Oxfam en plein essor en Belgique
«Le tri est parfois un alibi au gaspillage»
Après l’avoir été au ministère de l’Ecologie, Rémi Guillet est aujourd’hui spécialiste des déchets au conseil général des Mines du ministère de l’Industrie. Selon lui, il faut repenser notre façon de produire et d’acheter pour que le cycle de vie des biens soit plus long. Le journal Libération (du 23/09/2005)lui a demandé ce qu’était pour lui un produit durable…
« Il est moins jetable, plus robuste, mais sera souvent plus cher. Pourtant, il faut relativiser : les vélos bon marché jetés avec les encombrants ou en déchetteries parce qu’ils ont une pièce faussée ou cassée sont-ils vraiment moins chers s’ils produisent plus de déchets ? Généraliser la prévention des déchets suppose de transformer radicalement les habitudes de consommation, de production et de distribution, par exemple avec des produits en vrac, et des emballages réutilisables, consignés, et des reprises systématiques par le distributeur. Un réseau associatif comme Envie (qui remet en état frigos et gazinières, ndlr), c’est aussi du développement durable, même si l’effet social rend marginal l’impact sur les déchets. »
Opération “nettoyons la nature” 2005
Les 23, 24 et 25 septembre, près de 300 000 bénévoles sont attendus pour participer à la 8e édition de Nettoyons la nature.
Durant ces 3 jours, volontaires, associations, écoles et familles procéderont au nettoyage de sites souillés, en milieux naturel et urbain. En 2004, ce sont plus de 250 000 bénévoles qui se sont mobilisés dans toute la France pour participer à cette opération de protection de l’environnement organisée par les centres E. Leclerc. Cette année, 2 nouveaux partenaires viendront soutenir l’opération Nettoyons la nature : la Fondation Nicolas Hulot et Bayard Presse.
Pour connaitre les conditions de participation, les sites de nettoyage de votre région et recevoir le guide d’inscription, appelez le 0 810 840 850 ou connectez-vous sur sur le site de E. Leclerc.
Vous pouvez également vous adresser au service d’information Nettoyons la nature de votre centre Leclerc.
Vers une législation équitable ?
Se déplacer autrement
60 % des émissions de gaz à effet de serre des transports routiers proviennent des voitures particulières. 10 000 décès prématurés en France sont attribuables à ces pollutions.
La flambée du prix du pétrole et l’augmentation de l’émission des gaz à effet de serre devraient inciter à développer de nouvelles manières de se déplacer en milieu urbain. Pourtant, l’évolution des mentalités reste lente et une journée d’action annuelle ne suffit plus. Ce qui a amené la ministre de l’Écologie, Mme Olin, à renoncer à la Journée sans voiture : « C’était un bon plan mais un peu irréaliste », a-t-elle expliqué. Dans cette optique, le ministère de l’Écologie et du Développement durable coordonne la mise en place en France de la Semaine européenne de la mobilité, du 16 au 22 septembre. Le but de l’opération ? L’information et l’éducation d’une population dont les habitudes en matière de transports ont besoin d’être bousculées. Non seulement pour l’environnement, mais aussi parce qu’elles agissent sur notre qualité de vie. Ainsi, les émissions de particules d’oxydes d’azote, de monoxydes de carbones et d’hydrocarbures des véhicules tendent à développer le stress, les insomnies, les affections respiratoires ou encore la dégradation des défenses de l’organisme aux infections microbiennes. La division par quatre des émissions à effet de serre d’ici à 2050, inscrite dans le plan climat du gouvernement, est un objectif prioritaire de la politique énergétique. Au-delà du pur aspect informatif de cette semaine, cette manifestation permet de tester les bus à gaz, le vélo et le véhicule propre. Cette année, l’accent sera mis sur les trajets domicile-travail. Cinquante-neuf villes doivent prendre part à la manifestation. La France est encore loin du « plan d’envergure » proposé par Denis Baupin, adjoint Verts à la Mairie de Paris. Si un déplacement sur quatre équivaut à moins d’un kilomètre, pourquoi ne pas l’effectuer à pied, en roller, ou à vélo ? Certaines villes devraient voir, pendant cette semaine, les tickets de transports publics réduits voire gratuits, pourquoi ne pas répéter l’opération toute l’année ? Enfin, notons qu’en 2003, un Français émettait en moyenne 9 tonnes de gaz à effet de serre par an. Cela signifie que si tous les habitants de la planète vivaient comme nous, il faudrait 3 planètes pour recycler le CO2 émis.
Source : Le quotidien « L’Humanité » (du 17/09/2005)
Le rôle du CO2 dans la plus grande extinction de masse
Une simulation informatique effectuée par des scientifiques du National Center for Atmospheric Research (NCAR, Etats-Unis) permet, avec des détails sans précédents, de mieux connaître le climat de la Terre au temps de la plus grande extinction de masse de l’histoire de la planète. Les recherches confirment une théorie selon laquelle l’événement qui a eu lieu il y a 251 millions d’années a été déclenché par l’augmentation forte et soudaine des niveaux du dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique. Les recherches permettent d’apprécier la rapidité avec laquelle l’augmentation des températures dans l’atmosphère affecte la circulation océanique, et provoque une réduction de la quantité d’oxygène au niveau des grandes profondeurs et l’extinction de la majeure partie de la vie, indique Jeffrey Kiehl, principal auteur de l’article sur le sujet, qui paraît dans le numéro de septembre de Geology.
L’extinction de la fin du Permien s’est soldée par la disparition de 90 à 95 % de toutes les espèces marines ainsi que de 70 % de toutes les espèces terrestres. Au temps de l’événement, les températures sous les hautes latitudes étaient de 10 à 30°C plus élevées qu’aujourd’hui, une vaste activité volcanique avait introduit dans l’atmosphère de grandes quantités de dioxyde de carbone sur une période de 700.000 ans. Afin de déterminer comment ces conditions ont pu avoir affecté le climat et la vie autour du globe, les chercheurs ont utilisé le Community Climate System Model (CCSM), un des premiers instruments de recherche sur le climat au monde.
Il s’avère que l’augmentation des niveaux de dioxyde de carbone atmosphérique, gaz à effet de serre, aurait entraîné un réchauffement significatif des eaux océaniques sous hautes latitudes. Ce réchauffement aurait atteint une profondeur d’environ 4.000 mètres, interférant avec le processus de circulation normale par lequel l’eau plus froide de la surface descend, conduisant l’oxygène et les nutriments dans les profondeurs de l’océan. La réduction ainsi provoquée de la quantité d’oxygène a été dramatique pour la vie marine, ce qui en retour a accéléré le réchauffement, puisqu’il n’y avait plus les organismes marins nécessaires à l’extraction du dioxyde de carbone de l’atmosphère.
