ». Avis partagé
par M. Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers, qui ajoutait : « une part substantielle des marchés financiers n’est, de fait, pas réellement contrôlée ou opère en toute opacité » [4]

Or, malgré ce constat communément partagé, de notre point de vue, plusieurs exemples symbolisent la permanence du goût pour l’opacité.

(...)

Démesure, cupidité

La démesure continue à représenter une menace pour l’écosystème et pour la cohésion sociale.

Le Comité de prospective avait constaté dans son rapport que « que le miracle paradoxal, auquel certains croyaient, de l’intérêt égoïste, de la « rapacité » se transmuant en intérêt collectif n’a pas eu lieu : l’intérêt égoïste, la « rapacité » ont -comme on aurait dû s’y attendre- conduit au pillage de la planète, transformée en une vaste mine à ciel ouvert, crachant dans le ciel des scories qui l’empoisonnent petit à petit mais inéluctablement ».

(...)

Ainsi la cupidité « stimulant individuel » devenu « système de gouvernance » reste le « fondement institutionnalisé d’un enrichissement sans cause réelle et sans limite sérieuse » [5].

En réalité, le casino est rouvert. Les bourses, qui avaient pris des airs de stations balnéaires hors saison, ont de nouveau hissé le pavillon bleu au risque, dès le premier reflux de la mer, de laisser réapparaître des baigneurs complètement dénudés. Pour l’instant, nous ne nous
sommes pas affranchis de la tyrannie du rendement maximal, de l’abstraction de la valeur qui a favorisé l’illimitation du désir de profit. Les places boursières continuent à pratiquer le dumping fiscal pour attirer les traders. Or, cette recherche du profit maximal continue à créer
des déséquilibres profonds, par exemple dans la formation des revenus salariaux et de la consommation.

(...)

Pauvreté, inégalités

Sommes-nous engagés dans la construction d’une société moins
inégalitaire ? L’égalité entre les hommes est toujours niée, de facto,
par les écarts de revenus. Le Comité de prospective avait ainsi
pointé que « le niveau d’inégalités atteint par nos sociétés est l’une
des origines des crises. L’ouverture des échanges s’est
accompagnée d’une forte montée des inégalités sociales au sein
des économies développées
 ». Et pour l’instant, il apparaît à
l’Observatoire que, sans décision de relèvement substantiel du taux
marginal d’imposition sur le revenu, ceux qui peuvent accumuler de
l’argent le font sans retenue. Si la création d’un Revenu maximum
d’activité, proposée par les décroissants [6], n’est pour l’instant
envisagée par personne, l’augmentation du niveau du taux
suppérieur d’impôt sur le revenu pourrait elle revenir dans le débat.
D’aucuns constatant que la croissance n’a jamais été aussi forte
que lorsque celui-ci était élevé [7]

Par ailleurs, il nous semble qu’à trop se focaliser sur la sortie de crise, la question des solidarités face à la crise est trop souvent mise de côté. Plus de 11 millions de personnes ont perdu leur emploi dans la zone OCDE dans les douze mois qui ont précédé avril 2009, chiffre qui pourrait dépasser les 25 millions d’ici à 2010 [8]

(...)

L’aléa moral

Le Comité de prospective du Comité 21 avait identifié l’aléa, ou risque, moral comme une racine commune aux crises. Rappelons que la théorie économique appelle le « risque moral », le risque que quelqu’un agisse de manière immorale parce qu’il se sait protégé par les assurances, les lois ou d’autres institutions contre les préjudices que son comportement pourrait sinon engendrer.

De ce point de vue, il nous semble que plus qu’hier, les banques sont devenues des mastodontes interconnectés et puissants à l’abri de la faillite.

(...)

