Coordonné par des chercheurs du Cirad, cet ouvrage examine les défis et stratégies pour adapter et transformer durablement les systèmes agricoles et alimentaires face au changement climatique. Il analyse les impacts sur l’agriculture et les potentiels d’atténuation via la séquestration du carbone. Mobilisant près de 150 scientifiques du Nord et du Sud, il souligne l’urgence de changements systémiques à toutes les échelles. L’ouvrage met en lumière le rôle central de la recherche pour anticiper et accompagner ces transformations.
Présentation
À l’échelle mondiale, les systèmes agricoles, alimentaires et forestiers produisent plus du tiers des émissions de gaz à effet de serre, contribuant ainsi significativement au changement climatique. Dans le même temps, ces secteurs en subissent fortement les conséquences, notamment dans les pays du Sud. Cependant, ils disposent aussi d’un fort potentiel d’adaptation et d’atténuation, notamment via la séquestration du carbone dans les sols et la biomasse, sur lesquels il convient de s’appuyer pour établir des synergies d’actions.
Récolte de la mangue, à Korhogo, en Côte d’Ivoire. Les mangues destinées aux marchés locaux sont transportées dans des conditions ne permettant pas de préserver la qualité du produit. Il en résulte d’importantes pertes en cas d’intempéries (phases d’exposition au soleil, pluies intenses). Crédit : photo d’E. Malézieux.
Cet ouvrage questionne et explore la diversité des stratégies nécessaires à différentes échelles — génétique, pratiques agricoles, politiques publiques, commerce, finance — pour transformer durablement les systèmes agricoles et alimentaires face au changement climatique. Il souligne l’urgence de changements systémiques pour opérer de véritables transformations et anticiper les changements (évolution des modèles agricoles dominants, re-territorialisation, adaptation des systèmes alimentaires, réduction des pertes…) et la nécessité de les adapter aux contextes bioclimatiques, socioéconomiques et politiques.
Mobilisant près de 150 scientifiques du Nord et du Sud, ce livre met en lumière le rôle central de la recherche face à l’un des plus grands défis de notre époque.
Plantations d’essences forestières locales, en mélange avec du plantain dans un système de type taungya en forêt classée de Téné, Côte d’Ivoire. Crédit : photo B. Hérault.
Préfaces de Laurence Tubiana et Élisabeth Claverie de Saint Martin
Possibilités d’action pour la réduction des émissions de GES dans les différentes régions du monde. Source : Gerber et al. (2013).
Sommaire
Avant-propos. Encore un livre sur le changement climatique ?
Introduction. Les systèmes agricoles et alimentaires, contributeurs, victimes du changement climatique et porteurs de solutions
Marie Hrabanski, Vincent Blanfort, Julien Demenois, Emmanuel Torquebiau
Partie 1. Les systèmes agricoles et alimentaires face au changement climatique : état des lieux global
Chapitre 1. À l’échelle mondiale, un panorama global des systèmes agricoles et alimentaires dans un contexte de changement climatique
Vincent Blanfort, Julien Demenois, Adèle Gaveau
Chapitre 2. Les questions agricoles, alimentaires et forestières dans les négociations climatiques : mise à l’agenda et enjeux
Marie Hrabanski, Valérie Dermaux, Alexandre K. Magnan, Adèle Tanguy, Anaïs Valance, Roxane Moraglia
Chapitre 3. Tensions et synergies entre les concepts d’agriculture climato-intelligente, d’agroécologie et de solutions fondées sur la nature
Nadine Andrieu, Audrey Naulleau, Jean-François Le Coq, Marie Hrabanski
Chapitre 4. Atlas des agricultures du monde et des systèmes alimentaires face au changement climatique
Vincent Blanfort, Julien Demenois, Marie Hrabanski, Nicolas Viovy, Jacques André Ndione, Moussa Waongo, Maguette Kaire, Lilian Blanc, Sylvain Schmitt, Séverine Bouard, Catherine Sabinot, Pierre François Duyck, Philippe Birnbaum, Audrey Leopold, Julien Drouin, Fabian Carriconde, Laurent L’Huillier, Christophe Menkès
Lors de la récolte du mais et du bouturage du manioc, un agriculteur du plateau Batèkè en République démocratique du Congo désigne par un piquet le semis naturel d’un arbre (Millettia laurentii, ou wengé) qu’il souhaite conserver. Crédit : photo R. Peltier.
Partie 2. Les systèmes agricoles et alimentaires, et le secteur des terres : contributeurs et victimes du changement climatique
Section 1.
Les grandes problématiques de l’agriculture, des systèmes alimentaires et des forêts face au changement climatique
Dans les grands bassins de production comme la vallée du fleuve Sénégal, l’extension des surfaces irriguées est appuyée par des politiques d’aménagement financées par l’aide internationale. Mais ce choix, s’il répond à un besoin à court terme, dessine sur le long terme un modèle agricole fragile et vulnérable, car dépendant d’une eau captée et acheminée à grand renfort d’énergie fossile. Crédit : photo de R. Belmin, Cirad.
Chapitre 5. Les agricultures familiales face au changement climatique : un potentiel d’adaptation par l’agroécologie
Jean-Michel Sourisseau, Jean-François Le Coq
Chapitre 6. Changement climatique, (im)mobilités et foncier : quels enjeux pour les agricultures familiales aux Suds ?
Sara Mercandalli, Hadrien Di Roberto, Pierre Girard
Chapitre 7. Eau, agriculture et changement climatique : perspectives globales
Une fillette Turkana à la traite du matin, à Lotere, situé à deux jours de marche de Lokiriama vers la frontière ougandaise, dans le district Turkana, au Kenya. Crédit : photo de S. Krätli, 2000.
Section 3.
Solutions multi-niveaux
Chapitre 23. Systèmes alimentaires et changements climatiques : atténuation et adaptation dans les chaînes agri alimentaires et dans la consommation
Marie Walser, Carine Barbier, Nicolas Bricas, Patrice Dumas
Chapitre 24. Le méthane agricole : un levier de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour respecter l’accord de Paris
Chapitre 25. L’hétérogénéité des voies d’institutionnalisation des politiques et des instruments climatiques pour l’agriculture : une comparaison entre le Sénégal, la Colombie, le Brésil et la France
Marie Hrabanski, Jean François Le Coq, Gilles Massardier, Carolina Milhorance, Yves Montouroy, Éric Sabourin
Chapitre 26. Finance, agriculture et climat
Antoine Ducastel
Chapitre 27. Les interfaces entre science et décision politique face au défi du changement climatique
Carolina Milhorance, Antoine Perrier, Julien Demenois, Vincent Freycon, Camille Piponiot, Paul Luu, Adèle Gaveau, Marie Hrabanski, Sélim Louafi
12.2. Le troupeau quitte le campement à l’aube pour la journée, dans le district de Moroto, de la région Karamoja, dans le nord-est de l’Ouganda. Crédit : photo de S. Krätli, 2000.
Conclusion. Renforcer les institutions scientifiques nationales indépendantes dans un monde sous tension géopolitique et financière
Michel Eddi, Sébastien Treyer
Postface de Stéphane Le Foll
Illustration du continuum des formes d’adaptation en fonction de l’intensité du changement climatique. Lien avec l’échelle temporelle du changement à mettre en œuvre et avec le niveau de la chaîne de valeur qui devra se transformer.
Le changement climatique amène les forestiers à s’interroger sur les effets des évolutions annoncées sur les arbres et les forêts. Ils se questionnent sur l’attitude à adopter face aux incertitudes ainsi que sur les choix opérationnels à mettre en œuvre. Ils expriment également des préoccupations quant aux effets potentiels de pratiques qui s’écarteraient des cadres d’intervention de référence. Au fil des années, le réseau AFORCE a recueilli toutes ces interrogations et propose des éléments de réponse dans une Collection de cahiers « Les Questions-Réponses ».
Une Collection de cahiers « Les Questions-Réponses »
Réalisée sous la coordination de Céline Perrier (CNPF-IDF), avec l’appui d’un groupe de travail réunissant des acteurs issus de plusieurs organismes et aux missions variées, la Collection de cahiers « Les Questions-Réponses » d’AFORCE est centrée sur l’adaptation des forêts au changement climatique. Chacun des cahiers de cette collection s’appuie sur les éléments de connaissance et le savoir-faire accumulés du réseau AFORCE et sur une synthèse de documents sélectionnés dans la littérature scientifique et technique. Les questions traitées sont regroupées par thématiques.
Les réponses apportées visent à aider le raisonnement du forestier et à soutenir ses décisions pratiques : comprendre l’enjeu, effectuer un bon diagnostic, utiliser les outils appropriés et identifier un panel d’options alternatives.
Que peut-on trouver dans les cahiers ?
I. Rappel des connaissances
II. Principales recommandations
III. Conseils et points de vigilance
Références bibliographiques
Partie dressant l’état des connaissances et des principaux enjeux liés aux changements climatiques pour répondre à la question posée. Partie accessible à un large public
Partie synthétisant les éléments clés à intégrer dans les décisions et les choix d’interventions face au changement climatique. Partie s’adressant plus particulièrement aux professionnels.
Partie synthétique récapitulant une sélection d’éléments évoqués dans le document et qui méritent une attention toute particulière.
Partie regroupant des références synthétiques pour aller à l’essentiel, des références pratiques et des références pour approfondir le sujet.
Diagnostiquer l’avenir d’un peuplement en contexte de changement climatique
La démarche de diagnostic : comment évaluer l’avenir d’un peuplement, d’une forêt ou d’un massif en contexte de changement climatique ?
Réaliser un diagnostic sanitaire dans le contexte du changement climatique
Comment faire évoluer le diagnostic sanitaire d’un peuplement en contexte de changement climatique ?
Au sommaire de ce cahier :
Un rappel des connaissances sur l’impact des perturbations, sur le diagnostic sanitaire et les principaux enjeux de sa mise en œuvre dans le contexte du changement climatique.
Des recommandations sur les différentes étapes du diagnostic sanitaire, sur la méthode d’échantillonnage, ainsi que sur les outils à disposition des forestiers pour appuyer sa réalisation.
Enfin, des conseils et des points de vigilance pour la bonne réalisation d’un diagnostic sanitaire sont abordés.
Quelles nouvelles précautions prendre pour la conduite d’une régénération naturelle en contexte de changement climatique ?
Les évolutions du climat ont pour conséquence de modifier les conditions d’accès aux ressources (eau, nutriments) et d’augmenter certains facteurs de risques (ravageurs, pathogènes, événements météorologiques extrêmes) pour les arbres.
Dans les phases de renouvellement, ces ressources sont essentielles pour faire face aux aléas et pour garantir la production de graines, leur germination et la survie des jeunes semis.
Installation de semis de mélèze d’Europe.
Réussir une régénération naturelle par graine est donc plus difficile dans le contexte du changement climatique et implique de raisonner encore plus soigneusement chaque étape du processus.
Pour rappel, la régénération naturelle est initiée par une intervention de gestion créant un abaissement du taux de couvert ou une ouverture plus localisée dans le peuplement en place (coupe d’ensemencement, coupe par bandes par exemple).
L’objectif de l’opération sylvicole est de favoriser la fructification, la germination des graines puis la croissance des semis. Ce processus peut également être déclenché par un aléa générant des ouvertures (mortalité diffuse, chablis, incendie).
Installation de semis de hêtre.
Pour un peuplement irrégulier, la régénération naturelle est diffuse.
Elle est favorisée tout au long de la vie du peuplement, à chaque coupe de jardinage, conjointement avec les opérations d’exploitation et d’entretien (tous les 6 à 10 ans en général).
Glandée de chêne à gauche – Brosse de semis de chêne à droite
Pour un peuplement régulier, le choix de renouveler par régénération naturelle doit être fait suffisamment en amont pour s’assurer que les semenciers sont en capacité de donner des graines pendant toute la durée du processus. Il intervient donc bien avant que ne soient atteintes les dimensions d’exploitabilité, de façon à pouvoir mettre en place progressivement des conditions propices à la fructification et à l’acquisition de la régénération (cf. D1).
Mise en œuvre de la régénération naturelle en futaie de pin maritime.
Comme cette opération conditionne l’avenir de la parcelle durant plusieurs décennies, elle doit s’appuyer sur un diagnostic forestier à la fois global et précis (cf. A1, A2 et A3). Elle doit ensuite faire l’objet d’une surveillance toute particulière pour permettre des réajustements selon les difficultés rencontrées.
Régénération par coupes progressives dans un peuplement de pin laricio de Corse.
Dans le contexte du changement climatique, comprendre les processus de régénération naturelle et revoir en conséquence l’accompagnement associé sont essentiels pour assurer la continuité du renouvellement et la restauration de peuplements affectés par des aléas.
Face à la défiance des consommateurs et à la pression sur le pouvoir d’achat, la transition agricole et la rémunération des producteurs deviennent des critères de choix déterminants et des leviers de différenciation marketing pour les marques et les enseignes. Bio, juste prix, empreinte carbone : pourquoi la transition agricole est devenue un sujet marketing stratégique ? Le collectif Réussir avec un Marketing Responsable décrypte comment1 ces enjeux Planète & Solidarité transforment les stratégies de marque et pourquoi celles qui s’engagent réellement prennent une longueur d’avance.
L’essentiel à retenir
Le retour du bio en 2025, à condition qu’il soit crédible, lisible et économiquement juste (40 ans du label AB).
Une attente forte de preuves plutôt que de discours : empreinte carbone, rémunération agricole, transformation des filières.
Le rôle clé des distributeurs dans l’accélération (ou le blocage) de la transition.
La montée d’un nouveau marketing de la valeur, combinant impact environnemental, solidarité et désirabilité.
Podcast “En toute transparence” [LIRE ENTRE LES MARQUES]
Décryptage & exemples concrets d’engagements par les marques :
Le carbone comme futur critère d’arbitrage (ex. Score Carbone de Quitoque)
Les démarches de juste prix et de soutien aux producteurs (C’est Qui Le Patron, d’Aucy – Bio engagé, HVE Bien cultivés)
La distribution comme moteur de transformation des filières (Carrefour – Act for Food)
L’hybridation impact environnemental / social (Monoprix x Re-belle)
En ligne le 12 février : Les piliers planète (bio, carbone etc) et solidarité (prix juste pour les agriculteurs, insertion etc)
Des clés pour un Marketing Responsable et Durable
Être durable et rentable, c’est possible !
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En 2023, Réussir avec un Marketing Responsable fêtait ses 10 ans d’observation, l’occasion pour le réseau de publier son livre blanc « Être durable et rentable, c’est possible ! ». Avec humour, cas concrets et conseils avisés, David Garbous et ses partenaires y livrent les clés pour transformer et créer de la valeur (sans perdre les siennes).
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Pour Freddy REY, Directeur de recherche en écologie ingénieriale à l’INRAE et co-auteur1 de l’article scientifique « Solutions fondées sur la Nature (SfN) pour la gestion de l’eau : état des lieux pluridisciplinaire et besoins en recherche« , les SfN représentent aujourd’hui un levier majeur pour répondre aux défis liés au changement climatique, à la durabilité des territoires et plus particulièrement aux risques hydrologiques. Cet article vise à structurer le champ d’actions et à soutenir leur intégration dans les politiques publiques.
Freddy REY, Directeur de recherche en écologie ingénieriale à l’INRAE
Cet article propose :
💧 une synthèse pluridisciplinaire et une approche transdisciplinaire des connaissances sur les Solutions fondées sur la nature (SfN) pour la gestion de l’eau
🔬 une analyse des apports de l’ingénierie écologique, des sciences hydrologiques, écologiques et sociales
🧭 une identification des principaux verrous scientifiques et des priorités de recherche pour renforcer leur mise en œuvre opérationnelle.
Résumé :
Les solutions fondées sur la nature (SfN) offrent une manière de préserver, gérer et restaurer les écosystèmes afin de mieux relever les défis sociétaux actuels, en combinant les avantages pour la société et l’environnement, notamment la biodiversité. Elles constituent une réponse aux défis actuels liés au changement climatique en matière de gestion de l’eau. Cependant, divers obstacles persistent à la mise en œuvre des SfN, tels qu’un manque d’appropriation du concept, ainsi que des besoins en connaissances et en savoir-faire. En se concentrant sur les défis sociétaux liés à l’eau, les auteurs soulignent l’importance de mettre en œuvre des projets pluridisciplinaires et transdisciplinaires lors de la mise en œuvre de projets de SfN. Cela nécessite de nouvelles approches en matière de recherche, de pratique et de gouvernance. Et permet d’identifier les leviers d’une utilisation généralisée des SfN pour la gestion de l’eau.
Les Solutions fondées sur la Nature pour faire face aux risques liés à l’eau en France Source : ARRA2
1. Solutions fondées sur la nature pour la gestion de l’eau : des avantages pour l’environnement et la société
Les solutions Fondées sur la Nature (SfN) sont des actions visant à protéger, gérer durablement et restaurer les écosystèmes, ainsi qu’à répondre aux défis sociétaux et aux enjeux de conservation de la biodiversité.
Les travaux du comité français de l’UICN sur les solutions Fondées sur la Nature (SfN)
Il s’agit d‘actions intégrant des caractéristiques et des processus naturels dans des projets appliqués afin d’assurer leur développement durable. Le concept de SfN a été défini à la fin des années 2000, à l’échelle mondiale, par des institutions telles que l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et, plus récemment, la Commission européenne (CE).
Depuis, de nombreux pays ont mis en œuvre des projets de SfN (Cohen-Shacham et al., 2019). Ces derniers s’appuient sur des méthodes et des techniques également associées à d’autres concepts tels que le génie écologique, le génie biologique des sols et de l’eau, ou les infrastructures vertes/bleues (Nesshöver et al., 2017). Cependant, elles diffèrent des approches et méthodes développées dans le domaine du biomimétisme (Benyus, 1997 ; Dicks et al., 2021).
Dans le domaine de la gestion de l’eau, les Solutions fondées sur la Nature (SfN) correspondent à diverses actions :
protéger ou améliorer la qualité et/ou la quantité des ressources en eau et des écosystèmes ;
réduire l’impact des risques naturels (inondations et sécheresses), de l’urbanisation et de la pollution due aux activités humaines ;
préserver ou améliorer la biodiversité (Fig. 1 ; Rey et al., 2023).
Certaines de ces actions étaient déjà proposées avant le développement du concept de SfN, ce dernier apportant une perspective systémique pour traiter conjointement l’adaptation au changement climatique, la restauration de la biodiversité et les questions d’équité. Par exemple, la restauration des zones humides permet de réduire les risques d’inondation ou de pénurie d’eau, de garantir l’approvisionnement en eau et de lutter contre le changement climatique.
Exemple : Produire sans détruire, comment les 95 antennes RESOBIL restaurent la biodiversité locale
En zone rurale, la pression agricole mal maîtrisée a progressivement fragilisé les sols et la nappe phréatique : usage excessif d’intrants chimiques, érosion, pollution diffuse des eaux. Des institutions comme la FAO et le UN Environment Programme rappellent que l’agro-écologie constitue aujourd’hui l’une des réponses les plus efficaces pour concilier production agricole, protection de l’eau et biodiversité.
Au sein de RESOBIL, les 95 antennes appliquent des pratiques agro-écologiques adaptées au contexte local :
réduction des intrants chimiques
amélioration de la fertilité des sols
couverture végétale et rotation des cultures
protection des zones sensibles et des points d’eau
Ces pratiques, en cohérence avec les recommandations de la FAO et de l’UNESCO sur la gestion durable des ressources, limitent la contamination de la nappe phréatique, favorisent l’infiltration naturelle de l’eau et contribuent à la restauration de la biodiversité locale, tout en maintenant la productivité agricole.
Produire durablement n’est pas une option idéologique. C’est une exigence technique pour préserver les ressources et renforcer la résilience des territoires ruraux.
Les pratiques agro-écologiques protègent durablement les ressources naturelles.
Agir avec les femmes pour un développement inclusif et durable RESOBIL accompagne, structure et valorise les initiatives des femmes rurales afin de renforcer leur autonomie et leur rôle dans le développement local.
Concilier la protection des personnes, des activités économiques et des biens avec des gains pour la biodiversité et les écosystèmes
Les impacts sont atténués par la séquestration du carbone, tout en apportant des avantages aux écosystèmes et à la société. De tels projets visent à concilier la protection des personnes, des activités économiques et des biens avec des gains pour la biodiversité et les écosystèmes.
Exemple : Restauration d’une rivière canalisée dans un cours d’eau à méandres
Un autre exemple est la restauration d’une rivière canalisée dans un cours d’eau à méandres, dans le but de lui permettre de fonctionner plus naturellement (améliorer les échanges avec les aquifères souterrains, la biodiversité et la résilience de l’écosystème), tout en ralentissant la vitesse d’écoulement et en réduisant les impacts des inondations potentielles.
Restauration d’un cours d’eau dégradé par méandres, en 2021 (Rivière Olon, France ; photos de F. Rey) Restauration d’un cours d’eau dégradé par méandres, en 2022 (Rivière Olon, France ; photos de F. Rey) Restauration d’un cours d’eau dégradé par méandres, en 2023 (Rivière Olon, France ; photos de F. Rey)
Gestion de l’eau urbaine et des eaux pluviales
La revégétalisation des ouvrages de génie civil sur les berges peut également être considérée comme une Solution fondée sur la Nature (SfN). Les SfN ont également de nombreuses applications dans la gestion de l’eau urbaine (Ramirez-Agudelo et al., 2020). En effet, la nature en ville peut contribuer à atténuer le ruissellement, ainsi qu’à réduire les impacts de la sécheresse, en améliorant l’infiltration, le stockage temporaire de l’eau, l’évapotranspiration et la biodiversité. De plus, elles peuvent également contribuer à réduire l’effet d’îlot de chaleur urbain (ombre, zones plus fraîches, évapotranspiration) et à améliorer la qualité du paysage et le bien-être des citoyens, notamment sur les plans social et sanitaire (Choe et al., 2020).
