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La terre est un être vivant : l’hypothèse Gaïa de James Lovelock

lundi 22 novembre 2010
Posté par David Naulin

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De concert avec le célèbre biologiste Lynn Margulis, James Lovelock a conçu une hypothèse scientifique permettant de considérer que les systèmes vivants de la Terre appartiennent à une même entité régulant l’environnement de manière à préserver les conditions favorables à la vie : tel est le sens de l’hypothèse Gaïa, nom grec de la déesse de la Terre. Il ne s’agit rien de moins que de reposer la problématique de l’histoire de la vie et de la Terre. Notre "monde vivant", étonnante anomalie au regard de la planétologie comparée, ne forme-t-il pas un système, un "tout" comparable à un "organisme" autorégulé dont il nous resterait à comprendre ce que James Lovelock appelle la "géophysiologie" ? Initialement très critiquée par l’absence d’une hypothèse de travail claire, l’hypothèse Gaïa est maintenant considérée avec beaucoup de sérieux : il est devenu évident que la vie est affectée par l’environnement, mais qu’elle l’affecte aussi en retour, et souvent de manière à maintenir des conditions qui lui sont favorables. Les éditions Flammarion viennent de rééditer La Terre est un être vivant, un livre passionnant pour saisir toutes les finesses des processus chimiques et climatiques du métabolisme de Gaïa. Mais attention, malgré les gros efforts de vulgarisation de l’auteur, il faudra tout de même vous accrocher !



 Qu’est-ce que Gaïa ? par James Lovelock

(Traduction Jacques Dufresne)

La plupart d’entre nous sentons que la Terre est plus qu’une simple sphère rocheuse entourée d’une mince couche d’air et recouverte d’océans et de vie. Nous éprouvons à son endroit un sentiment d’appartenance semblable à celui que nous inspire notre maison. Dans le même esprit, les anciens Grecs donnèrent à la Terre le nom de Gaïa ou le diminutif Ge. À cette époque, la science et la théologie ne faisaient qu’un. Et la science, bien que moins précise qu’aujourd’hui, avait une âme.

Avec le temps cette chaude relation s’éteignit peu à peu pour être remplacée par la froideur du savoir universitaire . Les sciences de la vie, n’ayant désormais aucun regard pour la vie, en vinrent à se contenter de classifier les éléments non vivants, allant même jusqu’à pratiquer la vivisection. Gaïa perdit son aura théologique pour n’être plus que la racine des mots géographie et géologie. Mais il y a enfin des signes de changement. La science redevient holistique, redécouvre son âme et la théologie, portée par le mouvement œcuménique, commence à comprendre que le destin de Gaïa n’est pas de se fragmenter pour correspondre aux disciplines universitaires et que Gaïa est bien plus qu’un simple préfixe.

Cette nouvelle façon de voir est le résultat de la conquête de l’espace et de la redécouverte de la terre qu’elle rendit possible. La vision de cette splendide sphère bleue tachetée de blanc nous a tous exaltés ; qu’importe qu’elle soit devenue un cliché ! Elle a même dessillé les yeux de notre esprit, comme un voyage au loin élargit les perspectives de notre amour pour ceux qui sont restés à la maison.

Le premier impact de ces voyages fut le sentiment d’émerveillement qu’éprouvèrent les astronautes et dont nous eûmes notre part grâce à la médiation de la télévision. Au même moment, une autre médiation, plus objective, celle des instruments scientifiques, permit d’observer la Terre du dehors. Ces appareils étaient certes indifférents aux émotions humaines, nous leur devons néanmoins l’information grâce à laquelle la Terre nous est apparue comme une étrange et magnifique anomalie. Ils ont démontré que notre planète contient les mêmes éléments que Mars et Vénus dans des proportions similaires, mais ils nous ont aussi révélé que ces planètes sœurs sont nues et arides... et aussi différentes de la terre qu’un merle d’un caillou.

Nous voyons maintenant que l’air, l’océan et le sol sont bien plus qu’un simple environnement indépendant des organismes vivants : ils font eux-mêmes partie de la vie. L’air est à la vie ce que la fourrure est au chat ou ce que le nid est à l’oiseau. Ni l’air, ni la fourrure, ni le nid ne sont en eux-mêmes vivants, ils sont toutefois produits par des organismes vivants qui se protègent ainsi contre un monde qui, autrement, leur serait hostile. Pour toute vie sur Terre, l’air est une protection contre les froids abîmes de l’espace et ses redoutables radiations.

