Face à la concentration du marché du livre et à la polarisation croissante des ventes autour de quelques best-sellers, une nouvelle maison d’édition indépendante entend rebattre les cartes. Blitz revendique un modèle économique fondé sur la prévente, une rémunération plus juste des auteurs et de faire de chaque livre un événement éditorial.Entretien Cdurable avec Jean-Samuel Kriegk
Dans un paysage éditorial dominé par quelques grands groupes, où près de 70 % du marché est concentré entre quatre acteurs majeurs, la place des maisons indépendantes se réduit. Les chiffres récents confirment la tendance : le marché recule, les ventes se concentrent, les retours augmentent, et une part significative des ouvrages finit au pilon. À cette fragilité économique s’ajoute une concentration accrue de la distribution et de la diffusion, qui complique encore l’accès au public pour les éditeurs indépendants.
C’est dans ce contexte que la nouvelle maison d’édition indépendante Blitz naît aujourd’hui comme une alternative à un paysage éditorial concentré. Un contre-pouvoir éditorial fort, adossé à une stratégie de financement et de promotion innovante d’essais et de bandes dessinées dans le débat public.
Blitz est fondée par Jean-Samuel Kriegk (ex-DG de KissKissBankBank), Thomas Mignot (entrepreneur culturel), Denis Robert et Françoise Holzer (fondateurs de Blast) ainsi que Soumaya Benaissa (coordinatrice éditoriale de Blast). Ensemble, ils ambitionnent de bâtir un modèle plus durable, plus transparent et plus équitable pour les auteurs comme pour l’ensemble de la chaîne du livre.
Nous avons interrogé Jean-Samuel Kriegk sur la genèse du projet, son positionnement éditorial et la manière dont Blitz entend s’inscrire durablement dans le débat culturel.
Cdurable.info : la naissance de Blitz est-elle d’abord une maison d’édition ou un acte politique ?
Jean-Samuel Kriegk : C’est un peu les deux, mais d’abord la création d’une maison d’édition indépendante. On connaît la concentration médiatique très forte : aujourd’hui, 80 % de la presse appartient à une poignée de milliardaires. Dans le livre, la situation est comparable : environ 70 % du marché est contrôlé par quatre grands groupes, dont Hachette, Editis, Madrigall ou Média-Participations.
Dans ce paysage déjà très concentré, le marché du livre se polarise de plus en plus. Les chiffres 2025 viennent de tomber : le secteur recule encore de 1,6 %. Cela peut sembler faible, mais c’est significatif. Surtout, les ventes se concentrent sur un tout petit nombre de best-sellers. Il devient de plus en plus difficile pour des livres indépendants de trouver leur place.
C’est pour cela que nous arrivons avec un nouveau modèle économique, inspiré de mon expérience à la tête de KissKissBankBank. Il repose sur la prévente et le financement participatif, puis sur un travail classique en librairie. Pour la diffusion, nous nous appuyons sur Actes Sud, qui assurera la présence des ouvrages en librairie.
Chaque livre aura donc deux phases : une première phase de prévente en ligne, où l’on mobilise directement les lecteurs, puis une seconde phase en librairie. Nous tenons à défendre les libraires indépendants, eux aussi confrontés à la concentration du secteur, notamment dans la distribution. Quand on voit les mouvements autour de la Fnac ou les opérations financières de grands groupes, on constate que la concentration touche tous les niveaux de la chaîne. Dans cette bataille, il faut des éditeurs indépendants.
Votre passage par KissKissBankBank est-il la suite logique de votre réflexion ?
Oui, clairement. J’ai dirigé la plateforme pendant quatre ans, après avoir piloté le pôle culture. Nous avons testé énormément de campagnes, avec des succès et des échecs. Petit à petit, nous avons compris comment animer une campagne et valider ou non un projet éditorial.
On ne le dit jamais assez, mais l’échec peut être vertueux. Il vaut parfois mieux découvrir qu’un livre n’a pas de potentiel au moment d’une campagne de crowdfunding plutôt que d’investir massivement dans un ouvrage qui finira au pilon. En France, 17 % des livres partent au pilon. C’est un désastre économique et écologique : du papier détruit, des transports inutiles.
Le financement participatif permet de tester un projet auprès de lecteurs réels. Mais cela suppose d’avoir une communauté et de réussir à la mobiliser pendant 40 à 45 jours.
Pour notre premier livre, Le Mensonge et la Colère de Denis Robert, nous coéditons avec Blast. Nous partageons les coûts et les revenus. Blast dispose d’une communauté engagée de plus d’1,5 million d’abonnés sur YouTube. Les lecteurs comprennent que précommander le livre, c’est soutenir une maison indépendante en construction.
Le lecteur d’aujourd’hui veut participer à la naissance d’un projet, donner du sens à son acte d’achat. Sur notre page de campagne, des centaines de messages de soutien le montrent clairement.
Aidez à lancer BLITZ, une nouvelle maison d’édition engagée en précommandant sur Ulule le Livre “Le Mensonge et la Colère”, par Denis Robert
La prévente agit-elle aussi comme un levier marketing ?
Oui, et c’est un point essentiel. Les taux de transformation sur une campagne sont faibles : il faut parfois que 200 à 500 personnes voient une page pour qu’une seule contribue. Mais cela signifie que pour chaque vente, des centaines de personnes ont entendu parler du livre.
C’est une formidable campagne de notoriété. Lorsque le livre arrive en librairie, il n’est plus inconnu : la couverture a circulé, le sujet a été évoqué, des lecteurs l’attendent déjà. Certains éditeurs de bande dessinée m’ont confié qu’ils vendaient en une semaine ce qu’ils vendaient auparavant en un an, grâce à ce modèle. La prévente permet d’asseoir la trésorerie et de réduire le risque, dans un métier où seul un livre sur cinq, parfois un sur dix, rentre réellement dans ses frais.
Si la campagne ne fonctionne pas, renoncez-vous au projet ?
Oui. Le budget total d’un livre comme celui-ci, campagne comprise, tourne autour de 75 000 euros. Pour une jeune maison, c’est considérable. Nous avons fait le choix de ne pas lever de fonds et de laisser le modèle s’auto-alimenter par le succès des campagnes. Si nous n’atteignons pas un seuil minimal, autour de 50 000 euros, nous ne rentrons pas dans nos frais. L’objectif est 75 000 euros. En dessous, le livre peut exister, mais la trésorerie serait fragilisée.
À terme, si la maison se consolide, nous pourrons prendre davantage de risques.
HORIZON 2027 : ENSEMBLE, NOS LIVRES DEVIENNENT ACCESSIBLES
Blitz est-elle une émanation de Blast ?
Non. Il y a parfois confusion. Blast est une coopérative d’intérêt collectif. Blitz est une société par actions simplifiée. J’ai proposé à Blast de porter le projet au départ, mais l’équipe a estimé que l’édition n’était pas son métier. Nous avons donc créé Blitz.
Je suis associé avec Denis Robert et deux autres personnes liées à Blast, qui sont actionnaires minoritaires. Nous avons un contrat de coédition validé sans conflit d’intérêt. Certains livres seront coédités avec Blast, comme le premier, largement composé d’entretiens issus de la chaîne. Mais Blitz ne se limitera pas à cela. Nous discutons avec des militants, des créateurs et des influenceurs engagés sur l’écologie ou la justice sociale, sans lien avec Blast.
Votre ligne éditoriale est clairement positionnée. N’y a-t-il pas un risque d’entre-soi ?
Notre ambition est précisément d’élargir le lectorat. Nous ne voulons pas publier pour un public déjà acquis. Le livre de Denis Robert est conçu comme un ouvrage populaire, accessible, pédagogique.
Nous avons retravaillé les entretiens pour les rendre fluides et compréhensibles. Nous avons ajouté des notes, des contextualisations, des repères historiques. L’objectif est de proposer un véritable outil d’émancipation intellectuelle. Nous assumons une ligne éditoriale, justice sociale, écologie, féminisme, mais nous ne voulons pas être dans la réaction. Nous voulons proposer des livres solides, argumentés, accessibles.
Vous promettez une meilleure rémunération des auteurs. Comment ?
La prévente change la donne. Le panier moyen est supérieur au prix du livre, car les contributeurs achètent souvent des contreparties. Surtout, il n’y a pas d’intermédiaires sur cette phase. Nous avons donc mis en place un contrat en deux temps : une répartition plus favorable à l’auteur pendant la prévente et des taux plus classiques en librairie.
En librairie, l’éditeur perçoit moins de la moitié du prix du livre, et doit absorber tous les coûts. En revanche, si la campagne dépasse certains seuils, l’auteur peut percevoir une avance bien supérieure à celle proposée par un éditeur traditionnel.
Autre différence : cette avance n’est pas récupérable comme un avaloir classique. Dès l’arrivée en librairie, l’auteur touche des droits dès le premier exemplaire vendu.
À quoi ressemblera Blitz dans cinq ans ?
Nous ne voulons pas devenir un acteur massif ni entrer dans une logique de surproduction. Cette économie pousse souvent à publier toujours plus pour compenser les pertes. Cela ressemble parfois à une fuite en avant.
Nous préférons publier peu, peut-être trois livres la première année, puis au maximum une dizaine par an, et bien travailler chaque sortie. La campagne de prévente nous donne un indicateur fort. Elle permet d’ajuster les tirages et de limiter les retours. C’est un outil de régulation.
Dans cinq ans, j’espère que nous aurons prouvé qu’on peut faire moins de livres, mais mieux ; atteindre l’équilibre pour chacun d’eux ; rémunérer correctement tous les acteurs ; et réduire le risque économique. L’objectif n’est pas de faire du profit à tout prix. L’objectif est de construire un modèle plus juste, plus durable, et plus responsable pour toute la chaîne du livre.
Face à la hausse du prix de l’eau potable et aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, la récupération d’eau de pluie s’impose comme une solution à la fois écologique et stratégique. Que ce soit pour l’arrosage du jardin, le nettoyage extérieur, l’alimentation des WC ou encore certains usages domestiques non potables, stocker l’eau de pluie permet de réduire significativement sa consommation d’eau potable.
Citerne souple Eau de Pluie
Parmi les différentes options disponibles sur le marché, la citerne souple eau de pluie séduit de plus en plus de particuliers et de professionnels pour sa flexibilité, sa simplicité d’installation et son excellent rapport qualité/prix.
Pourquoi récupérer l’eau de pluie ?
En moyenne, près de 50 % de l’eau potable utilisée dans un foyer ne nécessite pas une qualité alimentaire. L’arrosage, le lavage des sols, le remplissage d’un bassin ou le nettoyage de véhicules peuvent parfaitement être réalisés avec de l’eau de pluie.
Installer un système de récupération permet donc :
De réduire jusqu’à 50 % sa facture d’eau
De préserver les ressources naturelles
De gagner en autonomie face aux restrictions estivales
De valoriser son bien immobilier
Dans certaines régions particulièrement exposées aux périodes de sécheresse, comme le sud de la France, disposer d’une réserve d’eau devient même un véritable atout stratégique.
La citerne souple : une alternative moderne aux cuves traditionnelles
Contrairement aux cuves enterrées en béton ou aux réservoirs rigides, la citerne souple présente de nombreux avantages techniques.
Fabriquée à partir d’un tissu technique haute résistance avec enduction PVC, elle est conçue pour résister aux UV, aux intempéries et aux températures extrêmes allant de -30°C à +70°C. Sa structure flexible lui permet d’épouser la forme du sol et de s’adapter à des configurations variées : jardin, vide sanitaire, sous terrasse ou terrain contraint.
Autre avantage majeur : son installation rapide. Une surface plane et stabilisée suffit, sans nécessité de permis de construire dans la majorité des cas. En quelques heures seulement, la réserve est opérationnelle.
Des capacités adaptées à tous les besoins
La récupération d’eau de pluie ne se limite pas aux petits volumes. Selon la surface de toiture et les besoins en consommation, il est possible d’installer des capacités allant de 1 m³ à 600 m³.
Pour un usage domestique classique (arrosage et entretien extérieur), une citerne de 5 000 à 10 000 litres peut suffire. En revanche, pour une exploitation agricole, un grand jardin paysager ou un usage semi-professionnel, des volumes plus importants comme 30 000 litres ou davantage seront plus adaptés.
Le choix du volume dépend principalement :
De la surface de toiture disponible
De la pluviométrie locale
Des usages envisagés
De l’espace d’installation
Une étude personnalisée permet d’optimiser la capacité afin d’éviter le surdimensionnement ou, à l’inverse, une réserve insuffisante.
Une solution sur mesure et fabriquée en France
Pour garantir performance et durabilité, il est essentiel de choisir un fabricant reconnu. Spécialiste français du stockage d’eau, Citerpack propose une large gamme de solutions personnalisables, adaptées aux contraintes techniques de chaque projet.
Les citernes sont disponibles en plusieurs modèles (Standard, Select, Ultra, Giga) et peuvent être configurées selon vos besoins spécifiques en termes de dimensions, d’accessoires et de capacité.
Pour découvrir en détail les solutions de récupération d’eau de pluie proposées, consultez la page dédiée à la citerne souple eau de pluie et bénéficiez d’une étude gratuite réalisée par un expert.
Vers une gestion responsable de l’eau
Dans un contexte de tension sur les ressources hydriques, adopter une citerne souple pour récupérer l’eau de pluie est un choix responsable, économique et durable. Facile à installer, adaptable à presque tous les terrains et conçue pour durer, elle répond parfaitement aux enjeux environnementaux actuels tout en offrant un réel confort d’utilisation.
Investir dans la récupération d’eau de pluie aujourd’hui, c’est anticiper les contraintes de demain tout en réduisant immédiatement ses dépenses.
À l’heure où l’écologie oscille entre discours alarmistes et injonctions morales, peut-elle encore susciter l’adhésion plutôt que la lassitude ? Les éditions Desclée de Brouwer publient « Comment rendre l’écologie désirable ? » d’Olric de Gélis et de Jean-Marc Jancovici, dans la collection Les Débats du Collège des Bernardins. Issu d’une confrontation intellectuelle exigeante entre un théologien et un ingénieur spécialiste du climat, l’ouvrage explore un désaccord central. La transition écologique doit-elle s’imposer par la contrainte des limites physiques ou s’enraciner dans une transformation culturelle et spirituelle de notre rapport au monde ?
Comment faire de la transition écologique non plus une contrainte, mais un projet désirable et partagé ? Olric de Gélis et Jean-Marc Jancovici ont échangé autour de cette question essentielle avec réalisme et exigence au Collège des Bernardins. Leurs échanges ont été retranscris dans le livre « Comment rendre l’écologie désirable » aux éditions Desclée de Brouwer.
Les chiffres sont sans appel. Selon un baromètre de l’Ademe publié à l’automne 2024, seuls 9 % des Français placent aujourd’hui l’environnement en tête de leurs préoccupations. Plus inquiétant encore, le climato-scepticisme progresse : 38 % des Français s’en réclament désormais, contre 25 % cinq ans plus tôt. Comment expliquer ce décrochage, alors même que les alertes scientifiques se multiplient et que les impacts du dérèglement climatique sont de plus en plus visibles ?
C’est à cette question que tente de répondre « Comment rendre désirable l’écologie ?« , fruit d’un échange organisé au Collège des Bernardins entre Jean-Marc Jancovici, expert énergie-climat bien connu du grand public, et Olric de Gélis, prêtre, docteur en théologie et directeur du pôle de recherche du département Humanités environnementales des Bernardins.
Olric de Gélis défend une conviction singulière. L’écologie ne pourra s’imposer durablement que si elle devient désirable. Nous l’avons interrogé sur ce point de bascule, entre contrainte et promesse, sobriété et joie.
Entretien avec Olric de Gelis
Olric de Gélis, Directeur du Pôle de Recherche du Collège des Bernardins
Cdurable.info : Pouvez-vous nous dire ce qu’est le Collège des Bernardins, puisque c’est dans ce lieu que s’est déroulé votre débat avec Jean-Marc Jancovici ?
Olric de Gélis :Le Collège des Bernardins, très factuellement, c’est d’abord un ancien bâtiment monastique. Il a été construit par les cisterciens au XIIIe siècle. Comme beaucoup de bâtiments religieux, il a été repris par la République au moment de la Révolution française, puis il a connu différents usages au fil des siècles.
Il a servi d’entrepôt, de lieu de stockage, je crois même de dépôt de munitions à une époque. Il a été école et surtout, c’est ainsi que les habitants du quartier le connaissaient encore récemment, une caserne de pompiers. Au début des années 2000, il a été racheté par le diocèse de Paris. Il y a eu une très grande phase de rénovation, parce que le bâtiment avait évidemment subi les transformations liées à tous ces usages successifs.
L’objectif de l’archevêque de Paris de l’époque, le cardinal Lustiger, était double. D’abord en faire un lieu de formation en théologie, notamment pour les futurs prêtres. Mais surtout, et c’est très important pour nous, en faire un lieu de dialogue avec le monde. Le cardinal Lustiger pensait qu’on ne pouvait vivre sa foi chrétienne de manière sereine qu’en la confrontant aux questions du monde, aux convictions diverses, y compris religieuses. Lui-même était d’origine juive. Il a donc beaucoup développé le dialogue judéo-chrétien. Nous avons même une yeshiva ici. Juifs et chrétiens travaillent ensemble selon le modèle d’une école talmudique. Le pôle de recherche dont je suis le directeur a pour mission, en particulier, d’orchestrer la question du dialogue avec le monde à partir des grandes questions du moment, dont la question écologique.
En quoi ce cadre particulier permet-il d’aborder l’écologie autrement que dans les arènes politiques ou médiatiques ?
C’est une très bonne question. Nous ne prétendons pas faire mieux que les autres. Nous ne disons pas : « regardez, nous avons la solution ». Ce n’est pas ça. Le pôle de recherche compte 25 projets : écologie, intelligence artificielle, éthique de la santé, sens du travail, géopolitique, y compris des travaux sur le conflit russo-ukrainien ou Israël-Gaza.
Notre conviction est que ces questions sont trop complexe pour être laissées uniquement aux décideurs, aux spécialistes ou aux militants. Nous voulons rassembler ces acteurs autour de programmes de recherche longs.
Nous, ce qu’on voudrait, c’est rassembler tous ces gens-là, avec une très forte connotation académique et de recherche, autour de programmes longs de réflexion, en disant que ces questions sont complexes et profondes, et qu’il faut qu’ensemble on apprenne à les creuser.
Ma mission, en tant que directeur du pôle, c’est de veiller à ce que chacun des 25 projets ait son équipe de recherche, entre 10 et 40 personnes, et dans chacune de ces équipes, on place un ou deux théologiens. C’est là notre spécificité. Nous avons des corpus de textes bibliques et théologiques que nous voulons partager avec des chercheurs de tous horizons.
On ne raisonne pas par argument d’autorité. On fait des propositions, on se prête au débat contradictoire. J’accepte que des chercheurs ne partagent pas ma foi ou ne soient pas d’accord avec moi. Mais j’ai l’espérance qu’en travaillant bien les sujets, il y a quelque chose qui peut aider. Le pôle existe depuis 2008. On va bientôt fêter ses 20 ans. Il y a plus de 270 chercheurs, 25 projets. Cela reste modeste à Paris, mais ça attire du monde. On est un peu en dehors des cadres contraints de l’université, avec une très grande liberté académique.
Olric de Gélis et Jean-Marc Jancovici examinent ce qui freine encore l’action écologique : un discours souvent perçu comme moralisateur, la crainte d’un renoncement à nos libertés, et cette tension persistante entre la fin du mois et la fin du monde, mise en lumière par le mouvement des Gilets jaunes.
« Je pense que la vraie question, c’est la question du bonheur »
Venons-en à l’écologie. Le vrai problème n’est-il pas existentiel plus qu’écologique ? Avons-nous oublié de nous demander ce qui nous rend heureux ?
C’est une question qui résonne très fort pour moi. D’ailleurs, c’est ce qu’on finit par se dire, en fait, dans ce débat et dans le livre. C’est-à-dire qu’au fond la vraie question, c’est : qu’est-ce que l’on veut ? Que voulons-nous faire ? Je propose une distinction entre une pensée de type normative et une pensée de type générative.
Ce que je veux dire par là, c’est qu’une pensée normative, c’est la pensée de la contrainte. Et je crois qu’effectivement l’écologie souffre énormément de cette pensée de la contrainte. Attention, ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas nécessaire. Mais c’est un registre de pensée.
Il y a un autre registre de pensée, ou un autre registre de propositions, qui sont des propositions génératives, c’est-à-dire des propositions qui vont toucher aux motivations profondes des gens. Qu’est-ce qu’on veut ? Comment est-ce qu’on se motive ? Comment est-ce qu’on embarque les gens sur un projet ? Et ça, je crois que c’est quelque chose qui doit impérativement être fait.
C’est beaucoup plus difficile, dans une période d’urgence, de proposer un langage génératif. C’est beaucoup plus simple, dans une période d’urgence, de recourir au normatif. A force de dire attention, il ya urgence, des catastrophes, on finit par produire une démobilisation des gens. Et le seul recours que l’on a, en fait, c’est le normatif.
Je pense que la vraie question, c’est la question du bonheur. C’est une question qui est tout à fait éclipsée, qui n’est plus traitée aujourd’hui en politique ou même en éthique. Mais la vraie question, c’est cette question du bonheur. Qu’est-ce qu’on veut au fond ? On veut quoi ? Et cette question, il faut qu’on y réponde de manière individuelle et collective. C’est la difficulté.
Olric de Gélis est prêtre, docteur en théologie et directeur du Pôle de recherche du Collège des Bernardins, où il est également co-directeur du département Humanités environnementales. Il est spécialiste de la pensée du pape François sur l’écologie.
« L’écologie est une affaire de relation »
Comment alors sortir d’une écologie perçue comme punitive ?
Ce que j’essaie de défendre dans le livre, c’est que l’écologie est une affaire de relation. Je suis assez frappé quand je réfléchis. C’est quoi la cause profonde de la crise écologique ? Je pense que c’est l’individualisme. Un individualisme qui est proposé comme mode de vie, comme vision du monde.
Vous pouvez l’analyser au niveau des individus avec la surconsommation ou l’accumulation. Vous pouvez l’analyser au niveau des collectifs avec des entreprises qui accumulent et qui ont du mal à partager. Au niveau des nations avec des logiques de prédation sur des territoires annexes ou sur des ressources naturelles qui ne sont pas justes.
Tout ça, c’est la pensée du « moi d’abord ». Et cette dureté de cœur à l’égard de son prochain, ou à l’égard d’autres collectifs ou d’autres nations, se retourne immanquablement contre la nature. Pour moi, le point est là. Un des moyens de revenir à la question écologique, c’est de travailler la sagesse des relations.
Vous parlez de cosmologie. Que signifie ce mot ?
La cosmologie, c’est une manière de nous représenter le monde et la vie, et de leur donner du sens.
Ce type de réflexion doit impérativement trouver sa place dans le débat écologique. Parce qu’il est impossible de passer directement d’un discours scientifique ou technique à des applications politiques sans retomber dans une écologie punitive. La cosmologie, c’est une manière de dire : quel monde je veux ? Comment je me représente le monde ? Quel sens je lui donne ? À quoi est-ce que je tiens ? L’individualisme est une cosmologie. C’est une manière de me représenter le monde comme si j’étais seul.
C’est ce que le pape François appelle dans dans son encyclique Laudato si’ la « culture du déchet ». Je prends quelque chose ou quelqu’un, je l’utilise comme ressource, puis je le jette. Je transforme toutes les réalités du monde en objets dont je peux me saisir.
À l’inverse, la culture de la relation dit : ce que j’ai en face de moi n’est pas seulement un objet. C’est autre chose. Les sciences du système Terre montrent très bien un monde où toutes les réalités sont reliées les unes aux autres. Elles sont toutes en interaction les unes avec les autres. Et ça, c’est extrêmement intéressant, parce que ça veut dire que les êtres n’existent pas de manière monadique, comme s’ils étaient seuls. En réalité, ce qui les fait exister, ce qui les fait survivre, ce qui les fait vivre, c’est le lien, ce sont les relations.
Le Pape François et l’écologie : Lettre encyclique Laudate Si’
« Il est temps de rêver »
Vous insistez d’ailleurs beaucoup dans le livre sur cette relation au collectif, au faire ensemble.
Oui, tout à fait. Je ne crois pas que ce soit naïf de penser cela. Je pense que c’est utopique, peut-être à certains endroits, ça c’est sûr. Mais l’utopie est là aussi pour nous aider à projeter un imaginaire politique. Pour moi, l’utopie a une très grande valeur.
