OGM

Les OGM ne sauveront pas la planète de la faim

ANNE BAUER | Les Echos | 14/04/08

Ce n’est plus seulement Greenpeace et d’autres ONG qui le disent, mais aussi le quoditien des affaires, Les Échos, édition de lundi 14 Avril : les OGM ne sauveront pas la planète de la faim. Un bon message à se rappeler chaque fois que les vendeurs d’OGM tenteront de justifier les semences et les aliments transgéniques comme solution simpliste à la faim dans le monde.

lesechoshp145.gif“ N’en déplaise à certains députés dépités après le vote tumultueux à l’Assemblée nationale, les OGM ne sauveront pas la planète de la famine.Ce n’est pas la secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui le dit. Ni même José Bové. Mais un groupe de 400 experts réunis la semaine dernière à Johannesburg, sous la houlette des agences de l’ONU et de la Banque mondiale. Comment nourrir 9,2 milliards d’hommes en 2050 sans provoquer de dégradations environnementales irréversibles et sans accentuer encore l’écart entre les affamés et les obèses ? C’est la question à laquelle tentent de répondre depuis quatre ans les groupes de travail intergouvernementaux réunis par le professeur Robert Watson, ancien président du Groupe international des experts sur le climat. Demain, ils publieront leur rapport final sur « L’évaluation internationale des sciences et technologies agricoles au service du développement ». Les amateurs de recettes miracles en seront pour leurs frais. Et notamment les agrochimistes, mécontents des conclusions, qui ont pratiqué la politique de la chaise vide pour faire pression. Ainsi, au moment où la ministre perdait ses nerfs à Paris après plusieurs jours de débats éprouvants à l’Assemblée nationale, le président du Programme des Nations unies pour l’environnement, Achim Steiner, brisait à Johannesburg le ronron diplomatique des réunions onusiennes. « Ceux qui claquent la porte ont tort, nous avons besoin de tous les points de vue, car il n’y a pas de réponse simple aux défis de l’agriculture du XXIe siècle », a-t-il déclaré d’emblée dans son discours d’ouverture, à l’adresse des agrochimistes Monsanto, Syngenta et BASF. Car il n’y a pas qu’en France que les OGM font polémique. Pour développer l’agriculture du XXIe siècle, soulignent les experts, il faut d’abord garantir l’accès des petits exploitants à la terre, mieux organiser les marchés locaux et d’exportation, ouvrir l’accès au crédit, trouver des mécanismes de règlement équitable des conflits, investir dans la recherche sur des plantes locales comme le mil, favoriser la formation, etc. Bref, engager un effort sans précédent pour une meilleure gouvernance. Partout, il existe des réserves de productivité importantes, freinées par la guerre, la corruption, l’ignorance, l’absence de financement, d’équipements ou d’infrastructures… Importante, la technologie est insuffisante. Alors pourquoi, douze ans après leur commercialisation, les OGM apparaissent-ils toujours à certains comme une voie d’avenir pour résoudre la faim dans le monde ? En grande partie parce qu’ils font rêver. Ils représentent la solution simple, scientifique, idéale. L’OGM miracle, c’est comme le vaccin contre le sida : un but, un espoir, mais toujours pas une réalité. Aujourd’hui aucune manipulation génétique ne permet encore de faire pousser du blé dans le Sahara. Les recherches sur des plantes résistant mieux au sel ou à la sécheresse se poursuivent, mais, pour l’instant, seules des plantes herbicides ou pesticides sont commercialisées sur quatre grandes cultures : soja, maïs, colza et coton, dont les brevets sont à 95 % détenus par une firme unique, Monsanto. Un acteur principal, quatre cultures, le bilan devrait donc être facile à tirer. Or, malgré une décennie de développement, il n’existe aucun observatoire international fiable, qui permette de tirer un bilan réaliste des avancées promises par les cultures transgéniques. « Les données recueillies pour certaines années et certaines plantes génétiquement modifiées indiquent des gains de rendement allant de 10 à 33 % dans certaines régions et des baisses de rendement dans d’autres », souligne le rapport international [[Les citations sont issues de l’avant-projet du rapport de synthèse avant la réunion finale qui s’est tenueà Johannesburg du 7 au 12 avrilet dont les conclusions seront publiéesle 15 avril.]]. Certains agriculteurs les ont adoptés et se sont enrichis, d’autres les ont essayés et se sont appauvris… La Convention internationale sur la biosécurité prônait bien l’établissement d’une sorte d’observatoire mondial, mais aucun des grands producteurs d’OGM, Etats-Unis en tête, ne l’ont ratifiée. Les experts réunis par le professeur Watson se montrent aussi très méfiants à propos des brevets relatifs aux transgènes. « On peut craindre que les instruments relatifs aux droits de propriété intellectuelle actuellement en place n’entravent à terme la conservation des semences, ainsi que l’échange, la vente et l’accès aux matériaux brevetés dont les chercheurs indépendants ont besoin pour effectuer leurs analyses et expériences relatives aux impacts. » Ils se montrent enfin inquiets des futurs problèmes de voisinage entre cultivateurs pro et anti-OGM en cas de contamination. Ce qui était justement en jeu dans le projet de loi sur les OGM en France, chargé d’organiser les règles du jeu d’une éventuelle coexistence entre les cultures OGM, conventionnelles et biologiques. Selon que les obligations et nouvelles règles de responsabilité entre « contaminants » et « contaminés » seront plus ou moins strictes, la culture des OGM pourra se développer plus ou moins facilement dans l’Hexagone. Voilà pourquoi le texte de loi, censé n’être que la transposition technique d’une directive européenne sur la cohabitation des cultures, soulève tant de passions. Il sera examiné en deuxième lecture au Sénat cette semaine, chacun des lobbies pro et anti étant déterminé à mener bataille jusqu’au bout. Pour ou contre, comme l’a rappelé Achim Steiner, même si les prix flambent (+ 87 % pour le soja en un an, + 31 % pour le maïs et + 130 % pour le blé) et bien que les émeutes de la faim s’enchaînent, il ne faut pas perdre de vue que la production agricole est actuellement suffisante pour nourrir la planète. Si l’on divise strictement le nombre de calories par habitant, elle pourrait même nourrir près de 10 milliards d’habitants. « La bonne nouvelle, c’est que nous avons assez de nourriture, des technologies, du savoir-faire, de la science. La mauvaise, c’est la terrible empreinte écologique que provoque l’agriculture productiviste », a-t-il rappelé, en soulignant qu’il n’y aura pas à l’avenir une seule solution, l’agriculture biologique ou l’agriculture transgénique, mais différents modèles et des écosystèmes diversifiés. Ce qui demandera bien plus d’efforts qu’un simple slogan sur les OGM, futur de l’humanité. ” ANNE BAUER est journaliste au service Enquêtes des « Echos ».

 

Merci à Eric Darier de Greenpeace Canada pour l’info

– Carnets de Greenpeace Canada

Cyrille Souche
Cyrille Souchehttps://cdurable.info
Directeur de la Publication Cdurable.info qui a eu 20 ans en 2025 ... L'occasion de supprimer la publicité et d'un nouveau départ vers un webmedia participatif d'intérêt général, avec pour raison d'être de recenser et partager les solutions utiles et durables pour agir et coopérer avec le vivant. Je suis ouvert à toute proposition de coopération mutuellement bénéfique au service de la régénération du vivant.

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