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Le modèle de croissance actuel aggrave la pauvreté

Par Alain Hayot, membre de la direction nationale du PCF, chargé de l’écologie et du développement durable.

« Penser comme M. Bush que “la croissance est la solution et non le problème”, c’est ne pas voir que le modèle de croissance actuel, non seulement ne réduit pas la pauvreté, mais l’aggrave considérablement.

En quarante ans, malgré une croissance considérable de la richesse produite dans le monde, les inégalités ont explosé : l’écart entre les plus pauvres et les plus riches était de 1 à 30 en 1960, il est aujourd’hui de 1 à 80. Dans le même temps, les dégâts environnementaux ont atteint des seuils que nous savons et, contrairement à une idée reçue, ce sont les plus pauvres au Sud comme au Nord qui subissent cette dégradation du rapport à notre environnement naturel.

Du Cauchemar de Darwin à la Louisiane, les similitudes sont impressionnantes. Le productivisme débridé que nous subissons est modelé par un capitalisme mondialisé qui conjugue parfaitement croissance, inégalités sociales et mise en cause de notre écosystème.

C’est pourquoi, si nous avons pris du retard à prendre la mesure du problème, nous sommes convaincus qu’il ne suffit pas de parler de “développement durable” en sautant sur un fauteuil tel un cabri, surtout lorsqu’on est le PDG de Total ou le président des USA ; qu’il ne suffit pas non plus de peindre en vert la chambre des enfants de la maison de la gauche qu’elle soit “plurielle” ou “durable”, mais qu’il nous faut repenser le type même de développement et de croissance dans ses finalités comme dans ses modes opératoires.

Cela suppose impérativement de s’inscrire dans une volonté de dépassement des modes de production et de consommation actuels, dans la marchandisation dessinée par le capitalisme mondialisé.

Il nous faut penser un type de développement qui soit capable, parce qu’il combat les diverses formes de domination, de répondre aux aspirations à une planète propre, vivable et respirable, comme à celle d’un monde solidaire garantissant à chaque être humain et à chaque peuple l’accès aux droits sociaux, culturels ainsi qu’aux ressources naturelles.

Certains nous disent qu’à la croissance capitaliste il faut opposer une décroissance absolue, mais si celle-ci restait dans le cadre de la marchandisation, elle entérinerait et aggraverait les inégalités actuelles.

Oui, il est nécessaire de penser une décroissance dans certains secteurs dangereux ou inutiles (les armements, les gâchis générés par un productivisme aveugle dans sa recherche du profit maximum), mais il nous faut l’inscrire dans un autre type de croissance, économe des ressources naturelles, répondant aux besoins sociaux de tous, ainsi qu’aux services (éducation, culture, santé, la qualité de la vie et de la ville, de l’ensemble de la population mondiale).

Le constat pour nous est clair : un autre mode de croissance et de développement tout à la fois durable et soutenable, social et solidaire n’est possible qu’à la condition de s’affranchir des politiques néolibérales.

Peut-on défendre l’environnement en faisant des quotas de pollution un véritable marché dominé par les plus riches et favorisant le dumping environnemental ?

Peut-on défendre l’environnement en faisant de “la concurrence libre et non faussée” le credo d’une économie dominée dès lors par les voyous de la mer (Total, Erika et Prestige) comme les voyous de la terre (Metaleurop ou Nestlé ou HP…) ?

Peut-on défendre l’environnement sans faire des services publics le bras armé de cette ambition ?

L’eau, l’énergie, les déchets, la défense de la biodiversité sont des biens communs qui doivent échapper comme l’école, la santé ou la recherche, à la marchandisation.

Penser un développement durable et solidaire, cela passe par un autre type de croissance orientée non vers la rentabilité financière et la baisse du coût du travail mais vers la satisfaction des besoins sociaux dans une société économe de ses ressources, soucieuse de la qualité de vie pour aujourd’hui et pour demain.

Cela suppose d’investir prioritairement dans la formation et la qualification des individus, dans un aménagement du territoire et un urbanisme soucieux de préserver les écosystèmes et d’économiser l’énergie.

Cela suppose également d’utiliser les gains de productivité non pour accroître les profits, générer des inégalités sociales et des dégradations environnementales, mais pour diminuer le temps de travail, en redéfinir les contenus, sécuriser le parcours d’emploi et de formation, développer la recherche et la démocratie participative afin de penser un développement répondant aux exigences d’égalité et de progrès social pour tous en même temps que garantissant la reproduction des écosystèmes et des espèces vivantes y compris la nôtre.

Cela suppose donc de soustraire le développement et la croissance aux appétits du capital et de faire de l’être humain la finalité d’une économie sociale et solidaire, durable et soutenable. »

Article paru dans l’édition du 18 octobre 2005 de l’Humanité

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