Ainsi, selon l’étude, un CO2 élevé serait suffisant pour instaurer des conditions inhospitalières à la vie marine ; et des températures très élevées sur les terres contribuent à la disparition de la vie terrestre. Le CCSM apparaît correctement prendre en compte des détails clés du Permien tardif, incluant une salinité accrue de l’océan et des températures de surface de la mer sous les hautes latitudes, que les paléontologues estiment à 8°C plus élevées qu’aujourd’hui. Les résultats démontrent en outre l’importance qu’il y a à traiter le climat de la Terre comme un système incluant les processus physiques, chimiques et biologiques atmosphériques, océaniques et terrestres, tous à l’œuvre de manière interactive.
Alerte, le ministère de l’Ecologie a été détruit !
Elle regrette que les lobbies aient triomphé. elle constate que le droit de l’environnement est nié. Elle estime, qu’en la matière, la France est devenue le cancre de l’Europe. Elle est très en colère et elle le fait savoir dans l’excellent journal Marianne n°439 (semaine du 17 au 23 septembre 2005). Elle, c’est Corinne Lepage, ex-ministre de l’environnement et présidente de Cap 21.
Alors que les questions d’environnement ont été, cet été, au coeur de l’actualité – sécheresse, incendies, grippe aviaire, prix de l’énergie, fonte de glaces -, le silence du ministère dit de l’Ecologie et du développement durable est insupportable. Mis à part une timide réflexion sur la nécessité, ô combien évidente, de réduire les cultures de maïs – rapidement contredite par le ministre de l’Agriculture -, la nouvelle ministre s’est avant tout fait remarquer par son absence. Le choix de Nelly Olin, qui succède à l’inoubliable Mme Bachelot et au malheureux Serge Lepeltier « remercié », lui, pour avoir tenté d’agir, illustre jusqu’à la caricature les pratiques gouvernementales. Rien d’étonnant puisque le président de la République lui-même, lors d’un déplacement en Charente-Maritime, a nié l’existence d’un problème particulier lié à l’eau en France …
La vérité ? Il n’y a plus, et depuis trois ans déjà, de ministère de l’Ecologie. Nous assistons à une véritable déconstruction du droit de l’environnement et à une réduction constante de la place et du poids de ce ministère dans les politiques publiques. Au moment où il a été limogé, Serge Lepeltier a exprimé sa crainte de voir disparaître son ministère. Il a dénoncé le poids des lobbies efficacement relayés par la majorité parlementaire. On ne peut que regretter qu’il ne se soit pas exprimé plus tôt, qu’il n’en ait pas tiré les conséquences, en démissionnant par exemple. Quelle leçon politique s’il avait refusé de jouer le rôle d’ectoplasme, celui qui est désormais attribué au titulaire du portefeuille de l’Ecologie.
Depuis trois ans, il n’est pas une loi qui n’ait, dès que possible, réduit la protection de l’environnement. Tous les lobbies ont triomphé. Qu’on en juge.
– Les agriculteurs ont obtenu un projet sur l’eau qui leur reste extrêmement favorable. Des décrets permettent l’extension, la création, de porcheries et autres bâtiments d’élevage sans autorisation jusqu’à des seuils très importants, la liberté de pouvoir mélanger les pesticides sans contrôle, l’épandage du lisier à 10 m des habitations, etc.
– les bétônneurs ont gagné des allègements sur la loi « littoral » et la loi « montagne ». Les parcs nationaux y passeront bientôt.
– Les chimistes ont pu compter sur un soutien actif et puissant pour vider de sa substance le plan santé-environnement.
– Les partisans du diesel se sont opposés, avec succès, au développement de la voiture hybride.
– Le lobby nucléaire est parvenu à plomber, avec efficacité, le développement des énergies renouvelables.
– Les promoteurs des incinérateurs, malgré les oppositions massives des populations et de nombreux élus, ont continué à obtenir des autorisations. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive.
Pour accepter d’être le cancre de l’Europe en matière d’environnement, pour s’entêter à réduire les moyens du monde associatif, pour renforcer le secret dans tous les secteurs environnementaux au mépris des textes communautaires et des conventions internationales, pour se plier aux diktats des intérêts économiques de court terme, au mépris de l’intérêt général, il faut effectivement admettre qu’il n’y a plus de ministre et de ministère de l’Environnement digne de ce nom.
Nous sommes confrontés à une offensive victorieuse destinée à réduire le ministère de l’Ecologie à une administration de la chasse et de la nature. Des pans entiers de la compétence du ministère se sont d’ailleurs envolés : les risques naturels sont désormais gérés par l’Intérieur, l’eau est contrôlée par l’Agriculture, le nucléaire repris en main par l’Industrie, le littoral géré, en réalité, par l’Aménagement du territoire. Plus grave encore : les interfaces entre le ministère de l’Ecologie et les autres ministères, qui imposaient la prise en compte du long terme et des intérêts généraux liés à la santé, sont devenues inexistantes. Transports, énergies, agriculture, industrie, santé… Tous ces domaines, frappés de plein fouet par la fracture écologique, sont désormais hors de portée du ministre de l’Ecologie. A un moment précis où l’Etat devrait donner des implusions majeures en direction de l’éco-économie, il supprime le seul outil de réorientation. Tragique !
> Pour aller plus loin
– Cap 21 : Club de réflexion politique créé en 1996 par Corinne Lepage, CAP 21 se transforme en mouvement politique en juin 2000. CAP 21 est composé d’hommes et de femmes issus de mouvements associatifs, du monde de l’entreprise, de professions libérales, de l’agriculture, du monde universitaire, de la société civile… En savoir plus >>>
– Vous pouvez lire d’autres billets d’humeur signés Corinne Lepage en consultant régulièrement son blog. En savoir plus >>>
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Pour changer le monde
« Pour changer le monde », c’est le titre du dernier numéro du journal « Manière de voir » édité par « Le Monde Diplomatique ».
Manière de voir paraît tous les deux mois. En 100 pages, il rassemble les meilleurs articles publiés par Le Monde diplomatique sur un conflit, un continent ou une région, une question économique, sociétale ou culturelle, une période historique, etc.
Guidé par un souci pédagogique et documentaire, Manière de voir accompagne les articles choisis dans Le Monde diplomatique de textes inédits, d’indications chronologiques et bibliographiques ainsi que d’une illustration originale.C’est donc un outil indispensable pour les lycéens de première, de terminale ou de classe préparatoire, les étudiants et, plus généralement, tous ceux qui recherchent une approche thématique de l’actualité plutôt que la lecture généraliste du mensuel.
