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Développement Durable en débat

Crise au WWF France : les salariés de l’ONG demandent le départ de leur directeur général

mercredi 29 juin 2011
Posté par David Naulin

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Aïe ! Alors que le WWF fête cette année son cinquantième anniversaire, l’antenne française de l’ONG mondiale est entrée dans une période de tourmente. Fabrice Nicolino avait déjà dans son dernier pamphlet (Qui a tué l’écologie ?) égratigné le panda quant à sa proximité avec les pouvoirs économiques et politiques. La semaine dernière, c’était au tour de L’Express de s’interroger sur la stratégie partenariale menée par l’antenne française avec les multinationales, comme Lafarge. C’est désormais au tour de Rue89 de publier une lettre des salariés demandant la démission de leur directeur général, Serge Orru. La Présidente, la navigatrice Isabelle Autissier, répond "choquée" dans un courrier interne, défendant son directeur et menaçant de considérer comme faute grave le fait de parler à la presse... Ambiance !



Les salariés du WWF demandent la tête de leur patron Serge Orru

"Ces lignes sont un cri d’exaspération que nous vous demandons solennellement d’entendre." Dans une lettre que Rue89 a obtenue (que vous pouvez lire en cliquant ici
), les salariés français du World Wildlife Fund (WWF) dénoncent les pratiques de leur directeur général, Serge Orru. La démarche est assez inhabituelle pour mériter attention. La crise chez "Panda", comme est surnommé le WWF, ça fait des mois qu’on en parle dans le petit milieu des ONG environnementales, où l’on pointe de plus en plus de partenariats avec les entreprises, une complaisance avec le gouvernement depuis le Grenelle, des départs nombreux…

Mais cette fois, par un courrier signé "57 salariés du WWF France" (sur 93 en tout, mais 60 approchés) et envoyé le 17 juin d’une boite mail anonyme, il est demandé au conseil d’administration "la démission de M. Orru".

Peu de chance qu’ils obtiennent satisfaction. Jointe par Rue89 Isabelle Autissier, la navigatrice qui préside l’association WWF France depuis 2009, se dit "profondément choquée" : "Ce n’est pas aux salariés de décider de la démission du directeur général mais au conseil d’administration qui l’a nommé. J’essaie de faire le tri entre les amalgames, les sentiments, les stratégies personnelles et ce qui cloche vraiment."

La présidente Isabelle Autissier a répliqué dans un courrier (Téléchargez ce courrier en cliquant ici). Isabelle Autissier a prévu une réunion de crise le 15 juillet prochain, mais déjà, par une lettre adressée à tous les salariés, elle met en garde : "Je considérerai la communication sur ces questions à la presse comme une faute grave."

Le journaliste Fabrice Nicolino auteur de "Qui a tué l’écologie ?" (Consultez notre article et notre entretien avec Fabrice Nicolino en cliquant ici) écrit sur son blog Planète sans visa, à propos du courrier d’Isabelle Autissier : "Elle menace de considérer comme faute grave le fait de parler à la presse. Ah ! Mais n’est-ce pas exactement la manière classique d’étouffer tout examen public d’affaires intéressantes ? Ne voit-on pas cela chaque jour, pour des histoires de toute espèce, et parfois graves ? Le WWF ne réclame-t-il pas constamment de l’argent à ses sponsors et donateurs ? Cet argent ne repose-t-il pas sur une moralité supposée exemplaire ? La libre information vaudrait donc pour tous, sauf le WWF ? Eh bien, voilà une nouveauté radicale. Enfin, je n’oublie pas que madame Autissier est une navigatrice. Cette activité n’a visiblement rien de contradictoire avec l’exercice du pouvoir, avec le plein exercice du pouvoir. Lisez lentement cette lettre, et rapportez-vous à mon texte précédent sur l’état réel de l’océan mondial. Lisez lentement ces mots de manager : "Je vous demande de vous souvenir que le WWF France ne s’est jamais aussi bien porté". Si même c’était la vérité, cela resterait ridicule. Le WWF se porterait bien, mais au milieu du tumulte et des décombres. Franchement, cette lettre ne passe pas".

Autant dire qu’au siège de l’association, l’ambiance est délétère. Un salarié témoigne : "C’est le cauchemar. L’immense majorité des salariés sollicités ont signé, mais les proches de Serge Orru font circuler des lettres de soutien. Le bruit court que tous les signataires seront virés et poursuivis pour diffamation."

Il est difficile de faire la part des choses, parmi les nombreuses accusations contenues dans les annexes du courrier des salariés – que Rue89 a choisi de ne pas reproduire, certains passages pouvant être diffamatoires. On y trouve la détestation personnelle qu’inspire la personne de Serge Orru, médiatique et ambitieux, mais aussi des accusations de fautes potentiellement graves – mais qui doivent êtres vérifiées.

Succinctement, la gestion de Serge Orru est fortement contestée par les salariés : un "turn over" de 25% par an, des salariés parfois insultés par le DG devant témoin, des cadres "recrutés de manière non transparente mais qui ne sont pas toujours au niveau" contrevenant aux procédures internes. Le salaire de Serge Orru fait également beaucoup parler (109 000 euros bruts hors frais) avec "l’absence récurrente de justificatifs sur ses frais de représentation et de transport"...