Ce que je ne dis pas dans le livre, mais qui est important pour moi : le pape François dans une encyclique qui s’appelle Fratelli Tutti, dont je m’inspire pour dire tout ça, commence en disant : « Il est temps de rêver. » Et je pense que oui. Je ne dirais pas simplement le rêve, mais l’utopie comme lieu de créativité politique est, à mon avis, cruciale.
« On ne pourra pas traiter la question écologique sans le politique, pas la politique partisane, mais l’organisation collective »
Vous parlez d’une responsabilité devenue planétaire. Mais comment peut-on avoir cette dimension alors que nous sommes dans une société d’individualisme ?
Oui, elle est planétaire parce que les liens sont planétaires. Mon mode de vie aujourd’hui est en train de détruire le mode de vie des gens de l’île de Tuvalu, par exemple, dans le Pacifique Sud, en faisant monter les eaux. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’on se trouve confronté à une responsabilité à cette échelle.
Après, la grande question, c’est : comment est-ce qu’on fait ? C’est peut-être la seule fois dans l’histoire de l’espèce Homo sapiens qu’on se trouve confronté à cette question. Donc il existe peu de cas du passé sur lesquels on peut s’appuyer.
En revanche, on a quand même une chance absolument incroyable aux XXe et XXIe siècles c’est de disposer d’institutions internationales. Même si ça ne fonctionne pas très bien encore.
Je crois beaucoup en la valeur des institutions. Et là, c’est une connotation politique, au sens du politique, pas de la politique. On ne peut pas traiter la question écologique sans le politique. Je dis bien le politique : l’organisation de la cité, des cités, l’organisation des nations. Des organismes internationaux, qu’ils soient fondés par la communauté des nations, par des ONG… peu importe. Mais il faut des relations internationales normées. Il faut aussi un droit international. Des manières de régler les conflits juridiquement entre les nations.
Je me suis senti corroboré dans ces intuitions par un philosophe, Patrice Maniglier. Il a développé l’idée d’une cosmopolitique à l’heure de la crise écologique, qu’il appelle même une » Gaïapolitique « . Il joue sur les mots entre cosmos, géopolitique et Gaïa politique. Il avance un concept qui me parle beaucoup : l’empiètement des territoires. Les territoires empiètent les uns sur les autres. C’est ce que j’appelle l’extension planétaire de la responsabilité. Maniglier dit très bien qu’on a besoin d’institutions internationales, qu’il faut sans doute les réformer, les adapter à la question climatique, mais qu’on ne pourra pas traiter cette question sans elles.
Vous expliquez dans ce livre que notre conception moderne de la liberté est profondément liée aux énergies fossiles. Est-ce que ça veut dire qu’il va falloir renoncer à certaines libertés ou en inventer d’autres ?
Oui, alors notre type de liberté, en Europe occidentale, est quand même le lieu où philosophiquement on a pensé la liberté, avec notamment la philosophie des Lumières. Cette philosophie des Lumières est devenue un programme politique, elle a acquis une force politique et une force démocratique très forte grâce aux énergies fossiles.
Le charbon qui permet à des corps sociaux de défendre leurs propres intérêts de classe à l’égard des puissants. Le charbon sans les ouvriers, ça n’existe pas. Il faut des ouvriers pour extraire le charbon. Voilà donc ça c’est un point. C’est le XIXe siècle, ça donne la démocratie populaire, la démocratie de masse.
Et puis au XXe siècle, l’arrivée du pétrole va plutôt produire produire plutôt un type de démocratie individuelle. Pourquoi ? Parce que le pétrole précisément permet l’émergence de l’individu. On invente la voiture individuelle avec du pétrole, pas avec du charbon. On invente le packaging individuel avec du pétrole, pas du charbon.
Donc oui, on voit bien — alors ça je ne suis pas le seul à le dire — celui qui l’a vraiment pensé, posé en historien, c’est Timothy Mitchell dans un livre qui s’appelle Carbon Democracy et qui déploie cette thèse dans beaucoup d’autres ramifications. Et vous avez aussi un autre philosophe qui l’a un peu réfléchi, c’est Pierre Charbonnier. Maintenant la grande question qui se pose, c’est si on tient pour acquise cette analyse, et moi je la trouve pertinente, qu’est-ce qui se passe pour la suite ?
Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il va falloir, j’en suis absolument convaincu, inventer un autre type de liberté que simplement une liberté axée sur l’autonomie individuelle ou ce qu’on appelait autrefois l’émancipation. Je ne dis pas que ce n’est pas bien, attention, mais le projet émancipateur des individus ne suffit plus, parce que sinon ça produit cette cosmologie individualiste dont j’ai parlé.
Il faut retrouver une liberté qui est, j’ai envie de dire, une liberté de l’attachement. Mais c’est un projet qui est à l’inverse de la philosophie des Lumières. La philosophie des Lumières, c’est : on enlève tous les attachements justement. Donc il faut retrouver une philosophie des attachements.
Et puis il y a un deuxième point. Imaginez qu’on remplace les énergies fossiles par du tout électrique, ça va produire aussi un autre type de liberté. Imaginez par exemple qu’on trouve une surabondance d’énergie électrique parce qu’on a des éoliennes qui tournent tout le temps, on a du nucléaire qui tourne tout le temps et on a résolu le problème du stockage. Ça fait beaucoup de « si », mais imaginons.
En fait vous avez une abondance d’énergie, vous n’avez plus aucune limite. Et ça, c’est quelque chose auquel on doit réfléchir. Les énergies fossiles, elles tuent la planète, on est d’accord, mais elles ont quand même un avantage, c’est qu’elles nous relient à la planète justement. C’est-à-dire qu’une énergie électrique, ça peut être une énergie tout à fait abstraite dans laquelle on n’a plus aucun lien avec la terre.
Ce que dit quelqu’un comme Aurélien Barrau, avec une citation que m’a rapportée un de mes chercheurs, c’est : Vous prenez un bulldozer, vous le mettez avec des panneaux photovoltaïques et après vous pouvez très bien raser la forêt amazonienne avec.
Donc si on veut réinventer un projet de la liberté, moi je dirais qu’il y a au moins deux choses qu’il faut qu’on apprenne. Le premier est le lien, ce qui nous attache les uns aux autres et ce qui nous attache à ce à quoi on tient. Et puis il y a un deuxième point, c’est l’intégration des limites.
Et dans la mesure où, si on n’a plus aucun rapport avec la nature, avec les êtres, eh bien il faut qu’on s’apprenne les uns les autres à domestiquer nos limites. C’est un projet de liberté sur lequel il faut vraiment réfléchir. En fait je ne suis pas sûr qu’il existe tel quel.
« C’est pour cela que je parle d’amour des humains, mais aussi d’amour de tout le reste du vivant »
Dans un monde plus sobre, peut-on rester heureux ?Autrement dit, à quoi pourrait ressembler très concrètement cette vie désirable dans un monde plus sobre ?
Même avec des conditions d’existence dégradées, les humains ont encore la capacité d’être heureux.
Alors qu’est-ce qui rend heureux dans ces cas-là ? On peut en faire une liste très basique, mais c’est ce que je dis dans le livre, de manière un peu schématique : se réjouir de la naissance d’un enfant, du mariage d’un ami… de ces choses un peu basiques qui font la beauté de la vie. C’est tout simple mais je pense que c’est véritablement important.
Je pense que le sens profond de l’existence humaine, c’est quelque chose qui a à voir avec l’amour. C’est-à-dire être aimé et aimer. Les deux. Être aimé, on en a besoin, et rendre l’amour qu’on a reçu.
Aimer ce n’est pas forcément accumuler des richesses. Je pense que c’est surtout autour de cette question de l’amour, c’est-à-dire des liens, précisément, que les choses peuvent se nouer.
Pour moi c’est vraiment important. Le bonheur n’est pas quantitatif, il est qualitatif. Et la qualité de l’existence est liée à l’amour que je peux donner et que je peux recevoir. L’amour d’abord à l’égard du frère humain, mais également envers le non-humain. Tout le reste du vivant.
Dans la Bible, il y a ce précepte : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Il est question d’amour, et pour moi c’est le cœur de la révélation selon la foi chrétienne, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament. La question centrale est celle de l’amour du prochain.
Mais qui est mon prochain ? Est-ce seulement les hommes et les femmes que je côtoie ? Oui, évidemment, et c’est d’abord vers eux que cet amour doit se tourner. Mais si je veux réellement les aimer, alors je dois aussi prendre soin de la création, du reste du vivant. Pourquoi ? Parce qu’on est plus heureux dans un jardin que dans un dépotoir. Cela fait partie des expériences universelles de l’être humain.
C’est pour cela que je parle d’amour des humains, mais aussi d’amour de tout le reste du vivant.
Malgré cela, on observe aujourd’hui de la lassitude, de l’éco-anxiété, et aussi une forme persistante de climato-scepticisme.
Sur le climato-scepticisme, je crois qu’il faut être clair, scientifiquement, cette position ne tient pas. Nous n’avons jamais atteint un consensus aussi fort que celui des rapports du GIEC. Pour la partie scientifique seule, ce sont des dizaines de milliers d’études réanalysées. Il n’existe pas de consensus comparable sur d’autres sujets contemporains. Donc si une opinion climato-sceptique continue de circuler, ce n’est pas pour des raisons scientifiques.
Le problème n’est pas l’établissement des faits. Le problème est ailleurs. Il tient à la question que nous évoquions : qu’est-ce que nous voulons ? Voulons-nous l’accumulation de richesses et la multiplication de la puissance au détriment de la planète, de nos frères humains et du reste du vivant ? Ou voulons-nous autre chose ?
La question climato-sceptique est d’abord politique : éthique et politique. Le débat ne doit plus se situer uniquement sur le terrain scientifique, la démonstration est faite, mais sur celui des projections de société. Qu’est-ce que tu veux au fond ? Et es-tu prêt à en débattre ?
Cette question ne relève pas seulement des experts. Ils ont évidemment leur rôle, mais elle concerne chaque citoyen, y compris le plus modeste. Il faut parvenir à catalyser ce débat collectif.
« Moins il y a de liens entre les humains, moins il y aura de liens avec le reste du vivant. »
Si quelqu’un vous dit : je sais qu’il faut changer, mais je n’en ai pas l’envie ni l’énergie ?
Je pense qu’il existe plusieurs registres pour raviver le désir.
Le premier est celui de la description. Regarder ce que l’on voit aujourd’hui et ce que l’on ne voit plus. Nous avons tous fait l’expérience de la transformation massive des paysages en quinze ou vingt ans : artificialisation des sols, disparition des bosquets, multiplication des parkings de grandes surfaces — ce qu’on appelle parfois la « France moche ». Apprendre à décrire ces mutations est fondamental. L’un des freins à l’engagement écologique tient au manque d’émotion face à ces transformations. Il y a un vide émotionnel. Retrouver une capacité de description, c’est déjà retrouver une capacité d’être affecté.
Je prends un exemple simple. Depuis combien de temps n’a-t-on pas pu patiner sur les étangs du bois de Boulogne à Paris ? Cela fait des décennies. Cela dit quelque chose. Il faut apprendre à voir ce que ces absences signifient. Dans certains ateliers, nous avons développé des méthodes d’auto-description inspirées notamment de l’esprit de Bruno Latour, qui insistait sur cette attention première aux situations concrètes.
Un deuxième registre est celui de la relation. Si vous apprenez à faire attention aux personnes que vous croisez, vous apprendrez aussi à faire attention aux autres vivants. L’inattention aux humains est souvent corrélée à l’inattention au reste du vivant. L’écologie commence sur le palier : connaissez-vous vos voisins ? Les saluez-vous ? Vous intéressez-vous à leur vie ? Vous inquiétez-vous de leur absence ? Il ne s’agit pas d’être intrusif, mais de réapprendre la relation. Moins il y a de liens entre les humains, moins il y aura de liens avec le reste du vivant.
Dans le livre, je dis que pour honorer l’altérité humaine, il faut aussi passer par des altérités non humaines, et réciproquement. Comprendre l’altérité d’un arbre ou d’un animal éclaire notre compréhension de l’altérité humaine, et inversement.
Quelqu’un qui ne veut pas se lancer dans l’écologie, je lui dirais : commence par la question sociale. Engage-toi dans la relation aux autres. De fil en aiguille, la question écologique reviendra.
Un troisième registre consiste à entrer par un enjeu concret, par exemple l’alimentation. C’est une question qui nous touche directement parce qu’elle concerne notre santé, notre rapport au corps. S’y intéresser, c’est immédiatement toucher aux sols, à l’agriculture, aux pesticides — des dizaines de milliers de tonnes chaque année — aux logiques de marché. Ce n’est pas la faute des agriculteurs, mais celle d’un système. Comprendre cela peut redonner envie d’agir.
Comment rendre l’écologie désirable ? De Olric de Gélis et Jean-Marc Jancovici aux éditions Desclée de Brouwer
« La question est comment articuler le registre scientifique avec celui des valeurs, du sens, du désir ? »
Qu’est-ce qui vous oppose à Jean-Marc Jancovici ?
Concernant Jean-Marc Jancovici, je dirais d’abord que nous avons beaucoup de chance d’avoir quelqu’un capable d’expliquer des réalités complexes avec autant de clarté et de rigueur scientifique. Mais son langage reste un langage scientifique. Or la science connaît le global, le planétaire ; elle connaît peu la contingence des lieux et des individus.
Il est donc presque inévitable qu’un discours purement scientifique débouche sur une écologie de contraintes. Elle est nécessaire, mais elle ne peut pas être le seul registre. La question est comment articuler le registre scientifique avec celui des valeurs, du sens, du désir ?
Dès que l’on entre sur le terrain des valeurs, on se situe politiquement. Et cela complique les choses, notamment lorsqu’on s’adresse à des responsables publics. Je crois que la force de Jean-Marc Jancovici est aussi sa limite : il évite largement ce terrain.
« L’écologie ne doit pas être vécue comme un sacrifice permanent, mais comme une promesse »
Vous évoquez aussi Saint François d’Assise…
François d’Assise, Patron des écologistes
Saint François d’Assise, c’est une figure magnifique. Il conjugue une sobriété heureuse et un émerveillement profond devant le vivant. Mais sans tomber dans une forme d’animisme qui effacerait la singularité humaine.
Il existe une singularité de l’homme au sein du vivant, l’anthropocène le rappelle. Cette singularité implique une responsabilité. L’être humain est capable de poser des actes, d’organiser des actions collectives, politiques, internationales. C’est ce que j’appelle sa vocation : apprendre à prendre soin des réalités plus fragiles.
François d’Assise a compris la fraternité des créatures et leur dignité commune, tout en maintenant la responsabilité humaine, la nécessité d’une conversion, d’un cheminement, d’actes concrets d’amour, d’accueil, de renoncement et de générosité.
Au fond, je plaide pour une écologie de la joie et de l’espérance. Si la transition ne comporte aucune joie, elle ne tiendra pas. L’image du sabbat biblique me semble parlante : un temps pour s’arrêter, se réjouir, apprendre à habiter le monde.
L’écologie ne doit pas être vécue comme un sacrifice permanent, mais comme une promesse.
Extrait de « Comment rendre l’écologie désirable ? »
« On ne comprend plus nos forêts parce qu’on refuse de regarder le métabolisme du vivant. » En croisant les données de l’IPBES, l’ONF, l’INRAE, la FAO et des observatoires européens, Nicolas CAMPS, Conseiller environnemental et rédacteur scientifique, montre comment deux siècles de gestion forestière des “tiges de carbone” et quelques décennies d’agriculture chimique ont désactivé les boucles fonctionnelles qui faisaient tenir les forêts : insectes, oiseaux insectivores, chauves‑souris, champignons, bois mort, sols vivants, zones humides.
Nicolas CAMPS Conseiller environnemental et rédacteur scientifique
Dans cette tribune, Nicolas CAMPS nous rappelle la perte de près de 75% de la biomasse d’insectes, le déclin des oiseaux insectivores (≈ 40%), des chauves‑souris (–40 à –80%), la disparition du bois mort (≈ 1/3 de la biodiversité forestière) et l’impact direct des herbicides, fongicides et insecticides sur les mycorhizes, la glomaline et les cycles microbiens.
Il montre que la sécheresse est d’abord un phénomène biologique : quand on coupe la pompe biotique, les territoires cessent de condenser l’eau. L’enjeu est de sortir de la fiction “on replante et ça ira mieux” : une plantation monospécifique sur sol stérilisé n’est pas une forêt, c’est un décor.
Sa proposition est claire : passer d’une logique de stock à une logique de métabolisme et remettre au centre ce qui fait vraiment tenir une forêt, les cycles du vivant.
La France gère ses forêts comme un stock de bois
Depuis deux siècles, la France gère ses forêts comme un stock de bois. Cette vision, héritée du modèle napoléonien, a façonné un paysage forestier où l’arbre est considéré comme une unité de production, une “tige de carbone” à optimiser. Ce logiciel, conçu pour une époque où l’on ignorait tout de la thermodynamique du vivant, arrive aujourd’hui à son point de rupture. Car une forêt n’est pas un stock : c’est un métabolisme. Et un métabolisme ne fonctionne que si toutes ses boucles fonctionnelles eau, sol, insectes, champignons, oiseaux, chauves‑souris, strates végétales, bois mort sont intactes.
L’arbre n’est pas le début : c’est la fin
L’erreur fondatrice de la foresterie industrielle est d’avoir confondu structure et fonction. On a cru qu’en plantant des arbres, on reconstruisait une forêt. Mais l’arbre n’est pas le début : c’est la fin. Il ne peut s’installer, croître et résister que si la strate herbacée protège le sol du choc thermique, si la strate arbustive héberge le “logiciel” écologique insectes, oiseaux insectivores, chauves-souris, petits mammifères et si les sols sont vivants, poreux, mycorhizés, capables de retenir l’eau et de dissiper la chaleur.
Planter des arbres sur un sol nu revient à installer une climatisation dans une maison sans murs : le climat frappe directement la structure, et le système casse.
Un sol nu n’est pas un sol pauvre : c’est un sol mort
La disparition des strates basses a supprimé le tampon thermique qui préserve le sol. Sans couverture végétale, la terre surchauffe, l’évaporation s’emballe, la condensation froide disparaît et le cycle de l’eau s’interrompt dès les premiers centimètres. Un sol nu n’est pas un sol pauvre : c’est un sol mort. Et un sol mort ne peut pas porter une forêt, quelle que soit la quantité d’arbres plantés.
À cette erreur structurelle s’ajoute un facteur plus profond encore : la chimie agricole. Les évaluations internationales, notamment celles de l’IPBES, montrent que les pesticides sont l’un des principaux moteurs de l’effondrement du vivant. Être honnête, c’est reconnaître que la chimie n’a pas seulement “aidé” la production. Elle a désactivé les cycles qui permettaient au vivant de fonctionner. Herbicides, fongicides et insecticides n’ont pas seulement éliminé des “ravageurs” : ils ont détruit les symbioses mycorhiziennes, perturbé les bactéries du cycle de l’azote, réduit les exsudats racinaires, supprimé la glomaline, affamé les insectes et rompu la chaîne trophique du sol.
La disparition de tout ce qui fabriquait la résilience
En quelques décennies, l’Europe a perdu près de 75 % de la biomasse d’insectes, selon plusieurs études longitudinales reprises par l’IPBES. Les oiseaux insectivores ont décliné d’environ 40 %, et les chauves‑souris régulateurs trophiques essentiels ont chuté de 40 à 80 %, selon les espèces, d’après les observatoires européens de la faune. Ces chiffres ne décrivent pas un effondrement partiel : ils décrivent la disparition de tout ce qui fabriquait la résilience.
À cela s’ajoute un autre effondrement silencieux : la disparition du bois mort dans les plantations industrielles. Le bois mort représente près d’un tiers de la biodiversité forestière, un chiffre rappelé par l’ONF, l’IPBES et la FAO. C’est lui qui nourrit les champignons lignivores, les coléoptères saproxyliques, les bactéries spécialisées, les oiseaux cavernicoles, les chauves-souris arboricoles, les amphibiens, les bryophytes. C’est lui qui structure les sols, retient l’eau, crée des microclimats, amortit les chocs thermiques, stocke le carbone lent et sert de matrice à la régénération naturelle.
Forêt domaniale de Bois-Grand – Livradois-Forez Auvergne
Une forêt sans bois mort n’est pas une forêt : c’est un décor.
Et ce décor ne tient pas. Sans insectes, sans oiseaux insectivores, sans chauves‑souris, sans champignons, sans micro-organismes, sans bois mort, le carbone ne descend plus dans le sol, la matière organique ne se forme plus, les agrégats se délitent, la porosité s’effondre et la glomaline disparaît. Le sol cesse d’être un organisme vivant pour devenir une simple surface minérale, incapable de retenir l’eau, de dissiper la chaleur ou de reconstruire sa structure. La disparition de cette matrice vivante n’est pas un symptôme : c’est la cause profonde de la panne des cycles. C’est elle qui explique pourquoi les sols s’assèchent, pourquoi les forêts meurent debout, pourquoi les territoires perdent leur capacité de condensation et pourquoi les nuages bas disparaissent.
Les champignons sont la charpente invisible du climat terrestre
Les champignons jouent ici un rôle encore plus fondamental qu’on ne le croit. Ils ne sont pas seulement des décomposeurs : ils sont la charpente invisible du climat terrestre. Leurs spores figurent parmi les plus puissants noyaux de condensation biotiques connus. Ils participent à la formation des nuages bas, à la régulation de l’humidité atmosphérique et à la dynamique des pluies continentales.
Une forêt sans champignons n’est pas seulement une forêt sans sol : c’est une forêt sans climat.
Une forêt ne reçoit pas la pluie : elle l’appelle
Une forêt ne reçoit pas la pluie : elle l’appelle. Les travaux sur la biogéochimie atmosphérique montrent que les spores fongiques, les terpènes, les fragments microbiens et les exopolymères jouent un rôle majeur dans la formation des noyaux de condensation. En éliminant les insectes, les oiseaux insectivores, les chauves-souris, les champignons et le bois mort, la chimie et la sylviculture industrielle ont coupé la pompe biotique. Les territoires ne s’assèchent pas par manque de pluies, mais par une perte de fonction.
La sécheresse n’est pas un phénomène climatique : c’est un phénomène biologique.
Le modèle économique de la foresterie industrielle est intenable
Dans ce contexte, le modèle économique de la foresterie industrielle devient intenable. Les projections de l’IPBES et de plusieurs instituts européens convergent : jusqu’à 80 % des plantations industrielles pourraient échouer d’ici la fin du siècle. Les peuplements monospécifiques, dopés, sans réseau mycorhizien, sans bois mort, sur des sols stérilisés, ne résistent ni aux chocs thermiques, ni aux sécheresses, ni aux maladies, ni aux incendies. Ce n’est pas une opinion : c’est une mécanique. Continuer à subventionner la plantation de tiges dans des milieux dont les cycles sont rompus est un non sens financier.
On finance une agonie industrielle plutôt qu’une résilience biologique.
La forêt de demain sera une infrastructure biophysique complète
La conclusion s’impose : il faut réinvestir dans le métabolisme, pas dans le décor. Une forêt fonctionnelle met trois siècles à retrouver ses boucles complètes. Nous n’avons plus ce temps. L’investissement du futur doit changer de cible : restaurer les strates herbacées et arbustives, réhydrater les territoires, sortir de la chimie pour réactiver les cycles microbiens et le nœud écologique, redonner vie aux zones humides, remettre du bois mort partout où il manque, car c’est lui qui porte un tiers de la biodiversité et une part essentielle de la fonction forestière.
Sans cycles, pas de sol. Sans sol, pas de forêt. Sans forêt, pas de climat stable.
La forêt de demain ne sera pas un alignement de tiges. Elle sera une infrastructure biophysique complète ou elle ne sera pas. Il est temps de débrancher le logiciel napoléonien avant que le système ne s’éteigne définitivement.
Bibliographie indicative (sources institutionnelles et scientifiques)
1. Effondrement des insectes oiseaux et chauves-souris
IPBES Global Assessment Report on Biodiversity and Ecosystem Services 2019. Synthèse mondiale sur l’effondrement du vivant incluant les tendances sur les insectes oiseaux et mammifères.
IPBES Assessment Report on Pollinators Pollination and Food Production 2016. Données sur le déclin massif des insectes pollinisateurs.
European Bird Census Council EBCC European Breeding Bird Atlas 2020. Données sur le déclin des oiseaux insectivores en Europe.
Bat Conservation Trust State of the UK’s Bats rapports annuels. Tendances de 40 à 80 % selon les espèces de chauves-souris.