Le numéro 83 de manière de voir(octobre-novembre 2005) est donc intitulé « Pour changer le monde ». Plusieurs thématiques regroupent de nombreux articles et points de vue, parmi lesquels :
> »la conquête des pouvoirs »
Sans le moindre débat, une caste de « décideurs » — gouvernants, financiers, dirigeants d’entreprise — opère des choix néfastes pour le plus grand nombre. Les couches moyennes, autrefois épargnées, manifestent leur désarroi en rejoignant le flot des abstentionnistes lors des élections. Une dévitalisation de la démocratie que l’on retrouve dans tous les pays développés et qui n’émeut guère les élites. Redonner ses lettres de noblesse au suffrage universel suppose des changements en profondeur.
> « Un contrat social inédit »
La priorité du droit de propriété sur tous les autres droits humains façonne une société de plus en plus insupportable, au point de rompre les équilibres de la vie en commun. Pourtant, le mouvement peut parfaitement être inversé. Des biens comme l’air, l’eau ou la justice peuvent être déclarés biens publics globaux, des modèles sociaux de progrès placés sous protection, des moyens dégagés pour financer la solidarité entre générations et entre travailleurs. De quoi refonder un projet social et démocratique.
> « Premières victoires »
Qui aurait pu penser que quelques chercheurs — fussent-ils Prix Nobel — réussiraient à empêcher une privatisation du génome humain ? Ou que l’Organisation mondiale du commerce serait mise en cause ? Ou encore que la logique dévastatrice du FMI serait contestée ? Des poches de résistance s’organisent sur toute la planète, souvent ignorées des médias. Des succès sont remportés, parfois remis en cause, toujours fragiles. Mais ce sont autant de pierres posées sur le chemin d’un nouveau monde.
On n’a pas assez d’essence
Tout l’été, « Télérama » a ouvert ses pages à un artiste. Ultime invité, Alain Souchon, le chanteur romantico-flippé rompt avec son habituelle discrétion pour se dévoiler… tout en pudeur. « Passionné par rien », il aime pourtant Bach et Sagan, s’interroge sur la musique et le métier d’homme politique, s’inquiète pour l’avenir de la planète.
D’ailleurs, l’artiste engagé a souhaité rencontrer Etienne Klein, physicien au Commissariat à l’énergie atomique, enseignant à l’Ecole centrale, docteur en philosophie des sciences.
Alain Souchon : Les experts affirment que dans quarante‑cinq ans environ les réserves de pétrole seront épuisées. L’homme devra alors déployer des trésors d’ingeniosité pour pallier ce manque. Il n’y aura plus d’essence, de kérosène pour les avions, de plastique… L’équilibre géopolitique, économique du monde en sera bouleversé. Comment allons‑nous vivre cette révolution ? Est‑ce qu’on va refaire des voitures en métal, inventer de nouveaux matériaux ? Des scientifiques travaillent‑ils déjà la‑dessus ?
Etienne Klein : Je voudrais commencer par deux remarques. La première concerne notre facon de parler de l’énergie : nous disons que nous “produisons” de l’énergie, et que nous en “consommons”. En toute rigueur, cela n’est pas vrai. Pourquoi ? Parce que l’énergie est une grandeur qui se conserve dans tous les processus physiques. Cela signifie qu’on ne peut pas en créer ex nihilo, ni la faire disparaitre dans le néant. Les deux seules choses que nous puissions faire, c’est d’une part transformer une forme d’énergie en une autre forme d’énergie, par exemple de l’énergie méecanique en énergie éléctrique, d’autre part transférer de l’énergie d’un systeme à un autre. Pour les problèmes que vous évoquez, il est important d’avoir en tête cette impossibilité, qui est une limite à l’ingeniosité des chercheurs : jamais on ne pourra produire de l’énergie à partir de rien. De même, il n’existe pas d’énergie “renouvelable” : toute énergie consommée est consommée. Ce qui éventuellement se renouvelle, c’est le phénomène physique dont on capte l’énergie, par exemple le vent ou le rayonnement solaire.
Nous avons enfin pris conscience que le monde dans lequel nous vivons n’est pas durable. Il n’est indéfiniment extensible ni dans le temps ni dans l’espace, encore moins dans les deux à la fois. De grandes ruptures sont donc previsibles. Le pétrole va disparaitre dans quelques décennies. Le choc sera de grande ampleur puisque cette forme d’énergie représente aujourd’hui pres de 40 % de l’énergie primaire consommée dans le monde.
Il faut dire que le pétrole est une énergie si commode d’usage que nous en avons usé et abusé, transformant par exemple les facilités de déplacement qu’elle nous offrait en une vaste bougeotte frénétique, qui concerne jusqu’aux produits les plus banals : un simple yaourt parcourt en moyenne plusieurs milliers de kilomètres, entre la fabrication de ses divers composants (pot, couvercle, étiquette, lait, fruits) et la livraison au consommateur. Et nous mangeons des fraises en hiver !
Par quoi remplacerons‑nous le pétrole, notamment dans le domaine des transports pour lequel il est actuellement.. irremplaçable ? Les chercheurs, bien sûr, sont à la tâche. A court terme, ils cherchent a améliorer les moteurs et les carburants. A plus long terme, ils travaillent sur des carburants alternatifs, sur la voiture éléctrique et ce qu’on appelle “la filière hydrogène”. L’hydrogène pourrait être en effet le vecteur énergétique du futur. On pourra l’utiliser soit directement, soit dans des piles à combustible. Mais le problème est que l’hydrogène moléculaire, celui que l’on note H2 dans les livres de chimie… n’existe pas sur Terre. Il faut donc le fabriquer, ce qui coute… de l’énergie!
Il serait irresponsable de faire “comme si de rien n’était” en feignant de croire que la recherche résoudra tous les problèmes. Chacun d’entre nous doit intégrer la nouvelle donne, d’abord intellectuellement, puis dans sa façon de vivre. Les changements souhaitables ne sauraient résulter ni d’un changement des institutions, ni d’une distribution nouvelle des pouvoirs, mais bien d’un changement des modes de vie.
Source : Télérama n°2901, août 2005
Pesticides dans l’eau du robinet
9% de la population française a été alimentée en 2003 par une eau du robinet dont la qualité a été au moins une fois non conforme vis à vis des pesticides, indique un rapport mis en ligne en septembre par le ministère de la Santé.