L’une de leurs principales applications est la gestion des eaux pluviales, grâce à la promotion de la rétention d’eau, de l’infiltration, de l’évapotranspiration et de la réutilisation. Ceci limite le développement ultérieur des ouvrages hydrauliques et des coûteux réseaux de collecte ou de drainage des eaux. Les substrats naturels (NbS) assurent un traitement naturel des eaux pluviales et soutiennent la recharge des aquifères et des cours d’eau. Ils permettent de réduire la taille des systèmes de collecte et de transfert et des stations d’épuration associées, ainsi que leurs coûts.
Retours d’expériences : les SfN pour prévenir les inondations
La combinaison du sol, de la végétation et des systèmes racinaires, associée aux mycorhizes, peut fixer et/ou traiter de nombreux polluants (Lafforgue, 2016a). Les métaux lourds peuvent être fixés dans la partie superficielle du sol, une situation plus favorable que dans les sédiments des cours d’eau, où ils pourraient être remobilisés.
Solutions fondées sur la Nature existantes
Parmi les Solutions fondées sur la Nature (SfN) existantes, on peut citer :
les zones humides artificielles à écoulement de surface, qui permettent une purification complémentaire des eaux usées grâce aux bactéries fixées aux plantes et aux sédiments ;
les noues végétalisées et les jardins de pluie, véritables îlots de végétation aménagés en ville pour favoriser l’infiltration de l’eau dans le sol et contribuer à la protection contre les îlots de chaleur urbains ;
les bassins de rétention végétalisés, qui retiennent l’eau lors de fortes pluies et permettent son infiltration (Boano et al., 2020 ; Penru et al., 2017 ; Simperler et al., 2020).
les toitures végétalisées favorisent l’évapotranspiration des eaux pluviales ainsi que l’isolation thermique et acoustique des bâtiments.
Vers une gestion de l’eau plus intégrée et globale
Ainsi, les SfN participent à une gestion de l’eau plus intégrée et globale (Zölch et al., 2017 ; Jessup et al., 2021). Elles surmontent l’opposition traditionnelle entre la gestion de l’eau pour les usages humains et la préservation écologique, en promouvant une « conception avec la nature » plutôt qu’une « conception contre la nature » (McHarg, 1967). Mises en œuvre en tenant pleinement compte du contexte local, elles pourraient susciter des changements positifs, contribuer à recadrer les débats politiques sur l’adaptation au changement climatique, accroître la participation citoyenne à la politique et à la planification de la gestion des risques, tout en conciliant les réponses aux défis sociétaux et les stratégies de conservation de la biodiversité dans un cadre commun.
Les obstacles à la mise en œuvre des SfN
Cependant, de nombreux obstacles entravent la mise en œuvre des Solutions fondées sur la Nature (par exemple, Seddon et al., 2020). La gouvernance locale a également une influence déterminante sur la manière dont les Solutions fondées sur la Nature sont appliquées et gérées (Guerrin et al., 2023a). Bien que les solutions fondées sur la nature aient été adoptées à l’échelle internationale, leur mise en œuvre varie considérablement dans les contextes locaux.
Les connaissances sur leur mise en œuvre concrète restent partielles et dépendent du contexte, tandis que le concept de « solutions fondées sur les preuves » (NbS) peut donner lieu à diverses interprétations (Guerrin et al., 2023a). Les collectivités locales du monde entier investissent désormais dans des projets de NbS. Cependant, on sait peu de choses sur la manière dont ces projets sont compris et gérés dans différents contextes institutionnels, géographiques et sociopolitiques, en particulier lorsqu’ils sont mis en œuvre par des acteurs aux objectifs, valeurs, représentations et sources de légitimité différents, voire conflictuels (Guerrin et al., 2023a, 2023b ; Drapier et al., 2024). Par conséquent, les professionnels de l’eau soulèvent actuellement plusieurs questions.
Questions sur les SfN
Parmi les questions soulevées :
Quelle est l’efficacité des Solutions fondées sur la Nature (SfN) et quelle est l’échelle de mise en œuvre adéquate ?
Quelle est leur plage d’efficacité (par exemple, des événements climatiques modérés aux événements climatiques extrêmes) et comment peuvent-elles être combinées aux infrastructures grises existantes ou nouvelles ?
Comment doivent-elles être conçues pour tenir compte du changement climatique ?
Quel type de suivi sont nécessaires avant, pendant et après leur mise en œuvre pour assurer leur gestion adaptative et leur maintenance à long terme ?
Quelles compétences et quelle gouvernance spécifiques sont requises ?
Comment faciliter le processus d’appropriation (par les autorités locales et les citoyens) ?
En définitive, la question aujourd’hui est de voir comment, dans leur conception et leur mise en œuvre opérationnelle, les SfN peuvent contribuer à mieux soutenir les relations entre les enjeux quantitatifs et qualitatifs liés au cycle de l’eau, c’est-à-dire entre la gestion des extrêmes hydrologiques (crues, étiages) et leurs effets, et la gestion des polluants (polluants en suspension solides, pesticides, engrais, métaux, hydrocarbures, etc.) ou les flux de sédiments.
Interaction entre le changement climatique, l’eau et les écosystèmes
Dans ce contexte, la question porte sur l’interaction entre le changement climatique, l’eau et les écosystèmes, et exige une anticipation et une adaptation des pratiques. Les chercheurs doivent être impliqués dans les discussions. Ils peuvent présenter des résultats scientifiques, des expériences et des études de cas, analyser les défis et les changements positifs, et identifier les lacunes de la recherche. À cette fin, nous considérons que les approches pluridisciplinaires et transdisciplinaires sont de la plus haute importance dans les projets appliqués liés à l’eau, maximisant ainsi les bénéfices pour la biodiversité et pour la société.
Ceci devrait permettre d’identifier les obstacles et les leviers pour une utilisation généralisée des solutions fondées sur la nature (SfN) dans le secteur de l’eau.
Le changement climatique entraîne une perte d’écosystèmes et de biodiversité, tandis que la dégradation des écosystèmes compromet les efforts d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Les actions visant à protéger et à restaurer la biodiversité et les écosystèmes, telles que les Solutions fondées sur la Nature (SfN) et l’Adaptation fondée sur les Écosystèmes (AfÉ), peuvent soutenir l’adaptation et la résilience climatiques.
Les plans nationaux d’adaptation (PNA) offrent un cadre stratégique pour l’intégration, la mise en œuvre et l’intensification de ces actions.
2. Considérer les approches pluridisciplinaires pour la gestion de l’eau
Des approches pluridisciplinaires sont nécessaires pour concevoir des actions SfN efficaces et durables pour la gestion de l’eau.
Leur application aux milieu·e·s aquatiques implique des recherches dans les domaines de l’écologie, des géosciences, de l’économie, des sciences de la santé et des sciences humaines et sociales.
Une telle approche pluridisciplinaire devrait permettre d’améliorer à la fois la résilience des écosystèmes et la gestion de l’eau, à des échelles territoriales adaptées (Rey, 2021).
Génie écologique et génie biologique
Les travaux sur le concept de Solutions fondées sur la Nature (SfN) ont été largement développés dans le domaine de l’écologie. En particulier, la recherche est régulièrement interrogée dans des domaines tels que le génie écologique (Bergen et al., 2001) et le génie biologique des sols et de l’eau (Preti et al., 2022).
Par exemple, le changement climatique conduit à de nouvelles stratégies visant à prévenir les inondations et les sécheresses. Les valeurs seuils, telles que celles caractérisant la résistance des structures de protection végétale contre les inondations, peuvent être ajustées. Les espèces résistantes aujourd'hui pourraient ne pas le rester à l'avenir, et les incertitudes augmentent. L'invasion d'espèces exotiques et les infestations de ravageurs sont susceptibles de se produire et d'avoir un impact considérable sur la biodiversité, la résilience des écosystèmes et la santé humaine.
Des mesures de contrôle sont donc nécessaires, car l'amélioration de la biodiversité ne doit pas entraîner de conséquences néfastes incontrôlées (Rey et al., 2019).
Solutions fondées sur la Nature : une formation OiEau pour mieux comprendre et mettre en œuvre les SfN
Quelles échelles spatiales pertinentes pour les SfN ?
Par ailleurs, d’un point de vue socio-écologique, l’application des Solutions fondées sur la Nature (SfN) soulève la question des échelles spatiales pertinentes pour leur mise en œuvre (Guerrin et al., 2014 ; Babi Almenar et al., 2021). Les projets locaux doivent également être appréhendés comme les étapes successives d’un processus à plus long terme, où chaque étape peut contribuer à un projet global et pluriannuel : la cohérence globale dans l’espace et le temps est donc requise.
De plus, un nombre croissant de modèles permet de concevoir et de positionner les structures végétalisées de manière plus judicieuse (Tardio et Mickovski, 2023). À l’échelle urbaine, comme dans les milieux plus naturels, où ces solutions doivent-elles être implantées, avec quel niveau de technicité, ou doivent-elles être généralisées ?
L’intégration de zones humides artificielles à écoulement de surface, utilisées par exemple pour le traitement de la pollution de l’eau, implique divers domaines et acteurs (Penru et al., 2017). Est-il possible de quantifier le potentiel des Solutions fondées sur la Nature (SfN) par type de végétation (par exemple, rétention d’eau du sol en période de sécheresse, protection de la qualité de l’eau et/ou de l’air, recharge des aquifères, régulation de la température de l’air, interactions avec la faune, etc.) ?
L’échelle temporelle des SfN
L’échelle temporelle est un autre aspect clé des SfN, notamment en matière d’écologie. En effet, un écosystème évolue avec le temps et n’est pas un système statique, contrairement aux infrastructures grises. Dans ce contexte, les impacts à moyen et long terme du changement climatique compromettent la capacité des espèces à se développer et à survivre, et des stratégies d’adaptation doivent être envisagées tant au stade de la conception que de l’exploitation (Lafforgue, 2016b).
Gestion durable des eaux pluviales grâce aux SfN
Maintenance et réhabilitation des SfN pour la gestion de l’eau
De plus, la maintenance, le vieillissement et la réhabilitation des Systèmes fondés sur la Nature (SfN) pour la gestion de l’eau constituent des préoccupations émergentes qui nécessitent des méthodologies différentes de celles appliquées aux infrastructures grises (Langemeyer et Baro, 2021). Ceci souligne l’importance cruciale de la maintenance des SfN. Cette maintenance est encore plus critique que pour les infrastructures grises, car les SfN reposent sur des espèces vivantes présentant des interactions complexes entre elles et avec leur environnement. Les espèces envahissantes, les infestations de ravageurs, le changement climatique, l’évolution des propriétés des sols et la contamination progressive des sols et substrats des SfN sont autant d’exemples de problèmes susceptibles d’impacter fortement leurs performances.
Mise en œuvre des SfN pendant un chantier de travaux publics
Il est donc essentiel de développer des méthodes de surveillance et d’étude pertinentes des SfN, permettant d’adapter leur fonctionnement et de maintenir leur efficacité à long terme. Pour ce faire, afin de maximiser à la fois les bénéfices pour la biodiversité et les bénéfices pour la société dans le cadre du cycle global de l’eau, les praticiens ont besoin de méthodes et d’outils pour évaluer l’efficacité et prédire le potentiel des SfN.
Le triptyque « collecter, stocker et utiliser » l’eau de pluie
Les approches statistiques peuvent constituer une bonne solution pour une évaluation critique pertinente des solutions proposées (Bouzouidia et al., 2021 ; Gómez et al., 2021). Certaines questions portent plus spécifiquement sur la régulation des ressources en eau et de leurs flux. En effet, l’un des objectifs des chercheurs actuels est de mettre en évidence les rôles joués par les milieux aquatiques et terrestres dans la préservation des ressources en eau (Gutry-Korycka, 2019). Ceci inclut le triptyque « collecter, stocker et utiliser » l’eau de pluie, qui doit être envisagée en remplacement de l’eau potable pour certains usages.
Quelles solutions fondées sur la nature (SFN) peuvent contribuer à relever ce défi ?
Quel est leur lien avec la recharge des nappes phréatiques ou le fonctionnement des cours d’eau ?
Quel est leur impact sur la qualité de l’eau ?
En particulier, quelles mesures naturelles de rétention d’eau contribuent à ralentir le débit de l’eau par la restauration des écosystèmes ou la modification des pratiques agricoles et sylvicoles ?
Les SfN pour répondre aux défis sociétaux
Comme évoqué précédemment, si les SfN sont de plus en plus utilisées pour répondre à certains défis sociétaux, la question de l’échelle d’action la plus appropriée pour la gestion de l’eau reste souvent en suspens. Les échelles des bassins versants imbriqués semblent être les plus cohérentes pour une meilleure gestion du cycle de l’eau. Cependant, la prise de décision n’est généralement pas structurée selon des catégories hydrologiques (Guerrin et al., 2014 ; Fernandez et al., 2014). Différentes échelles territoriales, entités et niveaux de responsabilités peuvent créer des difficultés dans la mise en œuvre des Solutions fondées sur la Nature (SfN) visant à prévenir les inondations, limiter l’impact des sécheresses, restaurer la biodiversité/les écosystèmes et préserver – voire accroître – les services rendus par les écosystèmes.
Des SfN qui articulent les enjeux hydrologiques et écologiques
C’est pourquoi la mise en œuvre des SfN pour la gestion de l’eau nécessite des innovations institutionnelles, humaines et financières, telles que de nouveaux instruments d’actions publiques ou collectives qui articulent mieux les enjeux hydrologiques et écologiques (Lafforgue, 2018 ; Drapier et al., 2024).
Les SfN peuvent être utilisées pour une gestion durable des eaux souterraines, influençant la recharge et la qualité de ces eaux.
Des procédés de traitement adaptés peuvent être nécessaires en fonction de la qualité de l’eau à infiltrer. La préservation et/ou la restauration des écosystèmes dans la zone de recharge des aquifères de surface peuvent influencer l’état quantitatif et qualitatif des eaux souterraines. Elles permettent ainsi de préserver, voire d’améliorer, plusieurs services dépendants des aquifères, tels que le stockage et la production naturelle d’eau de qualité, l’approvisionnement en eau des écosystèmes associés en aval, et la protection contre les inondations.
Plus récemment, des Solutions fondées sur la Nature (SFN) ont également été envisagées pour améliorer la gestion quantitative des eaux souterraines, en favorisant l’infiltration des eaux pluviales, depuis les options de recharge naturelle jusqu’aux solutions plus techniques de recharge contrôlée (Herivaux et Maréchal, 2021).
Fonder nos solutions sur la nature et la forêt pour mieux gérer les risques naturels liés à l’eau
Évaluer l’efficacité des SfN pour la gestion de l’eau en agroécologie
Un autre objectif des chercheurs est d’évaluer l’efficacité des Solutions fondées sur la Nature (SfN)pour la gestion de l’eau associée aux pratiques agroécologiques (Wynberg et al., 2023) : diversification plutôt qu’intensification des systèmes de culture et d’élevage (rotations culturales plus longues, associations végétales, agroforesterie, diversité génétique au sein des espèces, etc.), et plus largement diversification des paysages ruraux (bandes enherbées, haies, agroforesterie, etc.). Leurs objectifs comprennent la régulation des cycles de l’eau et des nutriments (carbone, azote, phosphate), la préservation des habitats, la limitation du développement d’espèces nuisibles et envahissantes, le lessivage des intrants et, enfin, la lutte contre les ravageurs, l’érosion et l’appauvrissement des sols.
L’objectif est également de mieux évaluer la capacité de la gestion des sols à retenir l’eau en réponse aux changements de couverture végétale et/ou de techniques de travail du sol, par exemple.
Comment optimiser la gestion de l’eau en milieu agricole, grâce à des pratiques agroécologiques adaptées ?
Ceci mettra en lumière l’efficacité des Solutions fondées sur la Nature (SfN) pour contribuer à la préservation de l’eau, des sols et de la biodiversité dans les agroécosystèmes, ainsi que dans les écosystèmes d’eau douce. Afin de comprendre la double dimension écologique et sociale de la gestion de l’eau et de la biodiversité, il convient d’aborder les questions relatives à l’émergence du concept de SfN, son origine, son appropriation, sa mise en œuvre, ses modalités de développement et ses conséquences sur la relation à l’Homme et à la nature (Wang et al., 2022).
Soutien des organisations dans la mise en œuvre des SfN pour la gestion de l’eau
L’objectif des recherches actuelles et futures est de contribuer à une meilleure conduite et à un meilleur soutien des organisations dans la mise en œuvre des SfN pour la gestion de l’eau. Une piste possible consiste à intégrer les contours et les significations de ce concept, en lien avec les pratiques de recherche et de gestion qui peuvent ou non s’y appuyer. De plus, une telle approche intégrée doit prendre en compte non seulement les aspects environnementaux et sociaux, mais aussi les aspects économiques (Drapier et al., 2024).
Un autre point clé est la perception du public vis-à-vis des Solutions fondées sur la Nature (SfN)et la manière dont les citoyens interagissent avec elles. Il s’agit d’un vaste sujet qui doit être étudié et promu afin d’éviter les malentendus, les mauvaises pratiques, voire la perte de diversité et d’équilibre. Cette interaction avec le public doit être intégrée dès les premières étapes de tout projet de SfN, puis accompagnée durant la première année.
DOSSIER SPÉCIAL Solutions fondées sur la Nature pour l’eau
La justification économique du développement de SfN
Les approches économiques sont particulièrement nécessaires pour évaluer la pertinence des projets de Solutions fondées sur la Nature (SfN), orienter leur mise en œuvre spatiale et chronologique, et identifier les instruments politiques pertinents pour promouvoir et soutenir leur développement. La justification économique est une étape indispensable à l’investissement public dans les projets de développement de SfN dans de nombreux contextes. Bien que des lignes directrices pour l’évaluation économique des SfN dans la gestion de l’eau aient récemment émergé grâce à des projets financés par l’Union européenne (NAIAD, Nature4Cities, Regreen…), les données probantes sur la performance économique des projets de SfN par rapport aux stratégies grises traditionnelles, mises en œuvre à la bonne échelle et prenant en compte l’étendue de leurs cobénéfices, restent limitées. La plupart des données existantes se concentrent sur les contextes urbains et incluent rarement une évaluation explicite de la réduction des risques liés à l’eau générés par les scénarios de SfN (Herivaux et Le Coent, 2023).
Gestion de l’eau : Les solutions fondées sur la nature
Les limites des SfN pour la gestion de l’eau
De plus, plusieurs auteurs soulignent les limites des SfN pour la gestion de l’eau, notamment en raison de leurs implications financières et sociales (Teo et al., 2023). Par exemple, Wübbelmann et al. (2022) démontrent les limites des Solutions fondées sur la Nature (SfN), tant du point de vue des paramètres physiques (événements de précipitations extrêmes) que des considérations financières (approche budgétaire de l’offre et de la demande pour soutenir les praticiens). Enfin, la plupart des méthodes d’évaluation économique imposées par les politiques publiques, comme celle utilisée pour les projets de prévention des inondations en France (CGDD, 2018), prennent en compte les bénéfices en termes de réduction des risques liés à l’eau, mais ne considèrent pas la contribution des SfN à un ensemble d’objectifs politiques importants à l’échelle territoriale. Cela peut s’avérer particulièrement problématique, car les SfN ne sont performantes que lorsque tous les bénéfices sont pris en compte (Herivaux et Le Coent, 2023 ; Ruangpan et al., 2024), ce qui nécessite de revoir les approches traditionnelles d’évaluation économique.
L’importance des SfN dans les activités économiques
L’importance des SfN dans les activités économiques reste sous-estimée. Chausson et al. (2024) ont réalisé une revue systématique de 66 articles portant sur l’impact économique des SfN. L’étude portait notamment sur la sécurité de l’approvisionnement en eau et la protection contre les inondations. Les résultats sont éclairants sur les dernières avancées en matière de Solutions fondées sur la Nature (SfN) traitant des enjeux économiques liés à l’environnement. Ils ont montré des résultats positifs en termes de revenus et d’emploi, influencés notamment par des facteurs tels que l’équilibre entre les avantages à court et à long terme.
Comme nous le détaillerons plus loin dans cet article, l’étude a démontré l’importance de la consultation citoyenne, cette population étant la première à bénéficier de la mise en œuvre des projets de SfN, sources de création d’emplois à différents niveaux de compétence. La monétarisation des avantages, promue par certaines de ces méthodes, peut apporter des éléments de réponse quant aux impacts des projets de SfN sur le bien-être.
Une boîte à outils d’évaluation économique et sociale des SfN
Cette boîte à outils d’évaluation économique peut être enrichie de méthodes permettant de prendre en compte la diversité des valeurs associées aux avantages des SfN (Jacobs et al., 2016) ainsi que les compromis potentiels entre elles. Ces outils ne doivent toutefois pas négliger l’importance d’intégrer la demande citoyenne, ainsi que son hétérogénéité spatiale (Hérivaux et Le Coent, 2021), et notamment sa relation avec les inégalités environnementales spatiales (Hérivaux et Maréchal, 2021).
