Les cultures Low Input-High Diversity, une solution vraiment durable pour les biocarburants

La production accélérée au niveau mondial d’éthanol (à partir de maïs, de canne à sucre, de betteraves ou de déchets végétaux) et de biodiesels (à partir de soja et d’autres oléagineux) crée une compétition pour l’utilisation des terres les plus fertiles, doublée d’un accroissement de l’utilisation des engrais et des pesticides, et d’une menace pour la biodiversité quand de nouvelles terres sont converties à ce type de monoculture.

Des chercheurs de l’Université du Minnesota, Saint Paul viennent de montrer qu’une source potentielle très prometteuse de biocarburants aux Etats-Unis réside dans des cultures de type prairie, à forte biodiversité, établies sur des sols peu fertiles ou dégradés, qui ne nécessitent que peu d’apport d’engrais et de traitements chimiques (cultures Low Input-High Diversity ou LIHD).

L’étude a porté sur 152 parcelles plantées en 1994 dans des sols dégradés de Cedar Creek dans le Minnesota et suivies chaque année depuis. Pour étudier l’effet de la biodiversité les parcelles ont été plantées avec 1, 2, 4, 8 ou 16 espèces herbacées pérennes, sans engrais, et irriguées seulement au début de l’expérience. La biomasse produite chaque année est mesurée début Août après brûlage à la fin de l’hiver.

L’effet de la biodiversité est manifeste : les parcelles ensemencées avec 16 espèces produisent 258% plus de biomasse que celles ayant reçu des monocultures, quelle que soit l’espèce.

Par des calculs complexes de rendements énergétiques (suivant les biocarburants produits avec la biomasse) les auteurs montrent que le gain net d’énergie par hectare obtenu avec les parcelles LIHD (à 16 espèces) est supérieur (de + 51%) à celui des cultures classiques -sur des sols fertiles de maïs- dont les grains sont utilisés pour fabriquer de l’éthanol. Par ailleurs, l’effet de ce type de cultures LIHD sur la séquestration du CO2 par les racines et le sol excède largement le CO2 émis pour la production du biocarburant à partir de ces parcelles (4,4 contre 0.32 Mg/ha/année).

Les biocarburants peuvent donc être produits avec des rendements (très) satisfaisants à partir de cultures robustes, demandant peu d’interventions, sur des sols pauvres ou dégradés souvent abandonnés par l’agriculture classique. Ceci est important aux Etats-Unis où la tendance était plutôt de convertir de nouvelles surfaces à la culture intensive au détriment de la production d’autres plantes alimentaires et de la biodiversité.

– source : Science, 314, 1598-1603 and supporting materials

– rédacteurs : Claire Notin et Jean-Pierre Toutant

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