5,1 millions d’habitants ont bu en 2003 une eau plus chargée en résidus de pesticides que l’autorise la réglementation, selon un rapport publié par le ministère de la Santé jeudi.Le premier état des lieux complet publié par le ministère de la Santé sur la qualité de l’eau au robinet depuis 1998 s’appuie sur 4,6 millions d’analyses réalisées chaque année par les directions départements de l’action sanitaire et sociale (DDASS). Sur 369 pesticides recherchés dans les eaux mises en distribution, 332 ont été détectés, dont 59 à des teneurs supérieures aux normes.
Sur le total de 5,1 millions d’habitants qui ont bu une eau au moins une fois non conforme, 164.000 habitants ont été concernés en 2003 par des mesures de restriction (ne pas utiliser l’eau pour l’alimentation par exemple), du fait des teneurs trop élevées en pesticides. Trois départements, l’Oise, la Seine-et-Marne et l’Eure-et-Loir, concentrent 57% de ces mesures de restriction d’usage.
La qualité de l’eau vis à vis des pesticides s’améliore, note toutefois le ministère : entre janvier 1999 et septembre 2001, 416.000 habitants avaient été touchés par des mesures de restriction. L’amélioration est due pour une bonne part à l’abandon des captages les plus pollués. La protection des captages reste insuffisante, note le ministère : seuls 39% des captages sont protégés (clôtures, périmètres de sécurité), alors que la loi prévoit depuis 1992 des périmètres de protection autour des captages d’eau.
Sommet du millénaire : le développement, priorité oubliée
Se chauffer grâce aux céréales
Jean-Luc Allain, agriculteur à Tieulloy la Ville (80) a inventé la chaudière à céréales. C’est une chaudière alternative qui offre les mêmes possibilités qu’une chaudière au fioul : régulation de température, thermostat. Elle fonctionne sur le principe suivant : le combustible est stocké dans un silo attenant à la chaudière et une vis sans fin approvisionne le foyer. Granulés de bois, céréales, bois déchiqueté ou tourteau de colza peuvent servir de combustible. Avec un silo de 600 litres, l’autonomie est de 6 à 7 jours. L’absence de transport du combustible, produit à la ferme joue également : « Tout ce qui est énergie, il faut que cela soit en circuit court, sinon, c’est une pollution supplémentaire. », précise l’inégieux agriculteur.
Jusqu’à 3 fois et demi moins cher que le fioul
« Une chaudière à céréales prête à installer revient à 11 000 €. Il faut cependant préciser que l’on bénéficie de 40% de crédit d’impôt sur le montant TTC. Ce type de chauffage est moins coûteux à l’utilisation : jusqu’à 3 fois et demi moins cher ». C’est un élément important pour monsieur Allain : « Nous avons du mal à écouler les céréales. Les prix sont bas et le fioul est cher. L’investissement est lourd, mais nous nous y mettrons : c’est un moyen de valoriser des blés qui ne vaudront plus rien sur le marché pour des raisons de qualité. »
> Pour en savoir plus :
Le prix du kilowatt/heure (TTC)
* Fioul domestique : 0,048€
* Gaz naturel : de 0,040 à 0,042€
* Electricité : de 0,010 à 0,016€
* Granulés de bois : 0,030€
* Blé (sur jachère) : 0,015€
Planète Durable ?
Que peut le Développement Durable face au changement climatique ? Comment mesurer la durabilité du développement d’une entreprise ? Les étudiants en Master Pro2 – GEDD [Gestion de l’Environnement & Développement Durable] de l’Université de Nice se demandent ni notre planète est durable et nous ont préparé quelques pistes de réponses pour Comprendre et agir ensemble …
J’ai accepté d’animer cette journée dont voici un descriptif synthétique :
Au zoo de Zagreb, des cages pour humains !
Une dépêche de l’AFP datée du 13/09/05 nous informe très sérieusement que les visiteurs du zoo de Zagreb pourront faire l’expérience de ce que ressentent les animaux en captivité, la direction de l’établissement ayant annoncé l’inauguration de deux cages réservées à « l’espèce la plus dangereuse de la planète », l’espèce humaine.
« Il s’agit d’une action visant à mobiliser la population contre les mauvais traitements infligés aux animaux et à l’encourager à protéger l’environnement », a expliqué mardi le directeur du zoo, Mladen Ancic.
Les êtres humains, « l’espèce la plus dangereuse de la planète », selon M. Ancic, accèdent aux cages par des « sentiers de la conscience » et des panneaux accrochés au grillage informent les visiteurs de l’attitude nocive de leurs congénères envers la nature et les animaux.
Une des deux cages est remplie de déchets en plastique et métalliques, dont l’homme pollue l’environnement, a expliqué M. Ancic.
A proximité, dans une autre cage, les humains auront pour voisins… des loups.
Alcatel coté dans quatre indices développement durable
Alcatel a annoncé hier, lundi 12 septembre, qu’il est désormais coté dans quatre indices développement durable majeurs : DJSI, FTSE4Good, ASPI Eurozone et Ethibel. En effet, ce mois-ci, le Groupe est entré dans les indices Dow Jones Sustainability World et ASPI Eurozone. Sa cotation à la série d’indices FTSE4Good, effective depuis 2002, vient d’être renouvelée. Enfin, depuis janvier 2005, Alcatel fait partie de l’indice Ethibel Sustainability.
Le Groupe a été évalué par ces indices en terme de gouvernance d’entreprise, de politique de ressources humaines, de responsabilité sociale dans la chaîne d’approvisionnement, de gestion de l’environnement, de réduction de la fracture numérique, de dialogue avec les parties prenantes et de citoyenneté d’entreprise.
L’entrée dans ces indices est la reconnaissance de l’engagement continu d’Alcatel pour concilier développement économique et responsabilités sociales et environnementales et mettre en œuvre des plans d’action efficaces en accord avec les principes du Pacte Mondial des Nations Unies.
L’indice Dow Jones Sustainability World (DJSI World) inclut, parmi les 2500 sociétés les plus importantes de l’indice Dow Jones Word, les 10% les plus performantes en termes économiques, environnementaux et sociaux.
La série d’indices FTSE4Good a été conçue pour identifier les sociétés qui oeuvrent en faveur de l’environnement, s’attachent à développer le dialogue avec leurs parties prenantes et soutiennent les principes universels des droits de l’homme.
L’indice ASPI Eurozone® est composé des 120 sociétés cotées de la zone euro ayant les meilleures performances selon les critères du développement durable.
L’indice Ethibel Excellence comprend les sociétés pionnières et leaders en terme de responsabilité sociale d’entreprise et couvre tous les secteurs d’activités et zones géographiques.