En effet, au-delà de leur efficacité technique, la capacité des Solutions fondées sur la Nature (SfN) pour la gestion de l’eau à être socialement justes, plutôt qu’à générer des effets négatifs et à créer ou exacerber les inégalités existantes, reste controversée (Kotsila et al., 2021). Les parties prenantes peuvent être plus ou moins impliquées dans la conception et la mise en œuvre des programmes de SfN (approche participative), plus ou moins affectées par les effets positifs et négatifs de ces solutions, et leurs préférences et valeurs plus ou moins prises en compte. Cette hétérogénéité des effets et des inégalités potentielles peut limiter l’acceptation sociale des SfN et affecter leur mise en œuvre et leur durabilité à long terme. La prise en compte de la justice environnementale et sociale dans la conception et l’évaluation des Solutions fondées sur la Nature (SfN) est un domaine de recherche en pleine expansion.
Afin de prioriser les investissements et de concevoir des stratégies de mise à l’échelle des Solutions fondées sur la Nature (SfN) spatialement explicites, il est nécessaire de concevoir des outils d’aide à la décision qui tiennent compte de l’hétérogénéité spatiale des coûts et des avantages. Certains outils prometteurs, actuellement en développement (voir Farina et al., 2024), doivent encore être adaptés à une diversité de contextes et transformés en outils de planification pratiques pour les urbanistes.
Des instruments politiques innovants, garantissant que les propriétaires fonciers (agriculteurs, forestiers, citadins) reçoivent des incitations efficaces pour modifier leurs pratiques et l’utilisation de leurs terres en vue de la mise en œuvre des SfN, doivent encore être évalués. Les programmes de paiement pour services environnementaux ont été utilisés en Europe principalement pour l’amélioration de la qualité de l’eau, mais peuvent être stratégiquement adaptés au développement des SfN visant à réduire les risques liés à l’eau. Ceci est crucial lorsque l’utilisation de l’eau (comme l’approvisionnement en eau potable) se situe en aval du lieu de développement des SfN. En effet, elles peuvent servir à financer les coûts opérationnels des Solutions fondées sur la Nature (SFN), favorisant ainsi la stabilité à long terme de leur efficacité (Lafforgue, 2018).
Gouvernance pour la mise en œuvre efficace des SfN dans la gestion de l’eau
Les approches politiques et de gouvernance sont fondamentales pour assurer la mise en œuvre efficace des SfN dans la gestion de l’eau, compte tenu de l’importance des obstacles institutionnels (Nesshöver et al., 2017). Si l’on attend des SfN qu’elles soient plus participatives et permettent une gouvernance intersectorielle à l’échelle des territoires, ces caractéristiques doivent être analysées en pratique. Cela implique de mener des recherches sur les systèmes de parties prenantes et les modalités de gouvernance des SfN, afin d’améliorer la résilience des territoires face aux impacts du changement climatique. Il s’agirait notamment de mieux comprendre les changements institutionnels imposés, souhaités ou potentiels au sein des organisations (collectivités locales, organisations socioprofessionnelles et interprofessionnelles, etc.) qui cherchent ou souhaitent mettre en œuvre des SfN et qui doivent, ou devront, s’adapter aux contraintes de gestion des ressources.
Cette recherche devrait également analyser les tensions et conflits potentiels liés à la définition et à la mise en œuvre concrète des Solutions fondées sur la Nature (SfN), ainsi que leurs effets sociopolitiques inattendus (tels que la gentrification ou d’éventuelles injustices environnementales).
3 actions essentielles à l’efficacité des SfN : planification, suivi et consultation
Les SfN n’étant pas des solutions universelles, trois dimensions sont essentielles à leur efficacité, leur durabilité et leur acceptation sociale : la planification, le suivi et la consultation.
La planification garantit la cohérence et l’efficacité. Le suivi avant, pendant et après les travaux, ainsi que la maintenance à long terme, garantissent la performance et l’adaptabilité, et la gestion adaptative des SfN. Ces dimensions sont essentielles pour les SfN dans le cadre de la gestion de l’eau, car elles garantissent que les interventions atteignent leurs objectifs écologiques et hydrologiques, s’adaptent correctement aux conditions locales, détectent rapidement tout problème et assurent des bénéfices environnementaux et sociaux durables.
Enfin, la co-construction entre les planificateurs et les communautés locales favoriserait la légitimité et la durabilité à long terme. Ces trois piliers sont essentiels pour que les Solutions fondées sur la Nature (SfN) tiennent leurs promesses écologiques et sociétales (Fig. 3) (Chrysoulakis et al., 2021). La planification, le suivi et la consultation devraient permettre de simplifier la complexité inhérente à l’approche pluridisciplinaire pour assurer la réussite de la gestion de l’eau en tenant compte des enjeux environnementaux et sociétaux au fil du temps. Ils constituent un bon moyen de surmonter les difficultés liées à la prise en compte de plusieurs types de bénéfices, environnementaux d’une part et sociétaux d’autre part.
Critères d’évaluation du succès des SfN
Le succès peut être évalué selon différents critères tels que :
i) la cohérence des actions planifiées et l’optimisation de l’allocation des ressources en eau, considérée à travers un stockage à long terme dû aux eaux de surface, ou le phosphore et l’azote et leur lien avec l’ eutrophisation des milieux aquatiques ;
ii) diverses actions liées aux communautés locales pour une gouvernance inclusive, telles que des ateliers, des comités et des consultations sur la gestion de l’eau (Fig. 3) (Frantzeskaki, 2019 ; Van Lierop et al., 2024).
Pour que les solutions fondées sur la nature soient efficaces, durables et socialement acceptées, trois dimensions clés sont essentielles : la planification, le suivi et la consultation des communautés locales (partie supérieure de la figure). Elles permettent d’évaluer la réussite de la gestion de l’eau en tenant compte des enjeux environnementaux et sociétaux au fil du temps (partie inférieure de la figure).
Enfin, quelles que soient les disciplines scientifiques, les limites des Solutions fondées sur la Nature (SfN) incluent différents aspects liés à l’adaptabilité, à l’efficacité face aux événements extrêmes, au délai de mise en œuvre, au coût, à la biodiversité et aux cobénéfices, à l’acceptabilité sociale, à la réglementation et aux normes, et à la durabilité. La gestion de l’eau est particulièrement concernée, compte tenu de leur efficacité face aux épisodes de fortes pluies ou à la sécheresse, aux conflits liés aux différents usages de l’eau, et au manque de réglementation et de normes qui conduit à l’absence de cadres de référence clairs pour le partage de l’eau.
3. Approches transdisciplinaires pour trouver l’équilibre entre les gains pour la biodiversité et les gains pour la société dans le cycle mondial de l’eau.
Les approches transdisciplinaires devraient permettre d’élaborer des cadres dédiés à l’application des SfN à la gestion de l’eau. Elles doivent associer l’ingénierie et la recherche, y compris la société civile et les parties prenantes, pour une connexion et une intégration des connaissances et des pratiques.
Évaluer les modes de gouvernance associés aux SfN
Un défi particulier consiste à caractériser ou à évaluer les modes de gouvernance associés aux SfN. Cela impliquerait de répondre aux questions suivantes, co-construites entre les différentes disciplines universitaires et les parties prenantes :
Quel type de gouvernance est privilégié, ou devrait être recherché, dans la mise en œuvre des Solutions fondées sur la Nature (SfN) ?
Quel devrait être le rôle de la société civile, des acteurs privés et des autorités locales ?
Quels dispositifs institutionnels sont privilégiés ?
Comment intégrer les SfN dans les politiques publiques locales ?
Les SFN favorisent-elles une refonte efficace et coordonnée des relations entre les politiques de conservation de l’environnement et les politiques de l’eau ?
Enfin, quelles méthodes d’investissement et d’opérations financières devraient être adoptées (Venkataramanan et al., 2020) ?
Les Solutions fondées sur la Nature (SfN) appliquées à la gestion des eaux pluviales en milieu urbain, vue d’ensemble et perspectives
Les obstacles rencontrés dans la mise en œuvre des SFN
Une question spécifique porte sur les obstacles rencontrés par les praticiens dans la mise en œuvre des SfN, et sur les principales conséquences de ces obstacles (Duffaut et al., 2022). Les leviers pour promouvoir les SfN pourraient être :
i) diffuser les connaissances sur les écosystèmes aquatiques et terrestres et les SfN auprès des praticiens ;
ii) renforcer la gouvernance de la mise en œuvre des projets de solutions fondées sur la nature (SfN), pour une plus grande solidarité entre les parties amont et aval des bassins versants (lors de la prévention des risques naturels liés à l’eau), ou à plus grande échelle pour les questions relatives à la biodiversité ;
iii) faciliter la mise en œuvre des SfN par des décisions politiques fortes, appropriées et légitimes, inscrites dans la loi, avec des canaux financiers dédiés et efficaces ;
iv) soutenir les acteurs socio-économiques dans la mise en place des SfN en développant des instruments financiers ;
v) communiquer sur les multiples services rendus par les écosystèmes afin de mieux impliquer et coordonner les parties prenantes dans leurs actions de protection ;
vi) identifier des modèles de gouvernance pour l’application des SfN à l’échelle du bassin versant, à partir d’approches transdisciplinaires (Young et al., 2019).
Une gouvernance adaptée aux SfN
Une application pertinente des Solutions fondées sur la Nature (SfN) requiert une gouvernance adaptée, mais aussi des politiques spécifiques (Cohen-Shacham et al., 2019).
Comment les SfN sont-elles intégrées aux politiques publiques locales ?
Les SfN permettent-elles de repenser efficacement la relation entre les politiques de conservation de l’environnement et celles dédiées à la gestion durable des ressources en eau (voir Guerrin et al., 2023a) ?
Pour cela, une analyse des systèmes d’acteurs et des territoires liés aux bassins versants est nécessaire. Cette analyse prend en compte les acteurs et leurs critères de décision, ainsi que les modalités de gouvernance des SfN, en croisant les considérations à l’échelle du bassin versant (c’est-à-dire l’échelle d’application des SfN pour prévenir les risques liés à l’eau et restaurer la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes, par le biais de mesures écologiques) et à l’échelle des territoires administratifs ou de projet (échelle de prise de décision).
Quelles méthodes pour financer les investissements et les opérations ?
Concernant la gestion et les recommandations, quelles méthodes devraient être appliquées pour financer les investissements et les opérations ? Un système décisionnel plus large devrait garantir la faisabilité des solutions proposées et la compatibilité de tous les cobénéfices d’un projet, tout en tenant compte des effets négatifs. Il devrait permettre d’aller au-delà de la simple prise en compte de différents objectifs, tels que la réduction des dommages et la préservation de la biodiversité, afin de relever le défi majeur de l’intégration de la gestion du milieu aquatique à la réponse aux enjeux sociétaux.
Un résultat attendu serait de permettre aux praticiens et aux ingénieurs de trouver des solutions véritablement intégrées, fondées sur la nature, et de maximiser les bénéfices pour la biodiversité et pour la société dans le cadre du cycle global de l’eau. Cela pourrait se traduire par des recommandations pour :
définir la maintenance à long terme des Solutions fondées sur la Nature (SfN),
améliorer l’organisation territoriale,
accroître la résilience face aux perturbations climatiques et plus largement aux risques naturels liés à l’eau (érosion, ruissellement, inondations, sécheresse…),
améliorer la participation des différentes parties prenantes
combiner la gestion urbaine et interurbaine (Lupp et al., 2021 ; Dumitru et Wendling, 2021).
Pour que les SFN soient efficaces, durables et socialement acceptées, trois dimensions clés sont essentielles : la planification, le suivi et la consultation des communautés locales
La participation du public
Il est également essentiel d’inclure la participation du public et la manière dont il interagira avec les SfN et les maintiendra/utilisera. On pourrait tenter de simplifier la complexité inhérente aux approches transdisciplinaires et pluridisciplinaires pour assurer le succès de la gestion de l’eau en tenant compte des enjeux environnementaux et sociétaux dans le temps (Ruggerio et al., 2024).
(Re)considérer l’eau de manière systémique et intégrée
Qu’elle soit naturelle ou anthropisée, potable ou épuisée, alimentée par goutte-à-goutte ou par la pluie, nous devons (re)considérer l’eau de manière systémique et intégrée, c’est-à-dire en l’empruntant au milieu naturel et en la restituant aussi propre que possible. Cela nécessite un nouveau contrat social pour définir quels usages de l’eau méritent d’être préservés et lesquels doivent être accompagnés et transformés.
Réunifier le cycle de l’eau, en combinant sa partie naturelle (rivières et milieux aquatiques) et sa partie anthropisée (eau potable, assainissement et systèmes de gestion des eaux pluviales urbaines) apparaît comme la solution la plus avantageuse pour les décideurs et les communautés. Maintenir une distinction, voire une séparation totale, entre les parties naturelles et anthropisées conduit en effet à une compartimentation des enjeux et des compétences.
Une gestion de l’eau véritablement intégrée permet ainsi de mieux prendre en compte la complexité inévitable des écosystèmes aquatiques, et de relier les problématiques, leur compréhension et leur gestion, entre opportunités et contraintes.
Inondations, sécheresses, milieux aquatiques, ressources en eau : il existe des manières d’envisager globalement la gestion de ce dénominateur commun qu’est l’eau.
Plus largement, de nombreux exemples d’actions à cobénéfice permettent de garantir la sécurité de l’approvisionnement en eau tout en apportant des bénéfices à la nature. Il s’agit souvent d’actions à « triple effet », car elles contribuent également à réduire les risques d’inondation. Parmi elles, on peut citer la préservation et la restauration des zones humides, l’aménagement de zones d’expansion des crues au niveau des forêts alluviales, ou encore la création de bassins d’infiltration végétalisés.
Les Solutions fondées sur la Nature pour les risques liés à l’eau en France
Les Solutions fondées sur la Nature (SfN), perçues comme des solutions à multiples avantages, permettent d’envisager une gestion plus intégrée de l’eau, prenant en compte conjointement les enjeux environnementaux et sociétaux. Les scientifiques occupent une place prépondérante dans la conception et la mise en œuvre de ces solutions. La recherche vise globalement à mieux comprendre la structure et le fonctionnement des écosystèmes affectés ou potentiellement affectés par les projets de SfN.
Les approches pertinentes doivent s’affranchir des approches cloisonnées traditionnelles et devenir multidisciplinaires, voire interdisciplinaires. Très diverses, comme le souligne cet article, ces approches permettent d’évaluer la pertinence des solutions, d’identifier et de quantifier les avantages au moyen d’analyses coûts-avantages et de méthodes d’aide à la décision multicritères, et même de faciliter leur appropriation par les autorités publiques et les citoyens.
La valeur ajoutée scientifique de cet article réside principalement dans l’approche multidisciplinaire inhérente au domaine de l’ eau, mais rarement abordée de manière aussi exhaustive. Nous avons cherché à rassembler des approches issues de différentes disciplines scientifiques, jusqu’à promouvoir l’interdisciplinarité. Mais aussi, les choses ont été présentées sous l’angle de la transdisciplinarité, afin de favoriser une mise en œuvre plus inclusive et efficace des Solutions fondées sur la Nature (SfN) au niveau local.
Cependant, ce type d’approche exige des recherches nouvelles et beaucoup plus globales, dont les résultats devraient constituer la base de connaissances pour les ingénieurs, les gestionnaires et les décideurs. Ces réflexions pourraient ouvrir la voie à des recherches plus disciplinaires et transdisciplinaires, puisqu’elles combinent des approches issues de plusieurs disciplines scientifiques et impliquent divers types d’acteurs.
De plus, l’interdisciplinarité doit être fortement encouragée. Il s’agit d’associer les connaissances de différentes disciplines, souvent construites séparément, afin d’enrichir la représentation et la gestion de l’eau, ce qui, à son tour, peut modifier la manière dont les disciplines sont sollicitées ou représentent les processus liés à l’eau.
Pour cela, la recherche devrait se situer au carrefour :
de l’écologie (structure et fonctionnement de l’écosystème initial et ses évolutions possibles, services écosystémiques associés, stress biotiques et abiotiques du site, intégration des sites transformés dans les cadres vert/bleu/brun/noir, etc.),
de l’hydrologie et de l’hydrogéologie (modélisation de la hauteur de la ligne d’eau, du ruissellement, des flux infiltrés et évapotranspirés, conception d’installations pour un impact positif donné, quantification des flux de polluants reçus, interceptés et rejetés, etc.),
des études sociales de l’eau (perceptions et appropriation de l’eau par les populations, aspects culturels liés à l’eau, etc.),
de l’économie et des sciences de gestion (reconnaissance et optimisation des services fournis, couplage des fonctions et des usages, partage des coûts, gentrification, questions liées à la végétalisation urbaine, etc.),
de la géographie (intégration spatiale, qualité des paysages, etc.), de la (micro)biologie (impact sur les agents pathogènes, etc.),
des sciences politiques, de la santé publique et du bien-être.
Les Solutions fondées sur la Nature (SfN) reposent sur des approches pluridisciplinaires et offrent de multiples avantages grâce à l’utilisation de la nature dans les projets de développement, que ce soit en milieu urbain, périurbain ou rural. Elles répondent à un enjeu majeur pour les communautés, celui de la « transition écologique » par le biais du génie écologique.
Une telle transition ne peut être envisagée sans prendre en compte de nombreux autres domaines tels que l’agriculture, l’urbanisme, la mobilité, l’adaptation au changement climatique … La recherche doit donc être intensément développée, ce qui signifie qu’elle doit produire et enrichir les connaissances nécessaires pour orienter les politiques publiques, améliorer le savoir-faire des gestionnaires et faciliter la prise de décision par les parties prenantes.
Les Solutions fondées sur la Nature sont définies par l’UICN comme :
tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité
les actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés
pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative,
L’année 2025 a été source de bouleversements et d’incertitudes pour les entrepreneurs de l’impact. S’il reste attentif aux dispositions finales du PLF1 2026, qui détermineront la place de l’ESS dans notre économie, l’écosystème tout entier se distingue par sa résilience : les entreprises à « impact » n’ont jamais été aussi nombreuses (+10 % entre 2023 et 2025 selon Bpifrance) et matures ! Sophie Vannier, Présidente de La Ruche, a accepté de répondre aux questions essentielles pour Cdurable. Elle jette en introduction un regard optimiste sur l’année écoulée, qu’elle voit comme une opportunité pour la filière de réinterroger sa raison d’être : que veut dire, aujourd’hui, « faire de l’impact » ?
Une opportunité pour la filière de réinterroger sa raison d’être
Sophie Vannier identifie 5 grandes perspectives pour le secteur de l’impact en 2026:
#1 : Le retour de la proximité : le lien social et l’ancrage local avant toute chose.
«Pour contrer un sentiment de perte de sens – ressenti par près de la moitié des dirigeants au cours des deux dernières années (Bpifrance) – et lutter contre l’isolement, les entrepreneurs sont en quête de proximité. On ne saurait que trop le répéter:
l’aventure entrepreneuriale n’a rien d’individuel et l’entrepreneur a besoin de tiers de confiance – ou tout simplement d’écoute – pour grandir!
Ils se tournent donc vers leurs pairs, investissent de nouveau des lieux de partage et pensent leurs modèles dans une logique de circuit-court. En 2026, l’entrepreneur et son entreprise font partie d’un écosystème interconnecté!», explique Sophie Vannier.
#2 : L’essor du segment du « care » : prendre soin de soi et des autres.
«Fort heureusement, notre société est de plus en plus ouverte au monde, à l’écoute de l’Autre et attentive à soi. En réponse autant qu’en miroir, de nombreux entrepreneurs choisissent d’investir le secteur du «care» et de concevoir des solutions permettant de répondre à des enjeux liés à la santé ainsi qu’au bien-être. Des programmes de formation et d’accompagnement entrepreneurial naissent pour accompagner cet élan, soutenu par des professionnels aguerris qui se reconvertissent dans les métiers du soin pour prendre soin des autres… et d’eux-mêmes!», poursuit-elle.
#3 : Le pragmatisme des business models : la robustesse avant l’innovation.
«Après avoir longtemps couru après l’hypercroissance et la super-levée, je ne peux que constater un salutaire retour au réel est en train de s’opérer parmi les entrepreneurs. La priorité est désormais moins au passage à l’échelle qu’à la construction de modèles stables, rentables et en mesure de créer de la valeur sur le long-terme. Car, si l’on semblait l’avoir un temps oublié, c’est bien dans la longévité que se mesure véritablement l’impact», rappelle Sophie Vannier.
#4 : Le repreneuriat : transmettre plutôt que créer !
« Nos territoires sont les premiers concernés – et premiers intéressés – par cette nouvelle forme d’entrepreneuriat. Dans les zones rurales, qui vont voir le départ à la retraite de nombreux de leurs dirigeants, la reprise d’entreprise constitue un moyen de préserver le tissu économique local – d’ores et déjà fragile. La «transmission» a un fort potentiel, mais encore faut-il qu’elle soit facilitée, accompagnée, soutenue. Les collectivités ont un rôle à jouer!» déclare-t-elle.
#5 : L’essor des micro-entrepreneurs : l’impact à « petite échelle ».
« Contrairement aux idées reçues dont ils souffrent, les micro-entrepreneurs – ou entrepreneurs individuels – n’ont rien de marginaux! Les chiffres publiés par l’INSEE parlent d’eux-mêmes, ils représentaient près des deux-tiers des entreprises créées en 2024. Leur existence même nous pousse à nous interroger quant au véritable sens de l’impact. Se mesure-t-il seulement à l’échelle d’une entreprise ou du collectif?» interroge et conclut Sophie Vannier.
Questions Cdurable à Sophie Vannier
Questions Cdurable ! ou c’est pas durable ?
Au delà des communiqués, qui ne présentent souvent que le « meilleur », et du développement durable, qui ne fait que tenter de réduire les impacts négatifs d‘une croissance volumique, nous nous intéressons aujourd’hui, 20 ans après la création de Cdurable.info, aux questions essentielles. Alors Cdurable ou pas ? 9 questions qui nous invitent à Comprendre pourquoi Agir & Coopérer avec le vivant, Cdurable !