Hallmann et al. 2017 PLOS ONE. Étude emblématique montrant la perte de 75 % de la biomasse d’insectes en 27 ans dans les réserves naturelles allemandes.
INRAE Références sur la biologie des sols et les cycles du carbone et de l’azote. Travaux sur les microorganismes la glomaline la porosité et les agrégats.
FAO State of the World’s Soil Resources 2015. Données globales sur la dégradation des sols et la perte de fonction.
Smith et Read Mycorrhizal Symbiosis Academic Press. Référence scientifique majeure sur les symbioses mycorhiziennes.
European Soil Data Centre ESDAC. Données sur la dégradation des sols européens.
3. Champignons bois mort et biodiversité forestière
ONF Indicateurs de gestion durable des forêts françaises. Données sur le bois mort la biodiversité forestière et les habitats saproxyliques.
FAO Global Forest Resources Assessment 2020. Données sur la structure forestière le bois mort et les fonctions écologiques.
Lonsdale et al. 2008 Biological Conservation. Études sur les coléoptères saproxyliques et la biodiversité liée au bois mort.
FröhlichNowoisky et al. 2016 Microbiome and Atmospheric Processes. Travaux sur les spores fongiques comme noyaux de condensation biotiques.
4. Chimie agricole pesticides et effondrement des cycles
IPBES Global Assessment 2019. Chapitres sur les pesticides comme moteur majeur de l’effondrement du vivant.
EFSA European Food Safety Authority. Évaluations des impacts des pesticides sur les organismes non cibles.
INRAE Études sur les effets du glyphosate sur les sols et les microorganismes. Travaux sur la voie du shikimate les mycorhizes et les cycles microbiens.
PAN Europe Pesticide Action Network. Synthèses sur les impacts des pesticides sur la biodiversité.
5. Hydrologie zones humides condensation pompe biotique
UNEP Global Environment Outlook. Données sur les zones humides et leur rôle dans la régulation hydrique.
FAO The State of the World’s Forests. Chapitres sur l’évapotranspiration les cycles de l’eau et les forêts.
Pöschl et al. 2010 Atmospheric Chemistry and Physics. Études sur les bioaérosols et la formation des nuages.
Spracklen et al. 2012 Nature. Travaux sur la biotic pump et le rôle des forêts dans la pluie continentale.
6. Plantations industrielles monocultures risques et échecs
IPBES Regional Assessments Europe et Central Asia. Données sur la vulnérabilité des plantations monospécifiques.
FAO Global Forest Resources Assessment. Chapitres sur les plantations leur résilience et leurs limites.
INRAE Travaux sur les risques sanitaires des monocultures forestières. Études sur les dépérissements maladies et vulnérabilité climatique.
European Forest Institute EFI. Analyses sur les risques économiques et écologiques des plantations.
ONF Histoire de la gestion forestière française. Documents institutionnels sur l’héritage napoléonien.
Ministère de l’Agriculture Archives forestières. Références sur la construction du modèle productiviste français.
Travaux de géographes et historiens forestiers CNRS EHESS. Analyses sur la centralisation et la logique de stock.
Lire aussi de Nicolas CAMPS : « Climat : La Grande Illusion du Thermostat Carbone »
Conseiller environnemental et rédacteur scientifique. Nicolas CAMPS analyse les dynamiques du vivant et les risques environnementaux pour accompagner entreprises et territoires.
Concepteur du modèle Éco‑Unité, qui mesure et valorise les régulations écologiques dans les stratégies et bilans, il produit des diagnostics clairs, des indicateurs fiables et des solutions reproductibles.
LEGAMI, marque italienne leader dans l’univers du cadeau et de la papeterie, présente son Rapport RSE qui confirme une trajectoire de croissance mondiale fondée sur la responsabilité, l’innovation et un impact positif sur l’environnement. L’entreprise consacre 5% de ses bénéfices à des projets orientés vers la durabilité environnementale et sociale, afin de protéger les territoires et d’améliorer la qualité de vie des communautés. Natascia Ghilardi, responsable RSE, a accepté de répondre aux questions essentielles pour Cdurable !
Pour LEGAMI, le développement durable signifie « faire mieux »
Le développement durable est à l’origine de la philosophie et des actions de LEGAMI, parce qu’il n’existe pas de produit capable de générer des sentiments positifs s’il est réalisé en exploitant la planète ou les personnes.
A Benefit Corporation – « We are dreamers »
il est possible de rêver d’un monde meilleur lorsque chacun d’entre nous est capable de penser et d’agir de façon positive.
Une Benefit Corporation est une entreprise ayant une forme juridique vertueuse et novatrice qui prévoit un équilibre entre les intérêts économiques de l’entreprise et les intérêts de la communauté, de l’environnement et de toutes les parties prenantes. Pour LEGAMI, choisir de devenir une Benefit Corporation revient à faire un pas concret pour créer de la valeur partagée de manière responsable, durable et transparente.
Packaging durable : le projet pilote avec Movopack
LEGAMI a lancé un partenariat avec Movopack, start-up milanaise qui a introduit sur le marché des pochettes réutilisables reposant sur un système de logistique inversée simple et accessible. Après la livraison, les clients peuvent retourner gratuitement l’emballage, qui est ensuite nettoyé et réutilisé jusqu’à 20 fois, réduisant de près de 80% les emballages utilisés pour le e-commerce. Cette solution permet ainsi de diminuer les émissions, maîtriser les coûts et transformer chaque expédition en une occasion de renforcer l’identité de la marque.
Dreamland et le rêve visionnaire de la plus grande zone métropolitaine protégée dédiée à la biodiversité
Dreamland, notre parc dédié à la protection de la nature, a eu deux ans. Si ce projet est unique en son genre, c’est parce que l’accès à cet espace n’est autorisé à personne, ce qui permet de le préserver des intrusions humaines et d’en faire un nouveau poumon vert à Bergame, en Italie. Convaincus par la valeur et les résultats déjà obtenus avec ce projet, nous avons décidé de renforcer notre engagement, en augmentant la surface du parc de 3 à près de 30 hectares.
À Bergame, en 2023, LEGAMI a inauguré Dreamland, son parc naturel protégé visant à favoriser la restauration et la protection de la biodiversité. Cette zone est passée en deux ans de 3 hectares à près de 30 hectares et reste inaccessible au public afin de permettre à la faune et à la flore de se développer selon leurs rythmes naturels.
“Pour LEGAMI, la durabilité n’est pas une fin en soi, mais une manière de penser et d’agir qui guide chaque décision et se traduit par des actions concrètes, comme le démontre le projet Dreamland”
“Notre engagement est de transformer Dreamland en la plus grande zone métropolitaine dédiée à la protection des plantes et des animaux, sans exclure une future hypothèse d’expansion dans d’autres villes, nationales et internationales, où Legami est et sera présente. Pour nous, être durable signifie avoir une croissance équilibrée et conjuguer créativité et développement afin d’avoir un impact positif sur le monde et la planète.”
DREAMLAND est un rêve qui devient réalité – Alberto Fassi, Founder, CEO & Dreamer
“Notre objectif est de construire un modèle d’entreprise créateur de valeur sur le long terme, sans jamais faire de compromis sur le respect du monde et de la planète. Nous croyons qu’un monde meilleur est possible lorsque chacun de nous pense et agit de manière positive, pour l’environnement comme pour les individus. C’est pourquoi, depuis 2023, nous sommes une Société à mission, témoignage concret de notre engagement en faveur de la durabilité.”
Massimo Dell’Acqua, Directeur Général de LEGAMI
People & Planet : le modèle LEGAMI
LEGAMI associe croissance économique et responsabilité sociale et environnementale à travers des initiatives à fort impact destinées à ses collaborateurs et aux territoires. L’entreprise investit dans le bien-être avec une cantine interne, une salle de sport d’entreprise et une crèche en cours de construction. Les femmes représentent 559 des 682 salariés, constituant ainsi la majorité des effectifs. Sur le plan environnemental, LEGAMI compense ses émissions de CO₂ depuis 2021. En 2024, l’entreprise a lancé ses premières analyses de cycle de vie sur des produits emblématiques tels que l’Erasable Pen.
Une croissance au service d’un modèle responsable
Ces dernières années, LEGAMI a poursuivi une expansion constante, renforçant sa présence en Italie et à l’international, dans plus de 70 pays, à travers un réseau de plus de 160 boutiques avec un objectif de 180, 10 000 corners, un chiffre d’affaires supérieur à 245 millions d’euros pour l’exercice fiscal 2024 et une prévision de 300 millions d’euros pour 2025.
Au delà des communiqués, qui ne présentent souvent que le « meilleur », et du développement durable, qui ne fait que tenter de réduire les impacts négatifs d‘une croissance volumique, nous nous intéressons aujourd’hui, 20 ans après la création de Cdurable.info, aux questions essentielles. Alors Cdurable ou pas ? 9 questions qui nous invitent à Comprendre pourquoi Agir & Coopérer avec le vivant, Cdurable !
1 – Quelle est la nature de ma relation avec le vivant ?
J’ai toujours été très attachée et attentive à la nature, à la fois parce que j’ai grandi dans un pays très verdoyant, proche des montagnes, et parce que ma double citoyenneté brésilienne et mon lien avec les territoires où vit ma famille, très proches de la forêt amazonienne, m’ont permis, dès l’enfance, d’être en contact avec des beautés naturelles extraordinaires, bien que menacées par la présence humaine.
C’est pour moi une grande fierté de travailler pour une entreprise qui croit profondément aux enjeux de durabilité.
Nous croyons que, pour une fois, l’être humain doit faire un pas en arrière afin de permettre à la nature de faire un bond en avant.
2 – Quels sont mes besoins et choix d’alimentation ?
Mes choix alimentaires s’orientent principalement vers la cuisine italienne, non seulement pour une question de goût, mais aussi parce qu’elle me permet d’adhérer au régime méditerranéen, reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité pour ses nombreux bienfaits sur la santé. À table, je cherche à créer un équilibre entre glucides complexes, protéines de haute qualité et “bons” lipides, comme l’huile d’olive extra vierge, véritable reine de notre alimentation.
Je privilégie également des ingrédients frais, de saison et issus de circuits courts.
Partager un bon repas n’est pas seulement un investissement pour mon bien-être, mais aussi un moment où le plaisir de la nourriture se mêle à celui de l’échange, transformant le repas en un rituel qui réduit le stress et renforce les liens.
3 – Quel est mon type d’habitat actuel et idéal ?
J’ai choisi de vivre dans une petite commune qui me permet de profiter de plaisirs simples, comme ouvrir les fenêtres le matin et voir la colline verdoyante, les vignobles à quelques pas, ou percevoir l’arrivée du printemps à travers le chant des oiseaux au réveil. Les espaces que j’aime le plus dans mon appartement sont la loggia extérieure, entièrement protégée, et la grande terrasse, qui me permettent de profiter de deux espaces extérieurs même lorsque la météo n’est pas favorable.
4 – Quelle activité physique favorise mon bien-être et ma santé
J’ai toujours été sportive et j’ai pratiqué différentes disciplines qui me permettaient à la fois de rester en forme et d’évacuer le stress.
La boxe, la capoeira et le yoga ont accompagné ma vie avant la grande aventure de la maternité.
La nouvelle réalité de maman active a réduit le temps que je peux consacrer à une pratique sportive régulière, raison pour laquelle chaque occasion est bonne, le week-end, pour faire des promenades en pleine nature.
Je pense que les connaissances nécessaires pour orienter l’action dépendent du contexte et se développent sur plusieurs dimensions. Sur le plan professionnel, la maîtrise technique et l’esprit critique m’ont toujours aidée à structurer au mieux les actions nécessaires au développement d’un projet ou à la résolution d’un problème. Dans la sphère professionnelle comme personnelle, il n’est toutefois pas suffisant de s’appuyer uniquement sur les compétences techniques.
Il est également essentiel de développer la dimension émotionnelle, qui facilite les interactions avec les autres et permet d’ajuster son comportement.
6 – Quel est le sens que je donne à mon travail ?
Je suis satisfaite de mon parcours professionnel car il me donne l’occasion de contribuer à des initiatives dont l’objectif est d’apporter des changements positifs.
Dreamland fait partie de ces projets qui peuvent véritablement changer le monde qui nous entoure.
C’est en protégeant notre environnement que nous pouvons offrir un monde meilleur à nos enfants. Voir mes compétences se traduire en actions concrètes au service de projets significatifs allège la charge de travail nécessaire pour relever les défis professionnels.
7 – Quelle énergie j’utilise pour mes usages et besoins ?
J’utilise l’électricité pour l’ensemble de mes besoins, tout en veillant à ne jamais la considérer comme acquise. J’utilise également la voiture comme principal moyen de transport, en essayant d’optimiser au maximum mes déplacements, qu’ils soient liés au travail ou aux loisirs.
Je suis très attentive au gaspillage, car je suis convaincue qu’il n’est pas nécessaire d’accomplir des gestes héroïques pour aider la planète.
La somme de nombreuses petites attentions quotidiennes suffit. Éteindre une lumière ou utiliser les appareils électroménagers de manière réfléchie sont des gestes simples, mais c’est ainsi que chacun de nous peut réellement faire la différence.
8 – Quelle est mon implication personnelle pour l’intérêt général ?
Je travaille pour une entreprise qui a fait le choix de devenir une société à mission, officialisant son engagement à consacrer chaque année 5% de ses bénéfices à des initiatives RSE bénéficiant à nos communautés et à notre territoire. Cela renforce ma conviction profonde que le bien collectif naît de l’addition des responsabilités individuelles, qu’elles soient portées par les entreprises ou par les gestes simples mais significatifs que chaque citoyen peut accomplir au quotidien.
9 – Quels sont mes liens de coopération et ma participation au bien commun ?
Dans mon rôle de Sustainability Manager, les liens coopératifs ne se limitent pas à des collaborations professionnelles, mais prennent la forme de relations génératrices d’un impact réel.
Coordonner, avec la Fondation CESVI, partenaire de LEGAMI depuis plus de quinze ans, des projets tels que Wonder School et Light Up the Dream sont pour moi une grande source de fierté.
Avec Wonder School, nous avons fait don de plus de deux mille sacs à dos remplis de fournitures scolaires à des enfants vivant dans des situations de grande fragilité. Voir une jeune fille s’émouvoir en serrant son sac à dos et l’entendre dire “j’ai hâte de retourner à l’école en septembre” m’a fait comprendre à quel point un geste simple peut redonner joie et espoir. Light Up the Dream représente une étape encore plus profonde. Ce projet accompagne des adolescents grandissant dans des contextes où « l’ascenseur social est à l’arrêt » à travers des parcours d’études et de formation universitaire, en les soutenant financièrement tout au long de leur cursus. Leur offrir la possibilité de rêver à un avenir différent, c’est croire réellement au pouvoir transformateur de l’éducation. Ces projets, associés aux actions que je mène chez Legami sur le plan environnemental, me permettent de construire des liens de coopération authentiques et porteurs de sens.
À travers mon travail, j’ai le sentiment de contribuer concrètement au bien commun, en valorisant les relations et en transformant l’engagement quotidien en un impact réel sur les personnes et l’environnement.
10 – Carte blanche : quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer à nos visiteurs ?
Face à des crises environnementales désormais indéniables et urgentes, nous ne pouvons plus nous permettre le luxe de l’indifférence.
La véritable clé réside dans un changement qui doit impliquer l’ensemble de la collectivité. Chaque individu est appelé à s’engager concrètement dans son quotidien.
Il est essentiel que chacun se sente responsable de la gestion des ressources et de l’élimination de tout gaspillage inutile. De la même manière, la différence se fait réellement lorsque chacun décide de mettre ses compétences professionnelles au service de projets vertueux orientés vers le bien commun.
N’attendons plus que les autres changent les choses. Commençons dès aujourd’hui. Éteignons le gaspillage, allumons l’engagement et mettons notre talent au service de l’avenir.
Suffit-il de planter quelques arbres dans une rue pour rendre une ville du XXIᵉ siècle plaisante, vivable et durable ? En auscultant les processus en cours, les réflexions menées pour que la ville soit habitable pour les humains comme pour la biodiversité, le Groupe sur l’urbanisme écologique différencie trois approches : celle de la nature en ville, celle de l’urbanisme écologique et celle de l’urbanisme régénératif.
La démarche « écoquartier » (ici, à Grenoble) est une première étape vers la conception régénérative, mais il lui manque deux principes de base : cibler un impact positif et mutuellement bénéfique envers la société et la nature, et lancer un processus de co-évolution. Aliaksei Kruhlenia/Shutterstock
Si l’architecture est bien l’art de la conception des bâtiments, l’urbanisme est celui de l’organisation et de l’aménagement des espaces urbanisés. Car il s’agit bien d’un art que de mettre en musique une multitude de sciences, techniques, designs, savoirs locaux et expertises. L’objectif final n’est aujourd’hui plus seulement de planifier un espace à partir de dimension sociale et économique mais aussi écologique.
Cette ultime ambition a été avant tout hygiéniste et environnementaliste au cours du XXᵉ siècle : il s’agissait de réduire les pollutions et les impacts négatifs des activités humaines sur la santé et le bien-être des citadins. Les notions de durabilité puis de résilience et de sobriété ont ensuite rebattu les cartes des stratégies et des méthodes à mettre en œuvre, tout au moins dans les discours.
Il propose une analyse croisée entre scientifiques et praticiens des nouveaux enjeux : gestion de l’eau, de la biodiversité, des sols, de la santé, de l’adaptation au changement climatique.
Il plaide pour un renforcement du dialogue entre élus, scientifiques, citoyens, acteurs institutionnels ou associatifs dans la gouvernance des projets de nature.
Cet ouvrage offre un panorama très complet des enjeux de ce sujet d’actualité (biodiversité, climat, sol, patrimoine, paysage, alimentation…) et surtout des acteurs (collectivités territoriales, État, Europe, citoyens, artistes, experts…). L’ouvrage se distingue des nombreuses publications sur le sujet par l’accent mis sur celles et ceux qui gèrent, défendent, étudient la nature en ville, dont une trentaine y ont contribué. Une note de lecture par Pierre-Marie Tricaud pour l'Académie d'Agriculture de France
À côté de réflexions sur la mobilité, l’énergie, la gestion des déchets, etc., une première étape d’une approche écologique est d’intégrer de la végétation dans la ville pour les multiples services qu’elle « rend » aux citadins : rafraîchissement de l’air, régulation des pollutions, ambiance, par exemple. C’est ainsi que des milliers d’arbres sont en cours de plantation dans les grandes villes pour limiter les îlots de chaleur.
Cependant, aussi indispensables que soient ces objectifs de végétalisation et de réduction des impacts, cette stratégie conforte une compréhension simplifiée des systèmes urbains et une gestion par les services compétents « en silo ». Dans les collectivités, seul le service des parcs et jardins ou bien celui de la voirie sont impliqués dans la végétalisation de l’espace public et la plupart du temps, leur action se concentre sur un site, un quartier ou une rue avec un type classique et récurrent de végétation, par exemple les plantations d’une seule espèce d’arbres pour les alignements des boulevards.
Cette vision ne permet pas une durabilité, car, d’une part, ces monocultures sont fragiles face aux accidents climatiques ou sanitaires, comme l’arrivée d’un pathogène, qui peuvent entraîner la mortalité de l’ensemble de la plantation monospécifique et, d’autre part, la vision d’une organisation globale manque généralement.
Une approche plus fonctionnelle semble alors indispensable. Si l’on se concentre toujours sur la biodiversité, il ne s’agit en effet plus seulement de végétaliser mais plutôt de favoriser une biodiversité, avec diverses espèces de végétaux qui vont interagir entre eux et permettre l’installation et le maintien d’une faune et d’une flore spontanée. On ne plante pas seulement des espèces efficaces, par exemple les platanes pour l’ombrage des boulevards, on essaie de prendre soin du sol et de choisir des espèces diversifiées pour limiter les maladies et multiplier les bénéfices pour la société. Cette étape est celle de l’urbanisme écologique qui tente aussi de repenser la conception et l’aménagement urbain en encourageant la création de quartiers verts, le développement des transports doux, l’utilisation de matériaux durables et locaux pour la construction, le souci de l’eau, l’amélioration de la qualité de l’air, le renforcement de la biodiversité.
Biodiversité en ville : verdir n’est pas tout La biodiversité urbaine se joue au-delà des frontières de la ville. Laurent Peignault/Unsplash
20 solutions concrètes de nature en ville pour transformer durablement nos territoires en 2026
« Pendant des semaines, on a sélectionné, analysé et mis en page 20 solutions concrètes de nature en ville. Le résultat : notre tout premier livre blanc Daily Green – la nature en ville : 20 solutions opérationnelles pour transformer durablement nos territoires en 2026« . On y parle de : ⤷ Micro-forêts urbaines ⤷ Gestion intelligente du patrimoine arboré (LiDAR, IA, jumeaux numériques) ⤷ Surfaces végétales et perméables ⤷ L’optimisation de l’arrosage ⤷ Paysagisme d’intérieur ⤷ Végétalisation verticale des façades ⤷ Phytoépuration et assainissement écologique ⤷ Agriculture urbaine ⤷ Et bien d’autres…
Ce livre blanc s’adresse à celles et ceux qui veulent passer de l’ambition à l’action :
Hicham En Nakhla – S’inspirer de la nature, inspirer la ville – Hôte du podcast Daily Green
• Élus et services techniques des collectivités • Architectes-paysagistes et urbanistes • Gestionnaires d’espaces verts et de patrimoine arboré • Responsables RSE • Professionnels en veille sur la nature en ville
Daily Green, c’est une newsletter et un podcast dédiés à la nature en ville pour aider les décideurs urbains, architectes et aménageurs à valoriser leur projet auprès de leur audience, grâce à une mise en lumière experte de leur engagement et des infrastructures vertes pour faire face aux enjeux actuels ( îlots de chaleur, inondations et pollution lumineuse etc.)
Alors que l’urbanisme écologique cible surtout l’adaptation et la limitation des impacts négatifs, l’urbanisme régénératif vise à restaurer le fonctionnement des écosystèmes et des processus écologiques. Il sort ainsi de l’anthropocentrisme et prend en compte la complexité des jeux d’échelles du fonctionnement du système ville-nature. Au-delà de cibler des impacts positifs pour la société humaine, il met en lumière aussi les impacts positifs pour toutes les autres espèces.
Ainsi développer une biodiversité est bien inscrit dans l’urbanisme écologique mais en général, les processus écologiques ne sont pas pris en compte à l’échelle globale, notamment les continuités écologiques indispensables aux dispersions des espèces. La fragmentation par les rues et les bâtiments limitent la dispersion des espèces pour atteindre des habitats urbains comme les parcs et les jardins. Il faut alors de véritables « corridors » qui relient les différents habitats, comme, par exemple, des haies qui relient deux forêts pour une faune et une flore forestière. Ainsi un urbanisme régénératif vise notamment à reconnecter ville et campagne, et pas seulement par des trames vertes et bleues mais aussi en considérant la quantité et la qualité de tous les habitats pour que l’ensemble du système s’autoentretienne.
Tout projet implique alors d’intégrer dès sa conception le vivant humain et non humain. Il prend aussi en considération l’héritage de milieux abîmés. L’objectif est une ville non seulement durable mais aussi autogérée, multifonctionnelle, thermiquement vivable, neutre en carbone, biodiversitaire, inventant une nouvelle démocratie et une nouvelle économie.
Des travaux récents ont formalisé cette démarche d’abord dans des pays anglo-saxons, comme le Canada et l’Australie, puis récemment en France. Aujourd’hui, le concept attire l’attention de projets urbains qui essaient d’adhérer aux définitions contemporaines de la conception régénérative : cibler un impact net positif et mutuellement bénéfique pour la nature comme pour la société en vue d’améliorer les conditions d’habitabilité.
Cela implique des projets qui, d’un côté, minimisent leurs impacts négatifs (moins d’énergie consommée, moins d’émissions de gaz à effet de serre, moins de destruction des habitats naturels, etc.) et, d’un autre côté, maximisent des impacts positifs pour les humains en créant des offres d’habitat accessibles et abordables, en réduisant les inégalités sociales, en assurant l’accès aux services urbains, etc., mais aussi pour les autres espèces vivantes en dépolluant des zones, en récréant des habitats, en favorisant leur déplacement, etc. Pour ce faire, l’urbanisme régénératif s’appuie non seulement sur une qualité des diagnostics, mais aussi sur une conception participative ancrée sur le site, pour orienter la création d’un projet adaptable et évolutif dans le temps.
