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Observatoire géopolitique de la durabilité (OGéoD)

Quel est l’enseignement du 2ème volet du 5ème rapport du GIEC ?

Par Bettina Laville, directrice de recherche l’IRIS, conseiller d’Etat

jeudi 3 avril 2014
Posté par Cyrille

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L’IRIS lance, sous la direction de Bettina Laville et Bastien Alex, l’Observatoire géopolitique de la durabilité (OGéoD). Cet observatoire a pour vocation d’apporter un éclairage sur les problématiques de développement durable, d’environnement et d’énergie, l’objectif étant de couvrir l’ensemble des thématiques géopolitiques et économiques en lien avec l’idée de civilisations durables, avec une dimension écologique et sécuritaire. Il vise à proposer des analyses innovantes et à mettre en place des rendez-vous réguliers, « Les Rendez-vous de l’OGéoD », qui réuniront des personnalités clés sur ces problématiques. Nous vous invitons à consulter la première analyse : Quel est l’enseignement du 2ème volet du 5ème rapport du GIEC ? par Bettina Laville, directrice de recherche l’IRIS, conseiller d’Etat.



Observatoire géopolitique de la durabilité (OGéoD)

La deuxième partie du rapport du GIEC qui, après les informations de septembre 2013, précisait le caractère inéluctable du réchauffement climatique, en décrit les impacts, avec une cartographie très détaillée sur ceux concernant les espèces, les océans et l’économie.

Ce qui est d’abord frappant, c’est que le GIEC a recensé l’actualité de ces impacts «  sur tous les continents et dans les océans », essentiellement sur les systèmes naturels, qui modifient les systèmes hydrauliques, bouleversent la production alimentaire (blé et maïs), influencent les migrations de nombreuses espèces marines et terrestres. A force de dire que le réchauffement aura des conséquences dans l’avenir, nous y sommes dans cet avenir dont les scientifiques nous parlent depuis les années 60, les responsables environnementaux depuis la Conférence de La Haye ...
L’avenir est avéré.

Le GIEC insiste également sur l’accroissement des risques et sur la probabilité d’impacts graves, étendus et irréversibles de l’intensification du réchauffement climatique. S’il affirme que nous pouvons encore contenir le réchauffement à 2 degrés, il dresse des perspectives sombres sur l’avenir dans le cas où nous atteindrions, au XXIème siècle, une augmentation plus forte de la température.

Les impacts géopolitiques de cette situation seraient considérables, avec l’augmentation des déplacements de population, l’exposition des zones côtières et des basses terres en raison de la hausse du niveau de la mer, des risques de conflits violents avec une aggravation des facteurs classiques que sont la pauvreté et les chocs économiques. Risques de conflit entre Etats avec des rivalités autour de ressources plus rares, comme l’eau ou les ressources halieutiques ou de nouvelles opportunités générées par la fonte des glaces qui intensifieraient la compétition pour les richesses du sous‐sol.

S’ADAPTER

En filigrane, c’est en fait un modèle géographique et géoéconomique ‐ et donc géopolitique ‐ nouveau que nous propose le GIEC, une adaptation souple et permanente aux évolutions climatiques.

Avec ce rapport, le thème de l’adaptation au changement climatique pourrait structurer l’agenda international, transformant les négociations sur le réchauffement en un vaste chantier sur les nouvelles conditions de vie de l’humanité.

Les décideurs ont beaucoup de mal à convertir en termes politiques, et davantage en termes démocratiques, les nouvelles conditions qui pourtant s’imposent : vulnérabilité, précaution, réparation, résilience. Dans des milieux écologiques, le mot même « adaptation », pourtant constitutif de l’histoire des espèces et particulièrement de l’espèce humaine, suscite la méfiance, comme incarnant la renonciation à la « lutte » contre le réchauffement climatique et contre les émissions de gaz à effet de serre que l’on désigne par l’expression « atténuation ». Pourtant l’histoire de l’évolution, comme l’a montré Darwin, révèle que la faculté de survie est directement liée aux capacités d’adaptation.

Sommes‐nous toujours dans une époque où nous pouvons nous adapter aux multiples crises dont on constate les prémices ou bien s’agit‐il d’une crise inédite de tous les dangers qui dépasserait les facultés humaines d’adaptation, pour des raisons démographiques ou culturelles ? Cette question provoque des réponses contradictoires et des controverses souvent rangées dans des batailles dérisoires entre « optimistes « et « pessimistes », « positifs » ou « apocalyptiques », qui révèlent l’incapacité à reconnaître les phénomènes complexes et à forger des stratégies adaptées.

Les gouvernements commencent certes à réfléchir à des stratégies d’adaptation, au niveau régional, au niveau national, mais toutes sont calibrées de façon insuffisante car elles écartent d’emblée les scénarii les plus sévères. Ainsi, lorsque des faits surgissent (inondations, sécheresse, etc.), le sentiment qui prédomine est toujours celui d’une impuissance. Les stratégies d’adaptation sont de plus déclinées avec des outils obsolètes car elles ne sont pas au cœur des politiques publiques ‐ dont elles devraient pourtant être l’épine dorsale ‐ et rendues difficiles par les pénuries budgétaires. C’est une des raisons des désaffections politiques dans les pays développés, le sentiment que l’essentiel est traité de façon subsidiaire par les décideurs. Ce qui devrait être le cœur du débat public, dans tous les continents, reste une controverse marginale et les difficultés des Sommets internationaux annuels sur le climat renforcent ce sentiment d’échec collectif. Les stratégies d’évitement se font plus efficaces que les stratégies d’adaptation.

Ce rapport du GIEC devrait donc être lu comme l’avènement d’une économie de l’adaptation, créatrice de coopération et donc de paix, alors que l’aggravation du réchauffement nourrit les risques de conflit. La sauvegarde de ces fameux biens communs passe par l’invention de cette économie de l’adaptation, plus judicieuse à mon sens que le concept d’économie positive.

Cette économie nouvelle, contrairement à la mode actuelle qui laisse à la seule société civile les initiatives créatrices dans ce domaine, doit s’appuyer sur de solides organisations publiques, sinon les sociétés civiles seront tout simplement les victimes du réchauffement. Or l’endettement des économies publiques est un frein puissant à cette économie de l’adaptation. Le redressement des comptes publics est un préalable à toute économie de réparation, d’adaptation et de protection. Sinon la « capacité d’action », l’agencéité, pour parler comme Armatya Sen, de chacun sera réduite à des expressions individuelles ou de proximité, qui pourront donner l’illusion de participer à la conscience générale des dangers du monde, mais sans les enrayer.

Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)


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