[CDURABLE.info l'essentiel du développement durable] : Prêt à jeter et bon pour la casse : enquêtes sur l’obsolescence programmée de nos équipements
Prêt à jeter et bon pour la casse : enquêtes sur l’obsolescence programmée de nos équipements
mardi 25 septembre 2012
par David Naulin

Avec Bon pour la casse, les déraisons de l’obsolescence programmée, Serge Latouche signe le premier livre en France sur un phénomène stupéfiant et peu connu, devenu quasi consubstantiel de l’économie capitaliste, l’obsolescence programmée. Un processus qui, pour stimuler la consommation et nous en rendre addict, fut conçu et mise en œuvre au milieu du XIXème siècle aux Etats-Unis.

Des 3 formes principales de l’obsolescence programmée -le recours aux techniques pour rendre un produit très vite suranné à la publicité qui nous convainc d’acquérir des produits dont nous n’avons nul besoin-, le plus symptomatique et le plus pervers est le fait d’introduire dans les objets une pièce défectueuse pour en limiter la durée de vie.

Bon pour la casse Ainsi des ampoules (qui avaient été conçues pour une durée d’utilisation quasi illimitée), des automobiles, des appareils ménagers et aujourd’hui des ordinateurs ou des imprimantes. La plupart des biens que nous achetons sont sciemment viciés de telle sorte que nous soyons contraints, pour faire marcher la machine économique, de les renouveler.

C’est cette histoire, face noire de l’économie capitaliste que nous raconte Serge Latouche, remontant au XIXème siècle et illustrant son propos de nombreux exemples plus éloquents les uns que les autres.

Mais l’auteur tire également la sonnette d’alarme : pouvons-nous accepter de vivre ainsi dans une société aux ressources limitées, qui multiplie à l’envie et par nature le gaspillage, les déchets et engendre de facto de très grands dégâts environnementaux ? C’est la critique des associations écologistes, qui jugent que le processus de remplacement des produits n’a plus rien de "naturel" dans certaines entreprises. La critique récente formulée par les Amis de la Terre à l’encontre de l’iPhone 5 n’est ainsi pas passée inaperçue. Benoît Hamon, Le ministre délégué à l’économie sociale et solidaire et à la consommation, interrogé par le magazine 60 Millions de consommateurs estime : "L’obsolescence des appareils est quasiment pensée au départ par les opérateurs pour favoriser le renouvellement. Or, acheter un appareil qui est destiné à être totalement démodé un an plus tard pose d’autant plus question lorsque le constructeur a lui-même organisé cette obsolescence. Cela constitue un sujet de travail et de préoccupation", explique-t-il.

Que compte faire le ministre dont l’intitulé du ministère est on ne peut plus clair ? Pour l’instant, pas grand chose. Benoît Hamon veut pour l’instant consulter le Conseil national de la consommation et déterminer les moyens pour "lutter contre cette obsolescence programmée dans le domaine du numérique". Une lutte qui passera par une mise en garde. De qui ? Des consommateurs ? Des firmes ? Il ne le précise pas. Reste à savoir comment Benoît Hamon va pouvoir mettre le holà à la stratégie commerciale des Apple, Samsung et autres fabricants de téléphones mobiles ... En attendant, Serge Latouche cite Gandhi : « Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l’homme, mais pas assez pour assouvir son avidité. »

Références : Bon pour la casse, Les déraisons de l’obsolescence programmée de Serge Latouche - Editions Les Liens qui Libèrent - Date de parution : 03-10-2012 - 100 pages - Prix public : 10 €

Prêt à jeter, une enquête à voir ou revoir

Un produit usé = un produit vendu !

Tourné aux quatre coins du monde, ce film enquête sur l’obsolescence programmée, concept vieux comme l’industrie mais toujours vivace. Une démonstration aussi implacable qu’éclairante.