1 – Quelle est la nature de ma relation avec le vivant ?
Sauvetage d’un pangolin à Conkouati-Douli
L’association Noé Conservation dit “Biodiversité, nos vies sont liées” ! Cette affirmation a toujours raisonné en moi ! Nous ne pouvons pas réfléchir à l’intérêt général, à l’humanité, sans penser le Vivant, tout comme nous ne pouvons pas penser à la protection de nos environnements et à la transition écologique sans y intégrer les sujets d’égalité des chances et d’inclusion sociale.
Je suis liée au Vivant et il est lié à moi.
Je trouve très intéressant de suivre les travaux de l’association Wild légal, qui défend l’idée que la nature a des droits ! Comme toute personne physique et morale.
🌿 Municipales 2026 : Et si la Nature avait enfin sa place dans notre démocratie ?
2 – Quels sont mes besoins et choix d’alimentation ?
J’aime me nourrir de bonnes choses ! Je consomme principalement des produits locaux et bios quand c’est possible. J’alterne les courses entre le magasin La Main Verte à côté de chez moi (Paris 13) et le marché local (les maraîchers David et Laetitia) de Mortagne en Perche (Normandie) où j’ai la chance de passer de nombreux week-end. Pour les petits plats maison, je me laisse porter par le cuistot de la famille. En dehors, je vais m’orienter vers le poisson, les plats veggies et une alimentation plutôt anti-inflammatoire.
3 – Quel est mon type d’habitat actuel et idéal ?
Je vis dans un appartement à Paris. Mon habitat idéal est celui qui est proche de tout ! J’aime beaucoup le concept de la ville du quart d’heure. Un concept où l’on trouve tout ce qui est nécessaire à quinze minutes à pied de chez soi. Un luxe ! Et un vrai défi de design de services pour les villes.
Dans mon habitat idéal il y aussi la vie communautaire où chacun dispose d’un chez soi, mais connaît son voisin, s’entraide et fait “village”.
La ville du quart d’heure en images
4 – Quelle activité physique favorise mon bien-être et ma santé ?
La marche en forêt, je ne manque pas une occasion de chausser mes bottes et d’aller faire une balade dans les forêts normandes ou landaises. Je pratique aussi le yoga avec des amies chères et des collègues qui partagent le plaisir de se retrouver sur le tapis. J’aime jouer au SKYJO ou autres jeux de société avec mes enfants, quand ils sont bons joueurs !
Le Bhagavad-Gita, ou l’art de mener la guerre intérieure
J’ai bifurqué après ma licence de droit vers une école de commerce pour sortir le nez des Dalloz et aller sur le terrain. J’ai ensuite appris en faisant. Agir avec méthode me permet de passer à l’action en me sécurisant. Agir avec philosophie donne du sens à mon action et aux difficultés rencontrées. J’ai aussi beaucoup observé les entrepreneurs pionniers de La Ruche.
Enfin, je me suis récemment inspirée des philosophies indiennes et notamment des enseignements puissants de la Bhagavad Gita, un texte fondamental de l’hindouisme qui nous souffle une philosophie concrète de l’action, même dans l’incertitude !
6 – Quel est le sens que je donne à mon travail ?
Pendant longtemps, sens et travail était une question de survie !
Travailler dans et pour l’entrepreneuriat à impact n’était pas une option mais presque une vocation. C’était quasi thérapeutique pour vivre dans un monde qui ne tourne pas rond. Aujourd’hui, c’est différent ! Malgré tous nos efforts, l’économie engagée et responsable dont je rêvais comme une norme tarde à percer et la conjoncture actuelle malmène bien souvent nos actions, et parfois nos convictions.
Le sens dans mon travail est désormais celui de “faire ma part”.
En miroir à l’allégorie du colibri que j’ai longtemps délaissé par son manque d’ambition et qui en fait reflète une certaine résilience très pragmatique.
7 – Quelle énergie j’utilise pour mes usages et besoins ?
Le vélo électrique pour atteindre La Ruche Paris sur la butte de Ménilmontant !
8 – Quelle est mon implication personnelle pour l’intérêt général ?
J’ai des difficultés à séparer les engagements pros et persos.
Dans la sphère privée, je vais essayer de m’engager au maximum à travers ma façon de consommer même si ce n’est pas parfait ! Seconde main, achats responsables, dons d’argent et de matériels, banques alimentaires, sont les petits gestes qui me donnent bonne conscience face à l’immensité du challenge !
9 – Quels sont mes liens de coopération et ma participation au bien commun ?
Je suis tombée dans la marmite du “co” dès mon premier pied dans l’ESS en 2011 par le co-working d’abord, puis l’animation de communauté, la co-construction de programmes pour entrepreneurs sociaux puis la formation de facilitateur. A La Ruche nous considérons aussi que le savoir est un bien commun et nos communautés apprenantes participent à les diffuser.
10 – Carte blanche : quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer à nos visiteurs ?
Entreprendre c’est une posture ! Une posture qui doit toujours être guidée par la question du sens : à quel besoin, à quel manque, à quel problème mon projet répond-il ? Entreprendre répond aussi, et peut-être surtout à une envie : de changer les choses, de s’impliquer, de se rendre acteur. Et comme je le dis souvent, il faut aussi savoir écouter ses envies et ce que notre être nous crie.
Et si c’est la voie de l’entrepreneuriat qui monte en vous : osez l’écouter et vous lancer !
Pour ceux qui ne sauraient pas par quel bout commencer, je leur réponds qu’il existe partout en France des organisations, des réseaux, des associations pour vous aider, vous accompagner de l’idée au lancement de votre projet et qui ne vous laisseront jamais seuls !
De plus en plus de personnes choisissent délibérément des itinéraires plus longs ou des alternatives à l’avion afin de voyager de manière plus responsable. Selon une enquête menée par l’application de voyage Polarsteps, qui revendique +5 millions d’utilisateurs en France, ce sont surtout les femmes (notamment les Françaises !) et les jeunes qui sont à l’origine de ce changement de consommation.
Le slow travel, toujours en expansion
44% des personnes interrogées1 ont déclaré avoir déjà opté pour un trajet plus lent ou plus long afin de réduire leur empreinte écologique. Plus d’un tiers l’a déjà envisagé mais pas encore concrétisé. L’enquête, qui repose sur les réponses de plus de 3 000 participants, révèle des différences marquées entre les pays : aux Pays-Bas, seuls 32 % des personnes interrogées se sont déclarées disposées à réduire leur impact environnemental, tandis qu’en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, ce chiffre avoisinait les 50 %.
En France, cette volonté est particulièrement marquée chez les jeunes : les 18-28 ans (+19 %) et les 29-44 ans (+17 %) sont les plus enclins à choisir des modes de transport plus durables, tandis que les 45-60 ans se situent 22 % en dessous de la moyenne.
Les femmes ouvrent la voie
Une autre tendance claire se dessine : les femmes prennent des décisions plus durables que les hommes en matière de déplacements. Cela est particulièrement évident en France, où les voyageuses sont 77 % plus susceptibles que les hommes de faire un choix plus durable pour leur voyage (contre 24% chez les Néerlandaises et 5% chez les Allemandes).
L’enquête a été menée auprès de 3 047 voyageurs originaires des Pays-Bas, de France, d’Allemagne, de Belgique, d’Australie, des États-Unis et d’Espagne (fin 2025). Des données détaillées par pays et par tranche d’âge sont disponibles sur demande.↩︎
Reconnue comme l’une des scale-ups les plus en vue d’Europe, Polarsteps est l’application de voyage leader sur le marché qui aide plus de 18 millions de voyageurs à travers le monde à planifier, suivre et revivre leurs aventures de manière élégante et fluide.
Grâce à une technologie et un design novateurs, cette application tout-en-un permet de créer des itinéraires, de cartographier en temps réel les parcours des voyageurs à travers le monde et offre une nouvelle façon de partager ses expériences de voyage.
Basée à Amsterdam et animée par une équipe internationale de plus de 90 voyageurs passionnés, notre application l’outil indispensable des explorateurs modernes, avant, pendant et après leurs voyages.
En matière de transition énergétique, les débats sur la production et la consommation électrique tendent à occuper le devant de la scène politico-médiatique et à occulter le rôle des bioénergies. Ces dernières font pourtant partie intégrante de la programmation énergétique du pays. Leur production peut avoir des impacts majeurs tant sur les modes de production agricole que sur nos habitudes alimentaires.
Le colza, utilisé dans les biocarburants, fait partie de la biomasse qui capte des surfaces agricoles à des fins de bioénergie. Damien Meyer/AFP
Dans les prospectives énergétiques telles que la stratégie nationale bas carbone (SNBC), les scénarios négaWatt ou encore ceux de l’Agence de la transition écologique Ademe… les bioénergies sont régulièrement présentées comme un levier incontournable de la transition, en complément de l’électrification du système énergétique.
Pour rappel, ces énergies, qui peuvent être de différentes natures (chaleur, électricité, carburant…), se distinguent des autres par leur provenance. Elles sont issues de gisements de biomasses tels que le bois, les végétaux et résidus associés, les déchets et les effluents organiques.
L’électrification met en scène de nombreuses controverses politiques et sociétales dans le débat public et médiatique. Par exemple : compétition entre renouvelable et nucléaire, arrêt des moteurs thermiques… À l’inverse, les discussions sur les bioénergies se cantonnent encore aux milieux scientifiques et académiques.
Pourtant, leur déploiement implique des évolutions importantes. Et ceci à la fois dans les modes de production agricole et les habitudes alimentaires, en tout cas si nous le voulons durable.
Il est donc essentiel que le sujet bénéficie d’une meilleure visibilité et d’une plus grande appropriation par la société pour que puissent naître des politiques publiques cohérentes.
Les bioénergies, levier de la transition énergétique
La transition énergétique, qui consiste à réduire drastiquement le recours aux énergies fossiles, est centrale dans la lutte contre le changement climatique. À l’horizon 2050, elle s’appuie sur deux piliers :
d’une part l’augmentation de la production d’électricité « bas carbone », associée à une forte électrification des usages, notamment pour la mobilité.
de l’autre, une hausse conséquente de la production de bioénergies pour compléter l’offre électrique, en particulier pour les usages difficilement « électrifiables » (par exemple dans l’industrie).
Actuellement, au niveau national, les bioénergies représentent de 150 à 170 térawattheures (TWh) par an, soit un peu plus de 10 % de l’énergie finale consommée. Ce chiffre concerne principalement la filière bois, à laquelle s’ajoutent les biocarburants et la filière biogaz. À l’horizon 2050, les prospectives énergétiques prévoient une consommation de plus de 300 de bioénergies, avec une forte croissance dans les secteurs du biométhane (injection du biogaz dans le réseau de gaz après épuration du biométhane) et, dans une moindre mesure, des biocarburants.
La programmation pluriannuelle de l’énergie n°3 (PPE3), qui est en cours de consultation, constitue la feuille de route de la France pour sa transition énergétique, avec des objectifs chiffrés. Pour la filière biométhane, la cible est fixée à 44 TWh/an dès l’horizon 2030 puis jusqu’à 80 TWh/an en 2035, contre une production actuelle de l’ordre de 12 TWh/an. Concernant les biocarburants, la PPE3 prévoit une légère augmentation pour atteindre 50 TWh/an en 2030-2035.
La nécessité d’une biomasse « durable »
Quel rôle de la biomasse dans la transition écologique ? Haies dans la campagne près d’Evron, dans l’ouest de la France. Réservoir de biodiversité, protégeant les sols et les cultures, les haies sont une partie de la biomasse précieuse pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Damien Meyer / AFP
L’optimisme quant à nos capacités à cultiver de manière durable les biomasses nécessaires à la production de ces bioénergies n’est cependant plus de mise.
Alors que la deuxième Stratégie nationale bas carbone (SNBC) tablait sur une production de 370 TWh/an de bioénergies en 2050, la nouvelle version SNBC 3 revoit ce chiffre à la baisse à 305 TWh/an. En mai 2025, le rapport des académies d’agriculture et des technologies réduisait ce chiffre à 250 TWh/an.
L’évolution à la baisse de ces chiffres met en lumière l’inadéquation entre les besoins de biomasse pour la transition énergétique, telle qu’elle est actuellement envisagée, et les capacités de production du système agricole actuel.
En novembre 2023, le Secrétariat général à la planification écologique lançait l’alerte, à travers cette formule relayée par le Monde :
« Il y a un problème de bouclage sur la biomasse. »
Pour y voir plus clair sur les enjeux et les leviers disponibles, il convient d’analyser plus globalement les flux de biomasses agricoles à l’échelle nationale.
Environ 245 millions de tonnes de matière sèche (MtMS) sont produits chaque année pour des usages primaires (directs) et secondaires (indirects). Ces usages se répartissent comme suit :
Environ 100-110 MtMS sont mobilisés pour l’alimentation animale et finalement la production de denrées alimentaires telles que le lait, la viande, les œufs.
Quelque 70-80 MtMS/an retournent directement au sol (résidus de cultures, fourrages et prairies), auxquels s’ajoutent environ 30 MtMS/an de flux secondaires principalement issus de l’élevage sous forme d’effluents (lisier, fumier, digestat…).
Environ 50-55 MtMS/an sont utilisés directement pour la production de denrées alimentaires humaines (dont plus de la moitié est exportée).
Et 9 MtMS/an servent à la production d’énergie (biocarburant et biogaz) auxquels s’agrègent environ 9MtMS/an de flux secondaires provenant de l’élevage et de l’industrie agroalimentaire (lisier, fumier, biodéchets…).
Infographie des flux actuels de biomasse agricole (en MtMS). SGPE 2024
À échéance 2050, les besoins supplémentaires en biomasses pour les bioénergies s’établissent entre 30 et 60 MtMS/an.
Les dilemmes pour répondre à ces besoins accrus
Tous les acteurs s’accordent sur le fait qu’il n’est pas concevable de rediriger des ressources utilisables – et actuellement utilisées pour l’alimentation humaine – vers des usages énergétiques.
Il apparaît dès lors tentant de rediriger la biomasse qui retourne actuellement au sol. Pourtant, ces flux de biomasse sont essentiels à la santé, qualité et à la fertilité des sols. Ils participent à la lutte contre le changement climatique à travers leur contribution au stockage (ou à la limitation du déstockage) de carbone dans les sols.
Une autre piste, pour répondre à ces besoins croissants, serait d’augmenter la production primaire de biomasse à travers le développement et la récolte de cultures intermédiaires appelées « cultures intermédiaires à vocation énergétique » (CIVE). Celles-ci sont cultivées entre deux cultures principales.
Toutefois, une telle production supplémentaire de biomasse implique l’utilisation de ressources supplémentaires (nutriments, eau, produits phytosanitaires). Elle tend aussi à accroître les risques de transferts de pollution vers la biosphère.
Une autre piste, conceptualisée dans plusieurs scénarios de transition, serait de rediriger une partie de la biomasse actuellement utilisée pour nourrir les animaux d’élevage vers la production énergétique.
Ceci impliquerait à la fois une diminution des cheptels et une extensification des élevages afin de préserver leurs services écosystémiques rendus, tout en minimisant leur consommation de biomasse. Cela répondrait à l’enjeu de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture et serait donc le plus cohérent pour affronter les enjeux écologiques.
Ce scénario requiert toutefois des changements d’envergure dans nos habitudes alimentaires, avec une réduction de notre consommation de produits animaux pour éviter une augmentation des importations.
Vers des politiques publiques coordonnées et cohérentes ?
Projet de Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat
Après deux ans de retard et de blocages dans les ministères, la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat ne semble malheureusement pas à la hauteur de cette problématique. En témoigne l’absence d’objectif chiffré sur la réduction de la consommation de produits animaux, voire la disparition du terme de réduction dans les dernières versions.
De même, les lois récentes d’orientation agricole et Duplomb renforcent l’orientation productiviste de l’agriculture, tout en minimisant les enjeux de transition.
Ceci va à l’encontre (au moins partiellement) des orientations nécessaires pour la transition énergétique et la SNBC 3, sans parler des antagonismes avec la stratégie nationale biodiversité.
Il y a donc urgence à développer une vision et des politiques publiques intersectorielles cohérentes et complémentaires englobant l’énergie, l’agriculture, l’environnement, l’alimentation et la santé.
Le Colloque sur le Financement de l’économie de la fonctionnalité et de la Coopération (EFC) organisé à l’initiative du Collège des Directeurs du Développement Durable (C3D) réunira le 5 février 2026 banquiers, industriels et élus pour repenser l’économie au service de l’intérêt général. La demande est claire : faire évoluer la loi pour accompagner les entreprises dans leur transition vers l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC).
Économie de la Fonctionnalité et de la Coopération ?
L’économiede la fonctionnalité et de la coopération (EFC) consiste à proposer une solution plutôt qu’un bien à posséder. Exemple classique : au lieu de vendre une imprimante, l’entreprise fournit un service d’impression complet, avec maintenance et approvisionnement. Le client passe ainsi d’une logique de possession à une logique d’usage.
« L’EFC est un point d’appui pour répondre aux enjeux de transition vers un modèle de développement économique plus soutenable sur les plans écologique et social, à l’échelle des entreprises et des territoires.«
Acteurs économiques, établissements financiers et grands industriels se réuniront avec des parlementaires de tous bords politiques pour appeler à une évolution profonde et inédite du cadre réglementaire et fiscal.
Financer la durabilité : un enjeu stratégique pour l’économie française
Au programme de cette rencontre :
L’EFC au service de la souveraineté industrielle de la France : comment un modèle fondé sur la durabilité et l’usage contribue à relancer l’économie française et à renforcer la compétitivité ?
Une demande claire au législateur : adapter les règles d’amortissement et le cadre réglementaire pour valoriser la longévité des produits plutôt que leur renouvellement à bas coût.
Une convergence d’intérêts : comme l’explique Fabrice Bonnifet, président du C3D, « Les financiers le demandent, les grandes entreprises aussi. Il appartient désormais au législateur de traduire cette convergence en cadre fiscal clair et incitatif. »
2 – Première table ronde. Pourquoi il est urgent de repenser notre modèle économique avec l’EFC ? Avec Vincent Dargenne, référent EFC ADEME, Romain Dekeyser, directeur de l’impact de la Caisse d’Epargne Hauts de France, Cyrille Blars, responsable des divisions Économie Circulaire du Groupe SNCF, David Lascar, directeur du développement chez Accenta.ai et Thomas Letiers, dirigeant fondateur de Textifloor, animé par Éléonore Blondeau, experte en industrie circulaire.
3 – Seconde table ronde. EFC : le financement long-terme comme levier de compétitivité ? Avec Cosmin Dragan, directeur de la transition ESG pour les Grandes Entreprises, Christian Bruère, influtriel circulaire et co-fondateur de Mob-ion et Luc Teerlinck, auteur et conférencier et fondateur de We Play Circular chez Decathlon, Valérie Champagne, haut fonctionnaire, animé par Stéphanie Flacher, experte du monde bancaire.
📍Rendez-vous à l’Atrium Saint-Germain, 76 Rue des Saints-Pères, Paris 7e, le 5 février à 13h30.
Inscription sur condition. Le colloque est ouvert aux professionnels des domaines suivants : juridique, financier, comptable, stratégie et pilotage économique et gouvernance et décision. Vous pouvez venir accompagné d’un collaborateur exerçant dans l’un de ces domaines.
À l’approche des élections municipales de 2026, le Réseau Vrac & Réemploi lance un tour de France des candidats pour les sensibiliser aux enjeux du réemploi des emballages et aux obligations qui s’imposent désormais aux collectivités et aux commerçants. 10 propositions concrètes et accessibles aux élus locaux dans un document synthétique de 4 pages, conçu pour replacer le réemploi au cœur du débat local.
En France, les emballages représentent 36% des déchets municipaux : c’est à dire l’ensemble des déchets dont l’élimination relève de la compétence des communes (source Eurostat 2010 – 2021).
Célia Rennesson, directrice de Réseau Vrac et Réemploi
Les collectivités sont en première ligne pour répondre aux nouvellesobligationsréglementaires, accompagner les acteurs économiques et proposer des solutions concrètes aux citoyens.
Les obligations des villes
Depuis le 1er janvier 2022, obligation d’utiliser des contenants réemployables pour le portage de repas à domicile
Depuis le 1er janvier 2022, l’État n’achète plus de plastique à usage unique en vue d’une utilisation sur les lieux de travail et dans les évènements qu’il organise
Depuis le 1er janvier 2025, les services de restauration collective ayant de la vente à emporter proposent de servir les consommateurs dans un contenant réutilisable.
Depuis le 1er janvier 2025, les contenants alimentaires de cuisson, de réchauffage et de service en plastique sont interdits dans les services de pédiatrie, d’obstétrique et de maternité, ainsi que les services de protection maternelle et infantile
Les obligations des commerces au sein des villes
Les commerces doivent accepter les contenants apportés par les consommateurs depuis 2021 et informer ces derniers sur ce droit. La loi AGEC encourage les consommateurs à apporter leurs propres contenants dans les commerces, à condition que ceux-ci soient propres et adaptés à la nature du produit acheté.
Depuis 2021, tous les commerces qui proposent des boissons à emporter doivent afficher le prix réduit pratiqué lorsque le consommateur apporte son contenant réemployable.
Depuis le 1er janvier 2023, les établissements de restauration doiventservir les repas et boissons consommés sur place dans de la vaisselle réutilisable (gobelets, couvercles, assiettes, récipients, couverts). La restauration rapide est concernée, mais également les cafétérias ou restaurants de musées, d’enceintes sportives, d’universités ou encore d’entreprises ou d’administrations.