L’absence de pensée alternative

Ce retour aux idées académiques pointe que ce qui manque, pour l’instant, c’est une pensée alternative. En se focalisant sur les bonus et les paradis fiscaux, les Européens n’ont pas proposé de doctrine alternative à la régulation anglo-saxonne. Car, s’il est juste de s’attaquer aux bonus et aux paradis fiscaux, la question est plus de savoir comment les banques gagnent autant d’argent sur les marchés, et en prenant quels types de risques. Sur ce point, c’est le plan
Geithner (Secrétaire américain au Trésor) qui s‘est imposé. Les Européens, en se focalisant sur les traders et les hedge funds, ont en réalité laissé passer une chance historique de peser davantage sur les règles de la finance internationale.

(...)

- Télécharger l’intégralité de la Note cadre du 20 Novembre de l’Observatoire des crises du Comité 21

 Liste des membres du Comité de prospective

Présidente : Bettina Laville, présidente d’honneur du Comité 21

Membres :

· Alice Audouin, responsable du développement durable au sein du groupe Havas Média

· Luc Balleroy, directeur général de LH2

· Gilles Berhault, président de ACIDD

· Alexis Botaya, consultant

· Gilles Finchelstein, directeur des études de Euro RSCG

· Thierry Gaudin, prospectiviste, ingénieur des mines, Fondation 2100

· Marion Guillou, présidente directrice générale de l’Inra

· Serge Lepeltier, maire de Bourges et ancien ministre de l’écologie et du développement durable

· François Letourneux, président de l’UICN

· François Moisan, directeur de la stratégie et de la recherche de l’ADEME

· Serge Orru, directeur général du WWF France

· Jacques Pélissard, président de l’AMF et député-maire de Lons-le-Saunier

· Gilles Pennequin, adjoint au responsable « Questions environnement et développement durable » à la mission pour la Méditerranée de l’Elysée

· Fanny Picard, présidente de Alter Equity

· René Sève, directeur général du Centre d’analyse stratégique

· Jean-Luc Trancart, professeur à l’Ecole nationale des ponts et chaussées

· Hélène Valade, présidente de l’Association des directeurs de développement durable

Membres associés :

· Nicole Bricq, sénatrice et présidente du Club développement durable au Parlement

· Philippe Lemoine, président de LaSer Cofinoga

· Nicole Notat, présidente de Vigéo

· Laure Noualhat, journaliste à Libération

· René Passet, économiste, professeur émérite à la Sorbonne

· Thierry Raes, associé PricewaterhouseCoopers

· Aline Richard, directrice de la rédaction de La Recherche

· Guillaume Sainteny, maître de conférences à l’IEP

· Jacques Theys, directeur du centre de prospective et de veille scientifique à la direction de la recherche des affaires scientifiques et techniques, Ministère de l’équipement, des logements et des transports

· Patrick Viveret, conseiller référendaire à la Cour des comptes

 Contacts

· Bettina Laville, présidente du Comité de prospective - 01 55 34 75 21

· Dorothée Briaumont, directrice générale du Comité 21 - 01 55 34 75 26


Contact : Christine Delhaye, 01 55 34 75 23

Le Comité 21 est un réseau d’acteurs engagés dans la mise en oeuvre opérationnelle du développement durable. Créé en 1995 pour faire vivre en France l’Agenda 21 (programme d’actions pour le XXI ème siècle
ratifié au Sommet de la Terre de Rio), l’association regroupe aujourd’hui plus de 400 adhérents répartis en quatre collèges : entreprises, collectivités, ONG/ associations, institutions/enseignement supérieur et médias.

Il a pour mission de créer les conditions d’échange et de partenariat entre tous ses adhérents pour mettre en oeuvre le développement durable à l’échelle des territoires.


[1Yves Citton, La revue internationale des livres et des idées, juillet août 2009, n° 12, p. 4

[2Economiste et anthropologue, auteur notamment de L’Argent, mode d’emploi, Fayard, 2009

[3Goldman Sachs, La Maison Blanche sous influence, Le Monde, 24 septembre 2009

[4Le Monde, 26 mai 2009

[5Charles-Henri Filippi, L’Argent sans maître, Descartes, 2009

[8« Perspectives économiques de l’OCDE », n° 85, juin 2009

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