La Ville régénérative – Un collectif nature-société d’Eduardo Blanco – Collection : Écologies urbaines Avec plus de 8 milliards d’habitants sur la planète, dont près de 60 % vivant en milieu urbain, les villes exercent un impact majeur sur la nature. Chaque projet urbain, chaque bâtiment, chaque infrastructure construite dans nos villes concourt à notre bien-être mais engendre également des impacts significatifs sur l’environnement et les espèces vivantes qui nous entourent. Malgré les efforts pour rendre nos villes durables, nos impacts persistent et, face aux défis globaux actuels, un changement de notre approche est nécessaire.
L’exemple de Blatchford, au Canada
Un bel exemple en est le projet de réaménagement du quartier de Blatchford, à Edmonton, dans l’Alberta (Canada). Conçu en 2013, ce projet a tâché de requalifier 217 hectares de fonciers appartenant à l’ancien aéroport de la ville. Pour aboutir au schéma directeur adopté, qui réintègre des écosystèmes naturels, qui s’appuie uniquement sur des énergies renouvelables, qui est neutre en carbone, et qui réduit considérablement son empreinte écologique, une phase de diagnostic socio-écologique à la large échelle a été primordiale.
Le diagnostic a couvert plusieurs volets comme les aspects environnemental et écologique du site : zones polluées et types de pollution, espèces clés de l’écosystème et leurs dynamiques de déplacement et migratoires, potentiel de production d’énergie renouvelable, perméabilité du sol, régime pluviométrique, etc. Ils ont pris en compte également les aspects socio-économiques : installation de commerces, demande de logement à l’échelle de la ville, situation socio-économique du quartier, etc. Ces résultats ont été croisés et ont permis aux équipes d’identifier et prioriser les interventions pour aboutir aux impacts positifs pour la nature et la société.
Le terrain, qui était presque complètement artificialisé, a fait l’objet de plusieurs aménagements paysagers qui ont notamment créé une diversité d’habitats pour la faune et la flore (30 % de sa surface en espace à caractère naturel). Un des points centraux a été la gestion des eaux de pluie principalement par des solutions fondées sur la nature comme des jardins de pluie qui retiennent et infiltrent les eaux de pluie ou des fossés végétalisés.
L’écosystème intègre une diversité d’espèces, mais aussi tout un ensemble de processus qui assurent la durabilité du système. En ville, favoriser la biodiversité consiste à se rapprocher de ces fonctionnements complexes. Isabelle Gounand, Fourni par l’auteur
D’indispensables adhésions et actions citoyennes
Régénérer implique un processus d’évolution d’un système socio-écologique pour qu’il atteigne de meilleures conditions de santé. Régénérer, c’est non seulement prendre au milieu mais lui rendre encore plus comme préconisé par le philosophe Michel Serres dans le Contrat naturel (1990). Cela pour éviter que l’être humain soit un parasite qui finit par détruire son hôte. Cette reconnaissance des imbrications est désormais promue dans certaines politiques publiques.
Mais face aux adaptations et anticipations d’envergure à opérer, les oppositions, les dénis et les marches arrière se multiplient. Il est décisif de susciter des adhésions citoyennes qui sont des conditions cruciales pour cultiver des écologies régénératrices. Et éviter que l’écologie ne dérive vers le réglementaire et le techno-solutionnisme.
Cela exige d’organiser des processus participatifs et coopératifs aux différents stades des transformations des milieux habités. Les visions partagées, les terrains d’entente ne vont pas de soi mais s’inscrivent dans une suite de débats, conflits, concertations et médiations quant aux héritages, valeurs et intentionnalités en jeu. Le défi est désormais d’instaurer la fabrique collective de cohabitations vivifiantes.
Un vocabulaire mis en avant par le groupe de travail « Nature en Ville », animé par l’agence d’urbanisme Bordeaux Aquitaine et l’agence d’urbanisme Bordeaux Aquitaine. Ce glossaire vise à faciliter le dialogue entre les professionnels de l’aménagement urbain et à mieux travailler avec et pour la biodiversité dans les projets urbains. Les mots ont été classés dans trois catégories distinctes :
Le vivant, c’est l’outil de travail des Jardins de Cocagne, celui qui aide à régénérer les personnes accompagnées, celui avec qui coopérer pour produire et ainsi contribuer à l’alimentation, cette fonction vitale. Le vivant est un incroyable réseau d’interdépendances fort de sa biodiversité, avec un fonctionnement en écosystèmes inspirant pour les humains que nous sommes et les relations économiques que nous souhaitons tisser. Le forum national Cocagne 2025 à Marseille en Décembre était l’occasion d’assumer la vision de professionnels qui refusent le statut d’exploitant et ouvrent la voie d’une activité économique qui coopère avec le vivant sous toutes ses formes et travaille à sa régénération.
« Ce forum est dédié à la relation retrouvée avec toutes les composantes, vivantes comme non vivantes de la Nature – la Nature, non pas au sens où certains l’emploient pour « l’objectiser » et l’éloigner ce faisant de nous mêmes, pour mieux l’outrager, mais au sens où Marx, il y a un siècle déjà, plaçait “l’Homme” comme une de ses composantes avec d’autres.
Nous cherchons à grandir nos horizons pour une terre plus juste, mais encore faut-il que cette dernière soit vivable, qu’elle soit habitable. Que l’on puisse y demeurer vivant, d’où le thème de ce forum.
Nous sommes des terrestres et nous fabriquons des territoires à vivres. Des territoires de ressources et de protection des plus vulnérables que nous réhabilitons progressivement dans leur pouvoir d’agir. Là est notre fierté, là est notre habileté, c’est ça, notre métier. C’est ça, la trajectoire.
Cultiver la terre ce n’est pas juste un business, mais un moyen d’honorer la relation sacrée entre la terre et la vie. Les Jardins de Cocagne, parce qu’ils sont des lieux de nature, des havres, des lieux de passages, où la terre est un support de remise en vie des gens abîmés. Nous le constatons tous les jours. «
Extrait du discours d’ouverture du forum de Dominique Hays, président du Réseau Cocagne.
Le Réseau Cocagne : un acteur d’intérêt général
Le Réseau Cocagne, un acteur d’intérêt général
Le Réseau Cocagne, qui rassemble plus de 100 Jardins de Cocagne, fermes bio en insertion partout en France (avec 7 000 salariés et 31 000 adhérents), organise une fois tous les 2 ans un forum national, avec 2,5 jours de débats, visites et ateliers.
En décembre 2025, le Réseau Cocagne a organisé à Marseille, un forum national dédié au(x) «Vivants !» avec les Jardins de Cocagne locaux (Graines de Soleil, AMS Environnement – Seconde Pousse et Semailles) qui a réuni plus de 350 membres du Réseau Cocagne, partenaires et sympathisant.e.s.
J’agis, à mon échelle, selon mon profil
“La terre nourricière maintient les êtres vivants, supporte le travail quotidien de Cocagne […] nous participons à concevoir de nouvelles « manières d’êtres vivants » dans le respect de la Terre, des êtres et des ressources qu’elle porte.”
Extrait de la charte nationale du Réseau Cocagne adoptée en 2022
Charte nationale du Réseau Cocagne
“La terre nourricière maintient les êtres vivants, supporte le travail quotidien de Cocagne […] nous participons à concevoir de nouvelles « manières d’êtres vivants » dans le respect de la Terre, des êtres et des ressources qu’elle porte.” La charte nationale pose ainsi les bases de la mission agro-environnementale du réseau Cocagne.
Vivants parmi les vivants : reconsidérons notre place d’humains, notre façon de produire, notre façon de lutter Réensauvageons nos fermes avec Sébastien Blache et Elsa Gartner, co-gérants de la Ferme du Grand Laval et co-fondateurs de réensauvager la ferme et défendons la dignité du présent en trouvant la beauté dans les interstices. » avec Corinne Morel-Darleux, écrivaine et essayiste.
Réensauvager la ferme : L’association « Réensauvager la ferme » est un laboratoire d’invention et d’expérimentation de pratiques et dispositifs hospitaliers pour le vivant sur la ferme du Grand Laval, à Montélier, et un espace d’exploration et de suivi de la faune, de la flore, de la fonge des microbiotes qui s’y installent et des dynamiques interdépendantes qu’elles assurent.
ALIMENTATION & TERRITOIRES
Prendre soin des vivants, humains, comme non humains dans notre alimentation, sur nos territoires … Découvrez TerrAsol(Territoire Agricole et Alimentaire Solidaire) de Montpellier, ce futur pour nos territoires ? avec Pauline Scherrer, sociologue intervenante à LaBoca et l’expérience de Notre Dame de l’Osier, ce village rural avec, en son cœur, la création d’un Jardin de Cocagne qui l’a fait revivre, avec Alex Brillet-Bichet, maire de Notre Dame de l’Osier
TRAVAIL & MISSION SOCIALE
Écologie, Travail & subjectivité avec Frédérique Debout-Cosme, maître de conférences en psychopathologie et psychodynamique du travail au CNAM, qui a clos la plénière du forum en traitant la question « comment imaginer et construire un monde qui soit habitable par tous ? » à partir de l’accompagnement socio-professionnel réalisé par les Jardins de Cocagne. De sa recherche-action menée sur les Jardins de la Voie Romaine, elle tire des enseignements et des citations, dont celle-ci : « C’est parce qu’on accueille des gens cabossés par le système que nous sommes obligés de penser le travail en même temps que la transition. »
Ateliers et conférences
RÉENSAUVAGER LA FERME : Comment produire en s’appuyant sur la robustesse des écosystèmesavec Sébastien Blache et Elsa Gartner, co-gérants de la Ferme du Grand Laval et Christophe Rigolier, encadrant au Jardin de Parenthèse
FAIRE FACE AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES : Comment produire en maraîchage bio et se nourrir malgré tout avec Gérard Bernier, Cécile Morvanet Louis Amiot, de Bio Loire Océan
POUR LE VIVANT, LA BIO D’ABORD : Face aux attaques récurrentes, on peut se demander : est-ce que tout le monde est contre la bio ? L’objectif était de réaffirmer collectivement les valeurs de l’agriculture biologique
RÉSISTANCES LOCALES : Quelle est la place des jardins dans les luttes écologiques et sociales ? Pascal Mayol (CESE), Rémy Martin (Cocagne Haute Garonne) et le collectif nîmois des Soulèvements de la Terre.
RENDRE LE TRAVAIL AGRICOLE VIVANT : Focus sur les innovations des Jardins de Cocagne permettant un accompagnement des personnes en parcours vers les métiers agricoles (Courte Échelle, Maraîchage en coopération, unités de main d’œuvre mobiles…)
ÉCOLOGISER LE TRAVAIL SOCIAL : Les Jardins de Cocagne sont des havres où l’on répare les vivants, avec Céline Berruyer (administratrice du Réseau Cocagne), Maellys Dupont (FAS- Chaire TETS) et Frédérique Debout-Cosme (Cnam).
RESTER VIVANTS FACE AUX POUVOIRS : « Faire mieux avec moins » est-il un destin inévitable pour l’IAE ? Comment faire reconnaître l’impact territorial des Jardins en coopérant avec les institutions
TERRITOIRES D’ALLIANCE POUR LE VIVANT : Coopérer : une façon de faire nécessaire pour résister et réussir les ambitions portées par les Jardins de Cocagne. Avec Dominique Hays (Anges Gardins), Benjamin Masure (APPUI) et Laurent Duclot (France Active)
CULTIVER LA CULTURE : Prendre soin des âmes le pieds crottés, une évidence qui traverse les propositions culturelles Cocagne. Avec Arthur Baur (Graines en main), Jade Willerval (Domaine de Flotin, Voies Romaines), Valentine Cavailles (Jardin de Mirabeau), Cécile Bouttier (Semailles).
ÉDUQUER DANS LA NATURE : les Jardins de Cocagne sont des espaces extérieurs écologiques idéaux pour accueillir des activités pédagogiques au contact de la nature. Avec Damien Rabourdin (Le Loubatas et administrateur du FRENE), Graines de Soleil, Lortie, Semailles…
Toutes les entreprises dépendent de la nature et ont un impact sur celle-ci. Toutes les entreprises peuvent être des agents positifs du changement. Le rapport de l’IPBES1 met en évidence des méthodes et plus de 100 actions spécifiques pourmesurer et répondre aux impacts et dépendances des entreprises, à l’intention des entreprises, desgouvernements, des acteurs financiers et de la société civile.
Biodiversité, une coordination européenne et internationale : (Re)découvrir l’Ipbes avec la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB)
Les entreprises ont le choix : mener un changement transformateur ou risquer l’extinction
Toutes les entreprises dépendent de la biodiversité et toutes les entreprises ont un impact sur la biodiversité. La croissance de l’économie mondiale s’est faite au prix d’une immense perte de biodiversité, qui représente aujourd’hui un risque systémique critique et généralisé pour l’économie, la stabilité financière et le bien-être humain. C’est l’une des principales conclusions d’un nouveau rapport historique publié aujourd’hui par la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).
Même les entreprises qui peuvent sembler très éloignées de la nature ou qui ne se considèrent pas comme basées sur la nature dépendent, directement ou indirectement, des intrants matériels, de la régulation des cycles environnementaux – notamment l’atténuation des inondations et l’approvisionnement en eau – et des contributions non matérielles comme le tourisme, les loisirs, l’éducation et les valeurs spirituelles et culturelles. Mais, les entreprises ne supportent souvent que peu ou pas de coûts financiers liés à leurs impacts négatifs et beaucoup d’entre elles ne sont pas en mesure, aujourd’hui, de générer des revenus à partir d’impacts positifs sur la biodiversité.
Approuvé par les représentants de plus de 150 gouvernements membres de l’IPBES lors de la 12e session de la plénière de l’IPBES, qui s’est tenue à Manchester, au Royaume-Uni, le Rapport de l’Évaluationméthodologique de l’IPBES sur l’impact et la dépendance des entreprises vis-à-vis de la biodiversité et descontributions de la nature aux populations(connu sous le nom de Rapport « Entreprises & biodiversité ») constate que les entreprises jouent un rôle essentiel pour enrayer et inverser la perte de biodiversité, mais aussi que nombre d’entre elles manquent d’informations pour traiter leurs impacts et leurs dépendances, ainsi que sur les risques et les opportunités liés à la biodiversité et aux contributions de la nature aux populations.
Un environnement propice nécessaire à l’action des entreprises
Préparé pendant trois ans par 79 experts de premier plan, provenant de 35 pays et de toutes les régions du monde, issus du monde scientifique et du secteur privé, en consultation avec des peuples autochtones et des communautés locales le rapport constate que les conditions actuelles dans lesquelles les entreprises opèrent ne sont pas toujours compatibles avec la réalisation d’un avenir juste et durable, et que ces conditions perpétuent également des risques systémiques.
aligner ce qui est rentable pour les entreprises sur ce qui est bénéfique pour la biodiversité et les populations
Les entreprises sont souvent confrontées à des incitations inadéquates ou perverses, à des obstacles qui entravent les efforts visant à inverser le déclin de la nature, à un environnement institutionnel où le soutien, l’application et le respect des règles sont insuffisants, ainsi qu’à des lacunes importantes en matière de données et de connaissances. Ces facteurs, combinés à des modèles économiques qui entraînent une consommation matérielle toujours plus importante et qui mettent l’accent sur la publication de résultats trimestriels, contribuent à la dégradation de la nature dans le monde entier. Le rapport souligne qu’un changement fondamental est possible et nécessaire pour créer un environnement propice permettant d’aligner ce qui est rentable pour les entreprises sur ce qui est bénéfique pour la biodiversité et les populations.
Matt Jones Co-Chair IPBES Business and Biodiversity
« Ce rapport s’appuie sur des milliers de sources, rassemblant des années de recherche et de pratique dans un cadre intégré unique qui montre à la fois les risques de perte de nature pour les entreprises et les possibilités pour les entreprises de contribuer à inverser ce phénomène », a déclaré Matt Jones (Royaume-Uni), l’un des trois coprésidents de l’évaluation. « Il s’agit d’un moment crucial pour les entreprises et les institutions financières, ainsi que pour les gouvernements et la société civile, pour dissiper la confusion des innombrables méthodes et indicateurs, et profiter de la clarté et de la cohérence offertes par le rapport pour prendre des mesures significatives en vue d’un changement transformateur. Les entreprises et les autres acteurs clés peuvent soit ouvrir la voie à une économie mondiale plus durable, soit risquer l’extinction … à la fois des espèces dans la nature, mais aussi potentiellement la leur. »
Les mesures d’incitation au maintien du statu quo entraînent le déclin de la nature
Les conditions actuelles pérennisent le statu quo et ne favorisent pas encore le changement transformateur nécessaire pour arrêter et inverser la perte de biodiversité. Par exemple, d’importantes subventions qui entraînent des pertes de biodiversité sont orientées vers des activités des entreprises avec le soutien du lobbying des entreprises et des associations commerciales. En 2023, les flux financiers mondiaux publics et privés ayant des impacts directement négatifs sur la nature ont été estimés à 7 300 milliards de dollars, dont 4 900 milliards de dollars de financements privés et environ 2 400 milliards de dollars de dépenses publiques en subventions néfastes pour l’environnement.
A l’opposé, 220 milliards de dollars de flux financiers publics et privés ont été orientés en 2023 vers des activités contribuant à la conservation et à la restauration de la biodiversité, ce qui représente à peine 3 % des fonds publics et des incitations qui encouragent les comportements des entreprises nuisibles ou empêchent les comportements bénéfiques pour la biodiversité.
Stephen Polasky (États-Unis) coprésident de l’évaluation Entreprises et Biodiversité par l’IPBES
« La perte de biodiversité est l’une des menaces les plus graves pour les entreprises », a déclaré le professeur Stephen Polasky (États-Unis), coprésident de l’évaluation. « Pourtant, la réalité paradoxale est qu’il semble souvent plus rentable pour les entreprises de dégrader la biodiversité que de la protéger. Le « statu quo » a pu sembler rentable à court terme, mais les impacts de plusieurs entreprises peuvent avoir des effets cumulatifs, se combinant pour produire des impacts globaux, qui peuvent franchir des points de basculement écologiques. Le rapport montre que le statu quo n’est pas une fatalité – avec les bonnes politiques, ainsi que des changements financiers et culturels, ce qui est bon pour la nature constitue aussi le meilleur choix en termes de rentabilité. Pour y parvenir, le rapport propose des outils permettant de choisir des mesures et des analyses plus efficaces. »
Mesurer les impacts et les dépendances
Le rapport constate qu’il existe un large éventail de méthodes, de connaissances et de données pour mesurer les impacts et les dépendances des entreprises, qui peuvent déjà éclairer les décisions et les actions, mais que l’on comprend mieux l’application des méthodes d’évaluation des impacts que l’évaluation des dépendances. L’application et l’adoption des méthodes s’avèrent faibles et inégales entre et au sein des secteurs d’activité et des localités, et moins de 1 % des entreprises publiant des rapports mentionnent leurs impacts sur la biodiversité dans leurs rapports.
Une enquête récente menée auprès d’institutions financières représentant 30 % de la capitalisation boursière mondiale a révélé que les trois obstacles les plus cités à une adoption plus large de l’évaluation et de la gestion des risques liés à la nature sont :
a) l’accès à des données fiables,
b) l’accès à des modèles fiables
c) l’accès à des scénarios.
Le Pr. Polasky a déclaré : « Trop souvent, les entreprises passent plus de temps à essayer de déchiffrer des cadres complexes et concurrents de conformité et de reporting qu’à prendre des mesures significatives. L’un des points forts de ce rapport est qu’il contribue à identifier les méthodes, les indicateurs et les outils politiques adaptés à l’envergure de l’entreprise, apportant ainsi clarté et cohérence dans la manière dont les sociétés mesurent et rendent compte de leurs interactions avec la nature. Le débat change de niveau et passe de simples engagements volontaires en faveur de la durabilité à une feuille de route fondée sur la science en vue d’un changement systémique. »
Les auteurs soulignent qu’aucune méthode unique de mesure et de gestion des impacts et des dépendances ne convient à toutes les décisions des entreprises, et que le choix des aspects à mesurer dépend du contexte et de l’action ou de la décision à prendre – et que plusieurs méthodes ou indicateurs seront donc souvent nécessaires. Le rapport propose trois caractéristiques de base permettant d’évaluer quelles sont les méthodes les plus appropriées pour toute entreprise, quels que soient sa taille ou son secteur :
la couverture (géographique ainsi que l’étendue des impacts et des dépendances inclus) ;
la précision (la mesure dans laquelle les résultats décrivent correctement ce qu’ils sont censés mesurer) ;
et la réactivité (la capacité de la méthode à détecter les changements qui peuvent être attribués aux actions et aux activités de l’entreprise).
Les décisions au niveau opérationnel nécessitent des informations spécifiques au site, générées par des approches « ascendantes » comprenant des observations basées sur la localisation, un suivi et une cartographie participatifs, ainsi qu’une analyse spatiale basée sur ces sources de données. Les approches plus appropriées au niveau du portefeuille, de l’entreprise et de la chaîne de valeur comprennent des méthodes « descendantes » telles que les approches fondées sur le cycle de vie et les modèles économiques environnementaux à grande échelle. En fonction de l’objectif de la mesure, elles peuvent être effectuées avec des données à plus faible résolution spatiale, mais avec une échelle géographique plus large.
Prof. Ximena Rueda (Colombie) Coprésidente de l’évaluation IPBES
Une autre conclusion clé est que les entreprises pourraient améliorer la mesure et la gestion des impacts et des dépendances en intégrant de manière appropriée la science et les connaissances autochtones et locales. « Les données et les connaissances sont souvent cloisonnées », a déclaré le Prof. Ximena Rueda (Colombie), coprésidente de l’évaluation. « La littérature scientifique n’est pas écrite pour les entreprises et le manque de traduction et d’attention aux besoins des entreprises a ralenti l’adoption des résultats scientifiques. De plus, les entreprises ont souvent une compréhension et une reconnaissance très limitées des peuples autochtones et des communautés locales en leur qualité de gardiens de la biodiversité et, par conséquent, en tant que détenteurs de connaissances sur sa conservation, sa restauration et son utilisation durable. »
Le développement industriel menace 60 % des terres autochtones dans le monde et un quart de tous les territoires autochtones sont soumis à une forte pression due à l’exploitation des ressources, mais les peuples autochtones et les communautés locales se retrouvent souvent insuffisamment représentés dans la recherche et la prise de décision des entreprises. « Une collaboration respectueuse, qui permet de partager et de mieux utiliser les données, les informations, les apports scientifiques et les savoirs autochtones et locaux peut se traduire par une meilleure gestion des risques et la concrétisation des opportunités pour les entreprises », a déclaré le Prof. Rueda.
Priorités et options pour l’action des entreprises
Le rapport indique clairement que toutes les entreprises, y compris les institutions financières, ont la responsabilité de traiter leurs impacts et dépendances et pourraient prendre des mesures supplémentaires, dans un environnement propice. Bien qu’il existe des arbitrages qui empêchent certaines actions transformatives, les auteurs soulignent de nombreuses actions que les entreprises peuvent prendre dès à présent et qui profitent aux affaires et à la biodiversité – comme l’augmentation de leur efficience, la réduction des déchets et des émissions. Des options spécifiques pour des actions que les entreprises peuvent prendre aujourd’hui pour traiter leurs impacts et dépendances sont incluses dans le tableau ci-dessous.
Actions que les entreprises peuvent prendre maintenant pour traiter leurs impacts et dépendances
« Un engagement plus fort en faveur de la nature n’est pas une option pour les entreprises, c’est une nécessité », a déclaré le Prof. Rueda. « Cette démarche est vitale pour leurs résultats financiers, leur prospérité à long terme et le changement transformateur nécessaire à un avenir plus juste et plus durable. Pour éviter l’écoblanchiment, il est essentiel que les entreprises aient des stratégies transparentes et crédibles, qui démontrent clairement leurs actions et la manière dont elles contribuent aux résultats en matière de biodiversité et qu’elles divulguent publiquement leurs impacts et leurs dépendances ainsi que leurs activités de lobbying ».
Le rapport explore à la fois les actions qui peuvent être prises par les entreprises elles-mêmes et les actions de « signal » qui peuvent influencer publiquement et inspirent l’action des autres. Les entreprises peuvent mener des actions de chaque type à quatre niveaux de décision : l’entreprise, les opérations, la chaîne de valeur et le portefeuille.
Les auteurs reconnaissent que s’il existe une large base de connaissances pour guider l’action des entreprises, il existe également d’importantes lacunes en matière de connaissances et de leur application qui limitent la capacité de tous les acteurs à comprendre pleinement et à gérer efficacement les activités des entreprises. Le rapport regroupe ces lacunes et suggère cinq séries d’actions pour répondre à ces priorités :
données pertinentes pour les entreprises ;
accessibilité et transparence des données ;
la complétude des éléments probants ;
l’adoption des méthodes ;
et l’applicabilité des méthodes.