Dans les pays occidentaux, on peste contre des produits bas de gamme qu’il faut remplacer sans arrêt. Tandis qu’au Ghana, on s’exaspère de ces déchets informatiques qui arrivent par conteneurs. Ce modèle de croissance aberrant qui pousse à produire et à jeter toujours plus ne date pas d’hier. Dès les années 1920, un concept redoutable a été mis au point : l’obsolescence programmée. "Un produit qui ne s’use pas est une tragédie pour les affaires", lisait-on en 1928 dans une revue spécialisée. Peu à peu, on contraint les ingénieurs à créer des produits qui s’usent plus vite pour accroître la demande des consommateurs.

CROISSANCE FOLLE

"À l’époque, le développement durable n’était pas au centre des préoccupations", rappelle Warner Philips, arrière-petit-fils des fondateurs de la marque du même nom. Mais alors que les ressources de la planète s’épuisent, rien n’a changé. "La logique est croître pour croître", note Serge Latouche, professeur émérite d’économie à l’université de Paris 11. Tournée en France, en Allemagne, en Espagne, au Ghana et aux États-Unis, nourrie de nombreuses archives et interviews, avec, pour fil conducteur, le test d’une imprimante récalcitrante, cette démonstration minutieuse débusque les avatars de l’obsolescence programmée et leurs répercussions. Elle esquisse aussi d’autres modèles économiques : de la décroissance, prônée par Serge Latouche, à une industrie qui produirait et recyclerait à l’infini, à l’image de la nature. Une investigation passionnante, qui, l’exaspération une fois passée, amorce la réflexion.

Une obsolescence programmée : Illustration avec quatre objets familiers

  • Rament les baladeurs : Les premiers iPod n’étaient pas donnés. Alors quand dix huit mois après, ses utilisateurs ont vu que la batterie de leur nouveau joujou rendait l’âme et que la firme à la pomme n’envisageait pas de la remplacer, certains d’entre eux se sont mobilisés. Après un procès qui a débouché sur un accord entre les deux parties, l’entreprise a mis en place un service de remplacement des batteries, étendu leur garantie à deux ans et dédommagé les plaignants.
  • Plantent les imprimantes : Difficile de les faire réparer. En général, les fabricants conseillent d’en racheter. Dans Prêt à jeter, Marcos LÓpez, un jeune informaticien lâché par son imprimante, décide d’en savoir plus. Sur les forums, il apprend qu’une puce détermine la durée de vie de sa machine. Au bout d’un certain nombre d’impressions, celle-ci sonne le glas du système. Heureusement, le Web fourmille de développeurs malins. Le Russe Vitaliy Kiselev a ainsi inventé un logiciel qui remet le compteur à zéro. Marcos charge le programme sur son ordinateur, et, comme par magie, son imprimante reprend vie !
  • Claquent les ampoules : À Livermore, en Californie, une ampoule mystérieuse éclaire depuis cent dix ans. Filmée en permanence, elle a
    survécu à deux webcams. Sans aller jusque-là, ses congénères des années 1920 fonctionnaient en moyenne deux mille cinq cent heures.
    Mais, en 1925, un cartel d’industriels réduisit cette durée à mille heures, pour forcer les consommateurs à en acheter plus souvent. Cette entente
    sera condamnée en 1953, sans effet. Depuis, des inventeurs déposent des brevets permettant d’augmenter la longévité des ampoules, jusqu’à cent mille heures pour l’un d’eux. Mais, bizarrement, on ne trouve pas ces produits miracles en rayon !
  • Filent les bas : En 1940, le groupe Dupont, fleuron de la chimie, lance le Nylon. Grâce à cette fibre révolutionnaire, les bas ne filent plus et les consommatrices sont ravies. Mais l’affluence des premiers temps
    une fois passée, les boutiques désemplissent et les ingénieurs sont sommés d’inventer des produits moins résistants. En variant la quantité
    d’additifs protégeant la fibre, ceux-ci ont, bon gré mal gré, programmé l’usure du produit. Et les mailles se sont remises à dégringoler sur les
    jambes des femmes…