Que deviennent les « Objectifs de Développement Durable » (ODD) ? Adopté par les Nations unies en 2015, cet « appel mondial à éradiquer la pauvreté, protéger la nature et faire en sorte que tous les êtres humains vivent dans la paix et la prospérité dès 2030 » n’aura jamais été la boussole qu’il rêvait d’être, pour Bernard Duterme, chargé d’étude au CETRI et coordinateur de Quid des ODD (Objectifs de développement durable) ?. Trop d’intérêts particuliers persistent à primer sur l’intérêt général, les stratégies d’accumulation privative évinçant la défense du bien commun. La trajectoire des ODD confirme l’écart entre ambitions et résultats.
Quid des ODD ?
Plus qu’un levier de transformation radicale, les ODD apparaissent comme un cadre réformiste qui stabilise les structures de domination qu’il devrait combattre. Il s’agit dès lors non pas de se lamenter sur des chiffres en stagnation ou en recul depuis 2015, mais bien de redéfinir un véritable agenda de rupture.
Les ODD : un appel mondial à éradiquer la pauvreté, protéger la nature et faire en sorte que tous les êtres humains vivent dans la paix et la prospérité dès 2030
Adopté par les Nations unies en 2015, les « Objectifs de développement durable » (ODD) sont un « appel mondial à éradiquer la pauvreté, protéger la nature et faire en sorte que tous les êtres humains vivent dans la paix et la prospérité dès 2030 » n’aura jamais été la boussole qu’il rêvait d’être. La trajectoire des ODD confirme l’écart entre ambitions et résultats. Malgré certaines avancées, aucun objectif n’est en voie d’être atteint. Les causes invoquées – manque de volonté politique et de financements – masquent, selon les critiques socialistes et écologistes, la perpétuation d’une logique capitaliste et productiviste.
Deux niveaux d’appréciation critique des ODD
Deux niveaux d’appréciation critique des ODD continuent à prévaloir, voire à s’opposer :
Un premier, conjoncturel, en surface, prend la forme de bilans réguliers qui, en dépit de certaines avancées, étalonnent les retards et les reculs. Et les expliquent : financements insuffisants, volonté politique manquante, méthodes inadaptées … On est dans le regret, dans la dénonciation d’un déficit d’ambition pour un agenda dont, tout de même, les visées universelles, inclusives et transformatrices devraient mobiliser tous azimuts.
Un déficit d’ambitionpour un agenda dont les visées universelles, inclusives et transformatrices devraient mobiliser tous azimuts
Le second niveau de critique est plus fondamental. Du fait des mécanismes et des partenaires convoqués, des cibles et des indicateurs prescrits, les ODD apparaissent encore et toujours comme une ixième voie d’intégration subordonnée au capitalisme mondialisé, à destination surtout des économies du Sud les « moins avancées ». Agenda dépolitisé, inoffensif à l’égard des rapports de dépendance et des causes structurelles des inégalités, fonctionnel pour les acteurs dominants du modèle actuel … Le tout, en vue d’un « développement durable » devenu plus que jamais inconcevable.
Les ODDsubordonnées au capitalisme mondialisé, à destination surtout des économies du Sud les « moins avancées »
Tribune : Mais où sont passés les « Objectifs de développement durable » ?
Cette carte blanche parue dans Le Soir (24 février 2026) est consacrée à la marginalisation des « Objectifs de développement durable » de l’actualité internationale, aux raisons de leur échec annoncé, aux critiques fondamentales que la pensée de gauche – postcapitaliste et postdéveloppementaliste – leur adresse, ainsi qu’au vif rejet qu’ils inspirent aux droites populistes désormais dominantes.
Selon l’ONU, aucun des grands objectifs mondiaux en matière de développement durable n’est en voie d’être réalisé. Certaines avancées ont certes été enregistrées, mais les résultats quantifiant la faim, la pauvreté, les inégalités internes et internationales, sociales et de genre, la vulnérabilité climatique et la détérioration de la nature accusent majoritairement des stagnations et des reculs. – Photo News
S’il est un thème, pourtant d’importance majeur pour l’avenir de l’humanité, qui a fait les frais ces derniers temps du spectacle, dramatique et renouvelé, de l’actualité internationale, c’est bien celui des « Objectifs de développement durable » (ODD). Qui les a encore à l’esprit ? Adoptés par les Nations unies en 2015, cet « appel mondial à éradiquer la pauvreté, protéger la nature et faire en sorte que tous les êtres humains vivent dans la paix et la prospérité » (pas moins !) n’aura jamais été la boussole qu’il rêvait d’être. À quatre ans de l’échéance fixée à 2030 pour l’atteinte finale de chacun des dix-sept ODD énoncés, leur caractère inatteignable n’est déjà plus en débat.