10 propositions pour développer le réemploi des emballages dans votre ville
Soutenir et encourager l’installation de commerces vrac et réemploi dans les centres ville.
Promouvoir et/ou financer des systèmes d’emballages réemployables à l’échelle de la ville pour la vente à emporter (pour les commerçants, restaurateurs ou lors d’événements sportifs et culturels) et les soutenir par la mise à disposition d’espaces pour les équipements de collecte, la coordination des acteurs et la structuration de boucles de proximité.
Sensibiliser les commerces sur leur obligation d’accepter les contenants réemployables apportés par leurs clients. Les accompagner dans la communication autour de cette démarche.
Former les collaborateurs de la ville au vrac et au réemploi des emballages.
Appliquer la hiérarchie des 3R (1 Réduire, 2 Réemployer, 3 Recycler) dans la communication de la ville sur la réduction des déchets.
Sensibiliser les enfants de l’élémentaire aux gestes du vrac et du réemploi et accompagner les équipes enseignantes et pédagogiques dans l’éducation de ces enjeux.
Identifier, référencer et promouvoir dans les publications municipales, les commerces de la commune pratiquant la vente en vrac et le réemploi des emballages.
Agir sur l’emballage professionnel au sein des services de la ville en priorisant dans la commande publique les fournisseurs et prestataires qui proposent des emballages réemployables (boites de transport, etc.)
Agir sur la restauration collective (école, repas à domicile, …) en priorisant les fournisseurs et prestataires qui proposent des solutions réemployables ou vrac (bac gastro, vaisselle, …)
Adopter l’achat en gros conditionnements pour re-remplir les contenants d’utilisation quotidienne des différents services de la ville notamment pour les produits d’entretien et d‘hygiène
4 pages pour placer le réemploi au cœur du débat local
Comment réduire les emballages jetables sur votre territoire ?
Ce guide à destination des collectivités recense par grandes thématiques des initiatives concrètes et leurs retours d’expériences.
Il présente une série d’idées et d’exemples d’actions à mener en fonction des contraintes et des enjeux des territoires (commande publique, restauration collective et commerciale, développement ou soutien de projet réemploi sur le territoire et sensibilisation des citoyens).
Dans le cadre de son programme Ambassadeurs Publics Vrac et Réemploi, l’association donne accès à des ressources pour les EPCI en quête de connaissances : newsletters, webinars thématiques, visites terrain…
Les communes et intercommunalités partagent avec les acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) des préoccupations communes : répondre aux besoins quotidiens et aux problématiques des habitants. Les secteurs investis par l’ESS se trouvent au cœur des compétences locales : action sociale et santé, transports et mobilités, logement, culture, sports et loisirs, développement économique et emploi, gestion des déchets, protection de l’environnement… La CRESS Occitanie est convaincus d’une chose : communes, intercommunalités et structures de l’ESS doivent plus que jamais devenir des partenaires au service des territoires et les élections municipales sont l’occasion de le rappeler !
Un plaidoyer pour mettre l’ESS au cœur de nos villes et villages
Afin de sensibiliser les candidats et futurs élus aux enjeux de l’ESS, la CRESS Occitanie a élaboré un plaidoyer :
Plus Belle la vi(ll)e avec l’Économie sociale et solidaire.
Construit à partir des apports et contributions des participants à un atelier organisé lors de l’Assemblée générale de la CRESS Occitanie, il se veut synthétique et permet de sensibiliser de futurs élus qui connaissent peu l’ESS.
Il met en avant une illustration qui présente ce que l’ESS apporte aux territoires, puis une série de propositions en lien avec les leviers d’action dont disposent les communes et intercommunalités pour mieux intégrer l’ESS dans leurs futurs projets municipaux.
Moteur de cohésion sociale, de transition écologique et d’attractivité territoriale, l’ESS est au cœur des compétences locales
La CRESS Occitanie propose des mesures concrètes, adaptées aux leviers d’actions dont disposent les communes et intercommunalités, pour faire de l’ESS un axe majeur des politiques locales et construire ensemble des villes et villages plus solidaires, plus durables et plus résilients.
Piloter et ancrer dans la durée une politique dédiée à l’ESS
Inscrire l’action de la commune ou de l’intercommunalité en faveur de l’ESS dans un cadre clair, c’est assurer une stratégie et un pilotage efficace, une transversalité entre les différentes politiques publiques et une reconnaissance institutionnelle des acteurs locaux.
5 propositions concrètes à mettre en œuvre par les futurs élus :
1️⃣ Désigner un élu délégué à l’ESS et créer un service (inter)communal dédié à l’ESS qui puisse faire le lien avec les autres services
2️⃣ Sensibiliser et former l’ensemble des élus et agents à l’ESS et adhérer au Club des Collectivités piloté par la CRESS Occitanie et le RTES pour s’outiller et se former
3️⃣ Rédiger une feuille de route pluriannuelle pour le développement de l’ESS sur le territoire et flécher une part du budget communal et/ou intercommunal vers l’ESS
4️⃣ Reconnaître et laisser le temps au droit à l’expérimentation et à l’innovation sociale
5️⃣ Associer les acteurs de l’ESS et les habitants à l’élaboration des documents de planification territoriale et des politiques publiques
Mettre en œuvre des modalités de financements adaptées aux structures de l’ESS
Les structures de l’ESS sont des acteurs économiques à part entière. Elles ont, au même titre que les entreprises conventionnelles, besoin de moyens financiers pour révéler tout leur potentiel. Les communes et intercommunalités disposent de divers moyens d’actions pour les soutenir.
5 propositions concrètes à mettre en œuvre par les futurs élus :
1️⃣ Instaurer une fiscalité locale avantageuse pour les structures de l’ESS
2️⃣ Mettre en place des dispositifs de soutien financier construits avec les acteurs de l’ESS : aides à l’installation ou au démarrage, subventions, appels à projets ou à manifestation d’intérêt adaptés aux structures de l’ESS et laissant la place à l’expérimentation…
3️⃣ Privilégier les conventions pluriannuelles, qui permettent d’avoir plus de visibilité et d’instaurer un partenariat dans la durée
4️⃣ Diversifier les financeurs de la collectivité en sollicitant les acteurs de la finance et de l’épargne éthique et solidaire pour financer des projets d’utilité sociale et/ou environnementale
5️⃣ Faciliter l’accès des acteurs ESS au prêt bancaire en mettant en place un fonds de garantie dédié et/ou en jouant un rôle de facilitateur de liens et de garant auprès d’autres interlocuteurs tels que les autres acteurs économiques, les mécènes, les banques, etc.
Accompagner matériellement et techniquement les projets et initiatives des acteurs de l’ESS
Outre le soutien financier, les communes et intercommunalités peuvent mobiliser de nombreuses ressources complémentaires pour créer un cadre favorable à l’installation et au maintien de structures de l’ESS sur leur territoire et au développement de projets utiles à la collectivité.
5 propositions concrètes à mettre en œuvre par les futurs élus :
1️⃣ Faciliter l’accès au foncier aux structures et porteurs de projets ESS via par exemple la mise à disposition de locaux ou de terrains, la réhabilitation de friches industrielles, la préemption de terrains ou de bâtis, des affectations provisoires de vacances immobilières, ou en servant d’intermédiaire de confiance avec des bailleurs privés et publics, etc.
2️⃣ Mobiliser les ressources humaines et techniques de la collectivité pour accompagner les porteurs de projets et structures de l’ESS dans leurs initiatives, notamment lors des étapes clés comme l’élaboration du cahier des charges, l’étude de faisabilité, le montage juridique et financier, les démarches administratives, les réponses aux appels à projets…
3️⃣ Créer un guichet unique d’information à destination des porteurs de projets et structures de l’ESS et contribuer à rendre lisible l’écosystème des acteurs de l’accompagnement et du financement présents sur le territoire
4️⃣ Créer ou appuyer la création de dispositifs spécifiques d’accompagnement, tels que des incubateurs et pépinières
5️⃣ Valoriser et mettre en lumière les acteurs de l’ESS dans la communication et la programmation évènementielle de la collectivité
Mobiliser la commande publique pour des achats et prestations de services responsables
La commande publique représente un levier majeur pour les communes et intercommunalités qui souhaitent soutenir les structures de l’ESS en fléchant une partie de leur politique d’achats vers des structures ESS.
5 propositions concrètes à mettre en œuvre par les futurs élus :
1️⃣ Désigner un référent ESS au sein de la direction des Achats de la collectivité et former l’ensemble des élus et techniciens sur le sujet
2️⃣ Intégrer des clauses sociales et environnementales dans les critères d’attribution des marchés publics et développer des marchés ou des lots réservés aux entreprises de l’ESS notamment dans des secteurs clés : gestion des déchets, restauration collective, énergie…
3️⃣ Réserver l’offre relevant de l’action sociale et du soutien aux plus vulnérables aux structures de l’ESS dans les marchés publics et les concessions ou délégations de services publics
4️⃣ Favoriser les réponses collectives en groupement pour favoriser la coopération entre acteurs ESS plutôt que la mise en concurrence
5️⃣ Élaborer un schéma de promotion des achats socialement et écologiquement responsables (SPASER)
Favoriser et soutenir la coopération territoriale entre acteurs de l’ESS
La coopération économique entre structures de l’ESS est un véritable atout pour proposer une réponse transversale aux besoins des habitants et pour consolider leur modèle socio-économique et capacité d’action en mutualisant leurs ressources. Les communes et intercommunalités peuvent soutenir la structuration et le développement de ces coopérations territoriales.
5 propositions concrètes à mettre en œuvre par les futurs élus :
1️⃣ Appuyer les Pôles Territoriaux de Coopération Économique (PTCE), qui contribuent à la structuration de filières ou d’un écosystème territorial, en dédiant une ingénierie d’accompagnement à leur émergence ou en soutenant l’animation de PTCE existants
2️⃣ Accompagner et soutenir les démarches de coopération et de mutualisation (tiers-lieux, fab-lab, Groupements d’Intérêt Économique (GIE), territoires zéro chômeur de longue durée, etc.) en les soutenant financièrement et/ou en mettant à leur disposition les espaces et ressources pour favoriser leur collaboration : locaux, mise en réseau, animation de réseau…
3️⃣ Accompagner et soutenir les Groupements d’employeurs (GE) qui permettent de mutualiser des emplois via des aides à l’emploi
4️⃣ Favoriser les appels à projets collectifs et les réponses en groupements
5️⃣ Participer au capital de Sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) agissant dans des secteurs stratégiques pour le territoire
Plaidoyers des adhérents et partenaires de la CRESS Occitanie
Face à l’accélération des crises climatiques, agricoles, sanitaires et environnementales, et à l’urgence de transformations profondes des systèmes agricoles, alimentaires et forestiers, INRAE présente sa stratégie scientifique à l’horizon 2030. Philippe Mauguin, PDG d’INRAE, et Carole Caranta, DG déléguée Science et Innovation, lancent les 15 défis “Recherche et Innovation” de la stratégie scientifique de l’institut. Objectif : produire pour les 5 enjeux prioritaires, d’ici 3 à 5 ans, des solutions concrètes et mobilisables par les acteurs socio-économiques, les filières et les pouvoirs publics.
Une recherche à impactd’excellence, fondamentale et appliquée
Depuis le lancement d’INRAE 2030 en 2021, l’institut a structuré son action autour de 5 grandes orientations scientifiques et de 3 orientations politiques transversales, qui restent pleinement d’actualité :
répondre aux changements globaux,
accompagner les transitions agroécologique et alimentaire,
développer une bioéconomie sobre et circulaire,
promouvoir une approche globale de la santé
mobiliser les sciences des données et le numérique au service des transitions.
Dans un contexte de compétition scientifique internationale accrue, de fortes attentes sociétales vis-à-vis de la recherche publique et de besoins pressants de solutions opérationnelles, INRAE renforce aujourd’hui son engagement :
Faire de la science un levier décisif de transformation, au service de la souveraineté alimentaire, de la durabilité environnementale et de la santé des populations.
Nouveaux outils de pilotage des ressources en eau
15 défis Recherche et Innovation pour répondre à 5 enjeux prioritaires
Les 15 défis Recherche et Innovation s’inscrivent dans les priorités scientifiques d’INRAE 2030. Ils ciblent des enjeux scientifiques et sociétaux majeurs, avec une ambition d’impact à court et moyen terme, et seront conduits avec nos partenaires de l’écosystème recherche et développement en France et à l’international, pour et avec les acteurs socio-économiques concernés.
Santé animale : nouveaux vaccins et évaluation de stratégies vaccinales
Construits de manière interdisciplinaire, ces défis mobilisent les expertises des 14 départements scientifiques d’INRAE, en articulation étroite avec les instituts techniques agricoles et tous les acteurs de terrain. Organisés en mode projet, ils reposent sur des objectifs clairement identifiés, des livrables précis et une volonté affirmée de renforcer le passage des connaissances aux solutions.
Biotechnologies : un jumeau numérique sur les bioprocédés
Les objectifs prioritaires et stratégiques de l’INRAE couvrent notamment :
l’adaptation des agricultures et des forêts au changement climatique,
la gestion durable des ressources en eau, des sols et de la biodiversité,
la transition des systèmes agricoles et alimentaires vers des modèles bas-carbone,
la santé animale et humaine dans une approche « une seule santé »,
la bioéconomie et les biotechnologies,
le numérique et l’intelligence artificielle au service des transitions.
Mobiliser les microbiomes pour des innovations alimentaires favorables à la santéL’IA pour accélérer le transfert des innovations en agriculture
Une recherche collective, partenariale et tournée vers l’action
À travers ces défis, INRAE affirme une recherche collective, ouverte et partenariale, associant organismes de recherche, universités, instituts techniques, entreprises, start-up, acteurs des filières, territoires et pouvoirs publics. Cette dynamique s’inscrit également dans le cadre des nouvelles missions confiées aux organismes nationaux de recherche et du renforcement des coopérations européennes et internationales, notamment via les agences de programme et spécifiquement pour INRAE la coordination de l’agence Agralife, et les grands programmes nationaux.
INRAE impliqué dans les démonstrateurs territoriaux des transitions agricoles et alimentaires (France 2030)
INRAE au Salon International de l’Agriculture 2026
INRAE 2030 : Les défis à 5 ans pour la Recherche et l’Innovation
Des recherches aux solutions, nouvelles priorités et nouveaux défis
À l’approche des élections municipales de mars 2026, le Réseau Action Climat publie un rapport sur « Les emplois de la transition écologique dans les territoires ruraux ». Cette étude démontre que la planification écologique représente une opportunité majeure de création d’emplois non délocalisables et de revitalisation économique pour les zones rurales françaises.
Contrairement aux idées reçues, la transition écologique est créatrice d’emplois en zones rurales
A l’horizon 2030, la transition écologique pourrait créer près de 500 000 emplois supplémentaires en France.
Mais qu’en est-il pour les territoires ruraux, souvent oubliés dans les débats sur la transition ? C’est le sujet de cette étude, qui a mobilisé 10 parties prenantes actives dans les zones rurales et sur les enjeux d’emplois.
L’étude s’appuie sur des modélisations fournies par le Cabinet Sémaphores (Groupe Alpha) et par l’Institut négaWatt pour estimer les créations d’emplois dans les zones rurales, et présente des chiffres détaillés des secteurs en croissance, des évolutions suivant les territoires mais aussi des métiers qui vont connaître une forte augmentation avec la transition écologique.
Des initiatives locales intéressantes sont présentées comme autant d’exemples quela volonté politique et citoyenne permet des transformations concrètes.
Près de 100 000 emplois dans les secteurs prioritaires de la transition écologique dans les territoires ruraux à pourvoir d’ici 2030
Des créations d’emplois dans 90% des territoires ruraux les plus fragilisées sur le plan socioéconomiques (catégorisées “en revitalisation”) verraient dans le cas d’un scénario de réindustrialisation verte volontariste
250 000 emplois dans la rénovation énergétique des bâtiments en zone rurale avec un scénario ambitieux à horizon 2050.
Céline Faivre, du Cabinet d’études Sémaphores, et Jérôme Didry du Centre Études & Data du Groupe Alpha« Nous avons croisé scénarios nationaux, données emploi‑compétences et géographies de fragilité pour éclairer où et comment la planification écologique crée de l’emploi. Ce travail collectif démontre ainsi que la planification écologique peut être créatrice d’emplois non délocalisables dans les ruralités.
Les estimations qui en ressortent, associées à la mise en évidence des dynamiques territoriales existantes, permettent de se projeter avec les bonnes clés de lecture sur les enjeux d’action publique pour une réussite de la planification écologique notamment dans ces territoires perçus comme plus fragiles ».
Lucie Becdelièvre, déléguée générale d’Alliance Villes Emploi : « L’étude présente un réel potentiel d’emplois pour les territoires ruraux, avec la transition écologique. C’est aussi un défi pour les acteurs de l’emploi dans les territoires : il est essentiel de faire confiance aux acteurs locaux, de s’appuyer sur les réseaux et outils existants pour le relever. Les Maisons de l’emploi déploient leur expertise dans ce domaine. C’est notamment cette ingénierie locale qu’il faut soutenir et développer pour réaliser la transition comme le potentiel d’emplois ! «
Un rapport pour agir et inspirer les programmes des candidats
Antoine Durand, Responsable Transition écologique et emplois au Réseau Action Climat, souligne :« Les bénéfices de la transition écologique ne sont pas réservés aux grandes villes. Au contraire, c’est une opportunité de développement local pour les territoires ruraux, notamment ceux dont la situation socio-économique est dégradée.
Notre étude prouve que 100 000 emplois pourraient y être créés d’ici 2030 grâce à la planification écologique, avec un impact encore plus fort si l’on accélère la réindustrialisation verte et la rénovation thermique performante des bâtiments. Avec ce rapport, nous souhaitions nourrir les réflexions et priorités des futures équipes municipales dans les ruralités sur la transition écologique, et leur rappeler qu’il y a de nombreux emplois à la clé ! »
Rapport « Les emplois de la transition écologique dans les territoires ruraux »
Cette étude a été réalisée grâce à la collaboration avec l’Ademe, l’Agence nationale de cohésion des territoires, l’association Alliance Villes Emploi, le réseau CLER, l’Association des maires ruraux de France, le cabinet d’études Sémaphores et le Centre Études & Data du Groupe Alpha, l’Institut négaWatt, le ministère de la Transition écologique, la Direction Observatoire Statistiques, Études, Évaluation et Prospective de France Travail, et le Secrétariat général à la planification écologique.
À deux mois des élections municipales, une large majorité de Français affirme qu’elle serait réticente à voter pour un candidat remettant en cause les politiques locales de transition écologique. Une enquête Ifop,publiée le 15 janvier et menée pour Réseau Action Climat et le Secours Catholique – Caritas France,met en évidence une attente forte de continuité des actions engagées, y compris dans les petites villes.
Alors qu’à quelques semaines des municipales, la transition écologique est toujours la grande absente des débats, observe-t-on un backlash écologique (« green backlash ») dans l’opinion publique, c’est-à-dire une montée de l’hostilité à l’égard des politiques de régulation environnementales menées pour accélérer la transition écologique et sociale à l’échelle locale ?
Au regard des résultats de cette enquête Ifop menée pour Réseau Action Climat et le Secours Catholique – Caritas France, force est de constater que les électeurs font plutôt entendre le message inverse : les candidats doivent poursuivre la transition écologique au plus près des Français, dans leurs communes !
Réalisé à la fois auprès d’un échantillon national représentatif de 1 004 Françaiset d’un échantillon inédit de 1 050 habitants des quartiers populaires (QPV1), ce sondage brise l’idée reçue selon laquelle les Français seraient désormais crispés sur les actions en faveur de l’environnement et de la transition écologique. A l’inverse de ce que l’on peut constater dans d’autres contrées, le soutien de l’opinion publique française à la transition écologique reste sans équivoque : les électeurs expriment une forte réticence à un éventuel retour en arrière sur les politiques déjà engagées, attendent des candidats qu’ils portent des mesures environnementales ambitieuses et soutiennent les mesures de transition déjà engagées, y compris dans les QPV.
Dans une campagne municipale que l’on annonce fortement polarisée par le thème sécuritaire2, ces résultats rappellent que la transition écologique et sociale ne s’efface pas de l’agenda : elle reste un horizon d’attente élevé, étroitement associé à la qualité de vie des habitants.
La perception du dérèglement climatique et des effets des pollutions d’origine humaine
LE CHANGEMENT CLIMATIQUE N’EST PLUS ABSTRAIT : LA CONSTATATION DE SES EFFETS A l’ÉCHELLE LOCALE, MAIS AUSSI L’EXPOSITION A DIVERSES POLLUTIONS ALIMENTENT LES BESOINS DE RÉPONSES CONCRÈTES A L’ÉCHELLE MUNICIPALE
1 – Les effets du changement climatique sont déjà largement observés :58% des Français déclarent les avoir constatés ces dernières années, une proportion qui grimpe à 66% chez les habitants des QPV.
2 – Dans le détail, les manifestations citées sont très concrètes : 72% indiquent avoir constaté la baisse de l’enneigement, 72% la multiplication des épisodes extrêmes, 72% l’augmentation des vagues de chaleur et 71% la hausse des températures sur l’ensemble de l’année.
3 – Cette prise de conscience s’accompagne d’un diagnostic sévère sur le manque de préparation locale : 52% des Français estiment que leur commune est mal préparée aux impacts du changement climatique, avec un écart significatif dans les quartiers populaires (57 % contre 52 % en moyenne).