Rue89 rappelle qu’à plusieurs reprises, Serge Orru a été pris en difficulté, soit parce qu’il ne parle pas anglais, soit parce qu’il n’a pas lu les fiches techniques qui lui ont été préparées. Mais surtout, il "utilise l’ONG comme marche-pied d’une carrière politique", accusent les salariés. L’un d’entre eux précise à Rue89 : "Il se voit en député Europe Ecologie- Les Verts en 2012, et a promis son poste au directeur de la communication, Jacques-Olivier Barthes." Ce dernier, dont les "pratiques managériales peuvent s’apparenter à du harcèlement", selon les annexes, est lui aussi dans la mire. "C’est lui qui a mis le bordel en interne", dit un observateur extérieur.

"Ce qui nous a motivés, c’est surtout de dire que les valeurs qu’on défend sont totalement bafouées", explique un salarié. Il est logique que le développement des partenariats avec les entreprises, décrits comme des "liaisons dangereuses" dans une enquête de L’Express ne conviennent pas à tous (voir ci-dessous). Une logique "décomplexée" qu’a observé leur collègue Sylvain Angerand, des Amis de la Terre : "Leur manière de travailler a radicalement changé : c’est le marketing qui ficelle tout, pas les chargés de campagne. Le WWF n’a plus aucun moyen de pression pour peser ni sur les entreprises ni sur les politiques publiques".

WWF et les entreprises, les liaisons dangereuses

"Quel est le rapport entre un charmant panda et un vulgaire sac de ciment ?" s’interroge Julie de La Brosse dans un article récemment publié dans L’Express (10/06/2011) qui confirme les propos de Sylvain Angerand. "A première vue, aucun. Le premier sert d’emblème à la plus puissante association environnementale du monde, tandis que le second est accusé par les militants écologistes de favoriser le dérèglement climatique. En signant un partenariat avec Lafarge, en 2010, le WWF France a fini par accepter d’unir ces deux images a priori antinomiques. Dix ans après sa maison mère, qui, elle, n’avait pas eu les mêmes réticences. Aujourd’hui, l’élève pourrait bien dépasser le maître : l’antenne tricolore de l’ONG environnementale multiplie les partenariats stratégiques avec les entreprises".

La journaliste de L’Express rappelle qu’"elles sont désormais 14, et non des moindres - Carrefour, Castorama, Crédit agricole, Orange ou encore Pierre & Vacances -, à avoir conclu un accord avec le WWF France. En échange d’une somme d’argent très raisonnable - 400 000 euros par an pour le haut de la fourchette -, ces sociétés bénéficient de l’expertise et des conseils de la fondation pour réaliser les progrès auxquels elles se sont engagées. Surtout, elles profitent de la notoriété du célèbre panda, des 4,8 millions d’adhérents du WWF dans le monde et de l’image de la sympathique Isabelle Autissier, présidente de l’organisation en France. Un bon point marketing" estime Julie de La Brosse. Je vous invite à lire l’intégralité de ce article en cliquant ici.

Mais en guise de conclusion provisoire, je citerai encore la fin de cet article de L’Express : "Heureusement pour le WWF français, les attaques restent relativement circonscrites au cercle des écolos purs et durs. En l’espace de cinq ans, il a même recruté 50 000 donateurs supplémentaires et en compte désormais 180 000 dans l’Hexagone. Récemment, un rapport parlementaire sur la transparence du financement des organisations environnementales reprochait à la fondation Hulot ses liens troubles avec les entreprises, mais louait les partenariats du WWF. "Qui irait critiquer une ONG prête à la conciliation permanente ?" conclut Sylvain Angerand". Les salariés peut-être ? ...

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  • Le livre noir de l’Ecologie


  • forum

    • Crise au WWF France : les salariés de l’ONG demandent le départ de leur directeur général
      4 juillet 2011, par Jean-Philippe Teboul

      Bonjour David,

      J’ai bossé avec Serge Orru quelques années.
      Je sais que c’est un type bien, le genre d’homme qui cherche à trouver la façon d’agir la plus utile dans l’univers - particulièrement mouvant depuis 10 ans - de l’écologie.

      Combien de débats derrière chaque ligne de la lettre des salariés ! Celui d’une ONG qui a 5 ans pris un grand virage vers le lobby et un autre vers l’accompagnement des entreprises et celui de salariés militants qui sont recrutés pour un métier et se retrouve avec un autre.

      Je vous remercie pour votre traitement de l’information qui essaie d’ouvrir le débat : les ONG doivent-elles rester à coté des entreprises et des responsables politiques ou collaborer ?

      • Crise au WWF France : les salariés de l’ONG demandent le départ de leur directeur général
        11 juillet 2011

        Il est inquiétant de lire qu’une association dite de protection de l’environnement "réussit" car elle a augmenté ses gains et donateurs. Quid de ses résultats concrets sur le terrain ? Où sont les baleines et autres pandas que les donateurs pensent aider à sauver ? Combien de tonnes de CO2 réellement compensées, évitées, etc ? Mais surtout, quelle transparence des comptes et quelle proportion entre les frais de structure et ceux des actions réelles de terrain ? Il est temps que ces abus et manques de respect cessent. Tout ceci n’est que de la fumée, qui provient forcément d’un feu qu’une ONG n’a pas plus le droit de camoufler qu’une entreprise.

     

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