Plus de 100 actions concrètes pour les gouvernements, les acteurs financiers et la société civile
Un autre message central du rapport est que les entreprises ne peuvent pas, à elles seules, agir à l’échelle du changement nécessaire pour stopper et inverser la perte de biodiversité. La collaboration, ainsi que l’action collective et individuelle, sont essentielles pour créer un environnement propice où les entreprises contribuent à un avenir juste et durable.
Cinq composantes spécifiques sont identifiées comme étant essentielles à un tel environnement propice :
les cadres politiques, juridiques et réglementaires ;
les systèmes économiques et financiers ;
les valeurs sociales, les normes et la culture ;
la technologie et les données ;
et les capacités et les connaissances.
Le rapport donne plus de 100 exemples spécifiques d’actions concrètes qui peuvent être prises dans ces cinq composantes par les entreprises, les gouvernements, les acteurs financiers et la société civile.
Actions que les différents acteurs peuvent entreprendre pour créer un environnement propice aux entreprises
« Une gestion responsable de la biodiversité est essentielle à la gestion des risques dans l’ensemble de l’économie et des sociétés. Il ne s’agit pas d’une question environnementale lointaine, mais d’un défi majeur qui se pose aujourd’hui au niveau aussi bien des chefs d’entreprise que des gouvernements », a déclaré le Prof. Polasky. « Nous devons dépasser le sophisme qui réduit le choix à un choix binaire des gouvernements et des décideurs entre un environnement pro-environnement ou pro-business. Toutes les entreprises dépendent de la nature, c’est pourquoi les actions de conservation et d’utilisation durable de la nature peuvent également aider les entreprises à prospérer sur le long terme. Ce rapport innove aussi en proposant, en plus de l’action nécessaire des entreprises et des institutions financières elles-mêmes, un modèle pour accélérer la collaboration et les actions collectives à tous les niveaux par les gouvernements, les acteurs financiers et d’autres acteurs, y compris la société civile, les peuples autochtones et les communautés locales, les consommateurs, les ONG, les organisations internationales et le monde universitaire. »
David Obura, Président de l’IPBES
Des orientations vitales pour atteindre les objectifs mondiaux
David Obura, président de l’IPBES, a déclaré à propos de l’importance du rapport sur les entreprises et la biodiversité :
« Ce tout premier rapport d’évaluation accéléré de l’IPBES a été produit dans l’urgence alors que nous entamons la seconde moitié de cette décennie, à la demande de nos gouvernements, en tant que contribution essentielle aux efforts déployés par les entreprises, les gouvernements, les acteurs financiers et l’ensemble de la société pour atteindre les objectifs et les cibles du Cadre mondial pour la biodiversité, des Objectifs de développement durable et de l’Accord de Paris sur le changement climatique. Il est très directement lié à la cible 15 du Cadre mondial pour la biodiversité, axé sur les entreprises, mais aussi, au final, à tous nos objectifs mondiaux communs, car les entreprises sont au cœur de la manière dont nos économies et de larges pans de notre société dépendent de la nature et ont un impact sur elle. »
En chiffres – Statistiques clés et conclusions du rapport
1 180 milliards – 130 110 milliards de dollars : Croissance de l’économie mondiale entre 1820 et2022 (en dollars de 2011).
+100 % vs -40 % : augmentation moyenne par habitant du capital produit par l’Homme produit depuis 1992 et réduction des stocks de capital naturel.
7 300 milliards de dollars : Flux financiers mondiaux publics et privés en 2023 ayant des impacts directement négatifs sur la nature, dont 4 900 milliards de dollars de financements privés et environ
2 400 milliards de dollars de dépenses publiques en subventions néfastes pour l’environnement.
220 milliards de dollars : Flux financiers mondiaux publics et privés orientés en 2023 vers des activités contribuant à la conservation et à la restauration de la biodiversité.
< 1 % : pourcentage des entreprises qui publient des rapports qui mentionnent des données sur leurs impacts sur la biodiversité dans leurs rapports.
60 % : part des terres autochtones menacées par le développement industriel dans le monde.
25 % : part des territoires autochtones soumis à une forte pression liée à l’exploitation des ressources.
Au moins 8 : nombre de pays (avec l’Union européenne) dont les banques centrales ont analysé l’exposition de leurs institutions financières aux dépendances à la biodiversité.
Résumé du Rapport de l’IPBES « Entreprises et biodiversité »
Contribution de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité
Le Résumé pour décideurs de l’évaluation « Entreprises et biodiversité » a été adopté hier par les représentants de plus de 150 gouvernements membres de l’IPBES1. L’évaluation scientifique conclut que les entreprises jouent un rôle central dans l’arrêt et l’inversion de la perte de biodiversité. De nombreuses entreprises manquent d’informations pour faire face à leurs impacts et à leurs dépendances, ainsi qu’aux risques et opportunités liés à la biodiversité et aux contributions de la nature aux populations. Leurs transformations économiques et financières dépendent de choix sociétaux, des attentes et pressions de la société civile et de l’action régulatrice de l’État.
mieux comprendre les enjeux et l’importance du sujet
Entreprises et biodiversité : des concepts clés
Le nouveau rapport de l’IPBES publié le 9 février 2026 est consacré aux liens entre entreprises et biodiversité. Attendu depuis plusieurs années, ce rapport marque un tournant : il ne se limite plus à appeler le monde économique à réduire ses impacts, mais analyse la manière dont les activités productives, financières et commerciales structurent la crise du vivant — et conditionnent toute possibilité de transformation.
Ce dossier de la FRB propose une mise en lumière des notions qui organisent aujourd’hui le débat sur les relations entre business et biodiversité. Subventions néfastes, crédits et certificats biodiversité, chaînes de valeur mondialisées, suivi du vivant, responsabilité élargie des entreprises : des concepts présents dans les discours, mais encore rarement examinés dans leurs implications économiques, politiques et écologiques concrètes.
L’enjeu est explicite : derrière ces notions se jouent des arbitrages structurants. Certaines approches peuvent contribuer à une transformation systémique compatible avec les limites écologiques ; d’autres risquent surtout de reconduire les modèles existants sous un vernis de « positif pour la nature ». À mesure que la biodiversité devient un enjeu stratégique pour les entreprises, la finance et les États, ce dossier propose une lecture critique : distinguer ce qui relève d’un changement réel, ce qui tient de l’illusion, et ce que la sortie du rapport de l’IPBES oblige à penser.
Les subventions néfastes : le coût caché de la destruction du vivant
Chaque année, les États injectent des milliers de milliards de dollars dans des activités qui dégradent la planète. Alors que la communauté internationale s’accorde sur l’urgence de restaurer la biodiversité, le système économique continue, paradoxalement, à financer sa disparition. Les subventions néfastes constituent aujourd’hui l’un des principaux obstacles à la transition écologique – mais aussi, potentiellement, l’un de ses leviers les plus puissants. Lire la suite
L’idée séduit les milieux économiques : créer un marché des “crédits biodiversité” pour financer la régénération du vivant sur la base d’une certification de pratiques positives. À l’image du marché carbone, ces nouveaux instruments visent à canaliser des capitaux privés vers des projets de restauration d’écosystèmes. Mais derrière la promesse d’un financement massif de la nature, experts et institutions internationales alertent : sans garde-fous, ce mécanisme pourrait vite tourner au greenwashing. Lire la suite
L’entreprise à l’ère du “positif pour la nature”: vers de nouvelles responsabilités vis à vis du vivant
Et si l’entreprise cessait d’être un simple agent économique pour devenir un acteur du vivant ? Dans un monde confronté à l’érosion rapide de la biodiversité, la responsabilité des entreprises se redéfinit. Loin des discours convenus sur la “durabilité”, une nouvelle exigence émerge : celle du “positif pour la nature”, ou la nécessité pour les entreprises de contribuer à la nature. Une transformation profonde, à la fois économique, culturelle et morale. Lire la suite
Les suivis de la biodiversité, des instruments stratégique des entreprises
Longtemps perçu comme une contrainte environnementale, le suivi du vivant devient un levier central de gestion des risques, de pilotage de la transition et de création de valeur. En s’appuyant sur leurs données de biodiversité, aujourd’hui largement sous-exploitées, les entreprises entrent dans une nouvelle ère où la transparence et la preuve scientifique deviennent des atouts concurrentiels. Lire la suite
Biodiversité : la grande bataille économique et financière se joue aussi dans les chaînes de valeur
Les entreprises ont longtemps concentré leurs efforts environnementaux sur leurs propres opérations. Mais l’essentiel se joue ailleurs : dans les chaînes de valeur mondialisées qui façonnent les pressions sur les écosystèmes, déterminent les pratiques locales, influencent les comportements des consommateurs et conditionnent la portée réelle des engagements positifs pour la biodiversité. La transformation de ces filières apparaît aujourd’hui comme le véritable test de crédibilité des entreprises face à la crise du vivant. Lire la suite
Écouter le vivant : La biodiversité comme fondement et avenir de notre économie
On a longtemps eu tendance à opposer économie et biodiversité, cette dernière étant perçue comme un coût, une limite voire pour certains une lubie écologique.
l’économie dépend de la nature et les entreprises du vivant
Pourtant, en adoptant un autre angle, la biodiversité apparaît comme l’une des solutions les plus puissantes et les plus concrètes pour refonder notre économie et lui donner un avenir.
Comment diriger avec la nature ? L’exemple de l’entreprise norsys
La seule partie prenante qu’on ne peut pas virer, c’est l’actionnaire
Un an après avoir fait entrer la nature dans son conseil d’administration avec un droit de vote et un droit de véto,norsys partage ses avancées et son bilan avec un objectif : témoigner pour aider les entreprises à mieux prendre soin de la nature et de ses ressources dans leur développement. Un sujet essentiel à l’heure où l’IPBES publie un rapport majeur sur la contribution de la nature à l’économie mondiale et où les tensions géopolitiques liées à l’eau, aux métaux ou aux hydrocarbures se multiplient.
Une année d’expérimentation pour faire de la nature un acteur de la gouvernance chez norsys
Alors que 72 % des entreprises européennes dépendent directement de la nature d’après la BCE, rares sont celles qui lui donnent une place réelle dans leurs décisions. Entreprise falmiliale pionnière de la nature actionnaire, norsys (services numériques, 700 personnes, 57 millions d’€ de CA) vient de publier un rapport pour témoigner, un an après avoir créé une gouvernance où la nature siège au conseil d’administration, participe au dialogue social et influence les choix stratégiques — une première en France et un modèle désormais réplicable.
Les entreprises risquent de courir à leur perte si elles ne se prennent pas en main pour assurer une soutenabilité forte de leurs activités en protégeant le capital naturel dont elles sont dépendantes.
“ Concevoir avec une préoccupation humaine et éthique des usages du numérique efficaces afin de contribuer à l’évolution positive du monde ”
Biodiversité : comment articuler sciences et relations internationales ?
L’IPBES, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, est le sujet de ce nouvel épisode du Podcast de l’IDDRI « Cap sur la Transition ».
Ces dernières années ont vu une forte remise en question des faits scientifiques dans bien des domaines. Dans le secteur environnemental, le GIEC, référence scientifique pour les enjeux climatiques, est sous forte pression. Qu’en est-il de l’IPBES, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques ? Comment fonctionne cet organisme, et quel est aujourd’hui son poids dans les négociations ? Agnès Hallosserie, directrice du programme biodiversité à l’Iddri, et Basile van Havre, ancien co-président des négociations mondiales sur la biodiversité, répondent aux questions de Sophie Larmoyer, productrice éditoriale et réalisatrice de podcasts.
Rapport IPBES 2024
Alimentation, biodiversité, climat, eau et santé : tout est lié !La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) rappelle la chaîne de causalité qui relie ces différents domaines
Rapport IPBES 2022
Les options pour réaliser le changement transformateur nécessaire de toute urgence pour mettre fin à l’effondrement de la biodiversité. Les causes sous-jacentes de la crise de la biodiversité et les options pour un monde juste et durable.
Rapport IPBES 2019 de l’évaluation mondiale de la Biodiversité et des Services écosystémiques
Tribune Cdurable à Nicolas Camps, conseiller environnemental et rédacteur scientifique, qui nous propose un article de fond sur le « Climat : La Grande Illusion du Thermostat Carbone ». Son objectif est de bousculer la lecture purement comptable du carbone pour proposer une analyse biophysique du dérèglement climatique. Il explore comment la destruction des fonctions du vivant de la chimie des sols (glomaline) à la dynamique des fluides (pompe biotique et rugosité) a désactivé le système de régulation thermique de la Terre.
LE CLIMAT NE SE DÉRÈGLE PAS À CAUSE DU CO₂, MAIS À CAUSE DE L’EFFONDREMENT DU VIVANT
Points clés de l’article
Impact de la chimie et des plastiques sur la porosité des sols et l’albédo océanique.
Approche thermodynamique : Chaleur latente vs Chaleur sensible.
La Pompe Biotique : Le rôle moteur des forêts dans le cycle de l’eau.
Gestion des risques : La simplification des paysages comme facteur de blocage des dômes de chaleur.
Pourquoi la transition comptable ignore la panne biophysique du vivant
Par Nicolas CAMPS Conseiller environnemental et rédacteur scientifique
Ce texte est conçu comme un article de fond. Chaque section est un maillon d’une démonstration systémique ; il est publié dans son intégralité pour conserver la cohérence de la démonstration.
Introduction
Le récit climatique dominant repose sur une réduction comptable : le CO₂ serait le coupable, la décarbonation la solution. Si la physique de l’effet de serre est indiscutable, elle n’explique pourtant pas la brutalité de l’emballement actuel.
Le climat n’est pas un stock de gaz. C’est une infrastructure vivante de régulation thermique.
En nous focalisant sur l’indicateur (le carbone) nous avons négligé le levier (le vivant). Avant même la question des émissions, il y a celle de la dissolution biophysique des structures qui maintiennent la Terre en état de négentropie, c’est-à-dire en organisation énergétique capable de dissiper l’excès d’énergie.
La dissolution chimique
Le sabotage de la porosité
Le dérèglement commence sous nos pieds, par une agression moléculaire. La pétrochimie déstructure les interfaces sol–air, comme l’ont montré les travaux de Claire Chenu (AgroParisTech / INRAE) sur la stabilisation biologique des sols.
Laurier de la Recherche agronomique : Claire Chenu Le sol et en particulier, la matière organique du sol, une question clé pour une agriculture durable que Claire Chenu explore depuis de nombreuses années. A son actif, un parcours académique jalonné de succès, une longue expérience de l’interface entre les sciences et l’élaboration des politiques…. Elle reçoit le laurier de la Recherche agronomique 2019 de l’Inra.
Les pesticides et engrais minéraux détruisent la microbiologie, notamment les champignons mycorhiziens producteurs de glomaline, cette glycoprotéine qui sert de ciment aux agrégats. Sans elle, le sol s’effondre physiquement.
Un sol vivant peut stocker jusqu’à 150 litres d’eau par m³, contre 30 litres pour un sol minéralisé. En perdant sa macroporosité, il perd sa fonction de tampon thermique et devient un corps noir absorbant qui surchauffe la basse atmosphère par convection directe.
À cela s’ajoute un mécanisme souvent ignoré : la perte du filtre à méthane. Un sol forestier aéré héberge des bactéries méthanotrophes qui consomment le méthane atmosphérique (CH₄). Une fois compacté ou chimiquement dégradé, le sol devient anaérobie et se transforme en émetteur net.
Enfin, la destruction du vivant augmente la conductivité thermique : un sol mort conduit la chaleur comme un métal, amplifiant les extrêmes.
Le vivant lutte contre l’entropie en organisant les flux d’énergie solaire via des transferts de phase, un mécanisme central rappelé par Ellison et al. (2017).
En France, un arbre mature peut évaporer jusqu’à 400 litres d’eau par jour, soit une puissance de refroidissement équivalente à une dizaine de climatiseurs domestiques. Cette énergie, la chaleur latente, est emportée vers la haute atmosphère sans élever la température de surface.
À l’inverse, sur un sol nu, cette énergie est convertie en chaleur sensible. Le sol dépasse alors les 50 °C, alimentant directement les dômes de chaleur.
Ce refroidissement est renforcé par la rugosité thermique : mousses, lichens, biofilms et micro-structures végétales créent une hétérogénéité qui ralentit la montée en température et stabilise les gradients locaux.
Le miroir brisé
Bioaérosols, albédo et biomixing
L’océan stocke environ 90 % de l’énergie excédentaire, mais sa régulation est fondamentalement biologique.
Le vivant fabrique les nuages
La formation des nuages bas nécessite des précurseurs biologiques (CCN) décrits par Andreae et Rosenfeld (2008) : DMS marin, monoterpènes forestiers, bactéries gélives (Pseudomonas syringae), spores, pollen fragmenté ou exopolymères planctoniques.
Ces particules déclenchent la condensation et la nucléation glacée à des températures bien plus élevées que les particules minérales.
Aujourd’hui, les microplastiques et polluants altèrent ces émissions. L’albédo chute, l’océan n’est plus protégé, et l’emballement thermique se verrouille.
Le biomixing : la turbulence du vivant
On sait désormais que la biosphère marine brasse les couches d’eau avec une puissance considérable (Dewar et al., 2006). Par leurs migrations verticales quotidiennes, le phytoplancton et le krill agissent comme les vers de terre de l’océan : ils remontent les nutriments et enfouissent chaleur et oxygène, assurant la respiration thermique des mers.
Ces altérations atmosphériques interagissent directement avec la dynamique de l’eau, dont dépend la stabilité climatique continentale.
Les travaux de Makarieva et Gorshkov (2007) ont montré que 60 à 70 % des pluies continentales proviennent du recyclage par le vivant.
En condensant la vapeur d’eau, les forêts créent une dépression atmosphérique locale qui aspire l’air humide marin : c’est la pompe biotique.
En fragmentant les écosystèmes, nous débranchons le cycle de l’eau de sa source maritime, transformant des zones tempérées en déserts stationnaires.
Le recyclage biophysique de la vapeur d’eau : condensation, noyaux biogéniques et rôle du vivant
Si la vapeur d’eau représente environ 60 % de l’effet de serre naturel, son rôle climatique dépend entièrement de son degré de recyclage par les structures vivantes. La vapeur d’eau globale n’est pas un stock autonome : elle provient intégralement de processus locaux (évaporation, évapotranspiration, humidité des sols) et n’est recyclée en cycle court que si les conditions biophysiques le permettent.
La condensation atmosphérique ne se déclenche pas spontanément. Elle exige des noyaux de condensation biogéniques (bioaérosols) produits par les plantes, les sols vivants, les champignons, les bactéries gélives, les monoterpènes forestiers ou les exopolymères planctoniques. Ces particules abaissent les seuils de nucléation et permettent la formation de nuages bas, brumes froides et pluies locales à des températures bien plus élevées que les particules minérales.
Lorsque les sols sont morts, les forêts fragmentées, les paysages simplifiés et les émissions biogéniques affaiblies, la condensation locale s’effondre. L’humidité ne retombe plus : elle monte en altitude, rejoint la circulation globale et contribue à l’effet de serre en restant sous forme de vapeur. Autrement dit, la vapeur d’eau globale est en partie la vapeur d’eau que le vivant n’a pas pu recycler.
Restaurer les cycles vivants ne sert donc pas seulement à rafraîchir localement : cela permet de réduire la fraction de vapeur d’eau qui s’échappe vers la haute atmosphère, limitant ainsi l’amplification radiative. Le vivant n’est pas un décor : c’est un opérateur thermodynamique qui conditionne la distribution verticale de l’eau et la stabilité énergétique de la basse atmosphère.
Rugosité et dynamique des fluides
Le risque de blocage thermique
La stabilité climatique dépend de la capacité du paysage à dissiper l’énergie par la turbulence.
Un paysage hétérogène, bocage, forêt étagée, crée une rugosité aérodynamique qui favorise le mélange de l’air et empêche la stagnation thermique.
À l’inverse, les surfaces lisses, openfields, zones urbanisées, créent un écoulement laminaire. L’air ne circule plus verticalement, favorisant la persistance de dômes de chaleur.
La simplification biologique transforme un aléa météo en prison thermique.
Quand un système vivant se ferme
Le vivant et le CO₂
Les mécanismes de fond
Au-delà de l’urgence thermique, le vivant pilote aussi le stockage à long terme du carbone.
Le thermostat géologique biotique (Hunt & Sornette, 2023) montre que racines, champignons et bactéries accélèrent l’altération des roches silicatées, consommant du CO₂ pour l’enfouir sous forme de carbonates.
En mer, la Microbial Carbon Pump (Jiao et al., 2010) transforme une partie du carbone organique en carbone dissous réfractaire (RDOC), stocké dans l’océan pour des millénaires.
Réparer le thermostat, pas seulement le thermomètre
Une coupe rase est un effondrement métabolique : arrêt simultané de la climatisation, de la pompe hydrologique, de la protection solaire, du filtre à méthane et de la structure du sol.
Nous avons traité le climat comme une erreur comptable de CO₂. C’est une erreur de diagnostic.
Le carbone est l’indicateur. Le vivant est le levier.
La transition exige une restauration métabolique : sortir de l’ère des solvants chimiques pour restaurer l’immunité des sols et protéger la complexité biologique.
Réparer le vivant n’est pas une option esthétique. C’est la maintenance vitale de l’infrastructure thermique terrestre.
Diagnostic de terrain
Cinq signaux physiques à observer
Ces indicateurs sont des signaux directs de la santé du système régulateur climatique.
Brume matinale : Sa présence atteste de la condensation froide. Sa raréfaction durable signale une rupture de la boucle sol–nuages bas.
Vitesse d’infiltration : Un sol vivant absorbe l’eau presque instantanément. Un temps d’absorption long indique la destruction de la porosité et la perte du tampon thermique.
Densité des vers de terre : Véritables ingénieurs du climat, ils garantissent la structuration biologique du sol. Un sol sans vers est un sol incapable de dissiper l’excès d’énergie.
Persistance de la rosée : Une évaporation rapide sur sol nu révèle la perte de la rugosité thermique et de la gestion de la chaleur latente.
Typologie des nuages bas : Des nuages bas, gris et denses signent une nucléation biologique active. Leur remplacement par un ciel laiteux ou des voiles d’altitude indique une panne du système vivant.
Résonance structurelle du vivant : un cadre inédit pour relier comportement humain et stabilité climatique
Nicolas Camps, conseiller environnemental et rédacteur scientifique
Conclusion
Le climat ne se répare pas avec des tonnes. Il se répare avec des brumes, des vers, des racines, des nuages bas, et avec celles et ceux qui savent encore les voir, les protéger, et leur laisser le temps de revenir.
« Les récentes conclusions du rapport Nexus de l’IPBES apportent une validation scientifique majeure aux thèses développées dans cette tribune. Ce rapport mondial confirme que la gestion climatique ne peut plus être réduite au seul prisme du carbone. Il établit que la biodiversité constitue le pilote thermique indispensable du système Terre. Ces conclusions rejoignent mon analyse sur le rôle structurel du vivant dans la gestion de la chaleur latente et la maintenance de la « Tenue » des milieux. L’IPBES chiffre désormais à 44 000 milliards de dollars la dépendance de l’économie mondiale à cette infrastructure biologique (ce que je définis comme le Vivant Constitué). Cette reconnaissance internationale souligne la pertinence de l’approche biophysique. Le « changement transformateur » préconisé par l’IPBES valide la nécessité d’évoluer vers une ingénierie de la Résonance, telle que décrite dans mes travaux. »
Références bibliographiques
Andreae, M. O., & Rosenfeld, D. (2008). Aerosol–cloud–precipitation interactions. Earth-Science Reviews.
Dewar, W. K., et al. (2006). Does the marine biosphere mix the ocean? Journal of Marine Research.
Ellison, D., et al. (2017). Trees, forests and water: Cool insights for a hot world. Global Environmental Change.
Hunt, A. G., & Sornette, D. (2023). Biotic control of silicate weathering. Biogeosciences.
Jiao, N., et al. (2010). Microbial production of recalcitrant dissolved organic matter. Nature Reviews Microbiology.
Makarieva, A. M., & Gorshkov, V. G. (2007). Biotic pump of atmospheric moisture. Hydrology and Earth System Sciences.