> À propos d’Alcatel
Alcatel fournit des solutions de communication permettant aux opérateurs de télécoms, aux fournisseurs d’accès Internet et aux entreprises de disposer de moyens de communication voix, données, vidéo pour leurs clients ou leurs salariés. Avec des positions de leader dans les réseaux à haut débit fixes et mobiles ainsi que dans les applications et les services, Alcatel permet à ses clients et partenaires de mettre l’utilisateur au cœur du haut débit. Avec un chiffre d’affaires de 12,3 milliards d’euros et 56 000 salariés en 2004, Alcatel est présent dans plus de 130 pays.
l’intelligence collective … la revolution invisible !
Le postulat de depart est que : les problemes de l’humanite ne peuvent etre resolus avec les methodes qui les ont produits.
la complexite du monde ne peut etre embrassee que par la cooperation des intelligences et non par leur competition exacerbee.
Les grands enjeux ne sont pas la pauvrete, le developpement durable, la paix, la sante, l’education, l’economie, l’alimentation, les ressources naturelles. mais notre capacite a elaborer de nouvelles organisations humaines, capables d’embrasser l’absolue complexite de ces defis.
Nous en aurons de nombreux temoignages et des realisations spectaculaires que nous devoilerons durant ce colloque.
Ce sera egalement l’occasion de passer en revue les autres grandes questions de l’humanite : sa capacite a reconsiderer sa propre richesse et le sens de son developpement. Des questions telles que l’Argent, la Spiritualite, le Vivant, la Conscience, le Bonheur seront au menu de ce debat auquel chacun est invite a participer.
Environnement : pour aller au travail autrement
La quatrième semaine européenne de la mobilité visera cette année à travers le thème « Au travail autrement » à convertir durablement les usagers à des moyens de transport sans danger pour l’environnement et à les inciter à se déplacer autrement qu’en voiture chaque fois que cela est possible.
Des millions de personnes, dans près de 930 villes d’Europe et d’ailleurs, participeront aux initiatives en faveur du transport durable organisées, du 16 au 22 septembre à Londres, dans le cadre de la quatrième édition de la semaine européenne de la mobilité sur le thème de « Au travail autrement. »
Deux commissaires européens, Jacques Barrot, vice -président de la Commission européenne en charge des Transports, et Stavros Dimas, commissaire européen chargé de l’Environnement, participeront notamment, le 16 septembre à l’Hôtel de ville de Londres, à une conférence de haut niveau consacrée à un échange de vues sur la mobilité et la qualité de l’air en milieu urbain. Pour Jacques Barrot « L’Europe encourage le recours à des moyens de transport respectueux de l’environnement autres que la voiture. Il faut rendre plus commodes et plus sûrs les moyens de se déplacer entre le domicile et le travail et de circuler en ville à pied, à vélo ou en transport en commun. La semaine européenne de la mobilité invite les pouvoirs locaux à mettre en place les conditions et les infrastructures nécessaires à cet effet. » Quant à Stavros Divas, il estime que la semaine européenne de la mobilité a déjà démontré qu’il existe des solutions autres que la voiture et que nous pouvons tous contribuer à l’amélioration de la qualité de l’air. Mais pour le commissaire à l’environnement « Même si la législation de l’UE a permis d’améliorer la qualité de l’air, des centaines de milliers d’Européens subissent encore chaque année les conséquences de la pollution atmosphérique. Il nous incombe à tous de prendre les mesures qui s’imposent, tant à l’échelon de l’UE qu’à l’échelon local. Nous pouvons changer les choses! »
A ce jour 937 villes se sont inscrites pour participer à cette journée, dont la plupart des pays de l’UE ou de l’AELE, mais aussi de la Croatie, de la Roumanie, du Brésil, du Canada, de la Colombie, du Japon, de Taiwan et du Venezuela. Pour la plupart des municipalités participantes le temps fort sera comme auparavant la journée sans voiture, mais d’autres initiatives seront également lancées comme la création ou l’amélioration de services de transport en commun, des zones piétonnes dans les centres-villes, des pistes cyclables et des possibilités de location de bicyclettes, la création de zones avec la vitesse limitée à 30 km/h, des services « park and ride » entre le centre-ville et la banlieue ou encore des bases de données pour le covoiturage…
> Pour en savoir plus :
62 villes françaises participent en 2005 à la Semaine européenne de la mobilité et à l’opération « En ville, sans ma voiture ! » : Alès, Amiens, Angers, Annemasse, Auxerre, Avignon, Basse Terre, Beauvais, Bernin, Bessancourt, Bordeaux, Bourg-les-Valences, Bourges, Buc, Cannes, Chalon-sur-Saône, Chambéry Métropole, Clermont-Ferrand, Clichy-la-Garenne, Communauté d’Agglomération de Brive, Communauté d’agglomération de Nevers, Communauté d’Agglomération du Pays de Lorient, Communauté d’Agglomération du PAys Rochefortais, Communauté d’agglomération Grand Rodez, Communauté d’agglomération Orléans Val de Loire, Communauté d’agglomération Perpignan Méditerranée, Communauté d’agglomération Saint-Brieuc, Communauté de l’agglomération d’Annecy, CORRENCON-EN-VERCORS, Dijon, Evry, Feyzin, Fontenay en Parisis, GARGES LES GONESSE, La Rochelle, Les Mureaux, Longwy, Lyon, Montreuil, Nantes Métropole, Narbonne, OBERNAI, Orvault, Pantin, Paris, Paris 18e arrondissement, PUTEAUX, Reims, Romans-sur-Isère, Rosny-sur-seine, Roubaix, Saint-Etienne, Saint-Genis-Laval, Saint-germain-en-laye, Saint-Leu-la-Forêt, Saint-Paul-de-la-Réunion, Sophia ( communaté D’agglomération), Toulon, TOURS, Tulle, Verdun, Villers-Cotterêts
Carte grise : les pollueurs surtaxés
L’UFC – Que Choisir nous annonce que le gouvernement appliquera, dès janvier 2006, un prélèvement complémentaire sur les cartes grises des véhicules les plus polluants. Didier Ghacham nous donne quelques explications…
Dans le cadre des nouvelles mesures pour les économies d’énergie et les transports propres, le gouvernement a décidé que les cartes grises des véhicules « gros consommateurs » de carburant parmi les plus polluants devaient être surtaxées. Ce « prélèvement complémentaire » s’appliquera aux véhicules neufs concernés à compter du 1er janvier prochain. Il s’élèvera à 2 euros par gramme de CO2 émis au kilomètre à partir de 200 g et à 4 euros à partir de 250 g. Le produit de cette surtaxe sera affecté à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pour financer des programmes d’économie d’énergie. Cette augmentation annoncée le 1er septembre par le Premier ministre, Dominique de Villepin, concernera seulement « 8 % des voitures mises sur le marché », précise Matignon. Le quotidien « Le Parisien » daté du 5 septembre estime quant à lui que deux propriétaires de véhicules sur trois seront touchés par cette mesure… Les berlines, les monospaces, les voitures sportives et autres 4X4 émettant souvent plus de 200 g de CO2 au kilomètre apparaissent donc en ligne de mire de cette mesure.
