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Les milliards manquants de l’Afrique

Quinze années de conflit ont coûté 300 milliards de dollars à l’Afrique

Une étude réalisée par Oxfam, le RAIAL et Saferworld

lundi 5 novembre 2007
Posté par David Naulin

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Oxfam, le Réseau d’action international sur les armes légères (RAIAL) et Saferworld ont, pour la première fois, évalué le coût économique des conflits armés pour le développement de l’Afrique. Environ 300 milliards de dollars ont été perdus, depuis 1990, en Algérie, en Angola, au Burundi, en République centrafricaine, au Tchad, en République démocratique du Congo (RDC), en République du Congo, en Côte d’Ivoire, au Djibouti, en Érythrée, en Éthiopie, au Ghana, en Guinée, en Guinée-Bissau, au Libéria, au Niger, au Nigeria, au Rwanda, au Sénégal, en Sierra Leone, en Afrique du Sud, au Soudan et en Ouganda. Cette somme correspond à l’aide internationale des principaux donateurs au cours de cette même période.



Dans cette étude intitulée “ les milliards manquants de l’Afrique”, les analystes ont évalué pour la première fois l’impact global des conflits sur le PIB à travers le continent. Elle montre qu’en moyenne une guerre, une guerre civile ou une rébellion entraîne une chute de 15% de l’activité économique. Le continent perd, en moyenne, 18 milliards de dollars par an en raison des conflits armés.

“ La violence armée est l’une des plus grandes menaces pour le développement de l’Afrique”, déclare Irungu Houghton, conseiller en politique africaine d’Oxfam. “Les coûts sont choquants. Nos chiffres sont sûrement en deca de la réalité, mais ils montrent que les conflits armés coûtent en moyenne 18 milliards de dollars à l’Afrique chaque année. Cet argent pourrait permettre de résoudre la crise du VIH/SIDA ; de prévenir la tuberculose et le paludisme ou de faire face aux besoins en matière d’eau potable, d’hygiène et l’éducation”.

Selon les recherches menées parOxfam, le RAIAL et Saferworld, les coûts réels de la violence armée pour les Africains pourraient être bien plus élevés. et ils proviennent de bon nombre de facteurs. Il y a les coûts directs évidents de la violence armée – coûts médicaux, dépenses militaires, destruction des infrastructures et soins apportés aux personnes déplacées – qui détournent l’argent utilisé à des fins plus productives. Les coûts indirects qui résultent d’opportunités perdues sont encore plus élevés. L’activité économique faiblit ou s’immobilise. Les revenus qui découlent des ressources naturelles de valeur finissent dans les poches d’individus, plutôt que de profiter au pays. Ce dernier souffre d’inflation, de dettes et de la diminution des investissements, tandis que les populations souffrent du chômage, du manque de services publics et de traumatismes. De plus en plus de personnes, en particulier des femmes et des enfants, meurent des conséquences des conflits, plutôt qu’à cause des conflits en eux-mêmes. Les recherches menées dans le cadre de ce rapport ont montré que le coût des conflits armés pour le développement de l’Afrique s’élève à 284 milliards
de dollars depuis 1990 - un chiffre choquant. Bien qu’élevé, celui-ci est quasi certainement sous-estimé. Tout d’abord, ce calcul ne couvre que les coûts des conflits armés, et non les crimes armés. Ensuite, le calcul réalisé par Oxfam ne couvre que les périodes de combats réels, alors que certains coûts de la guerre, tels que les dépenses militaires croissantes et les difficultés économiques, ont une incidence bien après la fin des combats. Les pays voisins souffrent également au point de vue économique, à cause de la diminution du commerce, de l’insécurité politique ou de l’afflux de réfugiés.

Les informations récoltées indiquent, en outre, qu’au moins 95% des armes les plus utilisées lors des conflits en Afrique proviennent de l’extérieur du continent. L’arme la plus commune est le fusil d’assaut kalachnikov, le plus connu étant l’AK-47, dont presque aucun n’est fabriqué en Afrique.

Un approvisionnement régulier en munitions est nécessaire pour que les armes soient mortelles, mais peu de munitions militaires sont fabriquées en Afrique. Bien qu’il soit impossible de le démontrer de manière précise, selon les recherches menées parOxfam, le RAIAL et Saferworld, la grande majorité des munitions doit être importée de l’extérieur de l’Afrique.

Si la violence armée est si coûteuse et que la plupart des armes proviennent de l’extérieur, l’Afrique doit donc arrêter, de manière urgente, le flux d’armes qui parvient aux personnes commettant des abus des droits de l’homme et ignorant les règles de la guerre. En plus d’une approche portant sur la demande d’armes, des initiatives importantes doivent être prises dans le but de restreindre leur approvisionnement. De nombreuses nations africaines, reconnaissant la menace que représentent les transferts irresponsables d’armes pour le développement, ont déjà fait des efforts significatifs en ce qui concerne le contrôle des armes.

Toutefois, bon nombre de gouvernements africains se sentent abandonnés par la communauté internationale. Ils savent que le commerce d’armes est mondialisé et que les réglementations nationales ou régionales, bien qu’absolument vitales, ne sont pas suffisantes.

L’Afrique, comme partout ailleurs, a besoin de nouvelles normes
internationales sur les transferts d’armes – un Traité sur le commerce des armes (TCA) solide et efficace.

Oxfam, le RAIAL et d’autres ONG mènent donc une campagne pour un Traité sur le commerce des armes qui interdirait le transfert des armes dans les cas où elles pourraient être utilisées pour commettre de sérieuses violations du droit humanitaire ou des droits humains ou mettre en péril le développement durable. Un tel traité n’interdirait le transfert des armes dans le cadre des opérations de défense, de police ou de maintien de la paix.

Pour Joseph Dube, le coordonnateur Afrique du RAIAL, “ Ce rapport décrit certains des impacts économiques dévastateurs du commerce international des armes et le niveau choquant de souffrance humaine que cela engendre. En tant qu’Africain, j’implore tous les gouvernements africains et ceux des pays producteurs d’armes de soutenir un Traité sur les armes solide et efficace. C’est un appel pour la coopération internationale. Cela ne peut être réalisé en travaillant seul. Le gouvernement dont les usines produit les fusils est aussi responsable que celui qui permet à ses bateaux de les transporter. De la même manière, les Etats qui chargent les cargos doivent assurer le suivi pour voir entre quelles mains les armes vont tomber. Sans cette réglementation, le coût de la souffrance endurée par les Africains va continuer d’être énorme.”

Il est urgent de réduire l’approvisionnement international en armes et
munitions vers l’Afrique. Dans le cas contraire, le coût pour le
développement de l’Afrique – qui ne se mesure pas seulement en dollars, mais également en vies brisées et en opportunités perdues – restera immense.

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