Le secteur agricole a subi des évolutions majeures ces dernières décennies, dans un contexte d’accélération des crises climatiques, environnementales, sanitaires mais aussi géopolitiques. Les productions végétales, en grandes cultures, maraîchage, viticulture et arboriculture, constituent une part importante dans la ferme France, avec une augmentation de 36 % en volume depuis 1980. Ces productions jouent un rôle crucial dans la construction de la souveraineté alimentaire française, mais elles font face, comme beaucoup d’autres filières, à des difficultés de production. Ce dossier de l’Inrae illustre des travaux et innovations prometteuses pour aider les filières végétales à rester compétitives et les accompagner pour produire durablement.
Éditorial
Le secteur agricole a subi des évolutions majeures ces dernières décennies, dans un contexte d’accélération des crises climatiques, environnementales, sanitaires mais aussi géopolitiques. Les productions végétales, en grandes cultures, maraichage, viticulture et arboriculture, constituent une part importante dans la ferme France, avec une augmentation de 36 % en volume depuis 19801. Ces productions jouent un rôle crucial dans la construction de la souveraineté alimentaire française, mais elles font face, comme beaucoup d’autres filières, à des difficultés de production : l’année 2024 a par exemple enregistré une baisse de 10 % en volume des productions végétales liée à des conditions météorologiques défavorables qui ont particulièrement affecté la production de vin et celle des grandes cultures.
Du fait de la sécheresse et des températures estivales, la production de maïs en 2025 a reculé de près de 10 %, avec une baisse de 2 % par rapport à la moyenne 2020-2024. Concernant le blé tendre, une chute de la production est observée en 2020 et 2024, avec une reprise en 2025, mais « l’effet ciseau » est constaté pour la troisième année consécutive, les prix de vente ne couvrant pas les charges de production.
L’enjeu est donc de s’adapter aux nouvelles conditions climatiques dans un contexte de diminution des intrants attendue (engrais, produits phytosanitaires, eau…), en assurant la performance économique, sociale et environnementale des exploitations et des filières.
La recherche travaille plusieurs leviers, tels que les pratiques de production (diversification des cultures, agriculture de précision…), le biocontrôle, ou encore l’innovation variétale. Cette dernière s’appuie nécessairement sur la disponibilité de ressources génétiques qui font l’objet de caractérisation et de conservation. Ces ressources sont à la base de l’amélioration des plantes. Au-delà des leviers travaillés, l’objectif des scientifiques est aussi d’accompagner, aux côtés des instituts techniques et du conseil agricole, les agriculteurs à tous les niveaux. Dans un contexte de diversification des pratiques mais aussi des cultures et des produits, la question des débouchés est aussi investiguée : comment diversifier les revenus des agriculteurs et structurer, organiser les filières à l’échelle des territoires, en prenant en compte les attentes des consommateurs et les freins des filières.
Pour répondre aux problématiques des filières végétales, INRAE s’appuie sur ses unités de recherches mais aussi sur un réseau de 19 unités expérimentales, support de ses recherches et contribuant à l’innovation agronomique et variétale. Associées à ce dispositif, de nombreuses collaborations fructueuses avec l’ACTA-les instituts techniques agricoles (Arvalis, Terres Inovia, CTIFL, IFV, etc.) et des groupements d’intérêt scientifique, dans différents domaines recouvrant plusieurs filières afin de rassembler de nombreuses expertises scientifiques et techniques sur des enjeux partagés.
Ce dossier illustre des travaux et innovations prometteuses pour aider les filières végétales à rester compétitives et les accompagner pour produire durablement.
Pour déployer des variétés résistantes aux bioagresseurs et plus résilientes face au changement climatique, INRAE s’implique dans la conservation, la gestion, la diffusion et la mobilisation du matériel végétal à travers la gestion ou co-gestion de 16 centres de ressources biologiques (CRB). L’institut mène un travail de caractérisation des ressources génétiques au profit de la création variétale opérée par ses partenaires, mais aussi sa filiale Agri Obtentions, en ancrant les objectifs de production dans une démarche de diminution de l’utilisation des intrants et de durabilité.
Accroître la performance environnementale et économique des filières végétales nécessite la mobilisation de différents leviers agronomiques comme l’utilisation de variétés adaptées, la diversification des cultures, le biocontrôle ou encore le développement de l’agriculture de précision. INRAE, en collaboration, avec ses partenaires académiques, les acteurs du développement agricole et les réseaux d’agriculteurs, travaille sur des pratiques agronomiques innovantes et des itinéraires techniques plus pertinents pour des systèmes plus durables.
Les liens entre agriculteurs et les secteurs en aval de la production sont essentiels à la durabilité des filières végétales. C’est pourquoi INRAE travaille à l’échelle des systèmes agroalimentaires, de l’amont à l’aval, dans le cadre de projets de recherche. Les transitions imposent de considérer la valorisation des productions incluant des perspectives de nouvelles filières en impliquant les acteurs des territoires et en prenant en compte les attentes des consommateurs, l’évolution des marchés et les freins des filières.
Dossier Inrae Productions végétales agricoles : innover pour des filières compétitives et durables
Cette note de contribution, élaborée par Alain Karsenty avec l’appui du groupe de travail « Carbone forestier » du Comité Scientifique et Technique Forêt, a bénéficié d’une relecture et de contributions de la part de membres du Comité. Elle ambitionne d’apporter un éclairage aux discussions internationales et nationales sur le carbone forestier.
Les marchés du carbone forestier et les pays en développement
La note fournit un décryptage en profondeur des enjeux soulevés par les marchés carbone pour la préservation des forêts et le financement de ces politiques dans les pays en développement. Elle analyse l’historique des marchés carbone au regard des enjeux d’intégrité environnementale et examine les perspectives à venir pour ces marchés, notamment dans le cadre de l’Article 6 de l’Accord de Paris. En fin de document, l’auteur formule une proposition innovante en faveur de la valorisation des services écosystémiques des forêts.
Auteur : Alain Karsenty du CIRAD, avec l’appui du Groupe de travail « Carbone Forestier » du CST-F.
Les marchés de crédits carbone ont suscité des attentes dans les pays en développement pour la conservation des forêts, mais ces attentes n’ont que très partiellement été satisfaites. La compensation des émissions requiert, en effet, un stockage additionnel sur une très longue durée, difficile à garantir dans le secteur des terres et particulièrement en foresterie.
Le mécanisme pour un développement propre (MDP)
Après le Protocole de Kyoto, le Mécanisme de Développement Propre (MDP) a permis de financer des projets de réduction d’émissions, principalement dans le secteur énergétique mais aussi avec la création de puits de carbone forestiers à travers des plantations. Le MDP forestier s’est pourtant révélé être un échec en raison des contraintes imposées pour garantir l’intégrité environnementale des crédits des projets de boisements/reboisements. Entre 2005 et 2013, un mécanisme intergouvernemental REDD+ (pour « réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts, plus la gestion durable des forêts et la conservation ») s’est structuré dans le cadre de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Climat (CCNUC) pour réduire les émissions liées à la déforestation à un niveau juridictionnel, national ou sous national.
Le rôle de REDD+ dans la protection des forêts
En parallèle et sur des bases conceptuelles similaires, s’est développée la commercialisation de crédits carbone issus de « projets REDD+ » portés par des initiatives privées. Dans le cadre du mécanisme REDD+ onusien, les rémunérations sont réservées au niveau juridictionnel, national ou sous-national, ce qui a incité de nombreux acteurs à privilégier l‘échelle de projets locaux et la vente de crédits carbone sur les marchés volontaires du même nom.
Les remises en causes, par de nombreuses publications scientifiques relayées par la grande presse, de l’efficacité climatique d’une grande partie de ces crédits proposés sur le marché volontaire ont entraîné une chute des transactions, affectant particulièrement la demande pour les crédits de « déforestation évitée ». En outre, si certains pays ont bien obtenu des paiements pour la réduction de la déforestation ou la conservation des forêts, les coûts de transaction ont parfois été jugés trop importants par les pays récipiendaires et les montants obtenus pas à l’échelle des besoins.
La conditionnalité de ces paiements « aux résultats » (sont-ce vraiment les efforts qui sont rémunérés et non des circonstances favorables ?) a fait également l’objet de débats.
Volumes de crédits commercialisés sur le marché du carbone volontaire. Période pré-2005 à 2024 (source : Ecosystem Marketplace 2025)
Les avancées récentes dans la mise en œuvre de l’article 6 de l’Accord de Paris (2015) permettront, ces prochaines années, des échanges de crédits carbone entre pays pour la réalisation de leurs objectifs nationaux dans le cadre d’un régime international de conformité évitant le double comptage des réductions d’émission. Ce nouveau régime de conformité pour la compensation carbone offre de nouvelles opportunités aux porteurs de projets, aux investisseurs et aux pays sans pour autant résoudre la plupart des problèmes associés à la conditionnalité des paiements aux résultats, aux fuites et à la non-permanence pour les crédits forestiers.
Le Brésil a innové avec le lancement lors de la COP 30 à Belém d’un mécanisme non-carbone (le TFFF), présenté comme complémentaire à REDD+ mais non fondé sur la compensation. Son efficacité potentielle tout comme son modèle économique suscitent des interrogations.
Plutôt que de chercher à surmonter le défi de l’intégrité environnementale au sein des mécanismes de compensation, et pour ne pas dissuader les investissements nécessaires dans la protection et la restauration des écosystèmes forestiers, des acteurs de plus en plus nombreux plaident pour un basculement d’une partie du marché volontaire vers une logique de contribution, qui pourrait prendre la forme de « certificats nature », reflétant l’attention croissante portée à la valeur d’un ensemble des services écosystémiques au-delà du carbone.
À la COP16 réunie en novembre 2024 en Colombie, il a été beaucoup question de « crédits biodiversité », comme possible instrument permettant de contribuer au financement de la biodiversité mondiale, besoin financier estimé à 200 milliards de dollars par an à l’horizon 2030, comme le prévoit la cible 19 du cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal. Mais un certain flou entoure ce qui est présenté comme un « instrument innovant », et le terme même de « crédits » est discuté, certains lui préférant celui de « certificats ». Ces crédits biodiversité sont inspirés des crédits carbone commercialisés sur le marché volontaire du même nom, crédits carbone dont l’efficacité a été fortement mise en doute par plusieurs études largement relayées par la presse internationale. De fortes oppositions se manifestent également du côté des ONG qui critiquent l’usage des instruments de marché dans le domaine de l’environnement, et reprennent volontiers l’expression ironique de la géographe américaine Kathleen McAfee « vendre la nature pour la sauver ».
La publication, à l’occasion de la COP16, de deux documents proposant des feuilles de route qui pourraient guider de futurs marchés volontaires de crédits ou de certificats biodiversité, est l’occasion d’y voir un peu plus clair. Le premier provient de L’IAPB (International Advisory Panel on Biodiversity Credits) né d’une initiative franco-britannique lancée en 2023 et co-présidée par l’ancienne haute fonctionnaire et femme politique Sylvie Goulard et la femme d’affaires Dame Amelia Fawcett. L’OBC (Organization for Biodiversity Certificate) est une initiative française lancée par aDryada et Le Printemps des Terres, soutenue par Carbone 4 et le MHHN.
L’économiste Alain Karsenty, membre du Conseil Scientifique de l’OBC, explique ce qui différencie ces deux approches et pourquoi il lui parait plus judicieux de donner la priorité à des instruments de contribution qui ne séparent plus les services écosystémiques mais les intègrent et les priorisent selon les besoins des territoires.
C’est une question de lexique qui cache des manières de voir bien différentes sur la façon la plus efficace de préserver la biodiversité en péril. Afin d’impliquer les acteurs économiques qui ont des impacts négatifs avérés sur les écosystèmes naturels, ou dont l’activité dépend du maintien de plusieurs dimensions de la biodiversité, mais aussi pour susciter d’autres financements privés, faut-il proposer des crédits ou bien des certificats biodiversité ? Ces derniers jours, deux acteurs majeurs ont précisé leur préférence en la matière.
Le document de l’IAPB « Framework for high integrity biodiversity credit markets », dévoilé le 28 octobre, privilégie, lui, le terme de crédit qui renvoie à une logique de compensation, même s’il propose in fine une palette d’option bien plus large que cela, ce qui génère donc, au final, une certaine ambiguïté. L’échelle d’action envisagée pour les actions de compensation est, délibérément, locale.
Fourni par l’auteur
En d’autres termes, c’est la restauration d’un milieu naturel local similaire à celui dégradé qui est visée (ou des actions de conservation d’un habitat naturel menacé), et cela sans passer par des évaluations monétaires (on ne cherche pas à donner un prix à la nature ou aux services écosystémiques). Une règle commune aux différentes doctrines de la compensation règlementaire, en Europe ou en Amérique du Nord.
Cependant, en parlant également « d’investissement proactif au sein des chaînes d’approvisionnement », l’approche promue par l’IAPB dépasse la seule compensation locale, puisque sont également envisagées des contributions à l’effort collectif pour la biodiversité au sein ou en dehors de la chaîne de valeur de l’entreprise acquérant des crédits biodiversité (dépassant ainsi le cadre local de la compensation). C’est une dimension nouvelle, et cela entraîne des questions sur l’emploi du mot crédit, lequel renvoie directement à l’idée de compensation (puisqu’un crédit suppose un débit).
Une approche par les coûts
L’IAPB propose une approche fondée sur les coûts. En d’autres termes, le prix de vente initial de ces crédits sera déterminé d’abord par le coût des opérations pour restaurer ou conserver la biodiversité, afin d’éviter toute « monétisation de la biodiversité ». En outre, l’irréductible spécificité des différents écosystèmes est affirmée, puisqu’il n’y a pas d’unité de biodiversité standardisée. On ne peut donc pas échanger un crédit généré par la restauration d’une zone humide avec une unité liée à la plantation d’une haie vive.
Fourni par l’auteur
Ces crédits pourront-ils être revendus ?
Le cadre posé par l’IAPB n’est cependant pas très clair sur la possibilité, pour un acheteur, de revendre un crédit biodiversité sur un marché secondaire. L’IAPB indique seulement ne pas y être favorable « à ce stade » et en l’absence de garde-fous. Mais, en pratique, il semble difficile de pouvoir empêcher un acteur d’acheter les crédits qu’un projet aura générés, de ne pas communiquer dessus, et de les revendre ensuite (avec l’espoir d’une plus-value) à une entreprise qui souhaite valoriser son impact positif (claim) ou compenser des dommages intervenus dans sa chaîne de valeur ? Sur les marchés carbone volontaires, un crédit est « retiré » (du marché) quand il est affiché par une entité pour compenser (volontairement) ses émissions. Pour les crédits biodiversité, le crédit sera retiré quand il aura fait l’objet d’une communication publique (claim) de la part d’un des acheteurs, mais rien n’empêche qu’il soit échangé une ou plusieurs fois auparavant, sans communication.
Le principal risque avec un marché secondaire de crédits servant aux entreprises à communiquer sur leurs contributions, est le « double comptage », le fait qu’en l’absence d’un registre centralisé un même crédit revendu plusieurs fois serve à une communication abusive d’acheteurs successifs. En outre, une spéculation fondée sur une revente de crédits profitable aux seuls intermédiaires et non aux porteurs de projets et aux populations locales, poserait un problème éthique évident.
Une approche trop enfermée dans le cadre de la compensation ?
Les passages qui traitent du devoir des acheteurs de crédits biodiversité renvoient également très largement au cadre intellectuel de la compensation. L’IAPB rappelle le principe « Éviter, Réduire, Compenser » qui consiste pour une entreprise à ne recourir à la compensation, soit directement (compensation « à la demande », soit en acquérant des crédits biodiversité (compensation « par l’offre ») qu’en dernier recours, quand des impacts négatifs sur la biodiversité n’ont pu être ni évités, ni réduits. En cela, elle s’inspire largement des doctrines existantes en matière de compensation réglementaire.
Fourni par l’auteur
Cependant, ce principe est rarement suivi : on « évite » rarement de faire un projet qui va créer des emplois et de la croissance du PIB, même si on sait que toutes les destructions occasionnées ne seront pas compensables. Dès lors, si dans les faits ces directives sont rarement suivies dans un marché réglementaire, qu’en sera-t-il avec un marché volontaire ? Le greenwashing sera difficilement évitable.
Une proposition dans la continuité des systèmes de « compensation par l’offre »
Au bout du compte, ce document de l’IAPB semble proposer au public une approche des crédits biodiversité volontaires assez similaire à ce qui existe déjà dans le cadre de la « compensation par l’offre », système existant dans plusieurs pays, et que la France a introduit officiellement en 2023 avec les SNCRR). Aux États-Unis, depuis les années 1980, des « mitigation banks », initient des actions de conservation ou de restauration d’habitats pour générer, bien avant que ne se produisent les dommages liés aux réalisations d’infrastructures, des crédits biodiversité spécifiques à différents types de milieux naturels (et donc non fongibles). Ces opérateurs, publics ou privés, les vendent ensuite aux entreprises qui doivent compenser leurs impacts. Les équivalences écologiques sont, tant du côté de l’offre de crédits que des obligations d’achat, étroitement supervisées par des consultants accrédités par les autorités environnementales. Le principal élément nouveau des crédits biodiversité évoqués par l’IAPB est qu’ils pourront servir également d’instruments de contribution.
Une approche de contribution, fondée sur les pratiques
Toujours en écho à la COP 16 de Cali, l’Organization for Biodiversity Certificates (OBC) a, quant à elle, proposé une approche différente à travers un document dévoilé le 29 octobre, en parlant, non de crédits mais de certificats, afin de mettre au premier plan une logique de contribution à l’effort collectif de conservation et de restauration de la biodiversité mondiale.
Contrairement à l’IAPB, pour qui les résultats conditionnant l’émission des crédits doivent être mesurés par des « métriques » vérifiées par des organismes indépendants, l’OBC donne la priorité à la mise en œuvre de pratiques (agricoles, sylvicoles, pastorales…) qui sont, selon les scientifiques, les plus susceptibles d’avoir des impacts positifs sur la biodiversité dans un contexte donné. La priorité est donnée à la vérification par un tiers (utilisant la méthodologie OBC) des pratiques adoptées par les acteurs plutôt qu’à la mesure des résultats dans le cadre de telle ou telle métrique biodiversité (il en existe des dizaines, chacune avec ses points forts et ses points faibles).
Fourni par l’auteur
L’avantage de cette approche est qu’elle réduit les coûts associés à la vérification systématique des indicateurs de biodiversité et qu’elle permet de financer la mise en œuvre de pratiques vertueuses sans attendre que des indicateurs de résultat soient mesurés, des mois ou des années plus tard. Son point faible, est qu’elle peut créer un risque pour l’acheteur, s’il s’avère que les pratiques adoptées ne donnent pas les résultats escomptés, du fait d’une prise en compte inadéquate du contexte ou d’autres facteurs. Les pratiques devront donc être identifiées en étroite collaboration avec les acteurs locaux, qui pourront apporter leur connaissance du contexte, et remises régulièrement à jour en fonction des résultats observés.
Fourni par l’auteur
Dépasser les approches fragmentées
Qu’il s’agisse de biodiversité ou de carbone, n’est-il pas temps de dépasser ces approches désarticulées des contextes écologiques, et de penser enfin système et intégration ? L’intérêt de l’approche OBC est qu’elle est fondée sur les pratiques de gestion des milieux. Or, une pratique engendre simultanément une série d’effets sur plusieurs services écosystémiques, parfois en synergie, parfois contradictoires. Dès lors, à part empiler les financements au profit de certains projets, quelle est la logique d’avoir à la fois, pour une même action ou pratique de gestion, des crédits carbone, des crédits ou des certificats biodiversité, ou tout autre type d’unité liée à d’autres services écosystémiques ?
Une vision systémique et intégratrice de la problématique du financement volontaire des pratiques favorables aux écosystèmes devrait conduire à envisager, à l’avenir, une seule unité de contribution, qui pourrait s’appeler « certificat nature », portant à la fois sur le carbone, la qualité et la disponibilité de l’eau, la santé des sols, la biodiversité et les bénéfices apportés aux populations locales, pour parvenir, selon les contextes et les besoins des territoires, au meilleur équilibre entre les services écosystémiques et les attentes des populations locales.
Alain Karsenty, Économiste de l’environnement, chercheur et consultant international, Cirad
Le changement climatique est un défi majeur dans les zones côtières où les populations subissent de plein fouet les effets conjugués de la montée du niveau de la mer, de la salinisation et de l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes. Le projet RISCC (Risques Sanitaires et Changements Climatiques) dans les zones côtières du Sénégal est une initiative de recherche qui analyse et modélise les vulnérabilités actuelles et futures dans les îles du Saloum. Portée par le Laboratoire LEIDI-UGB/SL de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, elle s’inscrit dans une démarche scientifique visant à mieux comprendre les interactions complexes entre les phénomènes climatiques et les risques sanitaires dans un environnement insulaire. Elle fait l’objet d’un ouvrage collectif publié par les éditions Harmattan Sénégal.
Présentation par Mamadou Ndong Touré
Mamadou Ndong Touré – Expert en adaptation au climat et développement territorial durable
Le changement climatique constitue aujourd’hui l’un des défis majeurs de notre époque, particulièrement dans les zones côtières où les populations subissent de plein fouet les effets conjugués de la montée du niveau de la mer, de la salinisation des sols et des eaux, et de l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes. Les îles du Saloum, écosystème fragile et emblématique du littoral sénégalais, illustrent parfaitement cette vulnérabilité face aux bouleversements climatiques et leurs répercussions directes sur la santé des communautés locales.
C’est dans ce contexte que le projet RISCC (Risques Sanitaires et Changements Climatiques dans les zones côtières du Sénégal : analyse et modélisation des vulnérabilités actuelles et futures dans les îles du Saloum) a vu le jour. Cette initiative de recherche, portée par le Laboratoire LEIDI-UGB/SL de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, s’inscrit dans une démarche scientifique rigoureuse visant à mieux comprendre les interactions complexes entre les phénomènes climatiques et les risques sanitaires dans un environnement insulaire particulièrement exposé.
Le projet RISCC bénéficie du soutien financier du programme de co-financement de projets de recherche établi entre la Science Granting Councils Initiative (SGCI), le Centre de Recherche pour le Développement International (CRDI en Afrique centrale et de l’Ouest | IDRC in West and Central Africa) et le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI). Cette collaboration tripartite témoigne de la reconnaissance internationale de l’importance de cette thématique et de la nécessité d’apporter des réponses scientifiques aux enjeux sanitaires liés au changement climatique dans les pays en développement.
Dr Djibrirou Daouda BA Enseignant-Chercheur à Faculté des Sciences et Technologies de l’Education et de la Formation
Changement climatique et impacts sur la santé reproductive en zone urbaine côtière : vulnérabilités aux inondations et enjeux sanitaires à Keur Massa
Dans quelle mesure les inondations, manifestations localisées du changement climatique, affectent-elles la santé reproductive à Keur Massar, et quelles formes de résilience émergent face à ces aléas ?
Trois hypothèses guident cette recherche, en cohérence avec les résultats observés :
Les inondations à Keur Massar résultent de la combinaison d’aléas climatiques (variabilité pluviométrique) et de contraintes hydrospatiales et anthropiques (topographie, sols peu perméables, urbanisation non planifiée).
Elles engendrent des conséquences différenciées sur la santé reproductive : difficultés d’accès aux structures sanitaires, retards dans les suivis prénatals et postnatals, recrudescence des infections gynécoobstétricales, ainsi qu’impacts psychosociaux et économiques.
Les stratégies de résilience restent fragmentées : les ménages et associations locales développent des réponses, mais l’absence d’une gouvernance intégrée limite leur portée et accentue la précarité sanitaire des femmes et des nouveau-nés.
L’objectif de cet article est de contribuer à une lecture territoriale des vulnérabilités sanitaires liées aux inondations dans un contexte urbain côtier, en mobilisant les outils de la géographie physique et environnementale croisés avec l’analyse des dynamiques sociales et de santé reproductive.
À partir d’analyses climatiques, sanitaires et socio-économiques menées dans cinq régions prioritaires du Sénégal (Matam, Saint-Louis, Kaffrine, Kédougou, Ziguinchor), l’article met en évidence :
l’impact des vagues de chaleur sur les maladies chroniques ;
les liens entre variabilité pluviométrique et maladies vectorielles (paludisme, dengue) ;
les effets des inondations et sécheresses sur la sécurité sanitaire ;
le rôle central des initiatives communautaires dans le renforcement de la résilience.
À l’approche de la Journée mondiale des légumineuses, le 10 février 2026, l’ADEME souhaite sensibiliser le plus grand nombre de citoyens aux bienfaits nutritionnels et environnementaux des légumes secs avec un livret de 40 recettes des 4 saisonset des outils pour mieux connaître l’impact carbone de notre alimentation.