Corollaire de cette augmentation, le gouvernement a demandé la mise en place pour le début 2006 d’un étiquetage direct et simple indiquant les taux d’émission de CO2 des voitures neuves. Cet affichage, qui devrait être analogue à celui des réfrigérateurs, permettra aux consommateurs de choisir plus facilement une voiture « propre ». Aujourd’hui, il reste possible de connaître le taux d’émission de CO2 d’un véhicule neuf en consultant les prospectus des constructeurs ou l’affichage en concession. Cependant, cette information n’apparaît que trop rarement de façon claire !
Coup de pouce supplémentaire aux automobilistes écologiquement responsables, Matignon a décidé d’une hausse du crédit d’impôt pour l’achat de voitures propres. Il passera de 1 525 à 2 000 euros en 2006.
Nouvelle-Orléans : chronique d’une catastrophe annoncée
Le tsunami asiatique de décembre dernier a frappé plus durement les zones où les promoteurs, avec l’appui de gouvernements aveugles, avaient rayé de la carte les mangroves, ces milieux humides côtiers qui ont absorbé l’énergie des vagues géantes là où on les avait laissées. Et le 29 août dernier, Katrina a eu le champ libre en plusieurs endroits des côtes américaines du golfe du Mexique où l’industrie pétrolière avait rogné sur les marais côtiers pour construire des chenaux pour ses barges et où, comme à La Nouvelle-Orléans, on a asséché les marais et endigué de vastes superficies pour construire des quartiers entiers, où on pompe en permanence les eaux du sous-sol, enfonçant ainsi la ville d’un pouce par année.
L’ouragan Katrina, passé au niveau 5 avant de redescendre au niveau 4 juste avant de frapper la Louisiane, le Mississippi et l’Alabama, a néanmoins soulevé le niveau du golfe du Mexique de neuf mètres à certains endroits, laissant La Nouvelle-Orléans sous six mètres d’eau et noyant du coup 160 000 maisons. Plus de 80 % de la ville a été inondée. À l’heure actuelle, la surface noyée est d’environ 60 % en raison du fonctionnement d’une trentaine de pompes sur les 148 potentiellement en marche.
La vulnérabilité de la ville a été aggravée par la forme de son territoire urbain, en forme de soupière. Située à environ trois mètres sous le niveau de la mer, La Nouvelle-Orléans est coincée entre l’immense lac Pontchartrain et le fleuve Mississippi et son delta marin, mais elle est isolée de ces milieux aquatiques par des digues, telle une forteresse du Moyen Âge. La ville avait déjà subi les assauts d’un puissant ouragan. C’était en 1965, quand l’ouragan Betsy, de force 3, avait noyé une partie de la ville sous deux mètres d’eau.
Dans un article prophétique, que le président George W. Bush n’a certainement jamais lu, le National Geographic Magazine d’octobre 2004 décrivait en détail l’impact d’un ouragan de force 5 sur La Nouvelle-Orléans. À quelques détails près, on aurait pu utiliser cet article pour décrire l’effondrement des digues du lac Pontchartrain le 29 août et l’inondation de la ville. Après quelques paragraphes, le journaliste Joel K. Bourne mettait son lecteur en garde contre cette fiction : «Quand cela s’est-il produit ? En fait, ce n’est pas arrivé. Pas encore», écrivait-il.
Plusieurs autres médias avaient sonné l’alarme. Un journal local, le Times Picayune, s’est intéressé à la sécurité de la ville, surtout après le déluge de 1995, qui avait provoqué des inondations, fatales à six personnes, et causé des dommages de 500 millions de dollars. Le Congrès américain s’était ému et avait alors créé le Southeast Louisiana Urban Flood Control Project, placé sous le contrôle du US Army Corps (USAC). Son plan d’ensemble aurait exigé un investissement de 14 milliards pour ses interventions sur l’ensemble du littoral louisianais. En dix ans, l’USAC a dépensé 430 millions autour de La Nouvelle-Orléans. Au début de la guerre en Irak, il ne restait que 250 millions à investir pour rendre sécuritaire la totalité du périmètre urbain de la ville. Mais l’administration Bush a alors proposé de réduire de 80 % le financement réclamé par l’USAC.
En 2004, l’administrateur du projet, Al Naomi, a demandé d’urgence une somme de 250 000 $ parce que des digues s’étaient soudainement affaissées de plus d’un mètre du côté de Metairie, en banlieue de La Nouvelle-Orléans. Il fallait aussi 15 millions pour rehausser la digue du côté du lac Pontchartrain, précisément là où elles ont cédé il y a presque deux semaines. La certitude que les digues actuelles ne pouvaient pas résister à un ouragan de force 4 ou 5 a été clairement énoncée dans des rapports officiels. L’administration a néanmoins refusé les fonds réclamés, que le Sénat a finalement accordés cette année… pour 2006.
Un premier rapport publié en 2002, intitulé Coastal Erosion, Storm and Flood Damages, faisait état d’une augmentation fulgurante des primes d’assurance en raison de la disparition des marais côtiers, principaux amortisseurs contre les vagues géantes générées par un ouragan, ainsi que de la fréquence et de la puissance croissante des tornades et des ouragans, que plusieurs attribuent désormais au phénomène croissant des changements climatiques.
«Pourquoi quelqu’un irait-il s’établir dans une ville située à un endroit sous le niveau de la mer, victime d’inondations annuelles, dans un endroit aussi chaud et suffocant qu’une jungle tropicale, soumis aux maladies infectieuses et qui fait face à l’anéantissement s’il est un jour frappé par un ouragan ? Et pourquoi, soyons francs, quelqu’un s’acharnerait-il à sauver cette ville ?», demande Walter Williams dans la présentation de son film Une histoire naturelle de La Nouvelle-Orléans, sorti il y a deux ans.
Les vastes marais du delta du Mississippi auraient pu amortir davantage et mieux dissiper la puissance de la vague de sept mètres qui a frappé le secteur de la paroisse Saint Bernard, où un bris majeur s’est produit dans les digues.
Pour le Dr Klaus Jacob, un scientifique du Lamont-Doherty Earth Observatory de l’université Columbia, «nous avons toujours présenté dans nos cours le cas de La Nouvelle-Orléans comme l’exemple parfait d’une ville non viable. C’est un fait indéniable».