Les enjeux liés à la lutte contre le dérèglement climatique à l’échelle municipale
UN NET REJET DU DÉTRICOTAGE DES POLITIQUES ENGAGÉES A L’ÉCHELON MUNICIPAL : REVENIR SUR LES POLITIQUES DE TRANSITION ÉCOLOGIQUE DÉJÀ ENGAGÉES EXPOSE A UN RISQUE DE SANCTION ÉLECTORALE
4– Revenir sur les politiques de transition écologique déjà engagées expose à un risque de sanction : 63% des électeurs se disent gênés de voter pour un candidat remettant en cause les mesures de transition écologique déjà engagées dans leur commune.
5– L’idée d’une transition “de privilégiés” est démentie : cette gêne à l’idée de voter pour un candidat qui reviendrait en arrière est partagée par les deux tiers des habitants des quartiers populaires (64%) et jusqu’à 72 % dans les villes de 100 000 habitants et plus, c’est-à-dire où les politiques de transition menées ces dernières années ont été plus visibles et plus structurantes.
6– L’argument “resserrer les dépenses” au détriment de la transition convainc peu : 53% des Français estiment qu’il faut poursuivre la transition, quitte à augmenter les investissements municipaux.
L’enjeu de la transition écologique lors des élections municipales de 2026
LE POINT DE VUE DE CLARA SANNICOLO (RESEAU ACTION CLIMAT) :
Ce sondage doit agir comme un signal d’alarme pour les candidats : une majorité de Françaises et de Français, que leur intention de vote se porte à gauche ou à droite, se dit prête à sanctionner des candidats qui proposeraient des reculs sur la transition écologique juste dans leur commune, y compris dans les quartiers populaires. Ceux-ci ont donc tout intérêt à s’engager pour des politiques environnementales ambitieuses et intégrant les enjeux sociaux face à la réalité du changement climatique vécue au quotidien. Les politiques de transition écologique sont perçues comme le gage d’une meilleure qualité de vie dans la commune, d’un pouvoir d’achat renforcé, d’une santé préservée ou encore de création d’emplois locaux. Le retour en arrière sur les politiques de transition déjà engagées devient donc une ligne rouge !
LA TRANSITION DANS LE CONCRET : LES FRANÇAIS ONT BIEN COMPRIS QUE LES POLITIQUES DE TRANSITION ÉTAIENT PLUTÔT POSITIVES POUR LEUR PORTEFEUILLE, LEUR QUALITÉ DE VIE DANS LEUR COMMUNE ET LEUR SANTÉ
7 – Le soutien aux leviers d’action municipaux est très élevé : 89% approuvent la création d’espaces verts et la protection des zones naturelleset agricoles, 86% la préparation des bâtiments communaux aux effets du changement climatique, et 85 % pour développer l’offre de transports en commun accessibles à tous, le covoiturage et l’autopartage.
8– Plusieurs mesures sont aussi perçues comme bénéfiques pour les finances personnelles : 57% des Français attribuent un impact positif à la végétalisation des espaces publics, 56% à la limitation de la bétonisation et 55% au développement des transports en commun.
La perception de différentes actions dans le cadre de la transition écologique
DES FRANÇAIS QUI ONT SOIF DE JUSTICE SOCIALE. INTÉGRER DES MESURES SOCIALES EST NÉCESSAIRE ET DES MESURES ÉCOLOGIQUES EN FAVEUR DU SOCIAL
9 – 68 % des Français soutiennent la priorité donnée aux plus démunis dans les politiques locales de lutte contre les pollutions et le changement climatique. Ce soutien dépasse les clivages politiques.
10– Proposer à tarifs sociaux des repas plus sains et locaux dans les cantines scolaires fait presque l’unanimité, avec 87 % des personnes favorables.
LE POINT DE VUE DE DAPHNE CHAMARD-TEIRLINCK (SCCF) :
Les résultats de ce sondage sont sans ambiguïté : les Français, et plus encore les habitants des quartiers populaires, apportent un fort soutien aux leviers d’action municipaux pour la transition écologique et attendent des candidats aux municipales qu’ils s’engagent clairement en la matière. Ils savent que ces politiques répondent à des besoins très concrets – se loger, se déplacer, se nourrir, protéger sa santé – et qu’elles peuvent améliorer leur quotidien si elles sont justes et accessibles. L’attachement à la solidarité perdure, en plébiscitant largement la priorité à donner aux plus fragiles.
LE POINT DE VUE DE NICOLA GADDONI (IFOP) :
Ces résultats suggèrent que la transition écologique et sociale est en train de sortir du registre du “débat d’opinion” pour entrer dans celui des attentes de gestion municipale. Le niveau élevé de gêne face à un candidat qui reviendrait sur l’existant indique qu’une partie des politiques engagées est désormais perçue comme un acquis : la question centrale devient donc moins “faire ou ne pas faire” que tenir le cap, l’adapter aux réalités locales et en garantir une mise en œuvre équitable. L’adhésion observée dans les quartiers populaires confirme que la transition écologique et sociale est d’abord perçue comme un sujet de protection et de qualité de vie (canicules, logement, eau), ce qui renforce l’exigence d’action municipale. Pour les candidats, l’enjeu est clair : poursuivre, mais surtout répartir justement les efforts, en ciblant en priorité les publics et territoires les plus exposés.
Les quartiers prioritaires de la politique de la ville sont des territoires d’intervention de l’État et des collectivités territoriales définis par la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014 dans l’objectif commun de réduire les écarts de développement entre les quartiers défavorisés et leurs unités urbaines. En France métropolitaine, ils ont été identifiés selon un critère unique, celui du revenu par habitant. L’identification des quartiers prioritaires a été réalisée à partir des données carroyées de l’Insee (source Revenus localisés sociaux et fiscaux pour la France métropolitaine). ↩︎
Étude Ifop pour La Tribune Dimanche, réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 21 au 28 octobre 2025 auprès d’un échantillon de 2525 personnes résidant dans des villes de 5000 habitants et plus, extrait d’un échantillon de 4044 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. ↩︎
Vivre dans un écolieu s’adresse à toutes les personnes qui ont entendu parler des écovillages, écohameaux ou oasis de vie et qui sont curieuses d’en savoir plus, à celles et ceux qui se demandent si ce mode de vie leur conviendrait ou qui ont déjà lancé leur réflexion pour rejoindre ou créer un écolieu. Ce livre est à la fois un petit guide (non exhaustif) pour comprendre les bases de la vie en collectif et un témoignage de ce que Elsa Hoffmann, habitante de l’écohameau de Verfeil, a expérimenté grâce à ce mode de vie.
Il s’agit, bien sûr, de mon point de vue, enrichi de belles conversations que j’ai eues avec d’autres habitants et spécialistes de ce type de lieux.
Cet ouvrage invite à la discussion et vient compléter les nombreuses autres ressources sur le sujet. Sans avoir la prétention de dire que tout le monde devrait vivre en écolieu ni de montrer la voie à suivre, Elsa Hoffmann souhaitait déconstruire certains préjugés sur ce mode de vie.
J’ai aussi l’intime conviction qu’il est nécessaire de rétablir un équilibre et redonner un peu de place au collectif dans nos vies.
J’espère que vous aurez autant de plaisir à parcourir ces pages que j’en ai eu à les écrire.
Plonger au cœur d’un écolieu
Comment s’organise la vie quotidienne dans un écolieu ?
Quelles sont les clés d’une gouvernance partagée ?
Quels sont les outils pour gérer les conflits ou prendre des décisions en groupe ?
Comment intégrer ou créer un écolieu ?
Ce qu’on découvre en immersion dans un écolieu
Un écolieu n’est pas une colocation géante livrée à l’anarchie. La différence tient en un mot un peu austère mais redoutablement efficace : gouvernance.
Dans les lieux qui fonctionnent, les règles du vivre-ensemble ne sont pas laissées au hasard ou à la bonne volonté de chacun·e. Elles sont discutées, posées, ajustées.
Qui cuisine quand ?
Comment se prennent les décisions ?
Qu’est-ce qui est partagé et ce qui ne l’est pas ?
Ces questions, parfois ingrates, ont des réponses claires. Et c’est précisément ce cadre qui permet à la liberté individuelle d’exister.
Lors des immersions en écolieux à la Pépinière Oasis, on découvre des configurations très variées. Certain·es habitant·es ont leur propre logement avec cuisine et salle de bain ; elles et ils se retrouvent pour les repas du soir, ou pas, selon leur envie. D’autres partagent davantage, mais avec des plages horaires définies (…ou pas) pour les espaces communs.
Il y a autant de manières de vivre en collectif que d’écolieux. L’idée qu’on perd forcément son intimité en rejoignant un collectif est un peu comme croire qu’on ne peut pas aimer le silence si on vit en ville.
À travers le témoignage d’Elsa Hoffmann, résidente d’un écohameau, ce livre propose une immersion concrète dans la vie en écolieu.
Illustré de nombreuses photos, schémas et focus pratiques, il offre une vision à la fois incarnée et réaliste de ce mode de vie alternatif, avec des retours d’expérience.
L’autrice partage les bienfaits du vivre-ensemble – entraide, sobriété choisie, créativité collective – tout en abordant avec lucidité les défis quotidiens du collectif : gouvernance, conflits, organisation…
Pédagogique et accessible, cet ouvrage guide le lecteur – vivant déjà en écolieu ou désireux de rejoindre un projet collectif – dans une réflexion personnelle. Ce mouvement, qui s’ancre localement, s’inscrit dans une dynamique globale un peu partout aussi en Europe et dans le monde.
Et si on imaginait les pires scénarios qui résulteraient du changement climatique pour sensibiliser aux risques bien réels qui menacent notre avenir commun ? C’est de cette réflexion qu’est née l’idée du podcast Les heures sombres. Dystopie, science-fiction ou vision d’un futur tristement plausible ? A vous de décider dans quelle case rentre ce podcast Audiomeans !
En bref
LA FICTION SONORE POUR SENSIBILISER AUX CONSÉQUENCES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
En l’an 2151, des fichiers audio d’un autre temps refont surface. Une équipe de scientifiques a été sélectionnée dans chaque pays pour recenser et cataloguer ces témoignages audios et vidéos. Leur objectif est de comprendre comment les habitants de la Terre ont vécu pendant le 21éme siècle, où les effets du changement climatique ont été intenses.
Et si on imaginait les pires scénarios qui résulteraient du changement climatique pour sensibiliser aux risques bien réels qui menacent notre avenir commun ? C’est de cette réflexion qu’est née l’idée du podcast Les heures sombres.
Dystopie, science-fiction ou vision d’un futur tristement plausible ?
A vous de décider dans quelle case rentre ce podcast !
Les histoires sont indépendantes les unes des autres. Les personnages sont différents et vivent à diverses périodes du XXIème siècle. A écouter dans l’ordre ou le désordre, au gré des envies et des sujets évoqués !
Chaque épisode traite un axe du changement climatique : les pandémies, canicules, pénurie d’eau, exode climatique et montée des eaux sont les thèmes de la première saison.
Une immersion dans l’avenir que nous réserve le changement climatique
Les heures sombres est un podcast de fictions sonores qui propose une immersion glaçante dans les conséquences du changement climatique. À travers des récits dystopiques mais tristement plausibles, ce nouveau podcast invite à écouter ce que pourrait devenir notre monde demain, si rien ne change.
Imaginé comme une série de témoignages retrouvés en l’an 2151, Les heures sombres donne la parole aux survivants du XXIᵉ siècle, un siècle marqué par un réchauffement climatique intense, les pandémies, les pénuries d’eau, les chaleurs extrêmes, les migrations forcées et la montée des eaux. Dans un futur où les données ont presque disparu, ces fragments sonores deviennent des archives précieuses pour comprendre comment l’humanité a vécu — et parfois survécu — à ce basculement.
A chaque fiction, un thème majeur
La première saison se compose de quatre épisodes courts de moins de 15 minutes, interprétés par des comédiens et enregistrés en studio, avec un sound design immersif.
Chaque épisode aborde un axe clé du changement climatique :
Le grand engloutissement : la montée des eaux
Vivre à en crever : les pandémies
La guerre de l’eau : la pénurie d’eau
Exode : l’exode climatique
Les histoires sont indépendantes et peuvent s’écouter dans l’ordre ou séparément. Un narrateur introduit chaque épisode pour en contextualiser les enjeux.
Un parti pris fort : provoquer un électrochoc
Les heures sombres fait le choix de la fiction pour proposer une autre manière de parler du changement climatique : par l’émotion, l’imaginaire et l’écoute. Le trait des conséquences du changement climatique a été forcé, pour volontairement choquer, provoquer une réaction, susciter le débat et questionner notre responsabilité collective.
Le Grand Engloutissement a reçu le prix “La claque”
au festival La Claque Podcast Party, décerné par un jury de professionnels du secteur.
Les heures sombres est une série écrite par Delphine RAYMOND, autrice et créatrice du podcast engagé L’autruche et le colibri, co-développée avec Benjamin Roa, ingénieur du son et sound designer du studio Station Woosh basé à Marseille, pour la production et les moyens techniques.
Idée originale, scénarios : Delphine RAYMOND
Casting, Prise de son, Mixage, Sound design : Benjamin Roa
Composition musique originale : Constantin Marie
Illustration : Agathe Boissonnot
Avec :
Christophe Ceytte-Richard – Le narrateur
Marwa Kaid – Vivre à en crever
Yanisse Mahmoudi et Medhi Merabet – La guerre de l’eau
Marion Augine, Ilyes Benhenni et Arfaaz Kagalwala – Exode
Face à l’accélération des crises écologiques et sociales, la transition ne peut plus se limiter à des ajustements à la marge. Le consentement à l’effort collectif s’érode en l’absence de transformations réelles et durables. Or, la trajectoire des entreprises joue un rôle central dans notre capacité à préserver et régénérer le vivant. Dans le prolongement de l’Appel du 18 juin pour le vivant, ce plaidoyer de Nous sommes Vivants propose de faire de la régénération un objectif politique structurant, capable de redonner sens, justice et cohérence à l’action publique comme aux stratégies économiques. Conditionner les aides, orienter les modèles d’affaires et renforcer les capacités du vivant ne sont plus des options. C’est à cette condition que la transition pourra devenir un projet collectif crédible et désirable.
La transition écologique a besoin d’un cap politique clair
La transition écologique est aujourd’hui à un point de bascule.
Partout, les injonctions à changer se multiplient : neutralité, sobriété, transformation des modèles économiques, renoncements individuels et collectifs. Pourtant, le consentement à l’effort s’effrite. Non par manque de lucidité, mais par manque de justice, de cohérence et de cap politique lisible.
Dans ce contexte, la question n’est plus de savoir si les entreprises doivent évoluer, mais vers quoi, à quel rythme, et au service de quelle finalité collective. Car l’entreprise n’est pas un acteur neutre de la transition : elle organise les flux de matières, d’énergie, de capitaux, de travail et de territoires. À ce titre, sa trajectoire engage bien plus que sa performance économique. Elle engage notre capacité collective à préserver, réparer et régénérer le vivant.
l’entreprise engage notre capacité collective à préserver, réparer et régénérer le vivant
Faire de la régénération un horizon stratégique pour les entreprises n’est donc pas une option morale ou un supplément d’âme. C’est un choix politique structurant, au cœur de la justice sociale, de la cohésion démocratique et de la résilience de nos sociétés.
Plaidoyer pour une économie régénérative et une prospérité partagée
Une crise crise de notre rapport au vivant, de notre capacité collective à orienter l’économie vers un avenir soutenable et désirable
La crise écologique, sociale et économique que nous traversons n’est pas la somme de trois problématiques séparées : c’est une même crise — la crise de notre rapport au vivant, de notre capacité collective à orienter l’économie vers un avenir soutenable et désirable. Et au cœur de cette crise se trouve une question politique fondamentale : quelle finalité donnons-nous à l’effort collectif ?
Boîte à outils Nous sommes Vivants : 4 étapes de montée en capacité, 6 catégories d’indicateurs, et un lexique de 450 concepts
Sortir de la simple conformité pour viser la régénération
Aujourd’hui, les politiques publiques, les dispositifs de financement et les stratégies d’entreprise continuent trop souvent de fonctionner comme si réduire les impacts ou se conformer à des normes suffisait à transformer le système. En réalité, ces démarches, bien qu’utiles pour limiter les dégâts, ne modifient pas la façon dont l’économie interagit avec les systèmes vivants dont elle dépend. Une économie qui se contente de réduire ses externalités négatives sans renforcer les conditions d’existence du vivant reste vulnérable et socialement contestable. Or, dans un monde marqué par la raréfaction des ressources et la montée des injustices sociales, le consentement à l’effort collectif ne peut être obtenu sans justice fiscale, transparence dans l’usage de l’argent public et transformation structurelle des modèles économiques eux-mêmes. Les citoyens acceptent de payer des impôts et de soutenir des transitions coûteuses si ces ressources servent réellement à bâtir une économie qui profite à tous — humains et non humains.
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L’entreprise : levier politique central, pas simple acteur économique
Plutôt que de considérer les entreprises comme des entités à « réglementer » ou « inciter », il faut les replacer au centre de l’ambition politique de régénération du vivant. Elles ne sont pas seulement des producteurs de biens et services ; elles sont des organisations structurantes de nos sociétés, responsables de l’allocation de ressources, de l’organisation des chaînes de valeur, des relations territoriales et, surtout, des conditions de vie des écosystèmes socio-écologiques dans lesquels elles opèrent.
Cela implique une transformation radicale de la manière dont nous concevons le rôle des entreprises :
de la conformité à la régénération,
de la réduction des impacts à l’accroissement des capacités du vivant,
du court terme financier au long terme écologique et social. Ce n’est plus une option éthique, mais une condition politique de cohésion et de continuité collective.
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Réorienter l’argent public vers des trajectoires véritables
Le financement public ne doit plus être un simple coup de pouce conjoncturel. Il doit devenir un levier de transformation profonde. Trop souvent, l’argent de l’État et des collectivités alimente des aides sans critères orientés vers la transformation structurelle : études, diagnostics, dépenses ponctuelles. Tant que ces aides ne sont pas conditionnées à une trajectoire qui renforce durablement la capacité des entreprises à régénérer le vivant, elles restent des « chèques en blanc » inefficaces et injustes.
La politique publique doit donc se réinventer :
en conditionnant les aides à des trajectoires mesurables de régénération,
en valorisant la création de valeur écologique et sociale autant que la valeur économique,
en mettant fin aux soutiens qui ne modifient pas les modèles économiques de fond. Ce changement de logique est indispensable pour que l’argent collectif serve réellement à construire un avenir viable pour tous.
Une ambition collective qui lie justice, résilience et régénération
Renforcer la capacité du vivant — c’est renforcer la résilience des communautés, la santé des écosystèmes, la robustesse des territoires, l’équité sociale. C’est aussi redonner sens et légitimité à l’effort collectif. Quand les aides publiques et les stratégies d’entreprise ne servent pas à renforcer ces capacités, la confiance sociale s’érode et la cohésion démocratique se fragmente. La politique de régénération ne doit pas être un slogan ni une stratégie d’image : 👉 Elle doit être une boussole stratégique qui oriente l’économie, au même titre que la justice sociale ou l’équité fiscale. 👉 Elle doit être intégrée dans les mécanismes de financement, de gouvernance et de décision. 👉 Elle doit devenir un objectif collectif, mesurable et contraignant.
Conclusion — Faire de la régénération une politique structurante
Nous n’avons pas le temps d’attendre que la régénération devienne un choix parmi d’autres. Elle doit devenir la finalité politique première de la trajectoire des entreprises. Ce n’est pas seulement une question d’écologie, mais de justice, de démocratie et de pérennité. Faire de l’entreprise un levier politique de régénération du vivant, c’est ouvrir la voie à une transformation profonde et désirable de nos sociétés — au service du bien commun, aujourd’hui et pour les générations à venir.
Boîte à outils Nous sommes Vivants : 4 étapes de montée en capacité, 6 catégories d’indicateurs, et un lexique de 450 concepts
Appel à l’action : conditionner, orienter, transformer
Il n’y aura pas de transition écologique durable sans une redéfinition explicite de ce que nous finançons collectivement. L’argent public n’est pas neutre : il traduit des priorités, il façonne des trajectoires, il légitime des modèles économiques. Continuer à soutenir des entreprises sans exiger une transformation réelle de leur rapport au vivant, c’est alimenter une impasse écologique et un ressentiment social croissant.
Nous appelons donc à un changement de cap clair :
Conditionner systématiquement les aides publiques à des trajectoires crédibles de régénération du vivant, et non à de simples engagements déclaratifs.
Évaluer les entreprises sur leur capacité à renforcer les écosystèmes – humains et non humains – dont elles dépendent, et non seulement sur la réduction de leurs impacts négatifs.
Faire de la régénération un critère politique central, au même titre que l’emploi, la compétitivité ou la stabilité financière.
Assumer un discours de vérité : la transformation des modèles économiques est profonde, exigeante, mais elle est aussi porteuse de sens, de résilience et de justice.
La régénération du vivant doit devenir la boussole collective
La régénération du vivant ne doit plus être cantonnée à l’innovation marginale ou aux pionniers vertueux. Elle doit devenir la boussole collective qui oriente les choix économiques, les politiques publiques et les stratégies d’entreprise.
C’est à cette condition que l’effort demandé sera perçu comme juste. C’est à cette condition que la transition pourra devenir un projet désirable. C’est à cette condition que l’économie redeviendra un outil au service du vivant — et non l’inverse.