4 bonnes raisons de manger des légumineuses
Solution économique : Lentilles, fèves, pois chiches, haricots secs… Gourmandes et peu coûteuses, les légumineuses sont des alliées pour une alimentation accessible, équilibrée et durable.
Bénéfice nutritionnel : Les légumes secs sont naturellement riches en fibres, vitamines et minéraux et contiennent des protéines végétales et glucides complexes. Santé publique France recommande d’en consommer au moins deux fois par semaine.
Transition écologique : La culture des légumineuses participe à réduire les impacts environnementaux du secteur agricole car elle nécessite peu d’engrais azotés et d’eau. De plus, elle contribue à la lutte contre l’érosion et l’appauvrissement des sols.
Impact carbone : En France, 1/4 des émissions de gaz à effet de serre provient de notre alimentation. La production d’1 kg de lentilles émet 0,6 kg CO₂e, soit 48 fois moins que la production d’1 kg de boeuf.
Quel est l’impact de notre alimentation ?
Simulateur alimentation
Comparer l’impact carbone de plus de 50 aliments
Impact Alimentation est un simulateur qui propose de découvrir l’impact carbone de 60+ produits alimentaires classés par groupes d’aliments, rayons du magasin ou popularité d’achat.
Graphique repas
Découvrir l’impact carbone des différents types de repas
Comparateur carbone
Comparer une quantité de kg CO₂e avec plus de 200 équivalents
Comparateur carbone est une calculette qui permet de mettre en balance les aliments pour mieux comprendre les bons ordres de grandeur et imager une donnée grâce à des comparaisons parlantes.
40 recettes des 4 saisons à base de légumes et légumineuses
Palmarès 2026 des produits et lieux végans français
L’association révèle son palmarès 2026 des produits et lieux végans français les plus alléchants : de mini « saucissons » aux spicywings, des pralinés et oursons guimauves 100 % végétaux aux nuggets et au fruit du jacquier, en passant par des madeleines rappelant celles de notre enfance – sans oublier le foie gras cultivé de Gourmey ni la toute nouvelle librairie féministe engagée et végane d’Angers.
Ces innovations s’inscrivent dans une tendance de fond, portée par des consommateurs de plus en plus nombreux à privilégier des produits respectueux des animaux, bénéfiques pour l’environnement et meilleurs pour la santé.
En France, 40 % de la population affirme vouloir augmenter sa consommation de produits végétaux – principalement pour ne plus contribuer à la souffrance des animaux exploités pour l’alimentation. À l’échelle mondiale, le marché des alternatives végétales à la viande devrait dépasser les 33 milliards de dollars de chiffre d’affaires d’ici 2027.
Le Prix des saveurs véganes de PETA récompense cette année quatorze lauréats mettant à l’honneur le meilleur de l’offre végane disponible en France
« En 2026, les marques mettent la barre encore plus haut avec des nouveautés véganes aussi gourmandes qu’inventives, prouvant une fois de plus que l’alimentation végétale a tout bon. Il est grand temps que les enseignes qui boudent encore le végan rattrapent le mouvement », déclare Mimi Bekhechi, vice-présidente de PETA. « Avec ces prix, PETA met à l’honneur les entreprises, marques et chefs qui font rimer créativité, éthique et plaisir dans des offres accessibles à toutes et tous. »
La Vie, c’est la vie ! Cette année, ils ont créé tant de nouveautés qu’il a été difficile de trancher. Ce sont les petits saucissons qui ont finalement mis tout le monde d’accord : 100% plaisir et 0% cochon.
Meilleure gamme de « produits de la mer » végans : Kokiriki
Kokiriki signe des recettes marines délicieuses, riches en goût et en notes iodées – des shrimpiz aux squidy rings, et du red toona au salmoon – et sans cruauté envers les poissons et crustacés. Une alternative qui donne envie de se resservir, et de convertir toute la tablée !
Chef iconique de la gastronomie française, Alain Passard fait évoluer les codes : il y a quelques mois, il a choisi de faire de L’Arpège un restaurant à caractère fortement végétal. Une décision forte, inspirante, et une preuve que la cuisine d’excellence rime de plus en plus avec compassion.
Librairie féministe et engagée, La Dévoreuse est un vrai lieu de vie où l’on nourrit autant ses idées que son estomac. Entre lectures inspirantes et gourmandises véganes, cette adresse d’Angers a tout pour devenir un repaire local préféré.
Faire du foie gras… sans gaver ni tuer une seule oie ? Gourmey relève le défi en développant du foie gras cultivé en laboratoire. Une innovation prometteuse qui pourrait faire bouger les lignes, pour les animaux comme pour la gastronomie.
Accro nous a bluffés avec sa gamme apéritive : tranchés au poivre et à l’italienne, croquetas ultra réconfortantes, spicy wings qui font frétiller nos papilles… Des produits qui portent très bien leur nom : ils nous rendent complètement accros !
Crémeuse, délicate, fabriquée en France avec seulement six ingrédients : la bûchette des Nouveaux Affineurs coche toutes les cases. Et évidemment, on épargne chèvres et chevreaux.
Croustillants dehors, moelleux dedans, ultra satisfaisants et fabriqués à base de fruit du jacquier : les nuggets Nudj ont tout bon. Le genre de comfort food qui met tout le monde d’accord, à commencer par les poulets qui peuvent garder leurs ailes.
Venue tout droit de l’Oise, Escale Pralinée nous gâte avec ses tablettes ultra gourmandes, ses pralinés et ses oursons guimauves 100 % végétaux. Une escale douceur ultra régressive, sans lait et sans exploitation animale.
Moelleuses, dorées, aussi délicieuses que mignonnes : Les Maddies évoquent le goûter parfait. Une bouchée, et c’est la fameuse « madeleine de Proust », mais en version 100 % végétale.
Land & Monkeys continue de prouver que végétal peut rimer avec pâtisserie haut niveau. Une adresse qu’on adore, qui se développe désormais dans le Sud avec une ouverture à Aix-en-Provence, et qu’on espère bientôt voir partout, en France et dans le monde entier !
Chez Gustavo, le kebab se décline en version 100 % végétale, généreuse et ultra gourmande. Un vrai plaisir de fast-food, plein de goût et de réconfort, sans aucun animal dans l’assiette. Vous pourrez également déguster leur fameux Vébab à Lyon !
Albedo Kitchen fait partie de ces adresses qui prouvent que le végan peut être rapide, moderne et franchement addictif. Une carte ultra tentante, du salé au sucré, pour se faire plaisir sur le pouce, sans compromis.
Avec sa galette châtaigne – fleur d’oranger, Giardino signe une création aussi originale qu’excellente. Tout juste établi à Paris, Matteo le chef sarde s’est déjà fait remarquer avec ses incroyables bûches de Noël, ses gâteaux ultra gourmands et ses macarons de folie – tout cela sans ingrédient d’origine animale, pour des créations aussi délicieuses qu’éthiques !
Les animaux ne nous appartiennent pas et nous n’avons pas à les utiliser comme nourriture
Il n’est pas étonnant que le marché du végétal soit en plein essor quand on sait que chaque personne qui choisit de manger végan épargne à 200 animaux chaque année les souffrances quotidiennes et la mort terrifiante que leur réservent les industries de la viande, des œufs et du lait.
Les repas végans sont également bien plus écologiques ; en effet, selon l’ONU, une transition globale vers une alimentation végétale est nécessaire pour lutter contre le changement climatique. En outre, les végans sont moins susceptibles de souffrir de maladies cardio-vasculaires, d’AVC, de diabète, d’obésité et de certains cancers que les personnes qui mangent de la viande et d’autres produits issus d’animaux.
Guide du végan en herbe
PETA – dont la devise dit notamment que « les animaux ne nous appartiennent pas et [que] nous n’avons pas à les utiliser comme nourriture » – met son « Guide du végan en herbe » gratuitement à disposition de celles et ceux souhaitant tester une alimentation éthique et écologique.
Alors que l’éco-organisme ecosystem vient de sortir de nouveaux chiffres concernant l’utilisation du bonus réparation, l’association HOP – Halte à l’obsolescence programmée fait le point. Le déploiement du bonus est-il satisfaisant ? HOP formule une série de propositions pour redynamiser un dispositif qui souffre de beaucoup de préjugés.
Le bonus réparation a été lancé à l’hiver 2022 pour être déployé progressivement à plusieurs catégories de produits : bricolage, multimédia, textile, sport, meubles.
Ce dispositif a été proposé par l’association HOP dans la loi AGEC puis poussé pour faciliter le passage à la réparation plutôt qu’au rachat d’un produit neuf.
Les chiffres sont implacables : pour 80 % des Français·es, le coût de la réparation est le critère le plus important pour faire réparer, selon l’Ademe.
Où trouver un réparateur agréé Bonus Réparation ?
Pour bénéficier du Bonus Réparation, il est indispensable de se rendre chez un réparateur labellisé. Pour faciliter cette recherche, découvrez la Carte du Bonus Réparation qui met à disposition la liste des magasins et réparateurs agréés partout en France (cordonniers, couturiers, magasins, ateliers, techniciens réparateurs…)
En quelques clics, la carte permet de :
Identifier les réparateurs proches de chez soi.
Filtrer selon le type d’objet à réparer (électroménager, téléphone, textile, chaussures, vélo…).
Consulter les coordonnées et les services proposés par chaque réparateur.
Avec plus de 6 500 réparateurs labellisés en 2025, cette carte est le moyen le plus simple et le plus fiable pour trouver un professionnel labellisé à proximité.
Alors même que 91 % des Français·es ont une bonne image de la réparation, seulement 27 % y recourent spontanément, selon le dernier sondage d’Ecosystem.
Si on en croit les chiffres de l’éco-organisme, plus de la moitié (52 %) des consommateurs et des consommatrices ayant profité du bonus QualiRépar ont estimé que le bonus avait eu un impact positif sur leur choix de réparer.
HOP a un a priori positif sur le soutien via le fonds réparation de tous les dispositifs qui favorisent effectivement le développement de plus de réparation auprès des citoyen·nes (en visio, par abonnement…).
L’association avait par exemple obtenu le doublement des montants des bonus sur les téléviseurs et les gros électroménagers, l’ouverture du bonus aux casses d’écran, mais aussi la tenue régulière d’un Conseil national de la réparation multi-parties prenantes, et des efforts de communication avec l’appel à des campagnes d’ampleurs par les éco-organismes ou l’État. HOP participe chaque année à faire connaître l'aubaine du bonus réparation auprès des citoyens, à l’occasion des Journées nationales de la réparation qu’elle co-organise.
Mais voilà, le bonus réparation est mal connu (identifié par moins de la moitié des Français·es selon l’Ademe) et souffre encore de préjugés et de freins qui compliquent son développement.
En plus du manque d’information, le manque d’harmonisation, la gestion du bonus partagée entre de nombreux éco-organismes ainsi que la gestion différenciée de la communication en fonction des catégories de produits entretiennent la confusion chez les consommateurs et les consommatrices.
HOP demande plus d’harmonisation depuis les débuts du dispositif.
Pour pallier ce manque, l’association assure depuis 2024 la mise à jour du site d’information bonusreparation.org, offrant la centralisation des montants de tous les produits, intégrant l’annuaire inter-filière tenu par l’Ademe pour plus de clarté.
HOP salue la première initiative conjointe de quatre éco-organismes pour lancer le site d’information grand public jerepare.fr, trois ans après le lancement des premiers bonus. Bien qu’elles soient positives, l’association regrette toutefois le manque de synergies entre les initiatives, dans une logique d’efficience.
HOP alerte sur les budgets prévus par l’État pour les fonds réparation, qui ne sont pas entièrement dépensés.
Les dépenses représentent moins de 30 % du budget cumulé jusqu’à maintenant, ce qui peut refléter le manque d’ambition donné au déploiement du dispositif, pourtant nécessaire pour le rendre réellement efficace.
Parmi les freins à l’utilisation du bonus réparation, HOP déplore le manque de labellisation de réparateur·ices. Le rapport de HOP intitulé Bonus réparation, Retour d’expérience de consommateurs et réparateurs sur le fonds réparation des équipements électriques et électroniques (EEE) montrait déjà, début 2024, que 80 % des réparateur·ices EEE interrogé·es n’envisageaient pas de se labelliser.
L’association plaide en parallèle pour structurer la filière, avec une valorisation de la formation et une réduction de la TVA à 5,5% dans le secteur de la réparation.
Le résultat de tous ces freins doit nous alerter : selon l’Ademe, le bonus n’a été utilisé que par 5 % des Français·es.
Rapport d’enquête sur le Bonus réparation : retour d’expérience de consommateurs et réparateurs
Un an après l’entrée en vigueur du bonus réparation, HOP et une équipe de chercheur·euses font le bilan du dispositif.
Le bonus réparation est une initiative remarquable et pionnière de la France, un effort colossal pour soutenir financièrement tous les ménages à réparer leurs objets, voulu par les parlementaires et le Gouvernement afin de favoriser une économie circulaire et réduire le gaspillage.
L’association HOP – Halte à l’obsolescence programmée, qui a milité en faveur de ce dispositif innovant, salue les efforts des éco-organismes, ainsi que ceux des parties prenantes, pour penser et travailler à sa mise en œuvre.
Malgré de grands progrès, l’association s’interroge sur les résultats obtenus, en faveur des citoyens et des réparateurs, en particulier pour les artisans.
Confier à l’ADEME la mise en œuvre des fonds de réemploi/réutilisation et de réparation,
Mettre en place une communication nationale harmonisée et interfilière, avec un nom unique pour le bonus,
Imposer aux marques labellisées de réparer toutes marques confondues,
Restreindre les conditions de proximité à 100 km entre le lieu de dépôt des produits à réparer et les lieux de réparation,
Garantir des conditions d’accès adéquates au bonus (augmenter certains montants, supprimer les seuls minimaux de déclenchement, garantir l’accès illimité au bonus, etc),
Faire appliquer le fléchage de 5 millions d’euros du fonds vers la formation, pendant 3 ans comme prévu dans l’arrêté du 10 novembre 2023
Inscrit dans la loi anti-gaspillage et économie circulaire (AGEC) en 2020, en vigueur depuis 2022, le financement et le fonctionnement du bonus réparation sont assurés par les éco-organismes sous l'égide de l'État. L’argent des fonds réparation provient des contributions versées par les fabricants aux éco-organismes (QualiRepar, Ecomaison, Refashion, BonusRépar ...) agréés par l'État.
HOP est une association qui lutte pour des produits durables et réparables
HOP – Halte à l’obsolescence programmée est une association loi 1901 qui lutte pour la durabilité des produits et contre l’obsolescence programmée. Créée en 2015, elle est une association nationale agréée protection de l’environnement. Elle vise à fédérer et défendre les citoyen·nes, engager les décideur·euses public·ques et privé·es pour aller vers des produits durables et réparables. HOP souhaite contribuer à la poursuite des 17 objectifs de développement durable de l’Agenda 2030 de l’ONU. Notamment le 12 qui est “un appel pour les producteurs, les consommateurs, les communautés et les gouvernements à réfléchir sur leurs habitudes et usages en termes de consommation, de production de déchets, à l’impact environnemental et social de l’ensemble de la chaîne de valeur de nos produits”.
Les actions de HOP consistent principalement à sensibiliser le grand public et mobiliser les parties prenantes, mais aussi mener des actions juridiques et de plaidoyer en France et en Europe.
L’aviation ne pourra pas se décarboner sans réduire son trafic. C’est la conclusion centrale du nouveau rapport d’Aéro Décarbo et du Shift Project, qui montre que les carburants aéronautiques durables (SAF) ne seront pas disponibles en quantité suffisante à temps pour remplacer le kérosène fossile, même avec les hypothèses les plus optimistes d’amélioration de l’efficacité des avions.
L’aviation commerciale est aujourd’hui responsable de 2 à 3 % des émissions mondiales de CO². Cette part s’élève à environ 5 % dans l’Union européenne et 6,8 % en France.
L’aviation commerciale est engagée dans une transformation profonde : celle du passage à une énergie de propulsion non fossile, sous l’effet combiné de la crise climatique et des incertitudes croissantes sur l’accès au pétrole.
Dans ce contexte, l’association Aéro Décarbo et le think tank TheShift Projectpublient Pouvoir voler sans pétrole, un rapport qui évalue de manière rigoureuse le potentiel réel des carburants aéronautiques durables (SAF) et les trajectoires possibles d’approvisionnement du secteur, dans un monde contraint.
Sur le plan chimique, les SAF présentent une composition proche de celle du kérosène fossile, mais ils offrent un avantage majeur : le CO2 émis lors de leur combustion a été préalablement prélevé dans l’atmosphère, et peut donc être considéré comme climatiquement neutre, comme le font les règlementations actuelles.
La conclusion de l’étude est claire : les SAF, et plus particulièrement les e-SAF, offrent le meilleur potentiel parmi les solutions technologiques, mais ne seront pas suffisants si le trafic poursuit sa croissance actuelle. Même dans les scénarios les plus optimistes, la production de SAF ne peut augmenter ni assez vite ni en assez grande quantité : en conséquence, les émissions du secteur ne diminuent pas suffisamment pour respecter l’Accord de Paris. Du moins pas sans réduction du trafic, au moins à court et moyen terme.
Des limites structurelles dans l’accès aux carburants durables
Deux types principaux de SAF, en fonction de l’origine du carbone : bioSAF et e-SAF
Le rapport démontre que les 2 grandes familles de SAF — les bioSAF et les e-SAF — sont contraintes par des facteurs physiques et logistiques majeurs.
Les bioSAF dépendent d’une ressource rare : la biomasse durable allouable au secteur aérien, dont le potentiel est limité par la disponibilité des surfaces agricoles, les conditions climatiques et l’arbitrage entre les usages possibles (alimentation, sols, matériaux, décarbonation d’autres secteurs). L’usage énergétique de la biomasse engendre en outre de multiples transferts d’impacts sur d’autres aspects environnementaux, comme la biodiversité ou la ressource en eau.
Les e-SAF, composés d’hydrogène et de carbone capté, ne sont pas d’abord limités par la disponibilité d’une ressource biologique, mais nécessitent de déployer massivement des capacités de production d’électricité bas-carbone. Remplacer l’ensemble du kérosène mondial consommé aujourd’hui requerrait environ 10 000 TWh d’électricité par an, soit un tiers de toute l’électricité actuellement produite dans le monde.
10 000 TWh C’est la quantité d’électricité bas-carbone nécessaire pour remplacer la consommation actuelle mondiale de kérosène fossile par des e-SAF, soit environ la production mondiale actuelle d’énergie renouvelable, un tiers de toute l’électricité actuellement produite dans le monde
Des trajectoires incompatibles avec les objectifs climatiques
À l’échelle mondiale, dans un contexte de croissance du trafic conforme aux attentes du secteur, les émissions de l’aviation ne diminueraient presque pas d’ici 2050, même avec des hypothèses très optimistes de déploiement des SAF. En 2050, le secteur aérien pèserait alors à lui seul 64% des émissions résiduelles (scénario Net Zero de l’Agence Internationale de l’Énergie).
Les acteurs du secteur proposent diverses pistes pour augmenter les volumes de SAF, dont certaines peuvent être contre-productives en termes d’impacts environnementaux globaux : ce serait le cas d’un affaiblissement des critères de durabilité des SAF ou d’une priorisation de l’aérien au détriment d’autres secteurs qui feraient un usage plus efficace des ressources énergétiques décarbonées.
L’usage du terme SAF recouvre des réalités bien différentes en termes de performance environnementale et ne suffit pas à garantir une durabilité forte. Il s’agit ici d’un acronyme générique, largement utilisé dans le monde de l’aérien.
En France, un équilibre énergétique à trouver
La France dispose de ressources favorables en biomasse durable et en électricité bas-carbone, qui pourraient contribuer à améliorer la souveraineté énergétique du pays.
Les quantités de SAF produites en France s’établissent alors entre 0 et 5,6 millions de tonnes en 2050, à comparer aux 7,3 millions de tonnes de kérosène fossile consommées aujourd’hui
Toutefois, si le trafic aérien français devait croître au rythme anticipé par le secteur, ces ressources ne seraient pas suffisantes pour respecter la réglementation européenne (ReFuelEU), sauf à y consacrer chaque année 110 TWh soit 20% de la production d’électricité actuelle et 30% de la biomasse résiduelle valorisable en biocarburant, uniquement pour l’aviation.
À titre d’illustration, avec une allocation de 30 TWh d’électricité et de 30 % des biocarburants liquides, le trafic aérien devrait diminuer de moitié pour respecter ReFuel EU et atteindre une cible d’émissions compatible avec la neutralité carbone en 2050.Voyager sans kérosène : ce que cela représente par personne Ces ordres de grandeur sont donnés à titre illustratif et calculés par Aéro Décarbo
À court terme, une réduction du trafic s’impose
Grâce aux gains d’efficacité et à l’incorporation progressive des SAF, les vols en 2040 devraient être moins émissifs que ceux d’aujourd’hui.
Un usage de l’électricité peu efficace, mais indispensable pour l’aviation
Parvenir à modérer le trafic dès cette décennie est donc primordial, tant que le kérosène fossile constitue l’essentiel du carburant de l’aviation.
À l’échelle mondiale, une baisse d’au moins 15% du trafic d’ici cinq ans serait nécessaire pour rester compatible avec une trajectoire climatique limitant le réchauffement à +1,7°C. Un tel niveau correspondrait à revenir transitoirement à la situation des années 2010, une mesure réaliste et efficace afin de permettre à chacun de voyager moins souvent mais durablement, tout en assurant la pérennité du secteur.
Une filière qui optimise les ressources : e-bioSAF Le procédé de production des e-bioSAF consiste à apporter suffisamment d’hydrogène pour que l’essentiel du carbone constitutif de la biomasse puisse être converti en biocarburant. L’énergie contenue dans le carburant final provient à la fois des intrants en biomasse et en hydrogène
Résumé des enseignements clés du rapport
Les SAF sont incontournables pour la décarbonation du secteur aérien, mais ne pourront pas être déployés assez rapidement pour en faire baisser les émissions de CO2 à court et moyen terme.
En particulier, la production de SAF sera, en France et dans le monde, restreinte par des limites physiques et industrielles, ainsi que par les conflits d’usage sur la biomasse et l’électricité.
Le choix devient explicite : maintenir les perspectives de croissance annoncées par le secteur ou respecter les objectifs climatiques. Les résultats du rapport montrent que la baisse du trafic, dans un premier temps, devient un levier incontournable.
Pour accompagner cet effort, il est nécessaire d’expérimenter des mesures concrètes, comme la réduction des incitations aux voyages, la limitation de la demande, l’encadrement de l’offre ou le soutien aux alternatives.
Résumé des enseignements clés du rapport
Voyager de manière juste et durable
Enfin, au-delà des considérations climatiques et énergétiques, la question de l’accès à l’aviation renvoie à des enjeux de justice et d’équité qui méritent d’être posés.
Aujourd’hui, 1 % de la population mondiale est responsable de plus de 50 % des émissions de CO2 du secteur aérien.
Dans l’hypothèse d’un accès équivalent à l’aviation pour l’ensemble de la population mondiale, le niveau de trafic actuel – susceptible d’être retrouvé à l’horizon 2040 – correspondrait à un budget de l’ordre de 1 000 km parcourus par personne et par an, soit, à titre illustratif, la possibilité d’effectuer un aller-retour Paris–Montréal tous les douze ans.
L’AFL, la banque des collectivités locales, publie son rapport 2025 d’obligations durables, détaillant l’allocation et l’impact des fonds levés dans le cadre de son programme d’émissions durables, lancé en 2020. Grâce au succès rencontré par ce dispositif, l’AFL a déjà levé 2,25 milliard s d ’euros pour soutenir des projets pour la transformation des territoires : rénovation d’équipements publics, mobilités décarbonées, eau et déchets, aménagements durables …
Un dispositif de finance durable au cœur de l’investissement public local
Fidèle à son engagement pour une finance responsable, l’AFL a lancé en 2020 sonprogramme d’émission d’obligations durables, afin de permettre aux collectivités locales françaises, quelle que soit leur taille, d’accéder à un financement durable, sans contraintes opérationnelles ou de reporting supplémentaires.
A travers ce dispositif, la banque s’est engagée à émettre au moins une obligation durable tous les deux ans, dans le cadre d’une stratégie de financement diversifiée, régulière et lisible, tout en offrant aux investisseurs une traçabilité complète et transparente des fonds, conforme aux principes de l’ICMA (International Capital Market Association).
L’AFL publie chaque année un reporting détaillé couvrant : • L’allocation des fonds par catégories éligibles ; • La typologie et la répartition géographique des collectivités financées ; • La contribution des projets aux Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.