L’interaction sur Terre entre la vie, l’air, la mer et les minéraux n’a rien d’étonnant. Il a toutefois fallu un regard extérieur pour entrevoir la possibilité que cette interaction puisse être le fait d’un seul système vivant gigantesque ayant la capacité de maintenir la Terre dans l’état le plus favorable à la vie qu’elle héberge.

Une entité comprenant une planète entière avec une puissante capacité de réguler le climat mérite un nom qui soit digne d’elle. C’est l’écrivain William Golding qui suggéra le nom de Gaïa. Nous avons accepté sa proposition avec enthousiasme et Gaïa est aussi le nom de l’hypothèse scientifique selon laquelle le climat et la composition de la Terre doivent toujours demeurer près du point optimum pour les êtres vivants qui l’habitent.

Les preuves à l’appui de l’hypothèse Gaïa sont aujourd’hui nombreuses, c’est là toutefois, comme il arrive souvent en science, une chose moins importante que l’usage que l’on peut faire de ladite hypothèse, comme d’un miroir permettant de voir le monde différemment et de faire surgir de nouvelles questions quant à la nature de la Terre.

Si nous sommes tous des créatures faisant partie de Gaïa, grandes ou petites, depuis la bactérie jusqu’à la baleine [1], nous sommes alors tous potentiellement importants pour son bien-être. Nous sentions bien que la destruction d’une série d’espèces est une chose mauvaise, maintenant nous savons pourquoi. Il ne nous est plus permis de réagir par un simple regret à la disparition d’une grande baleine, d’un papillon bleu, voire d’un virus comme celui de la variole. En éliminant l’une de ces créatures, c’est peut-être une partie de nous-mêmes que nous détruisons, car nous faisons nous aussi partie de Gaïa.

Il y a autant de raisons de se réjouir que de s’inquiéter à la vue des conséquences de notre participation à ce grand patrimoine commun des êtres vivants. Ne sommes-nous pas les sens et le système nerveux de Gaïa ? Elle a vu pour la première fois son vrai visage à travers nos yeux et elle est devenue consciente d’elle-même dans et par nos esprits. Elle est notre premier lieu d’appartenance. La terre est plus qu’une simple maison, elle est un système vivant dont nous faisons partie.

 James LOVELOCK, un pionnier anglais de l’écologie

James LOVELOCK James Lovelock est considéré, depuis les années 1960, comme l’un des principaux chefs de file idéologiques de l’écologie en Grande-Bretagne. Chercheur scientifique indépendant, écrivain, enseignant et Docteur Honoris Causa de plusieurs universités de réputation mondiale, il est l’inventeur sur le plan scientifique des capteurs des appareils de spectrométrie, ainsi que des instruments scientifiques ayant permis de détecter le DDT dans les glaces polaires et de suivre les variations du trou d’ozone. James Lovelock est, encore aujourd’hui, l’un des auteurs et chercheurs les plus réputés et les respectés dans ce domaine. Cependant, si James Lovelock est souvent présenté comme un défenseur de la nature, il est aussi favorable a une utilisation propre et respectueuse de l’environnement de l’énergie nucléaire. Il soutient ainsi l’Association des Ecologistes Pour le Nucléaire (AEPN), car il estime que cette industrie est bien moins dangereuse pour Gaïa que l’usage des combustibles fossiles et que les craintes qui entourent l’industrie nucléaire sont irrationnelles.

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Références : La terre est un être vivant : L’hypothèse Gaïa de James Lovelock - Editeur : Flammarion - Date de parution : 17/10/2010 - 192 pages - EAN13 : 9782081244818 - Prix public : 7 €

[1Note du traducteur : Lovelock écrit : « If we are "all creatures great and small’’, from bacteria to whales’’,...« L’expression ’’all creatures, great and small’’, est tirée du célèbre verset de l’hymne ’All Things bright and beautiful’ de Cecil Alexander,que tout anglophone a entendu cent fois, un petit cantique écolo avant le mot. On a repris l’expression récemment comme titre d’une série télévisée inspirée par les romans de Herriot sur la vie d’un vétéran du Vietnam devenu vétérinaire dans un coin reculé des États-Unis. Lovelock joue ici sur une corde sensible. Mais cela ne se traduit pas...

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