D’abord construit sous le régime français sur le plus haut talus du secteur, le Quartier français demeurait un endroit logique. Ce qui l’était moins, c’était d’agrandir cette ville aux dépens des marais voisins afin de ne pas subir d’inondations de façon cyclique. Après une inondation exceptionnelle en 1927, on a malgré tout décidé d’endiguer tous les quartiers et de pomper en permanence cet espace urbain pour le garder au sec. Mais depuis lors, la ville s’enfonce. Son sous-sol, qu’on assèche par pompage, s’affaisse sous le poids des édifices situés sur un fond spongieux toujours imbibé d’eau en profondeur, sous les remblais. D’ailleurs, à La Nouvelle-Orléans, on n’enterre pas les morts : on place les cercueils dans des mausolées hors sol, qui laissent échapper des bruits bizarres, à l’origine des histoires de fantômes qui ont rendu la ville célèbre.
À l’extérieur de la ville, dans les marais du delta du Mississippi, on observe le contraire. La nature veille : l’érosion du bassin versant apporte chaque année plusieurs centimètres de nouveaux sédiments, ce qui compense le compactage des sols toujours spongieux en profondeur.
Ces apports en sédiments et en nutriments alimentaient les marais et maintenaient leur végétation au-dessus du niveau de l’eau. Mais là où les digues ont été érigées, les alluvions ne peuvent plus compenser cet enfoncement, ce qui explique que les sols asséchés et les digues s’enfoncent sans cesse, devenant ainsi un facteur aggravant du problème qu’elles sont pourtant censées combattre.
Si la mégestion environnementale des milieux humides du delta du sixième fleuve en importance de la planète par son débit — 2980 m3 par seconde, soit trois fois celui du Saint-Laurent — explique la fragilité de La Nouvelle-Orléans, cette ville est aussi aux prises avec de nouveaux problèmes de nature environnementale.
Les eaux qui la noient maintenant depuis plus d’une semaine contiennent dix fois plus de coliformes que les normes de l’EPA pour le contact cutané. On y trouve des bactéries E. coli, potentiellement mortelles, de fortes concentrations de plomb d’origine inconnue, des hydrocarbures (le mazout et l’essence des voitures et des stations-service noyées) ainsi que des milliers de produits chimiques non identifiés, non évalués, dilués par l’eau lorsqu’elle a atteint le contenu des maisons, des commerces et des entreprises. Heureusement, le sud de la ville, où se trouve le secteur de l’industrie chimique, a été épargné par les inondations. Néanmoins, la plupart des 140 usines de produits chimiques, réparties entre La Nouvelle-Orléans et Baton Rouge, ont toutes accusé des dommages et des pertes en raison des vents puissants, mais dans une mesure toujours inconnue à ce jour.
Plusieurs sites d’enfouissement de La Nouvelle-Orléans, actifs ou inactifs, enrichissent aujourd’hui cette véritable potion de sorcière. L’impossibilité physique et financière de traiter les milliards de litres d’eaux fétides qu’on pompe pour assécher la ville pourrait bien constituer une véritable bombe à retardement environnementale, racontait à CNN la semaine dernière Harold Zeliger, un toxicologue de la Floride. Ces contaminants, dont la toxicité est élevée en raison du mélange de très nombreux produits, sont rejetés directement dans les eaux du golfe du Mexique, où plusieurs puits de pétrole débranchés par Katrina déversent eux-mêmes leurs contaminants. Les poissons et crustacés du golfe, dont dépendent les pêcheries locales, pourraient bien être contaminés à leur tour.
L’eau qu’on rejettera pendant deux à trois mois, prévoit-on, a la couleur d’un vieux thé dans lequel un processus de décomposition aurait commencé et qui, de plus, dégage une odeur d’hydrocarbures. À certains endroits, l’eau sent le soufre. Sans parler des débris qui encombrent toutes les mares, y compris des cadavres humains auxquels les crocodiles, entrés dans la ville, font un sort qui rendra l’identification de centaines de corps totalement impossible même si la police a installé des émetteurs sur plusieurs cadavres.
Par ailleurs, les bactéries et moisissures toxiques que contiennent ces eaux contaminées rendent probablement impossible la réutilisation des 160 000 maisons inondées : «La plupart devront être démolies», a ajouté M. Zeliger en entrevue.
Le Mississippi, qui draine presque 40 % du territoire des États-Unis, était déjà reconnu comme un des fleuves les plus pollués du pays. Les fermiers de son immense bassin versant, qui remonte jusqu’au Canada, y déversent en moyenne 21 milliards de livres d’engrais chaque année et 283 millions de livres de pesticides. C’est ce qui a valu à toute une zone côtière de 8000 milles carrés de la Louisiane le nom de «zone morte».
Dans les trois États touchés par Katrina, plus de 100 usines de filtration d’eau potable sont paralysées et les mots d’ordre de faire bouillir sont en vigueur partout où il n’y a pas d’évacuation.
Cette catastrophe environnementale, qui se préparait depuis 75 ans, soulève une question majeure sans précédent : doit-on raser La Nouvelle-Orléans, désormais contaminée sur 80 % de sa surface, et la reconstruire ailleurs ? Ou doit-on plutôt tenter le coup de la reconstruire en sachant que sa situation s’aggravera en raison de son enfoncement constant, de son inévitable agrandissement, qui affaiblira davantage ses défenses naturelles en forme de milieux humides, et du réchauffement climatique, qui pourrait accroître la fréquence et la puissance des ouragans locaux ?
Reconstruisons, mais sur de nouvelles bases, répond Alan Atkinson, un aménagiste urbain, sur son site Internet. Mais faisons-le en hauteur et en restaurant une grande partie des amortisseurs naturels autour de la ville, ce qui commande de délimiter clairement les zones à développer. Abandonnons la ville, comme on l’a fait pour l’Atlantide, lui répond Jamaïs Cascio, car La Nouvelle-Orléans continuera de s’enfoncer. C’est un pari perdu d’avance si on ajoute l’inévitable effet conjugué des changements climatiques. Aussi bien jeter aujourd’hui les digues par terre et laisser le Mississippi remplir les marais pour reconstituer les protections naturelles de territoires plus sécuritaires, à l’intérieur des terres.
La marque qui s’étiquette éthique
Avec des vêtements lookés et de qualité, American Apparel est une «success story», la conscience sociale en plus. Emmenée par un patron fort en gueule, la griffe américaine résiste à la délocalisation et part à la conquête du monde. Emmanuelle RICHARD a rencontré pour Libération à Los Angeles Dov Charney, le fondateur de la marque American Apparel.
