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Sur France 5 mardi 14 octobre à 20h40

Gaz de schiste, les lobbies contre-attaquent

Enquête sur le pouvoir et les méthodes des groupes de pression qui œuvrent en faveur de l’exploitation du gaz de schiste

mercredi 8 octobre 2014
Posté par David Naulin

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En juillet 2011, la France interdit l’exploitation des gaz de schiste. Depuis, les lobbyistes de ce secteur n’ont eu de cesse de convaincre les politiques de faire marche arrière. Ce film, diffusé sur France 5 mardi 14 octobre à 20h40, retrace les étapes de leur stratégie auprès des pouvoirs publics et dénonce leurs méthodes.



C’est un documentaire à charge que signe Michel Tedoldi contre les manipulations des lobbyistes, hommes de main des industriels qui défendent l’exploitation des gaz de schiste en France. En passe de gagner, ils sont de ceux qui, dans l’ombre, jouent des parties sacrifiant la santé publique aux intérêts financiers. Pour comprendre leur pouvoir et les enjeux de cette contre-attaque sans merci, le réalisateur est parti à la rencontre de ces groupes de pression, des hommes et femmes politiques victimes de leurs assauts répétés et de tous ceux qui hurlent au futur scandale sanitaire.

Pour ceux-là, il suffit d’observer ce qui se passe aux Etats-Unis depuis 2005. Plus de cinq cent mille puits y ont été forés, permettant de diviser le prix du gaz par quatre. Mais les conséquences sur l’environnement et la santé sont désastreuses : pollution des nappes phréatiques et du sol, bétail et agriculteurs gravement malades. En cause, la technique de fracturation hydraulique de la roche située à très grande profondeur, qui permet d’extraire les gaz de schiste : des milliers de mètres cubes d’eau sont injectés à forte pression avec des dizaines de tonnes de produits chimiques. « Ce qui remonte de la surface, c’est de la cochonnerie, explique Jacques Thibieroz, géologue à l’université Pierre-et-Marie-Curie, des métaux lourds en solution, des hydrocarbures parmi lesquels des molécules cancérigènes, de la radioactivité. »

Gaz de schiste, les lobbies contre-attaquent

Leur but : convaincre à tout prix

En France, le sous-sol regorgerait également de cette manne et les industriels du secteur, comme Total et GDF, réclament des autorisations de forage pour permettre de quantifier les réserves de gaz. Mais, après l’annonce par François Hollande, le 14 septembre 2012, du refus des demandes de permis, ils déclenchent l’offensive et affûtent leurs arguments. « Le fait de dire “Je refuse d’expérimenter”, s’indigne Jean-Louis Beffa, ancien PDG de Saint-Gobain, ça ressemble à l’attitude de l’Eglise catholique qui interdisait de penser à Galilée ! » Ils mettent en avant la création de milliers d’emplois, l’accès à l’indépendance énergétique et vont jusqu’à pratiquer le green washing. « Il y a eu toute une campagne sur cette idée qu’il y aurait une exploitation propre des gaz de schiste, se révolte Delphine Batho, l’ex-ministre de l’Ecologie, qui dit avoir fait les frais du lobbying pro-gaz de schiste. Un pipeau total ! » Ainsi, une société américaine, Ecorpstim, arrive à convaincre le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg de l’efficacité d’un nouveau procédé écologique, qui fracturerait la roche avec un propane non inflammable. Pour Jacques Thibieroz, « c’est une molécule qui a trois mille fois plus d’impact en équivalent CO2 sur l’effet de serre, qui coûte très cher et qui n’a pour l’instant jamais été utilisée ».

Mais les lobbyistes n’hésitent pas à noyauter les organes du pouvoir et s’appuient sur des hauts fonctionnaires pour faire passer leurs idées. A Paris, comme dans les plus hautes instances européennes, ils agissent en nombre, intensifient leur action et remportent des victoires. Ainsi, le commissaire européen à l’Environnement Janez Potocnik, qui soutenait la lutte contre l’exploitation, finit par échouer en 2012 face à la pression des pays pro-gaz de schiste soutenus par José Manuel Barroso, le président de la Commission lui-même : celle-ci n’adopte finalement que des recommandations et laisse le champ libre aux industriels, qui ne sont désormais plus obligés de faire des études d’impact avant forage. Lors de ce vote crucial, la France s’est abstenue… « Ça veut dire qu’elle a cédé aux lobbies de Gaz de France, de Total et des autres, résume la députée européenne Corinne Lepage. C’est une position schizophrénique et parfaitement hypocrite. »

DOCUMENTAIRE de MICHEL TEDOLDI - DURÉE 52’ - PRODUCTION MAGNÉTO PRESSE, AVEC LA PARTICIPATION DE FRANCE TÉLÉVISIONS

Delphine Batho ne cède pas

Dans un entretien publié cette semaine dans Télérama, l’ex-ministre de l’Ecologie, résolument opposée à l’exploitation du gaz de schiste, met en garde contre les lobbies industriels et leur spéculation. Extraits de l’interview.

Alors que les pros-gaz de schiste invoquent aujourd’hui la possibilité d’une fracturation "écologique", Delphine Batho réagit avec fermeté : "C’est bidon. L’industrie du tabac a utilisé la même stratégie avec la cigarette "light". Les scientifiques ont mis dix ans à prouver qu’elle avait le même effet cancérigène que la cigarette normale. Aujourd’hui, nous vendent une fracturation "light" mais ça reste la fracturation hydraulique !"

Après son éviction du gouvernement, en juillet 2013, Delphine Batho affirmait que le gaz de schiste et le nucléaire étaient les cibles principales des lobbies. Aujourd’hui, elle confirme : "ces deux sujets confrontent la démocratie et un certain conservatisme industriel. L’offensive sur le gaz de schiste est liée à la situation américaine : les Etats-Unis sont en surproduction, le prix du gaz de schiste y est très bas. C’est un avantage économique pour certains secteurs industriels, mais un inconvénient pour les compagnies pétrolières qui ne rentabilisent pas leurs investissements, et veulent à tout prix exporter leur technologie en Europe, quitte à surévaluer les ressources qui s’y trouvent. Total et ExxonMobil viennent d’ailleurs de se désengager de Pologne. L’eldorado qu’on nous fait miroiter est un mirage".

Alors que Corinne Lepage affirme n’avoir jamais vu un lobbying aussi intense au Parlement européen, qu’en est-il à l’Assemblée Nationale ? "Le Medef ne s’était pas manifesté au moment de la loi de 2011. Après la victoire de la gauche, en 2012, il s’est tout à coup imposé comme le premier promoteur du gaz de schiste, devenu la baguette magique qui résoudrait tous nos problèmes économique" affirme Delphine Batho. "Mais le gaz de schiste n’est pas rentable. Aux Etats-Unis, les dégâts écologiques ne sont pas comptabilisés dans le prix du gaz. En France, les règles de droit commun en matière d’environnement conduiraient à des coûts gigantesques".

L’entretien complet est à lire dans Télérama N°3378 en date du 11 au 17 octobre 2014. "Insoumise", le témoignage de Delphine Batho est publié aux éditions Grasset et sort le 15 octobre prochain.

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