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La Biodiversité pour les nuls

Allain Bougrain Dubourg : « Nous ne sommes pas au-dessus du vivant, nous en faisons partie »

Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO, signe La biodiversité pour les nuls (First Éditions), un guide à la fois accessible et éclairant, pour comprendre, admirer et protéger le vivant dans toute sa diversité. Dans un entretien accordé à Cdurable.info, il revient sur l’urgence de réapprendre à observer et ressentir le monde naturel qui nous entoure.

« La nature nous invite à la lucidité et à l’émerveillement »
Depuis quarante ans, Allain Bougrain Dubourg donne une voix à celles qu’on n’entend pas. Les espèces menacées, les milieux fragiles, les oiseaux en particulier, auxquels il a consacré l’essentiel de sa vie. Des émissions Terre des bêtes et Animalia, qui ont marqué l’histoire de l’audiovisuel, à la présidence de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) qu’il occupe depuis 1986, son nom est devenu indissociable de la protection de la nature en France. Sous son impulsion, l’association a remporté des victoires décisives de l’interdiction de la chasse à la glu à la reconnaissance du préjudice écologique après l’affaire Erika.

Avec La biodiversité pour les Nuls, il propose un ouvrage grand public, aussi rigoureux qu’accessible, conçu pour éclairer un sujet souvent mal compris. Près de 500 pages pour revenir sur l’histoire du vivant, les mécanismes de son effondrement, mais aussi les solutions existantes et les initiatives inspirantes. L’auteur s’entoure de grands témoins tels que Pascal Picq, Jane Goodall, Alain Baraton, Isabelle Autissier ou encore Boris Cyrulnik pour raconter, transmettre et donner envie d’agir.

Plus qu’un manuel, il est une manière « d’offrir aux lecteurs un socle pour agir avec lucidité plutôt qu’avec fatalisme ». On a voulu en discuter avec lui.

La Biodiversité pour les nuls (First Editions) pour découvrir le vivant dans toute sa diversité, du règne végétal aux vertébrés avec l’autopsie d’un déclin et les outils de l’espoir. Il offre un panorama des institutions, associations et initiatives issues de la société.

« La biodiversité mérite qu’on la raconte simplement »

Cdurable : Quel est le levier principal de votre nouveau livre ? S’agit-il d’éveiller, d’alerter, d’émerveiller… ou tout cela à la fois ?

Allain Bougrain Dubourg : C’est tout cela à la fois. La nature nous invite à la curiosité, d’abord, parce qu’elle regorge de comportements singuliers et de situations étonnantes qui nous poussent à chercher des réponses. Et puis il y a l’émerveillement. Victor Hugo disait : « Le beau est plus utile que l’utile ». Il y a une telle beauté dans la nature qu’on en oublie presque son utilité.

Ensuite, même si je ne prétends pas sauver la planète avec un livre, il peut contribuer, modestement, à enrayer le déclin. On me pose très souvent cette question : « Qu’est-ce que je peux faire ? » Je réponds d’abord : adhérez à une association de protection de la nature ! Il y en a plein de formidables. Et plus nous sommes nombreux, plus nous sommes entendus. C’est aussi un tissu social précieux. On y crée des liens d’affection, d’amitié, de convivialité et parfois même un véritable engagement de vie.

« Ce n’est pas seulement la cause que l’on défend, C’est aussi l’épanouissement que procure l’engagement ».

Pourquoi publier ce livre aujourd’hui ? Ressentiez-vous une urgence particulière ?

Allain Bougrain Dubourg : Cette collection est très singulière et j’ai découvert avec surprise qu’elle n’avait jamais abordé la biodiversité. C’était un manque. L’éditeur a été enthousiaste. Et puis ce livre constitue aussi un document de synthèse : il présente tous les grands établissements publics qui travaillent sur la biodiversité, le Muséum, le CNRS, l’IFREMER, l’IRD, l’INRAE… On découvre leurs coulisses, leurs recherches, leur utilité pour la société.

Le livre va de la création de la vie jusqu’à la biodiversité dans la philosophie, le cinéma ou la littérature. Pour simplifier l’origine du vivant, on part de la formation de la Terre, il y a 4,5 milliards d’années. La vie apparaît un milliard d’années plus tard. Des chiffres vertigineux sauf peut-être pour un habitué de Bercy !

Un scientifique a eu cette idée géniale : résumer l’histoire du vivant à une semaine. Tout commence le lundi à 0 h. Un milliard d’années plus tard, nous sommes mercredi à midi. Les dinosaures n’arrivent que le dimanche à 16 h et disparaissent à 19 h. Lucie apparaît à minuit moins trois minutes. Le Christ, à minuit moins un quinzième de seconde. Et la révolution industrielle, au XIXᵉ et XXᵉ siècle, à minuit moins un quarantième de seconde. En un quarantième de seconde, nous sommes devenus maîtres de la planète. Cela donne une idée de notre responsabilité… et des dégâts que nous avons causés.