Ce n’est pas tous les jours qu’un chef d’entreprise dégage son pantalon pour vous montrer la couleur de son slip kangourou. Si la galanterie du geste et la puissance érotique du sous-vêtement vert gazon sont à débattre, Dov Charney, le fondateur de la marque American Apparel, est comme ça : impulsif, non conventionnel, et ouvertement fier des produits en coton de son usine de Los Angeles, devenue en l’espace de quelques années la plus grande fabrique de vêtements sur le sol des Etats-Unis. Avec environ soixante-dix boutiques ouvertes en deux ans, dont une à Paris en 2004 et deux à venir à l’automne, cet empire du tee-shirt branché et (relativement) bon marché part à la conquête du globe. Ce, sous la houlette de son fondateur à rouflaquettes de 36 ans, personnage au verbe fort, controversé, et indissociable d’une entreprise que Jack Kyser, économiste pour l’organisme d’études Laced à Los Angeles, qualifie de «très, très intéressante. Personne d’autre n’avait jamais fait ça».
«American Apparel es la compania rebelde» : «la compagnie rebelle» donne le ton d’entrée de jeu avec une banderole en espagnol sur son QG, un immense bâtiment rose à Downtown LA, le centre urbain et latino. A moins d’avoir passé les six dernières années en ermite dans le désert, tout le monde à Los Angeles a entendu parler de cette entreprise atypique qui marie succès et conscience sociale. Depuis ses débuts en 1997, American Apparel résiste aux sirènes de la délocalisation. Ses produits sont garantis 100 % «made in LA» sans sueur de sweatshop, ces ateliers clandestins de misère communément associés au tiers-monde mais que l’on trouve encore dans les grands centres de la confection comme Los Angeles, selon l’organisation Sweatshop Watch. «Que les marques qui entubent les gens aillent se faire foutre !» annonçait l’un des premiers slogans d’American Apparel, qui fanfaronne : «Innovation et responsabilité sociale : le nouveau rêve américain».
Un «socialisme volontaire», au service d’ambitions ouvertement capitalistes
Du site web à un couloir du QG tapissé de lettres de louanges, American Apparel exhale l’autosatisfaction à tous les étages, et pour de bonnes raisons, dans l’esprit des leaders de l’entreprise phénomène : «Nous avons les employés de la confection les mieux payés au monde !» affirme Marty Bailey, le vice-président des opérations, en nous guidant à travers l’usine dans un vacarme de machines à coudre. Plus précisément : les quelque 3 800 ouvriers gagnent en moyenne 12,50 dollars de l’heure (un peu plus de 10 euros) soit presque deux fois le salaire minimum californien. Les couturiers des Hispaniques surtout travaillent en petites équipes, payées en fonction de la production horaire du groupe. Les plus aguerris, un chiffon sur le nez pour éviter de respirer trop de peluches de tissus, gagnent jusqu’à 15 dollars (12,1 euros). «Bon job», constate un jeune manutentionnaire abordé hors de la visite «officielle». Il évoque une ruée des candidats à l’embauche, attirés par les repas partiellement subventionnés, les massages occasionnels et surtout une assurance santé complète et très bon marché : une rareté dans la confection à Los Angeles et plus généralement aux Etats-Unis, où les entreprises ne sont pas obligées de fournir de couverture médicale à leurs salariés. Cette année, American Apparel prévoit une augmentation de 80 % du chiffre d’affaires, pour atteindre 203 millions d’euros. Son ascension rapide en fait un chouchou des magazines économiques américains.
A se demander comment fait l’entreprise «rebelle», tandis que le secteur de la confection voit de nombreux emplois délocalisés à l’étranger, d’un mois à l’autre. Ilse Metchek, directrice de l’association professionnelle California Fashion Association, rappelle qu’American Apparel a su se positionner sur un marché niche : celui des tee-shirts de qualité aux lignes près du corps, sans logo, sur lequel les sérigraphies tiennent particulièrement bien. Groupes de rock, équipes de skate, pom-pom girls et associations peuvent passer des commandes de dernière minute, honorées en temps record grâce à la structure d’intégration verticale de l’entreprise. «Production, design, vente, fabrication : Dov est le seul à tout faire sous le même toit, et c’est courageux», ajoute Ilse Metchek. Ancien de la marque Fruit of the Loom ayant pratiqué des délocalisations, Marty Bailey hausse les épaules : «Tout le monde file en Chine ou dans les Caraïbes pour économiser quelques cents.» Il invite au calcul. Si le tee-shirt d’American Apparel coûte en moyenne 55 cents à fabriquer, contre 5 ou 10 cents en Chine, il faut prendre en compte les contraintes de la délocalisation : chaîne des fournisseurs allongée, barrières linguistiques et douanières, manque de contrôle sur la qualité, temps de réaction allongé, coûts et délais de livraison prolongés…
«J’ai essayé de délocaliser, mais c’était nul… Les vêtements revenaient n’importe comment», renchérit Dov Charney, au cours d’une conversation enjouée, les pieds sur son bureau. Qu’on ne s’y méprenne pas : American Apparel, prévient-il en alternant français et anglais, n’est pas un organisme de charité ou un colporteur du socialisme («De la merde !»). Lui dit pratiquer un «socialisme volontaire», au service de ses ambitions ouvertement capitalistes. Originaire de la communauté juive anglophone de Montréal, entrepreneur, depuis l’âge de 16 ans, aux idéaux libertaires, il a quitté le Québec en partie pour échapper aux «choses forcées». («Du genre vos 35 heures… Toutes ces choses qui ne sont pas applicables en toutes circonstances», précise-t-il.) Fils d’un architecte et d’une artiste, il se rebelle contre les tarifs douaniers canadiens «délirants» sur les tee-shirts américains. A l’adolescence, il en passe en douce dans le coffre de sa voiture et les revend à Montréal. Plus tard en Caroline-du-Sud, il fabrique ses propres tee-shirts et se forme auprès des derniers vétérans de la confection, menacés par la concurrence extérieure. A Los Angeles, il veut se démarquer des sous-traitants avec lesquels il a brièvement à faire : «Le niveau des employés n’était pas bon, ils étaient payés cash au noir, des fois ils pleuraient parce qu’ils n’étaient pas payés. C’était hyper bizarre… C’était un putain de bordel !» s’exclame le PDG. Les ouvriers étaient des immigrés, comme lui. «Eux du Mexique, moi de Montréal. Ils avaient mon âge, ils sifflaient ma copine. J’ai voulu créer des conditions un peu meilleures pour eux, petit à petit.»
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