Les forêts françaises changent rapidement sous l’effet du changement climatique, des crises sanitaires et des tensions économiques sur la filière bois. Dans ce contexte, les propriétaires forestiers restent trop souvent seuls face à des choix complexes, tandis que des pratiques plus durables et résilientes peinent à s’imposer. Avec ce manifeste, Cœur de Forêt met en lumières 3 constats qu’il est urgent de faire évoluer les pratiques forestières, les modes d’accompagnement et les politiques publiques.

3 constats qu’il est urgent de changer nos pratiques forestières
Constat n°1 : 3,3 millions de Français possèdent une forêt, la majorité manque de conseil et d’accompagnement

La forêt française est majoritairement privée et très morcelée
Le manque de conseil indépendant, de formation et d’accompagnement enferme de nombreux propriétaires dans des choix par défaut, et contribue à une forte dépendance à des discours court-termistes, faute d’alternatives accessibles.

La réponse Cœur de Forêt : renforcer l’accompagnement de proximité, la montée en compétence des propriétaires et les dynamiques collectives pour faire des propriétaires des acteurs éclairés de leur forêt.
Constat n°2 : Un discours forestier dominant orienté sur le court terme, en décalage avec les attentes et les risques du changement climatique pour nos territoires

La filière forêt-bois privilégie encore largement les volumes rapides et les débouchés à faible valeur ajoutée
Ce modèle accentue les coupes, fragilise la ressource forestière et accroît la vulnérabilité des forêts face aux crises climatiques et sanitaires.

La réponse Cœur de Forêt : promouvoir une gestion multifonctionnelle, fondée sur la sylviculture irrégulière, le respect des sols et du temps long, pour créer des filières mieux ancrées dans les territoires.
Constat n°3 : Une forêt fragmentée, un lien à reconstruire au niveau des territoires

La fréquentation des forêts et les attentes citoyennes augmentent, et remet en question les modes de gestion actuels, jugés peu transparents et trop productivistes.
Le morcellement de la gouvernance forestière et l’affaiblissement de l’animation locale accentuent les tensions et la perte de confiance

La réponse Cœur de Forêt : Renforcer l’animation territoriale pour recréer du lien entre citoyens, élus et acteurs de la filière, en s’appuyant sur des projets forestiers visibles, concertés et ancrés localement. Penser la forêt comme une mosaïque vivante à l’échelle du territoire afin de construire des filières transparentes, résilientes et socialement acceptées.
Manifeste « Forêts vivantes, territoires résilients »
Fiches d’actions pour s’engager concrètement pour les forêts françaises
Fiche Citoyen-nes

Fiche Élus municipaux

Fiche Propriétaires Forestiers

Observatoire des coupes rases en forêt
À partir d’une analyse inédite d’images satellitaires, Canopée publie le premier rapport exhaustif consacré aux coupes rases en forêt en France continentale. Les résultats montrent que, malgré une légère baisse à l’échelle nationale, les coupes rases contribuent fortement à l’affaiblissement du puits de carbone forestier et accentuent la dégradation de certains territoires où elles se concentrent, en particulier dans des zones à forts enjeux écologiques.

La coupe rase est une pratique sylvicole consistant à récolter l’intégralité des arbres d’une parcelle en une seule fois. Ses impacts négatifs sur le stockage de carbone, la biodiversité, les sols forestiers et le cycle de l’eau sont largement documentés dans la littérature scientifique. Elle fait également l’objet d’une contestation sociale croissante.
Afin d’objectiver le débat public, Canopée s’est appuyée sur une méthode de détection des hauteurs de végétation développée par le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE) pour produire une estimation des surfaces de coupes rases à partir d’images satellitaires. Cette méthodologie permet de dépasser les seules moyennes nationales issues de l’Inventaire Forestier National et de suivre l’évolution des coupes rases d’une année sur l’autre, à une échelle territoriale fine.

En bas à gauche : vue satellite de la coupe rase (BOD ORTHO). En bas à droite : détection de la perte de hauteur de végétation via FORMS-T.
Principaux résultats
Un déstockage de carbone préoccupant
Sur les 6 dernières années, la surface moyenne annuelle de coupes rases s’établit à environ 61 000 hectares. Cela correspond à un déstockage de carbone estimé entre 11 et 16 MtCO₂ par an1, soit un ordre de grandeur comparable au déficit du puits de carbone forestier projeté par le gouvernement à l’horizon 20302. Les forêts anciennes — qui concentrent les stocks de carbone les plus élevés, notamment dans les sols — ne sont pas épargnées : le taux de coupes rases observé dans ces milieux à forts enjeux est à peine inférieur à la moyenne nationale.


Une baisse apparente depuis 2018, à interpréter avec prudence
Entre mi-2018 et mi-2024, la surface annuelle de coupes rases a diminué de 27 % en France continentale. Toutefois, cette tendance doit être interprétée avec prudence3.
De fortes disparités territoriales
La moyenne nationale masque d’importantes disparités locales. Les coupes rases se concentrent dans certains territoires, générant des effets cumulatifs susceptibles d’affecter durablement la biodiversité, les paysages et le cycle de l’eau. Le taux observé au sein des parcs naturels régionaux est comparable à la moyenne nationale. Il n’est que marginalement inférieur dans les sites Natura 2000, alors même que ces espaces présentent des enjeux écologiques accrus.
La majorité des coupes rases sont de petite superficie. Néanmoins, leur répétition dans le temps et leur concentration spatiale produisent des effets cumulatifs significatifs à l’échelle des paysages forestiers.

et diminue la biodiversité. © Vincent Verzat
Un encadrement insuffisant et une pression pour augmenter la récolte de bois
Ces résultats mettent en évidence un déficit d’encadrement adapté aux enjeux climatiques et de biodiversité. L’expertise scientifique collective rendue publique en 20234 à la demande du gouvernement n’a, à ce stade, pas conduit à une évolution substantielle de la politique forestière. Le plan de renouvellement des forêts — dont l’objectif de plantation d’un milliard d’arbres d’ici 2030 a été fixé par le Président de la République — continue de soutenir des opérations incluant des coupes rases qui pourraient, dans certains cas, être évitées au profit de pratiques sylvicoles maintenant un couvert forestier continu.
Par ailleurs, l’objectif gouvernemental d’augmentation de la récolte de bois de +7 Mm³ d’ici 2030 qui résulte du développement de projets industriels accroissant la demande en bois, notamment à des fins énergétiques, pourrait exercer une pression supplémentaire sur les peuplements forestiers et se traduire par une hausse des coupes rases dans les années à venir.

- Soit entre 9,5 et 14,25 MtCO2 correspondant au carbone stocké dans la biomasse aérienne et environ 1,2 MtCO2 liées à la libération de carbone des sols forestiers. ↩︎
- Pour atteindre la neutralité carbone, l’Europe a fixé à chaque État membre des objectifs à atteindre pour leur puits de de carbone en 2030. La France a annoncé un déficit d’environ 15 MtCO2/an par rapport à cet objectif dans la SNBC 3. ↩︎
- L’année 2018 correspond au déclenchement de la crise des scolytes, insectes xylophages responsables de dépérissements massifs dans les peuplements d’épicéas et de sapins. Le niveau initial observé pourrait ainsi correspondre à un pic conjoncturel, rendant délicate toute conclusion définitive quant à une baisse structurelle des coupes rases. ↩︎
- Télécharger le Rapport “Coupes Rases et REnouvellement des peuplements Forestiers en contexte de changement climatique”. ↩︎