« Pas une écologie punitive : une écologie lucide »

Votre livre parle à la fois de déclin et de beauté du vivant. Comment avez-vous réussi à transmettre cette émotion et ce lien sensible au lecteur ?

Allain Bougrain Dubourg : Ségolène Royal a popularisé l’expression « écologie punitive ». J’en ai assez de ce terme qui a fait beaucoup de mal. Il ne s’agit pas d’écologie punitive, mais d’écologie lucide. Elle pose des constats qui nous obligent à changer nos comportements, certes, mais pour aller vers plus de bonheur, un bonheur durable. Mais montrer le déclin reste nécessaire.

« aujourd’hui, 67 % des mammifères sur la planète sont du bétail, 30 % sont des humains. Cela fait 97 %. Les mammifères sauvages, de l’écureuil à la baleine bleue, ne représentent plus que 3 %. On ne vivra pas hors sol. »


Hubert Reeves, par provocation amicale, affirmait que l’humanité a toujours surmonté les crises et qu’on trouverait bien une autre planète. Je n’ai aucune envie de ce futur-là. Nous exploitons la Terre comme s’il nous en fallait trois pour satisfaire nos besoins. Il faut revisiter ce paradigme. Mais encore une fois : dans un esprit de bonheur, pas de punition.

Quelle expérience avec le vivant vous semble la plus révélatrice de sa capacité à nous toucher  ?

Allain Bougrain Dubourg : Cela dépend de la sensibilité de chacun. Un simple coucher de soleil, qui n’est pas vivant mais baigne tout le vivant, peut suffire. D’autres sont touchés par le monde marin, d’autres par les insectes.

La crise du Covid a été un moment intéressant. Enfermés, les gens ont soudain entendu le silence puis les sons de la nature. Beaucoup ont découvert une attention nouvelle. À la LPO, nous avions lancé, un peu comme une provocation bienveillante, l’idée de « Confinés mais aux aguets ». Nous partagions des petites fiches pour identifier les oiseaux depuis son jardin ou sa fenêtre. En quelques jours, nous avons reçu plus d’un million de retours ! Certains témoignaient : « On entend un chant qu’on prend pour une mésange… ou un verdier. Maintenant, on veut savoir. » Des vocations sont nées ainsi.

Le problème, c’est qu’en devenant urbains au milieu du siècle dernier, nous avons coupé le lien sensible avec la nature. Avant, c’était le grand-père, même chasseur, qui emmenait voir les têtards devenir grenouilles. Aujourd’hui, ces invitations existent de moins en moins. Il faut recréer ce lien, réapprendre à écouter, regarder, toucher, goûter. Réveiller nos sens.

Allain Bougrain Dubourg sur France Inter dans La Terre au carré.

« Un combat en chasse un autre »

En quarante ans, vous avez mené de nombreux combats à la LPO. Quels ont été plus les plus difficiles ?

Allain Bougrain-Dubourg : Je ne voulais pas être président. Je disais que je n’avais ni le temps ni les compétences. J’ai accepté pour trois ans et j’y suis resté. J’ai d’abord découvert le braconnage des tourterelles des bois dans le Médoc. Des oiseaux revenant d’Afrique le 1ᵉʳ mai, un jour que certains chasseurs leur consacraient pour les abattre, alors que la chasse était fermée. Près de 30 000 oiseaux tués chaque année sur les 70 000 qui passaient. J’ai cru, naïvement, qu’avec deux ou trois reportages, ce scandale cesserait. Cela a duré vingt ans.

J’en ai parlé à François Mitterrand, qui m’a répondu qu’il ne pouvait rien faire surréaliste. Il a fallu l’aide de Brigitte Bardot, Sophie Marceau, Hubert Reeves, Théodore Monod. Et finalement, un préfet, Jean Giraud, a compris que ce n’était pas une tradition mais du braconnage. En trois ans, il a réglé la situation. Cela a été très violent : menaces de mort, pressions… l’un des combats les plus durs.

Il y a eu aussi l’affaire de l’Erika avec dix ans de procédure contre Total. La LPO a lancé la notion de « préjudice écologique ». Nous avons gagné. Ce préjudice figure désormais dans le Code civil. Puis sont venus d’autres combats : la glue, les chasses illégales… Et hier encore, je déjeunais avec la nouvelle ministre de la Transition écologique. Un combat en chasse un autre.

« Mes deux guides sont simples : le respect du droit et l’écoute de la science »

Le préjudice écologique est aujourd’hui inscrit dans la loi. Comment jugez-vous son application ?

Allain Bougrain-Dubourg : Elle progresse. Je me souviens de magistrats me disant : « Très bien, l’environnement… mais regardez ma pile : viols, meurtres, maltraitances. Vos tourterelles des bois, on verra quand on aura une minute. » Aujourd’hui, il y a eu formation et maturité. La LPO a même créé un MOOC avec l’École nationale de la magistrature pour montrer l’importance de la biodiversité dans le droit.