Le financement durable : À l’AFL, pas de prêt vert, pas de prêt à impact, pas de produit structuré… Mais un financement vraiment responsable pour des projets vraiment durables!
2,5 milliards d’euros pour financer la transformation des territoires
Après deux émissions de 500 millions d’euros réalisées en 2020 et 2022, l’AFL a procédé en octobre 2024 à une troisième émission d’obligations durables de 500 millions d’euros. Avec une forte demande de la part des investisseurs, ces opérations témoignent du succès de ce dispositif et de l’attractivité de la signature AFL.
Par ailleurs, l’année 2025 a été l’occasion d’abonder certaines souches durables et d’émettre également sous format placement privé.
Une banque publique par et pour les collectivités, incarnant une finance durable
100% circuit-court
100% au service de l’investissement public local
100% responsable
Au total, l’AFL a ainsi levé 2,25 milliards d’euros pour soutenir les projets à impact des collectivités.
Une banque publique par et pour les collectivités, incarnant une finance durable
« Le succès de nos émissions durables confirme la reconnaissance de la qualité, robustesse et lisibilité de notre dispositif, ainsi que l’intérêt des marchés pour le financement des collectivités locales françaises. »
Romain Netter, Directeur du financement moyen et long terme de l’AFL.
Espace Etincelle Bergerac
Des financements alignés à la transformation des territoires
Au 31 décembre 2024, 100% des fonds issus de la troisième émission d’obligations durables ont été intégralement alloués au refinancement de prêts accordés aux collectivités locales. Les fonds ont été répartis de manière équilibrée entre les grandes catégories du dispositif :
14,3% alloués à la transition énergétique et écologique (transports publics à faibles émissions de CO2, prévention et contrôle de la pollution, énergies renouvelables). Les financements ont bénéficié à l’ensemble des collectivités territoriales françaises, toutes strates confondues, avec une attention particulière portée aux territoires les plus fragiles, qui ont reçu 53 % des fonds attribués.
62,7% dédiés à l’accès aux services sociaux essentiels de base (éducation et culture, emploi, services de santé, inclusion sociale) ;
23% consacrés aux infrastructures durables, au développement des territoires et à la cohésion territoriale (gestion de l’eau et des eaux usées, logements abordables, infrastructures abordables et durables)
Un modèle tourné vers l’intérêt général
« Incarner une finance responsable pour renforcer le pouvoir d’agir du monde local afin de répondre aux besoins présents et futurs des habitants ». Telle est la raison d’être de l’AFL que nous, collectivités actionnaires, avons adoptée en 2020. Elle a été intégrée dans les statuts de l’AFL et de l’AFL-ST.
« Fidèle à nos principes fondateurs, ce dispositif permet de refinancer un large spectre d’investissements publics locaux, tout en orientant une part significative des fonds vers des projets à fort impact social et environnemental, notamment dans les territoires défavorisés . »
Jérôme Besset, Directeur Organisation des Opérations et Transformation de l’AFL
Réhabilitation école Félix Eboué – Rosny sous bois
La responsabilité comme principe fondateur pour l’AFL
L’éthique et la responsabilité inhérentes au modèle
Les collectivités ont souhaité créer un modèle unique : porté par des valeurs et exclusivement orienté vers l’intérêt général et guidé par des principes éthiques.
Un modèle vertueux : « Incarner une finance responsable pour renforcer le pouvoir d’agir du monde local afin de répondre aux besoins présents et futurs des habitants »
Une seule raison d’être : « Incarner une finance responsable pour renforcer le pouvoir d’agir du monde local afin de répondre aux besoins présents et futurs des habitants. »
Une entreprise responsable : L’AFL s’engage directement en tant qu’entreprise envers la planète et envers les collaborateurs.
Le manifeste des collectivités locales membres de l’AFL
« En créant la première banque que nous détenons et pilotons à 100%, nous, collectivités locales françaises, avons posé un acte politique fort en faveur de la décentralisation.
Notre établissement, l’Agence France Locale, n’est pas un établissement financier comme les autres. Créé par et pour les collectivités, il agit pour le monde local, pour renforcer notre liberté, notre capacité à développer des projets et notre responsabilité d’acteurs publics.
Sa culture de la prudence nous préserve des dangers de la complexité et la richesse de sa gouvernance, des dérives liées aux conflits d’intérêt. L’objectif fondamental : offrir un accès à la ressource au monde local, dans les meilleures conditions et en toute transparence.
Les principes de solidarité et d’équité nous guident. Convaincus qu’ensemble on va plus loin, nous avons souhaité un établissement agile, qui s’adresse à toutes les collectivités, aux plus importantes régions comme aux plus petits communes. Nous concevons le profit comme un moyen d’optimiser la dépense publique, non comme une fin.
À travers l’AFL, nous soutenons un monde local engagé pour relever les défis sociaux, économiques et environnementaux. L’AFL renforce notre pouvoir d’agir : mener des projets sur nos territoires, pour aujourd’hui comme pour demain, au service des habitants.
Nous sommes fiers d’avoir une banque qui affiche un développement à notre image, toujours plus responsable et plus durable.
Nous sommes l’Agence France Locale. »
Une banque responsable : L’AFL s’engage aux côtés des collectivités pour mener les transitions énergétiques et sociales qui s’annoncent et s’imposent.
Comment les connaissances inspirées du vivant peuvent accélérer des transitions territoriales et organisationnelles régénératives ? La recherche-action-transmission Territory Lab élabore une ingénierie culturelle de transformation écologique et sociale des territoires bio-inspirés. Ce “Ménagement” régénératif vise à favoriser des conditions de vie souhaitables pour l’ensemble des êtres vivants.
Un futur sensible, concret et souhaitable dans lequel le territoire est un système vivant partagé.
Ce paradigme est une invitation à prendre soin de la santé commune des êtres vivants, des sociétés et des écosystèmes territoriaux.
Explorer les dynamiques d’action du ménagement régénératif.
Une voie propice à l’émergence de nouvelles formes d’habiter et de vivre nos territoires.
Documentaire Nature = Futur pour comprendre la Bio-inspiration Territoriale
Réalisé par Pascal Moret et Jean-Philippe Camborde la série Nature = Futur explique de manière pédagogique et belle comment la nature est remarquable et comment depuis 3,8 milliards d’années, elle trouve des solutions durables. À travers sa biodiversité, elle est une source d’innovations sans limites que nous commençons seulement à explorer. Un épisode est sur la recherche-action-transmission Territory Lab.
Manuel de la Bio-inspiration territoriale
S’inspirer du Vivant pour des territoires résilients
En 2021, un manuel nommé « S’inspirer du vivant pour des territoires résilients » est le fruit d’une coopération fructueuse du Territory Lab avec la Dreal Aura et le Cerema. Il capitalise les 3 premières années de recherche-action-transmission et a pour objectif de modéliser une méthodologie de projets de transition écologique et sociale pour les territoires en s’inspirant du biomimétisme et des principes du vivant.
Une quête de sens qui vise à régénérer notre relation à la nature et au monde du vivant.
Depuis 2024, la réalisation d’un petit manuel sur la notion de bio-inspiration territoriale est une invitation à ré-ancrer nos chemins de vie d’humain dans ces espaces physiques et oniriques que sont les territoires.
Il est une étape dans un travail de recherche, d’action et de transmission qui suit son chemin et s’enrichira de nouvelles contributions. Il est le point de convergence d’une poignée d’acteurs représentatifs des dynamiques de territoires : agriculteur, géographe, urbaniste, paysagistes, facilitateur, élus…
Territory Lab : une forme exploratoire au service des communs
Le Territory Lab n’est pas une structure juridique et c’est un choix expérimental ! C’est un projet de recherche-action-transmission pluri-disciplinaire.
Son objectif : concevoir des communs – outils / éléments de méthodes et postures – sur le développement régénératif des systèmes humains depuis leurs territoires.
Naissance en 2017 dans le territoire du bassin versant de la rivière Drôme, il émerge de l’humus du projet de transition territorial Biovallée.
Aujourd’hui les expérimentations territoriales du Territory Lab sont menées avec les membres du collectif chercheur, avec la Belgique, l’Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai, en Bourgogne Franche-Comté avec l’écosystème Ulteria, en Hauts-de-France avec l’Ademe, en Auvergne Rhône-Alpes avec la Dreal Aura et un collectif de projets de territoires, en Polynésie en lien avec le Cerema, à Mayotte avec le Ceebios et l’Epfam, à Arles avec le Festival Agir pour le vivant, partout en France avec Le Pas de Côté et en Colombie avec le mouvement Vision Suroeste.
L’urgence environnementale figure parmi les principales sources de préoccupation des Français. À leur échelle, tous œuvrent à faire mieux en matière de protection de l’environnement et préservation des ressources et de la biodiversité. Mais on le sait, sans action volontariste au plus près des territoires, le défi est plus compliqué à relever. Avec ce recueil « Demain mon territoire », l’ADEME et l’OFB souhaitent partager des clés pour que les élus puissent intégrer cette dimension environnementale lors des nouveaux mandats et proposer des actions concrètes pour leur territoire.
Chacune des 23 fiches de ce recueil valorise des solutions mises en place dans des communes et intercommunalités de différentes tailles où elles ont donné des résultats. Elles montrent qu’il est possible d’envisager une ville plus sobre en carbone, avec des gains en matière de lien social, de qualité de vie et de dynamisme économique.
Ce pari d’un avenir meilleur, nous pouvons tous le tenir. Plus encore, avec vous.
Le Territory lab souhaite faire émerger un récit vivant, éthique et opérationnel, qui favorise un élan créatif et enthousiasmant par et avec les acteurs territoriaux.
Il s’adresse à toutes les organisations qui souhaitent apprendre / capitaliser/expérimenter sur la bio-inspiration territoriale : collectivités – entreprises – société civile – habitants – services de l’État.
En un an, les commandes de plats végan ont progressé de plus de 10% sur l’application Deliveroo, portées par une offre plus gourmande et plus créative autour des grands classiques revisités : kebab, burger, pad thaï, burrito… Une dynamique confirmée par l’étude YouGov1 : 44% des Français se disent prêts à tester ces grands classiques de la livraison en version végan. Mais si le végan séduit davantage, le scepticisme reste tenace : près d’un Français sur deux associe encore le régime végan à des carences nutritionnelles.
En 2025 le véganisme gagne du terrain
Si seuls 2% des Français déclarent suivre un régime végan tout au long de l’année, l’idée de “tester” le véganisme continue de séduire. 29% se disent prêts à tester un régime végan pendant un mois : un chiffre en légère progression par rapport à l’an dernier (27%).
21 jours pour découvrir l’alimentation végétale avec le Veggie Challenge
Une tendance qui laisse penser que plus qu’une conversion radicale, c’est une évolution progressive des habitudes autour du véganisme qui s’installe …
Motivations : les trois raisons les plus citées
une amélioration de la santé,
la protection de la vie animale,
l’envie de se lancer un défi ou de sortir de sa zone de confort
Mais une lecture générationnelle se dessine : la motivation “santé” progresse chez les 35-44 ans (58%, contre 49% en 2024). Les 18-34 ans, quant à eux, mettent davantage l’accent sur l’environnement, en hausse de 4 points (43%, contre 39% en 2024).
Les Saveurs du Liban : Falafels Végétarien
Des stéréotypes persistent …
Cependant, des stéréotypes persistent. En 2025, près d’un Français sur deux associe encore le véganisme à des carences nutritionnelles, et 41% le perçoivent comme un régime monotone ou fade. Une perception qui explique pourquoi le véganisme progresse… sans encore faire l’unanimité malgré une offre de plus en plus variée.
Être vegan : qu’est-ce que cela signifie ? Le Laboratoire Lescuyer propose d’adopter une alimentation vegan sans carence
La démocratisation du véganisme : quand les grands classiques de la livraison passent en mode végan
En 2025, le véganisme séduit surtout lorsqu’il ne demande aucun compromis sur le plaisir.
Le Boucher Végétarien® c’est une équipe de chefs réunis pour proposer des recettes innovantes à base de protéines végétales s’inspirant de la saveur et de la texture de la viande. – Burger King
58% des Français se disent prêts à commander un plat végan en livraison si le goût et le prix sont équivalents à ceux d’un plat contenant des produits d’origine animale.
Un frein plus pragmatique qu’idéologique
Un signal fort : le frein n’est pas tant idéologique que pragmatique.
Le véganisme progresse lorsqu’il est gourmand et accessible.
Et ce sont justement les grands classiques de la livraison qui deviennent les portes d’entrée les plus naturelles. 44% des Français se disent prêts à tester des plats “star” en version végan : pizza, pâtes, lasagnes, burger…
Une preuve que le véganisme s’installe lorsqu’il réinvente les plats les plus populaires, sans sacrifier la gourmandise.
De nouveaux déclencheurs pour tester des plats végan
Cette envie grandissante de tester des plats végan est aussi nourrie par de nouveaux déclencheurs. La curiosité arrive en tête (41%), suivie de l’influence des réseaux sociaux (22%) et des proches (23%). La caution d’un/e chef/fe connu/e joue également un rôle clé : 48% des Français se disent plus enclins à tester un plat végan lorsqu’il est imaginé par un chef. Le véganisme devient ainsi une expérience culinaire à part entière — plus qu’une contrainte.
Sur Deliveroo, la tendance se confirme dans les usages : en un an, les restaurants proposant des plats végan ont progressé de plus de 35% et les commandes de plats végan ont augmenté de plus de 10% par rapport à 2024.
Faites-vous livrer votre envie du moment en un rien de temps avec Delivroo
La carte du véganisme sur Deliveroo en France
Les 10 villes les plus adeptes de plats végan
En 2025, certaines villes se distinguent particulièrement par leur appétit pour les plats végan :
Strasbourg
Paris
Lyon
Nice
Marseille
Aix en Provence
Nantes
Toulouse
Montpellier
Tours
Top 10 des plats végan les plus populaires sur l’application en 2025
Les plats végan les plus commandés cette année révèlent une tendance claire : la street food gourmande domine largement.
Burrito végan
Pita Falafel
Avocado toast
Kebab végan
Salades composées
Durum végan
Bo-Bun au Tofu
Tacos végan
Pad Thaï aux légumes
Dahl de lentilles
Recommandations ultra gourmandes
Pour celles et ceux qui veulent se lancer, quelques incontournables plébiscités sur l’application :
L’enquête a été réalisée sur 1010 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus. Le sondage a été effectué en ligne du 29 au 30 décembre 2025, sur le panel propriétaire YouGov France. ↩︎
Impact France et Wavestone dévoilent les résultats d’une étude pour “Valoriser économiquement l’engagement des entreprises”. À partir de sept études de cas, elle démontre que les actions sociales et environnementales mises en œuvre par les entreprises permettent d’éviter des coûts significatifs pour la société, au bénéfice des finances publiques, des territoires et des citoyens.
Objectiver la valeur économique des engagements des entreprises
Dans un contexte de backlash et d’incertitudes géopolitiques et économiques majeures, qui se traduisent par un recul de certaines exigences réglementaires et des pressions grandissantes sur les finances publiques, cette étude exploratoire répond à un enjeu central : rendre visibles et quantifiables les retombées économiques des engagements des entreprises pour la société.
“L’ambition de cette étude est de passer de la conviction à la démonstration : montrer, chiffres à l’appui, que les engagements des entreprises produisent une valeur économique réelle pour la société.”
“Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires et de transformations économiques profondes, cette étude (…) constitue un appui utile aux entreprises comme aux pouvoirs publics pour éclairer leurs décisions et orienter les investissements.”
Sept études de cas, sept leviers de création de valeur
Pilotée par Impact France et Wavestone, l’étude repose sur l’analyse approfondie de sept actions mises en œuvre par six entreprises (Veolia, Bel, Sogaris, L’Occitane en Provence, La Poste et Harmonie Mutuelle), couvrant des enjeux environnementaux (réduction des émissions de gaz à effet de serre, transition énergétique, préservation de la ressource en eau) et des enjeux sociaux (emploi et inclusion sur le marché du travail). Elles portent sur des périmètres variés, allant du site industriel ou logistique à l’échelle nationale ou internationale.
Pour chaque étude de cas, deux niveaux de résultats sont ainsi analysés :
les coûts évités directement liés à l’action de l’entreprise, observés à l’échelle du site ou du périmètre analysé ;
les coûts évités en cas de mobilisation collective, correspondant à des scénarios de généralisation de l’action à une échelle sectorielle, territoriale ou nationale.
Les résultats montrent que les actions analysées permettent déjà des économies significatives pour la société, allant de plusieurs centaines de milliers d’euros à plusieurs milliards d’euros selon les périmètres étudiés. Pris ensemble, les cas analysés démontrent qu’un changement d’échelle de ces pratiques pourrait permettre d’éviter, à l’échelle nationale voire internationale, des dizaines de milliards d’euros de coûts par an pour la société.
Vue d’ensemble des résultats sur des actions situées en France
Les trois enseignements majeurs de l’étude
D’abord, les engagements sociaux et environnementaux des entreprises constituent des leviers de transformation à rendement collectif. Les études de cas montrent que ces actions permettent déjà d’éviter des coûts significatifs pour la société, allant de plusieurs centaines de milliers d’euros à plusieurs milliards d’euros selon les périmètres étudiés.
Favoriser l’embauche et l’emploi des personnes en situation de handicap – Harmonie Mutuelle
Ensuite, l’étude souligne que le passage à l’échelle est déterminant. Si les impacts observés sont déjà significatifs à l’échelle des sites ou des entreprises, leur généralisation, associée à une mobilisation coordonnée des acteurs publics et économiques, pourrait permettre d’éviter des dizaines de milliards d’euros de coûts par an pour la société.
Enfin, en mettant en lumière les effets collectifs des actions sociales et environnementales des entreprises, l’étude propose une lecture complémentaire des mécanismes de création de valeur, utile tant aux entreprises qu’aux décideurs publics. Fondée sur un travail collectif et des cas concrets, elle élargit le cadre d’analyse économique et met à disposition une grille de lecture réplicable, applicable à d’autres contextes et secteurs et qui, sans se substituer aux outils existants, qui pourrait constituer un appui analytique pertinent pour orienter les décisions d’investissement publiques comme privées.
Captage du méthane sur un centre d’enfouissement technique et cogénération d’électricité verte – Véolia
Un cadrage méthodologique rigoureux et transparent
L’étude repose sur une méthodologie rigoureuse et transparente, fondée sur des hypothèses explicitées et volontairement conservatrices, des sources documentées et des scénarios de comparaison. La monétarisation est mobilisée comme outil d’objectivation, lorsque la qualité des données le permet, sans viser une conversion exhaustive de l’ensemble des impacts.
L’analyse se concentre sur les coûts évités pour la société, et non sur le retour sur investissement pour les entreprises, afin de rendre visibles des impacts économiques encore peu pris en compte dans la décision publique. Les résultats doivent ainsi être interprétés comme des ordres de grandeur, destinés à éclairer le débat et la prise de décision, dans le cadre d’un exercice exploratoire fondé sur des études de cas.
Valoriser économiquement l’engagement des entreprises
“L’étude inédite menée par le Mouvement Impact France et Wavestone, via une approche pionnière et itérative, marque une nouvelle étape : celle du passage de la conviction à la démonstration quantifiée de l’impact.
Nous sommes fiers de ce travail collectif qui montre que les approches volontaristes des entreprises engagées bénéficient déjà significativement à la collectivité, constituant une véritable incitation à la plus grande mobilisation de tous, acteurs privés comme publics.”
Anne-Sophie Carrier, Directrice Générale de BEL France
“Contribuer à cette étude est une opportunité pour le groupe Bel de démontrer la pertinence de son modèle à deux jambes alliant performance économique et responsabilité environnementale.
L’objectivation de nos actions et leur valorisation est essentielle pour accélérer la transition et occuper un rôle pionnier susceptible d’inspirer l’ensemble de notre écosystème.”
Valérie Decaux, Directrice des Ressources Humaines du Groupe La Poste
“Il était essentiel pour La Poste de contribuer, sur un sujet aussi important que l’emploi, au développement de nouveaux standards méthodologiques via l’approche des “coûts évités”.
Les résultats de cette étude confirment l’importance de La Poste pour le tissu socio-économique français, et démontrent qu’une forte mobilisation des entreprises en faveur de l’emploi inclusif peut avoir un impact déterminant pour la société tout entière..”
Florian Croce, Directeur Général Laboratoires M&L – L’Occitane
Florian Croce, Directeur Général des Manufactures L’Occitane en Provence
“Participer à cette étude nous a permis d’objectiver ce que nous pressentions : les investissements des entreprises en matière de durabilité sont plus qu’un engagement moral.
C’est non seulement un levier qui permet de renforcer la robustesse de notre modèle d’affaires, mais aussi un moyen d’éviter des coûts à la collectivité et aux différents acteurs économiques du territoire ardéchois.”
“A l’heure où le climat peine à se maintenir dans les priorités partagées des agendas politiques, Sogaris réitère et amplifie la décarbonation des flux comme engagement stratégique, nécessitant un effort collectif de la chaîne de valeur logistique, adossé à des investissements importants.
Mesurer, par la monétarisation, les impacts négatifs évités, n’appelle pas à détourner l’attention de l’effort premier de réduction des impacts.
Cela participe à un enjeu de compréhension plus étendue de nos responsabilités, mais également de nos capacités collectives d’action. Une telle démarche, exploratoire, appelle à l’humilité quant aux analyses constituées, mais met en exergue la nécessité de lectures systémiques et multipartites.”
Pierre-Yves Pouliquen, Directeur du Développement Durable de Veolia
“Il est plus que jamais nécessaire de faire reconnaître par les acteurs publics et privés l’impact positif des solutions proposées et mises en œuvre par les entreprises.
L’exercice de monétarisation des coûts évités n’en est bien sûr pas le seul moyen, mais c’est un moyen particulièrement efficace. »
Objectifs de développement durable, Accord des Nations unies sur la haute mer (BBNJ), Cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité, des engagements forts ont été pris par les gouvernements et les organisations internationales ces dernières années en matière d’équité sociale et environnementale dans les projets et décisions liés à l’océan. Les progrès en la matière sont cependant fortement ralentis par un manque de clarté sur la manière de définir, de mesurer et de suivre l’équité.
Pour pallier cette difficulté, un indice d’équité océanique ou Ocean Equity Index (OEI) vient d’être mis au point par des scientifiques du CNRS1 au sein d’une équipe de recherche internationale, avec le soutien de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB)2.
Premier outil mondial de mesure, de comparaison et de promotion de l’équité dans les initiatives, les projets et les politiques liées à l’océan, il transforme une notion souvent abstraite en une norme mesurable et actionnable concrètement. Des aires marines protégées, des programmes de développement ou même des secteurs économiques entiers peuvent être analysés et comparés afin de favoriser les initiatives et décisions bénéfiques aux populations côtières et aux écosystème marins. Il permet également d’identifier les lacunes en matière de reconnaissance des droits, de participation et de partage des bénéfices.
L’Ocean Equity Indexest décrit dans un article publié le 28 janvier dans Nature.
Gratuit et facile d’utilisation, cet outil de mesure se veut accessible à une grande variété d’acteurs : communautés locales, populations autochtones, ONG, scientifiques, industries et gouvernements.
Disponible en ligne via un site internet dédié3 et hors ligne grâce à un tableur inclus dans la publication, il se base sur douze critères pour attribuer un score (de 0 à 3) par critère à l’initiative analysée ; le total est exprimé en pourcentage du maximum possible.
Les scientifiques appellent les gouvernements et organisations internationales à se saisir rapidement de cet outil, alors que les bénéfices des industries océaniques (aquaculture, transport maritime, énergie offshore, …) sont majoritairement concentrés entre les mains des grands acteurs4 au détriment des populations locales et groupes marginalisés (peuples autochtones, communautés locales, femmes et petits pêcheurs) qui subissent de surcroît les conséquences négatives de l’exploitation des ressources océaniques.
Notes
Travaillant au Centre de recherche insulaire et observatoire de l’environnement (CNRS/École Pratique des Hautes Études – Université PSL/Université de Perpignan Via Domitia). ↩︎
Co-financement, accueil et accompagnement de l’équipe de recherche BlueJustice à travers le Centre de synthèse et d’analyse de données sur la biodiversité (Cesab) de la FRB. ↩︎
Source : « The Ocean 100: Transnational corporations in the ocean economy. » J. Virdin, T. Vegh, J.-B. Jouffray, R. Blasiak, S. Mason, H. Österblom, D. Vermeer, H. Wachtmeister et N. Werner. Science Advances, 13 janvier 2021. ↩︎
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