La saison 2026 du Podcast « Carnets d’alerte » de Juliette Duquesne, produite par wave.audio, s’intitule comme son livre d’enquête « Autonomes et solidaires pour le vivant. S’organiser sans l’autorité de l’État ». Parmi ceux qui souhaitent préserver le vivant, un sujet divise : leur rapport à l’État. Certains prônent la planification, alors que pour d’autres, l’État fait structurellement partie du problème et va même de pair avec le capitalisme. L’enjeu : construire un quotidien autour des gestes essentiels tels que se nourrir ou se loger.La journaliste indépendante Juliette Duquesne a accepté de répondre aux 9 questions essentielles pour Cdurable.
Juliette Duquesne, autrice, conférencière, journaliste indépendante spécialisée Écologie et Économie
« Carnets d’alerte » le podcast de Juliette Duquesne
Toutes les enquêtes Carnets d’alerte le confirment : l’agriculture et l’alimentation sont des sujets cruciaux, de la hausse du nombre d’épidémies à la transition écologique ! Ces secteurs structurent profondément nos sociétés.
Dans une société mal et surinformée, les informations cruciales se retrouvent noyées et banalisées : difficile de faire le tri.
Les modèles de l’économie sociale et solidaire (écarts de salaires encadrés, gouvernance partagée, poids des actionnaires limité…) réussissent souvent à prendre soin de la terre et de l’humain. Les structures qui perdurent sont rentables mais le profit n’est pas leur premier objectif. Elles sont toujours très éloignées des marchés financiers mais, par contre, elles tissent de nombreux liens avec les PME d’un territoire. Quels sont ces modèles ?
Que ce soit pour le mix énergétique, la consommation de biens ou la mobilité, nous avons tendance à nous perdre dans de multiples détails alors qu’à chaque fois, le plus fondamental et le plus essentiel est la solution de moins consommer, de moins se déplacer…
Juliette Duquesne souhaite donner à ses auditeurs des clés de compréhension grâce aux résultats des enquêtes qu’elle mène depuis plusieurs années. Engagés, tous ses travaux sont issus, à chaque fois, de la consultation de centaines d’études et de l’interview d’une centaine d’acteurs-clés.
« Carnets d’alerte passe un cap cette saison. Juliette Duquesne transforme son rendez-vous en une série documentaire audio, en faisant entendre et se croiser les paroles des acteurs et actrices du terrain »
Thomas Baumgartner, expert de la création radiophonique et fondateur de wave.audio
Les saisons 1 et 2 du podcast, diffusées en 2021 et 2022, synthétisent et approfondissent les enquêtes qu’elle a réalisées pour les livres « Carnets d’alerte » (semences, agriculture, eau, croissance, finance et IA), co signés avec Pierre Rabhi. Écouter la Saison 1, la Saison 2.
Dans ces temps incertains, Juliette Duquesne répond dans ce récit documentaire, avec son pas de côté habituel, à de nombreuses questions politiques d’aujourd’hui.
Questions qui seront sans nul doute secouées dans les deux années électorales à hauts risques qui s’annoncent.
À quelques semaines des élections municipales, il est intéressant de rappeler que la commune est un échelon intéressant pour soutenir les luttes locales et même déclencher unebifurcation écologique.
… sur les initiatives d’autonomie et de solidarité avec le vivant
Juliette Duquesne, autrice, conférencière, journaliste indépendante spécialisée Écologie et Économie.
Accéder à la terre, à l’autonomie alimentaire ou agricole, construire des communs, être solidaire.
La saison 2026 du podcast de Juliette Duquesne, produite par Thomas Baumgartner de wave.audio et réalisée par François-Charles Domergue, apporte de nouveaux éclairages – illustrés par de nombreuses initiatives sur le défi de construire une vie autonome et solidaire pour le vivant, sans l’autorité de l’État.
En France, les initiatives ne manquent pas : habitats partagés, coopératives, ZAD, associations, communes … Elles expérimentent d’autres manières de faire vivre la démocratie. Dans le monde, dans des régions comme au Chiapas au Mexique, les zapatistes bâtissent leur autonomie depuis plus de 20 ans. Sans les idéaliser, ces collectifs montrent qu’il est possible d’habiter un lieu et d’en prendre soin avec davantage de solidarité, de façon plus autonome et non autarcique. Juliette Duquesne a interrogé plus une centaine de personnes.
« Dans cette 3ème saison, je mets en avant ceux qui, face à l’inaction de l’État, agissent concrètement au quotidien. Loin des idées reçues, des collectifs créent du commun sans passer par l’État. Cette enquête donne de l’espoir pour protéger le vivant face à la montée de l’autoritarisme et aux nombreux blocages démocratiques. »
Juliette Duquesne, autrice, conférencière, journaliste indépendante spécialisée Écologie et Économie.
Les 10 épisodes de la saison Carnets d’Alerte 2026
Autonomes et solidaires pour le vivant. S’organiser sans l’autorité de l’État
Dans cette saison 2026 du podcast Carnets d’alerte2, Juliette Duquesne part à la rencontre de celles et ceux qui, face à l’inaction ou à l’inertie de l’État, agissent concrètement au quotidien, celles et ceux qui construisent de l’autonomie, des espaces de vie, de convivialité et de lutte, sans l’autorité de l’État, ou même parfois, en opposition à ce dernier.
Ils prennent soin du vivant. Ensemble. Ils inventent des modes vie en s’éloignant du capitalisme et d’un État centralisé où la façon de prendre des décisions est aussi importante que la finalité.
La Bigotière, un havre de biodiversité
Vivre ensemble pour gagner en autonomie autour des gestes de subsistance et prendre soin du vivant, c’est le pari des habitants de la Bigotière. Ils ont créé une oasis, un écolieu, un habitat partagé où chacun a son chez soi mais où l’on partage beaucoup. Interview : Isabelle Hétier, habitante de La Bigotière Lieu : Épiniac (Ille-et-Vilaine)
Longo Maï, une utopie concrète à l’épreuve du temps
Lorsque ces façons collectives de vivre ensemble, en harmonie avec le vivant, sont mises en avant, parmi ceux qui ne franchissent pas le cap, un argument ne cesse d’être répété : ces collectifs finissent toujours par disparaître… Longo Maï, « que ça dure longtemps » en Provençal, prouve le contraire. Depuis plus de 50 ans. Interview : Alex Robin, habitant de Longo Maï Lieu : Limans près de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence)
L’ex-ZAD de Notre-Dame-des-Landes, de la lutte à la création de communs
Loin des idées reçues, les habitants de l’ex-Zad prennent soin, ensemble, de 1650 hectares : des terres vivrières à la forêt. Grâce à leur lutte, les habitants ont préservé un lieu de vie et ils expérimentent d’autres façons de vivre ensemble, à l’encontre du modèle dominant. Ils marchandisent moins leurs gestes du quotidien et créent du commun sans passer par l’État. Interview : Grégoire Minday, habitant de l’ex-Zad de NDDL (Loire-Atlantique)
Le zapatisme, une construction de l’autonomie réussie
En 1994, les zapatistes ont récupéré des terres au Chiapas et ils en prennent soin. Depuis, ils construisent leur autonomie en matière d’alimentation, de justice, de santé, d’éducation… Actuellement, c’est l’un des mouvements qui va le plus loin dans la construction de l’autonomie, en respectant le vivant et en s’éloignant le plus possible de l’État et du capitalisme. Interview : Julia Arnaud, fixeuse lors de mon enquête auprès des zapatistes Lieu : Chiapas, Mexique
Le zapatisme, un mouvement vivant malgré de multiples obstacles
Le gouvernement mexicain multiplie les différentes stratégies pour déstabiliser le Chiapas, avec une « guerre intégrale d’acharnement, d’usure ». Cela passe par les systèmes d’aide pour diviser, mais aussi par la présence des militaires, des paramilitaires et des cartels. Quelles sont les recettes du zapatisme pour perdurer ? Interview : Julia Arnaud Lieu : Chiapas, Mexique
Accéder à la terre et la cultiver autrement, un enjeu essentiel de l’autonomie
Accéder à la terre et la cultiver autrement sont deux aspects essentiels afin de gagner en autonomie. Ils ont été centraux tout au long de mes trois années d’enquête. Dans cet épisode, je vais vous décrire deux réussites afin d’aider les agriculteurs à prendre soin de la terre : Terre de liens et la Chambre d’agriculture alternative du Pays basque, ou plutôt en basque Euskal Herriko Laborantza Ganbara (EHLG). Interview de Francis Poineau d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara Lieu : Ainiza Monjolose (Pyrénées-Atlantiques)
Gagner en autonomie alimentaire, tout en étant solidaire
Je continue d’explorer les enjeux de l’autonomie alimentaire à travers deux structures : l’Atelier paysan, une société coopérative d’intérêt collectif d’autoconstruction, qui soutient les agriculteurs dans la conception des outils et la sécurité sociale de l’alimentation à Dieulefit. Œuvrer à davantage d’autonomie est un projet politique qui permet de créer des mécanismes de solidarité sans forcément passer par l’État. Interview : Hugo Persillet de l’Atelier paysan Lieux : Atelier paysan à Renage (Isère) et sécurité sociale de l’alimentation à Dieulefit (Drôme)
La Carline, au cœur de la chaîne alimentaire dioise
Vendre des produits bios et locaux – qui permettent aux paysans de vivre et à des prix accessibles à un grand public – est un défi que tente de relever chaque jour la Carline, située dans la ville de Die depuis plus de trente ans. Cette coopérative ne cesse de créer des innovations sociales. La dernière en date : racheter des terres agricoles afin d’installer des maraîchers qui vendent leurs fruits et légumes à la Carline. Interview : Florent Dunoyer, directeur coopératif de la Carline, à Die (Drôme)
Loos-en-Gohelle, un îlot vert dans un raz de marée d’extrême-droite
Cette ville de 6900 habitants a commencé il y a près de vingt-cinq ans sa transition écologique. Dans cette commune, les citoyens votent en majorité extrême-droite aux élections nationales. Mais aux élections locales, on vote massivement écolo. Comment ce paradoxe est-il possible ? Plusieurs ingrédients expliquent cette réussite : des décisions prises en concertation avec les citoyens et, surtout, la reconnaissance du passé minier de la ville. Interview : Jean-François Caron, ancien maire de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais)
L’anarchisme : des pistes éclairantes pour l’avenir
Grand perdant du capitalisme et du communisme, l’anarchisme dans le débat public est victime de nombreuses idées reçues. Comment l’anarchisme pourrait-il nous permettre de nous ancrer dans une continuité, d’explorer d’autres voies face à l’impasse et à l’urgence écologique, humaine et politique à laquelle nous sommes confrontés ? Interview : Jean-Christophe Angaut, chercheur spécialiste de l’anarchisme
Cette troisième saison de Carnets d’alerte est diffusée en partenariat avec le site Reporterre, média indépendant dédié à l’écologie sous toutes ses formes. Il est animé par une équipe de journalistes professionnels et dirigé par une association d’intérêt général à but non lucratif, la Pile (association pour une Presse indépendante, libre et écologique). Le média est en accès libre, et financé à 98 % par les dons de ses lecteurs. Les 2 % restants sont issus de droits de reproduction de ses contenus.
Questions Cdurable à Julie Duquesne
Questions Cdurable ! ou c’est pas durable ?
Au delà des communiqués, qui ne présentent souvent que le « meilleur », et du développement durable, qui ne fait que tenter de réduire les impacts négatifs d‘une croissance volumique, nous nous intéressons aujourd’hui, 20 ans après la création de Cdurable.info, aux questions essentielles. Alors Cdurable ou pas ? 9 questions qui nous invitent à Comprendre pourquoi Agir & Coopérer avec le vivant, Cdurable !
Portraits Juliette Duquesne
Autrice, conférencière, journaliste indépendante spécialisée dans les thématiques écologiques et économiques, Juliette Duquesne est coautrice de six livres (avec Pierre Rabhi, aux Presses du Châtelet) : Pour en finir avec la faim dans le monde ; Les semences, un patrimoine vital en voie de disparition ; Les excès de la finance ou l’art de la prédation légalisée ; L’eau que nous sommes ; Vivre mieux sans croissance ; L’humain au risque de l’intelligence artificielle. Auparavant, elle a travaillé pendant dix ans pour le journal de TF1.
1 – Quelle est la nature de ma relation avec le vivant ?
Je vis encore en ville, en région parisienne. J’aspire à changer pour m’installer à la campagne. Mais aujourd’hui mes contraintes professionnelles avec de nombreux déplacements m’obligent à privilégier ce lieu central. Même à Paris, j’essaie de trouver du temps pour aller marcher en forêt. Pendant mes repos, j’apprécie particulièrement randonner et admirer l’horizon.
Pendant les périodes où j’enquête, j’ai la chance de pouvoir me rendre dans des lieux magnifiques où l’on prend soin du vivant.
C’est incroyable de constater que ce dernier reprend vite ses droits lorsqu’on en prend soin. Admirer l’intelligence et la beauté du vivant me ressource. J’ai récemment réactualisé mes différentes enquêtes sur les semences, l’agroécologie, la faim dans le monde, la pollution du numérique… Constater à quelle vitesse on continue à abîmer le vivant est toujours très difficile à accepter.
Il est urgent de changer modèle agricole et alimentaire Photo gauche : agriculture industrielle – Photo droite : Ferme de Chantemerle d’Eric Gobard. Agriculture biologique en Brie
2 – Quels sont mes besoins et choix d’alimentation ?
A l’âge de 15 ans, je suis devenue végétarienne. Depuis quelques années, je remange un peu de viande issue de l’agroécologie paysanne.
A 15 ans, ce choix était davantage lié à des raisons de santé mais il a rejoint mes engagements. On pourrait tout à fait nourrir l’Europe en changeant de modèle agricole mais pour y arriver, il faudrait manger 50 % de viande en moins et manger des animaux qui mangent de l’herbe et non des céréales.
Je suis journaliste depuis plus de 20 ans. C’est grâce à mes investigations que je me suis rendu compte du rôle central de l’agriculture et de l’alimentation. J’ai réalisé de nombreux reportages au sein de l’agriculture industrielle et notamment des élevages.
Aujourd’hui, je mange essentiellement de la nourriture bio achetée dans des coopératives, je choisis avec soin le lieu d’achat de ma nourriture. J’ai réalisé de nombreux reportages sur les méfaits de la grande distribution, notamment concernant la pression qu’elle exerce sur les revenus des paysans.
Si l’on changeait de modèle agricole en France pour passer à l’agroécologie paysanne, il faudrait au moins deux fois plus de paysans.
On ne va pas forcer les personnes à devenir paysans. Il est nécessaire que les agriculteurs puissent vivre de leur production. Le lieu d’achat de la nourriture est primordial. Certaines coopératives proposent des prix qui ne sont pas plus chers que les prix pratiqués par la grande distribution car ils ont moins d’intermédiaires et de marges. Il existe également des initiatives comme la sécurité sociale de l’alimentation qui permettent d’acheter de la nourriture de qualité à des prix variables selon nos revenus.
Changer de modèle agricole mais aussi alimentaire est essentiel si l’on veut préserver le vivant : la biodiversité, les sols, l’eau… Ce secteur est structurant pour l’ensemble de la société.
3 – Quel est mon type d’habitat actuel et idéal ?
Je vis actuellement en appartement. Mon habitat idéal serait une petite maison intégrée dans la nature avec un horizon dégagé et un peu de terre pour faire un potager et pourquoi pas dans un écolieu ou un habitat partagé.
Juliette Duquesne anime une conférence intitulée “L’eau que nous sommes, un élément vital en péril” en ouverture du festival Game of trees. Photo Le DL /Thibaut Durand
4 – Quelle activité physique favorise mon bien-être et ma santé ?
Je fais de la danse guinéenne, avec des percussionnistes en live. C’est mon activité principale afin de me ressourcer et de retrouver la joie. J’essaie d’y aller plusieurs fois par semaine. Je trouve même des cours lors de mes nombreux déplacements pour des conférences et pour mes enquêtes.
L’intérêt du métier de journaliste est de pouvoir réaliser des investigations sur le terrain, de rencontrer de multiples personnes et de pouvoir construire mes analyses après avoir longuement enquêté. Il est difficile de vous dire quels savoirs m’ont permis de comprendre comment agir. Toutes mes enquêtes, en particulier mes sept ouvrages (dont six coécrits avec Pierre Rabhi) Autonomes et solidaires pour le vivant – S’organiser sans l’autorité de l’État ;Pour en finir avec la faim dans le monde ;Les semences, un patrimoine vital en voie de disparition ; Les excès de la finance ou l’art de la prédation légalisée ; L’eau que nous sommes, un élément vital en péril ; Vivre mieux sans croissance ; L’humain au risque de l’intelligence artificielle, m’ont permis de comprendre comment agir.
Ma dernière enquête sur l’État m’a permis de retrouver de l’espoir face aux dénis démocratiques.
Parmi ceux qui souhaitent préserver le vivant, un sujet peut diviser : leur rapport à l’État. Certains prônent la planification alors que, pour d’autres, l’État fait structurellement partie du problème et va même de pair avec le capitalisme. L’enjeu serait de construire un quotidien autour des gestes essentiels tels que se nourrir ou se loger. Dans mon ouvrage et dans la troisième saison de mon podcast, je mets en avant celles et ceux qui, face à l’inaction de l’État, agissent concrètement au quotidien. Loin des idées reçues, des collectifs créent du commun sans passer par l’État. Ces investigations m’ont permis d’ouvrir mon imaginaire à différentes échelles et de relier les expériences actuelles à des courants historiques tels que l’anarchisme.
6 – Quel est le sens que je donne à mon travail ?
Mon travail occupe une place importante dans ma vie.
J’ai la chance d’exercer un métier qui me plaît. Enquêter me permet de comprendre le monde lucidement et de pouvoir agir en conséquence.
7 – Quelle énergie j’utilise pour mes usages et besoins ?
J’ai un appartement chauffé au gaz. Je me déplace essentiellement en métro et en train mais aussi en voiture notamment pour me rendre à certaines conférences et pour enquêter.
Les territoires ruraux -essentiels pour prendre soin du vivant– ne sont pas toujours bien desservis en transports en commun.
J’essaie d’adopter des comportements sobres autant que possible. Mais pour certaines enquêtes, cela peut m’arriver de prendre l’avion. Par exemple, j’ai pris l’avion pour aller à la rencontre des zapatistes au Mexique qui s’organisent de façon autonome pour prendre soin du vivant.
8 – Quelle est mon implication personnelle pour l’intérêt général ?
Mon métier consiste à réaliser des enquêtes. Il m’arrive, bien sûr, de me demander quel intérêt il y a à continuer à informer alors que les multiples formes de pollution s’aggravent, et ce malgré les innombrables données sur ces sujets.
A chacune de mes enquêtes, j’essaie de mieux comprendre les blocages qui ne nous permettent pas de prendre soin du vivant.
Je rencontre de nombreuses personnes qui luttent au quotidien pour créer des modes de vie respectueux du vivant en se recentrant autour des gestes de subsistance pour gagner en autonomie. Mais bien sûr, ces alternatives ne suffisent pas. Il est également nécessaire de s’organiser pour établir un rapport de force avec le modèle dominant. Informer lucidement sur le monde qui nous entoure est mon implication pour l’intérêt général.
9 – Quels sont mes liens de coopération et ma participation au bien commun ?
J’enquête principalement sur des thématiques liées aux communs, notamment l’eau. L’eau est un élément qui peut autant nous diviser que nous unir. Si nous continuons à augmenter notre consommation d’eau, l’eau continuera à être source de divisions et de conflits. Si nous décidons ensemble de limiter notre consommation à nos besoins vitaux, et non aux besoins économiques, l’eau peut être un formidable moyen pour nous unir. Elle peut même nous permettre de créer une réelle démocratie en impliquant les citoyens au niveau local.
Je suis journaliste depuis 20 ans. J’ai travaillé pendant 10 ans pour le journal de TF1. Je réalisais déjà des reportages sur des thématiques liées à l’écologie et aux méfaits du capitalisme. J’ai donc eu régulièrement des problèmes avec les annonceurs de la chaîne. Je suis partie de cette rédaction car j’avais réalisé des reportages sur des problématiques sensibles qui n’ont pas été diffusés. Depuis 10 ans, je suis journaliste et autrice indépendante.
J’interroge plus de 100 personnes par thématique et je passe plusieurs années sur le même sujet. Enquêter de cette façon participe à créer une information de qualité et indépendante, à réaliser un commun. A travers l’association Carnets d’alerte, nous diffusons des informations sous différentes formes : livres, podcasts, articles, conférences, ateliers dans les lycées…
10 – Carte blanche : quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer à nos visiteurs ?
Il est essentiel que les idées infusent les esprits pendant des dizaines d’années, que les actions se multiplient dans la société civile afin de parvenir à une plus large adhésion. L’histoire l’a toujours montré. Par conséquent, même s’il est actuellement difficile d’être optimiste face à l’état des lieux de la planète, et à la montée des extrêmes-droites, ces liens qui se tissent en marge du capitalisme, qui nous permettent d’être davantage autonomes et solidaires en respectant le vivant, sont précieux pour préparer l’avenir.
Éditions Le Bord de L’eau, avril 2025, Prix du livre engagé pour la planète du Festival du livre de Mouans-Sartoux ↩︎
Il y a une image qui revient souvent quand on parle de vie en écolieu. Celle d’une silhouette en salopette, les mains dans la terre, capable de monter un mur en paille avant le petit-déjeuner et de réparer un tracteur après le dîner. Idéalement avec une barbe et un air de sage qui a tout compris à la vie. Cette belle image existe. Mais elle raconte seulement une partie de l’histoire ; un peu comme si on résumait Paris à la Tour Eiffel. Témoignages des participants à une immersion à la Pépinière Oasis, pour passer du mythe de l’homme des bois à un écolieu qui fonctionne vraiment.