Mes deux guides sont simples : le respect du droit et l’écoute de la science. Quand l’argumentaire scientifique ne suffit pas, nous allons devant les tribunaux. On nous traite de procéduriers, mais nous gagnons 90 % des affaires. Cela signifie que nous ne faisons que rappeler la loi. La justice est désormais bien plus ouverte aux enjeux écologiques.

Dans votre livre, vous évoquez aussi des histoires positives. Y en a-t-il une qui vous tient particulièrement à cœur ?

Allain Bougrain-Dubourg : Oui, plusieurs. On parle aujourd’hui de sixième extinction, et c’est vrai. Mais dans les années 1970, la situation était dramatique aussi. Il restait moins de dix couples de gypaètes barbus en France. Aujourd’hui, il y en a plus de 1500. Il restait trente castors dans la vallée du Rhône ; il y en a désormais 30 000. Le vautour fauve avait disparu des Cévennes ; il est aujourd’hui une attraction touristique. Le faucon pèlerin avait disparu à cause du piégeage, il niche désormais à Paris ou Albi.

Toutes les espèces emblématiques ont été sauvées grâce à trois leviers : la loi, l’engagement des associations, le travail des scientifiques. Et il faut le dire, les politiques étaient plus ouverts à la protection qu’ils ne le sont aujourd’hui, où chaque projet de protection déclenche des levées de boucliers.

Ce que nous avons réussi dans les années 1970, nous devons le réussir aujourd’hui. Mais la tâche est plus difficile. Il ne s’agit plus seulement de sauver une espèce, mais des populations entières, des millions d’insectes perdus à cause d’une agriculture intensive. Il faut revoir entièrement notre modèle agricole.

« Les animaux m’ont éveillé. Ils m’ont appris les potentialités du bonheur »

Qu’est-ce que le vivant vous a appris que le monde humain ne vous a pas appris ?

Allain Bougrain-Dubourg : Beaucoup de choses. Mais je ne renie pas le monde humain, j’ai eu des mentors merveilleux. Enfant, Jean Rostand m’a pris sous son aile. Théodore Monod, Hubert Reeves, Alain Bombard. J’ai eu la chance de connaître une génération où l’on pouvait rencontrer des êtres admirables, dans une relation plus profonde qu’aujourd’hui. Il n’y avait pas Internet, pas l’urgence permanente. Jean Rostand, par exemple, m’écrivait de longues lettres raturées. Aujourd’hui, cette profondeur manque parfois.

Quant aux animaux, ils m’ont éveillé. Ils m’ont appris les potentialités du bonheur. J’ai vécu tant de moments prodigieux. Je leur dois beaucoup. Je rêvais, enfant, de l’ours polaire, du manchot, du pangolin, de l’anaconda. J’ai eu la chance de les rencontrer, souvent avec des scientifiques. Et surtout, j’ai eu la chance de partager ces rencontres. Partager est aussi important que vivre.

« Nous ne vivrons pas hors sol »

Comment remettre le vivant au cœur du débat public ?

Allain Bougrain-Dubourg : Sur le climat, malgré quelques climatosceptiques, un grand blond de l’autre côté de l’Atlantique, notamment, les effets sont visibles : sécheresses, inondations, recul du trait de côte… On sait de quoi on parle. La biodiversité, c’est différend.

« Quand vous dites que le vison d’Europe ou la tortue d’Hermann disparaissent, on vous répond : « Et alors ? Je ne savais même pas qu’ils existaient. » Il est difficile de montrer l’urgence. »

Mais j’ai une ambition éthique : nous sommes les dominants, donc nous avons un devoir envers les plus faibles. Et les plus faibles, aujourd’hui, c’est tout le vivant dont nous dépendons entièrement. Nous ne vivrons pas hors sol. La disparition des pollinisateurs le montre déjà.

Alors oui, parfois il faut être utilitariste pour convaincre. Mais au fond, je voudrais que nous soyons simplement dans l’éthique, dans la communion légitime entre nous et le reste du vivant.

« C’est encore possible »

Quel message aimeriez-vous que les lecteurs emportent en refermant votre livre ?

Allain Bougrain-Dubourg : Que c’est encore possible. Sans démagogie. J’ai filmé la migration des gnous entre la Tanzanie et le Kenya, la reproduction du corail sur la Grande Barrière, une araignée tissant sa toile, une mésange rapportant une chenille au nid. Toutes ces beautés quotidiennes sont bouleversantes. Et elles sont gratuites. Pas besoin d’aller au bout du monde pour s’émerveiller.

« Saint Augustin disait : « On perd moins à se perdre dans sa passion qu’à perdre sa passion. » Perdez-vous dans votre passion. »

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David Naulinhttps://cdurable.info
Journaliste de solutions écologiques et sociales en Occitanie.

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