Du mythe de l’homme des bois …
Lors d’une immersion en écolieu comme à la Pépinière Oasis, on entend souvent la même confession : « Je me demandais ce que je pouvais bien apporter ici. Je ne sais pas souder, je n’ai jamais tenu une bêche plus de dix minutes sans chercher une excuse pour m’asseoir. »
Et puis, quelques jours plus tard, quelque chose se déplace.
On découvre que celle qui tenait les comptes de son ancienne boîte devient précieuse quand il faut équilibrer le budget du lieu. Que celui qui passait ses journées en réunion sait, mieux que personne, reformuler une tension pour qu’elle devienne une conversation. Que la personne qui cuisinait « juste pour sa famille » transforme les repas collectifs en moments où tout le monde se retrouve.
IMMERSIONS DANS DES ÉCOLIEUX Pour vivre, sentir, observer la vie collective dans sa réalité : les repas partagés, la gouvernance, les tensions parfois, la beauté du quotidien aussi.
Le malentendu
Le syndrome de l’imposteur, en matière de vie collective, se nourrit d’une idée reçue tenace. On croit qu’il faut devenir quelqu’un d’autre pour avoir sa place. Apprendre la permaculture, l’éco-construction, la vannerie ; comme si la vie d’avant ne comptait plus.
Or, ce que montrent les lieux qui fonctionnent, c’est exactement l’inverse : ils tiennent parce que des personnes très différentes y apportent ce qu’elles savent déjà faire. La gestionnaire de projet. Le médiateur. L’animatrice de groupe. La personne qui retient les anniversaires de tout le monde. Ces compétences-là ne se voient pas sur les réseaux sociaux. Mais elles sont le ciment invisible qui fait qu’un collectif tient debout.
… à la vie en écolieu, une école du faire
Et puis il y a l’autre versant, moins connu : la vie en écolieu est aussi une formidable école du faire. On participe à un chantier de rénovation sans être maçon·ne ; on met les mains dans le potager sans avoir jamais distingué une courgette d’un concombre ; on découvre la comptabilité associative ou l’accueil de visiteur·euses.
Pas besoin de devenir expert·e ni de se lancer seul·e : on apprend en faisant, entouré·e de personnes qui savent et qui transmettent. Le collectif porte ce que l’individu n’oserait pas tenter.
UN MENTORAT EN PETIT GROUPE Quatre sessions guidées pour avancer sur votre projet ou clarifier vos envies, dans un cadre de soutien et d’intelligence collective.
Un écolieu, ce n’est pas une ferme peuplée d’ermites bricoleur·euses. C’est un village.
Et un village a besoin de tout : des mains, oui, mais aussi des oreilles, des voix, des esprits qui organisent, qui relient, qui prennent soin. Et accessoirement, de quelqu’un qui pense à racheter du papier toilette avant la rupture de stock.
Expérimentez la vie en écolieu sans tout quitter
Un changement de vie, ça se prépare.Avec la Pépinière Oasis, en 6 mois vous pouvez tester un nouveau mode de vie tout en acquérant les compétences pour mûrir votre projet d’écolieu de A à Z.
PASSER DU RÊVE D’ÉCOLIEU À L’EXPÉRIMENTATION EN RÉEL
C’est précisément ce que permet le parcours de la Pépinière : tester la vie en écolieu. Pour observer, de l’intérieur, comment un lieu vit au quotidien ; et pas seulement le potager ou l’atelier bois ; mais aussi la gouvernance, les repas, les tensions, les rires, la manière dont chacun·e trouve sa place.
On échange avec des habitant·es qui, il y a quelques années, se posaient les mêmes questions : « Qu’est-ce que je peux apporter ? » Certain·es sont arrivé·es avec un métier de bureau, d’autres sans compétence technique particulière ; ils et elles ont trouvé leur rôle, parfois là où ils ne l’attendaient pas.
Beaucoup aspirent à un mode de vie plus simple, collectif et vivant
En six mois, la Pépinière transforme le rêve de tout quitter en un projet concret et faisable. On repart avec des contacts, un calendrier, une direction et des compétences.
En 6 mois, on ne devient pas quelqu’un d’autre. On apprend à voir ce qu’on sait déjà faire, et quelle place cela pourrait prendre dans un projet collectif.
Dans un contexte où la nature devient un refuge essentiel face à l’intensité de la vie urbaine, garantir à chacun l’accès aux espaces naturels constitue un enjeu sociétal majeur. Offrir à tous, y compris aux personnes en situation de handicap, la possibilité de profiter de ces lieux de détente, de sport et de découverte, tout en préservant leur richesse écologique, relève d’une démarche d’intérêt général. C’est en conciliant accessibilité, qualité d’accueil et respect des écosystèmes que nous pourrons faire des milieux naturels des espaces véritablement partagés, inclusifs et durables.
Valoriser des initiatives concrètes, locales, nationales et internationales en matière d’accessibilité des espaces naturels.
Partager des retours d’expérience, des solutions testées sur le terrain et des témoignages d’acteurs (collectivités, associations, gestionnaires d’espaces naturels…).
Documenter les bonnes pratiques et les cadres juridiques applicables.
Outiller les collectivités, gestionnaires d’espaces naturels et acteurs publics.
Sentier pédagogique de la Réserve naturelle du Bout du Lac d’Annecy A gauche : Sentier en sable compacté – @M. Parchet – A droite : Platelage en bois – @M. Parchet
Parce que l’accessibilité des espaces naturels ne relève pas seulement d’une obligation légale, mais d’une démarche collective pour une nature plus inclusive. Que vous soyez un professionnel en quête d’inspiration, un élu local, un membre d’association ou simplement passionné par le sujet, vous trouverez ici des ressources pour agir et vous informer.
Guide technique « Accessibilité des espaces naturels »
Le guide technique « Accessibilité des espaces naturels. Enjeux, méthodes et solutions techniques » accompagne les acteurs dans l’aménagement des espaces naturels en faveur des personnes en situation de handicap et à mobilité réduite.
Des forêts aux sentiers côtiers en passant par les paysages de montagnes, le territoire français regorge de ces espaces naturels qui constituent notre identité. L’accès à certains de ces sites peut être difficile pour une partie de la population, par exemple les personnes en situation de handicap, aînés, familles avec poussettes…
Afin de répondre à cet enjeu, le ministère publie un guide destiné aux gestionnaires d’espaces naturels, aux collectivités, aux maîtres d’œuvre et aux porteurs de projets, afin de les accompagner dans l’aménagement d’espaces naturels accessibles à toutes et à tous.
➡️ un cadre méthodologique clair pour intégrer l’accessibilité dès la conception des projets, ➡️ des solutions techniques concrètes et adaptées aux différents milieux naturels, ➡️ une approche conciliant égalité d’accès, qualité d’accueil et préservation de la biodiversité.
Accessibilité des espaces naturels : Fiches techniques
Le guide technique « Accessibilité des espaces naturels. Enjeux, méthodes et solutions techniques » est complété par des fiches techniques opérationnelles, en versions synthétique et détaillée.
La façon dont on parle des initiatives écologiques menées sur le territoire français depuis 1980 raconte beaucoup de choses sur les imaginaires de la transition. Dans une étude publiée par l’Agence de la transition écologique, l’Ademe, en 2025, nous montrons, avec l’appui de la linguistique, comment certains narratifs peuvent devenir de véritables leviers d’action concrète.
Que racontent, en creux, les récits des initiatives de transition écologique les plus emblématiques menées en France entre 1980 et 2020 ? StrelokL2 / shutterstock
La question des récits et des narratifs qu’ils mobilisent est de plus en plus présente dans les discussions sur la transition socio-environnementale. Et cela, parfois jusqu’au « narrative washing », qui revient à masquer l’inaction à l’aide d’une belle histoire. Une étude que j’ai coordonnée pour l’Ademe, publiée en octobre 2025, montre pourtant que les récits jouent un rôle pivot dans les initiatives de transition écologique en France.
L’intérêt pour les récits n’est pas nouveau du côté de l’Ademe, qui a déjà soutenu plusieurs travaux sur le sujet et notamment sur la question des imaginaires de la transition écologique.
Concrètement, cela signifie que nous avons rassemblé des textes portant sur des initiatives de transition écologique et les avons étudiés de manière statistique (nombre d’occurrences, sens des mots…), afin de cerner les grands thèmes qui les traversent. Cette approche a été déclinée sur un corpus textuel (comment les acteurs parlent d’eux-mêmes, comment leurs partenaires en parlent, comment les médias et les citoyens les diffusent…) portant sur 559 initiatives menées entre 1980 et 2020 sur tout le territoire, y compris ultramarin. Bien sûr, la France a totalisé beaucoup plus d’initiatives sur la période, mais une sélection a dû être opérée pour nourrir l’analyse.
À la clé, un inventaire des récits écologiques ainsi mis en circulation, qui permet de comprendre comment les discours des uns et des autres se sont approprié les enjeux de transition écologique et quelles sont les dimensions clés mobilisées par les initiatives les plus emblématiques.
Où s’ancrent les récits les plus emblématiques ?
Les résultats de l’étude montrent la grande diversité des initiatives, avec de réelles différences en fonction des formes juridiques porteuses (entreprises, associations, collectivités, etc.), des secteurs d’activité, mais aussi des territoires.
Dans ce cadre, nous nous sommes intéressés aux récits dits « emblématiques ». Par là, on entend : uniquement les récits traitant d’actions concrètes, incarnés par des acteurs clés et créateurs d’imaginaires capables de transformer les représentations qui circulent dans la société. Les récits étudiés ne sont donc donc pas des narratifs imaginaires et vaporeux déconnectés de toute réalité socio-économique.
Carte de France hexagonale en fonction du nombre de récits emblématiques identifiés. Ademe, 2025, Fourni par l’auteur
En France hexagonale, les territoires regroupant le plus d’initiatives emblématiques sont ainsi :
soit des territoires avec de grandes villes fortement engagées (Rennes, Nantes ou Toulouse, par exemple),
des territoires ayant connu des crises socio-économiques fortes (comme le Nord et le Pas-de-Calais),
ou encore des territoires ayant un fort attachement linguistique et culturel (Pays basque, Corse, ou Bretagne). On retrouve également cette spécificité sur plusieurs territoires ultramarins, comme Mayotte, La Réunion ou la Guyane.
Les grands thèmes transversaux
Au sein des 559 initiatives étudiées, 11 thèmes transcendent les territoires et les domaines d’activité socioprofessionnels. Ils sont mobilisés dans les récits pour raconter les différentes manières de s’engager pour la transition écologique en France. Nous les avons identifiés grâce au logiciel Iramuteq.
Réseaux de récits du corpus de texte. Plus des termes sont proches sur le graphe, plus les récits où on les retrouve vont être connectés et faire référence l’un à l’autre. Ademe, 2025, Fourni par l’auteur
Le réemploi (couleur orange, en bas à gauche), une thématique importante, apparaît comme légèrement déconnectée des autres. En cause, l’orientation historique de ce modèle, lié au secteur de l’économie sociale et solidaire ainsi que le modèle d’insertion qu’il promeut. Le plus souvent, la gestion de la seconde main est effectuée par des associations qui accompagnent des personnes éloignées de l’emploi (par exemple Emmaüs).
Ceci montre que le modèle de réemploi obéit à une logique propre, plus ancienne et non directement liée à la prise de conscience plus récente de la nécessité d’une transition écologique. En d’autres termes, le secteur du réemploi a d’abord eu une vocation sociale, avant de mettre en avant plus distinctement son orientation écologique, d’où son isolement sur le graphe. Ainsi, associer des publics en situation d’exclusion au traitement d’objets eux-mêmes exclus du marché interroge sur les imaginaires qui traversent le modèle de réemploi et la précarité en général. En réalité, cette double exclusion peut expliquer la déconnexion relative par rapport aux autres thèmes de récit, plus explicitement centrés sur la transition environnementale que sur la dimension sociale.
En haut à gauche, les dimensions de convivialité, d’interaction humaine (couleur bleu foncé) et d’alimentation (en gris) sont liées. Ce marqueur illustre le besoin de retrouver une logique de « bons moments ». Celle-ci lie la consommation de produits alimentaires vertueux au besoin de se retrouver ensemble dans une logique hédonique. Les initiatives présentées par ces récits fonctionnent sur un rythme événementiel et s’appuient sur le besoin de créer des temps d’échange, de partage et de vie sociale.
Sur la partie droite, on distingue le besoin d’inscription territoriale (couleur rose), la question de l’agriculture vertueuse (en rose-violet), les enjeux de financement et d’énergie (en rouge), et enfin la dimension éducative (bleu-vert clair). Ces thèmes constituent autant de manières de mobiliser concrètement la transition avec une dimension territoriale : modèle économique, inscription locale en lien avec les projets des collectivités, sensibilisation des populations, modèles de production énergétique et agricole à réinventer…
Au centre du schéma, enfin, on retrouve les éléments pivots desquels s’articulent toutes les thématiques des récits : l’insertion et l’emploi. Ceci montre que les récits de la transition écologiques ne sont pas nécessairement utopiques : le réalisme économique et social des modèles socio-environnementaux est crucial pour créer du dynamisme économique et de l’emploi.
Les fêtes en famille sont révélatrices de la façon dont l’écologie s’invite désormais dans les discussions entre générations. Lucile Schmid y voit un signe encourageant : si le sujet a disparu des débats politiciens, il s’est au contraire imposé dans notre quotidien et dans nos choix de vie.
Pour ce qui est des domaines d’activité des initiatives étudiées, on remarque une légère prédominance de l’innovation sociale, qui regroupe notamment les tiers-lieux et écolieux, et plus généralement les espaces qui tentent de réinventer des modalités économiques et sociale. En deuxième position, on retrouve l’économie circulaire et le réemploi, puis les activités agricoles et alimentaires, et enfin l’engagement d’acteurs publics locaux et des collectivités.
Distribution des récits par domaine d’activité. Ademe, 2025, Fourni par l’auteur
Étonnamment, on remarque que les métiers spécifiquement liés à l’environnement et à la biodiversité (en tant que secteurs d’activité économique) sont minoritaires parmi les 559 initiatives. Pourtant, le graphe ci-dessous montre qu’il s’agit du premier sujet mobilisé par les récits d’initiatives emblématiques.
Distribution des sujets de récits. Ademe, 2025, Fourni par l’auteur
Ainsi, si l’environnement n’est pas toujours porteur lorsqu’il est en première ligne des initiatives, il est systématiquement associé aux initiatives comme élément d’accompagnement ou d’amplification.
Des récits qui dépendent des secteurs mais aussi des territoires
Afin de permettre une analyse du corpus la plus fine possible, plusieurs paramètres ont été définis dans le logiciel d’analyse pour représenter des informations récurrentes qui constituent de véritables « variables » des récits. Il s’agit de la date de création de l’initiative, de sa région, son département, le type de territoire, la forme juridique, le métier principal, le ou les objets de l’activité, le nom de l’activité…
En n’affichant que ces grandes catégories de variables, le graphe livre de nouveaux résultats. Par exemple, on remarque que le récit de convivialité semble prédominer en région Bretagne et concerne tout particulièrement les tiers-lieux.
Citons quelques-uns de ces tiers-lieux, visibles sur le graphe : la Manufacture des Capucins dans l’Eure, la Maison Glaz dans le Morbihan, ou encore la Maison du Colonel à Amiens. Cela ne signifie pas que la convivialité soit le seul récit porté par les initiatives étudiées, mais que ces tiers-lieux constituent, en termes de narratif, des moteurs nationaux pour associer la dimension de la convivialité à celle de la transition écologique.
Ainsi, parmi les grands enseignements de cette étude, on remarque que les récits de transition écologique en France reposent sur trois piliers :
Les trois dimensions des récits de transition écologique en France. Ademe, 2025, Fourni par l’auteur
l’attachement au territoire et à ses réalités locales,
le besoin de liens sociaux pour créer de l’engagement convivial et désirable autour de la transition,
et la stimulation d’une véritable transformation culturelle des modes de vie et des comportements.
Ces récits sont précieux pour inciter à l’optimisme en ces temps de backlash écologique. Mais cette étude laisse une question en suspens : les récits qui sous-tendent la transition écologique sont-ils comparables ailleurs dans le monde ? Adopter une approche comparative entre différents pays permettrait d’identifier les leviers communs sur lesquels s’appuyer en priorité.
La Commission européenne1 a publié en novembre 2025 le guide opérationnel sur l’agroécologie, une ressource de référence pour accompagner la transformation des systèmes agricoles et alimentaires. Pensé comme un outil opérationnel, ce guide permet de mieux comprendre ce que recouvre l’agroécologie aujourd’hui, en s’appuyant sur les 13 principes agroécologiques du Groupe d’experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition (HLPE-FSN)2. Il apporte des repères concrets pour intégrer l’agroécologie dans les politiques publiques, les programmes de coopération et les actions de terrain.
Le guide aborde les grands enjeux actuels, du changement climatique à la sécurité alimentaire, en passant par les revenus agricoles, le genre, la biodiversité, l’eau, la santé et les territoires. Il propose également des outils méthodologiques, des exemples d’interventions, des approches d’évaluation et des ressources de formation.
ÉVOLUTION HISTORIQUE DE L’AGROÉCOLOGIE
Une ressource structurante pour toutes celles et ceux qui travaillent, au quotidien, sur les transitions agroécologiques
CADRE CONCEPTUEL DES PRATIQUES AGROÉCOLOGIQUES
Qu’est-ce que l’agroécologie ?
L’agroécologie est un concept qui a évolué en un siècle. Il n’en existe pas une définition unique mais un grand nombre qui reflètent les préoccupations et les engagements des différents auteurs et praticiens.
LES CINQ NIVEAUX DE L’AGROÉCOLOGIE SELON S. GLIESSMAN
La perspective scientifique et technique adoptée par le HLPE en 2016 lorsqu’il décrivait l’agroécologie comme « l’application de concepts et de principes écologiques aux systèmes agricoles, en se concentrant sur les interactions entre les plantes, les animaux, les humains et l’environnement, pour favoriser le développement agricole durable afin d’assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de tous, aujourd’hui et demain » est devenue par trop restrictive.
COMPARAISON ENTRE DEUX MODÈLES AGRICOLES
Le concept s’est complexifié pour s’intéresser aux systèmes agroalimentaires dans leur ensemble, et pas seulement aux systèmes agricoles, en dépassant le clivage entre les dimensions scientifiques et techniques de l’agroécologie et ses dimensions sociales et politiques, et en adoptant une perspective holistique.
LES DIFFÉRENTES TRANSITONS AGROÉCOLOGIQUES
La conception de l’agroécologie qui en découle, largement partagée aujourd’hui, est celle d’une approche transdisciplinaire, participative et orientée vers l’action, relevant tout à la fois d’une science transdisciplinaire, d’un ensemble de pratiques et d’un mouvement social.
LIENS ENTRE LES 10 ÉLÉMENTS DE LA FAO, LES 13 PRINCIPES DU HLPE ET LES 5 NIVEAUX DE L’ÉCHELLE DE GLIESSMAN
via sa Direction générale des partenariats internationaux ↩︎
Le Groupe d’experts de haut niveau sur la sécurité alimentaire et la nutrition (en anglais, High Level Panel of Experts for food security and nutrition, HLPE-FSN) est l’interface science-politique du du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) des Nations unies. C’est l’organe des Nations Unies en charge de l’évaluation de la science liée à la sécurité alimentaire et à la nutrition au niveau mondial. Il fournit une analyse indépendante et élabore ses études par le biais d’un processus scientifique, transparent et inclusif. ↩︎
Initié en 2008, OSAÉ est un centre de partage des savoirs et savoir-faire techniques en agroécologie. Ce site s’appuie sur des exemples concrets et présente des témoignages d’agriculteurs et agricultrices qui expérimentent des solutions pour engager les transitions.
Guide pour l’évaluation de l’agroécologie
Ce guide, conçu sous la direction du Groupe de travail sur les transitions agroécologiques (GTAE), a trois objectifs :
1) aider les acteurs du développement à mieux concevoir leurs interventions (projets, programmes, politiques publiques) ;
2) créer des références sur les performances agroenvironnementales, économiques et sociales de l’agroécologie ;
3) accompagner les paysans à mieux analyser et évaluer les résultats de leurs pratiques.
Il est articulé autour de fiches d’évaluation. Il est utilisable à différentes échelles (de la parcelle ou de l’unité d’élevage à l’exploitation agricole dans son ensemble, jusqu’au territoire), pour des évaluations ponctuelles ou dans une démarche de suivi-évaluation.
En complément de TAPE (cf. ci-dessus), il propose une analyse des conditions de développement de l’agroécologie dans un territoire donné. Il consacre une place significative aux questions de l’impact de la transition agroécologique sur l’égalité femme-homme et de l’autonomisation des femmes.
Des pénuries alimentaires à la perte de biodiversité, les conséquences du changement climatique comptent parmi les plus grandes menaces auxquelles notre monde est aujourd’hui confronté.
Les citoyens européens bénéficient de normes environnementales parmi les plus strictes au monde.
L’UE et les gouvernements nationaux ont fixé des objectifs clairs pour orienter la politique environnementale européenne avec le soutien de programmes de recherche, d’actes législatifs et de financements spécifiques.
Dans un contexte de crise agricole profonde, les agriculteurs et agricultrices français·es souhaitent faire entendre leur voix et aussi montrer leur savoir-faire en faveur d’une agriculture de qualité, au bénéfice de la santé humaine et de la santé de l’environnement.
Partout en France, pour tous les systèmes de production, la biodiversité est en effet une alliée précieuse pour limiter les intrants, rendre les exploitations plus autonomes et résilientes face au changement climatique, favoriser les auxiliaires de cultures et lutter contre les ravageurs…
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