Selon l’ONU elle-même, à ce jour, à une décennie de leur lancement, le compte n’y est pas et ne pourra dès lors pas y être d’ici la date limite : « aucun des grands objectifs mondiaux n’est en voie d’être réalisé ». Pour autant, un peu « moins de 20% des cibles sont susceptibles d’être rencontrées ». Certaines avancées ont en effet été enregistrées, surtout en matière d’accès à l’électricité et d’usage d’internet, mais aussi dans la lutte contre la mortalité néonatale, le paludisme, le sida, et en faveur de la scolarité des filles. En revanche, les résultats quantifiant la faim, la pauvreté, les inégalités internes et internationales, sociales et de genre, la vulnérabilité climatique et la détérioration de la nature accusent majoritairement des stagnations et des reculs.
En cause, pour l’ONU comme pour la plupart des gouvernements du Sud, trop d’intérêts particuliers persistent à primer sur l’intérêt général, les stratégies d’accumulation privative évinçant la défense du bien commun. En termes plus pragmatiques, ce sont à la fois le manque de volonté politique et l’insuffisance des financements – en particulier des acteurs les plus puissants – qui sont pointés du doigt. Cela n’étonnera d’ailleurs pas que les États-Unis – qui, avec Haïti et le Myanmar, sont les seuls à n’avoir jamais présenté de « plan national volontaire » pour le développement durable – occupent la toute dernière place du classement mondial de soutien à l’Agenda 2030 des ODD. Et ce, avant même le 2e mandat du président Trump.
Pour un véritable agenda de rupture
On est ici dans le regret, dans la dénonciation d’un déficit d’ambition pour l’une des principales initiatives – sans doute la plus vitale – de la communauté internationale dont, tout de même, les visées universelles, inclusives et transformatrices devraient mobiliser tous azimuts. Mais un deuxième niveau de critique des Objectifs de développement durable, plus fondamental, existe. Il est porté par des acteurs du Nord et du Sud qui soulignent l’urgence de s’inscrire dans des horizons postcapitalistes ou postdéveloppementalistes. Du fait des mécanismes et des partenaires convoqués, des cibles et des indicateurs prescrits par l’Agenda 2030 onusien, ces voix rebelles reprochent aux ODD de ne pas rompre avec la logique même d’un modèle de développement, fût-il estampillé durable, qui, précisément, est à la source des dégâts sociaux et environnementaux qu’il prétend éradiquer.
Deux accusations, parmi d’autres : en offrant une place de choix aux multinationales privées dans la démarche préconisée, les ODD naturalisent leur rôle dans la gouvernance mondiale et occultent le fait que nombre d’entre elles tirent leurs profits de pratiques extractivistes, de chaînes de valeur inégalitaires ou de condition de travail indécentes. Ensuite, en érigeant la croissance économique illimitée en condition de la prospérité visée, l’Agenda 2030 continue à parier – à tort – sur une compatibilité entre préservation des équilibres écologiques et perpétuation du productivisme et du consumérisme des secteurs sociaux les plus nantis. En somme, plus qu’un levier de transformation radicale, les ODD apparaissent comme un cadre réformiste qui stabilise les structures de domination qu’il devrait combattre. Il s’agit dès lors non pas de se lamenter sur des chiffres en stagnation ou en recul depuis 2015, mais bien de redéfinir un véritable agenda de rupture.
Tout le monde ne partage pas cette lecture, c’est peu de le dire. Les attaques les plus influentes dont les Objectifs de développement durable sont actuellement la cible émanent de secteurs qui, dans un contexte de montée en puissance des autoritarismes et de fragmentation du multilatéralisme, s’ancrent du côté des droites dures et des extrêmes droites. Le national-conservatisme occupe le haut du pavé et donne le ton. L’Agenda 2030, dont il est en réalité le principal fossoyeur, l’insupporte pour des raisons diamétralement opposées à celles mobilisées par les courants progressistes, réformistes ou radicaux, pour le défendre ou le critiquer. Si la gauche radicale en dénonce l’essence néolibérale, la droite populiste en fait l’expression ultime d’un mondialisme des élites technocratiques qui menace la souveraineté, la famille et la liberté.
Et de fait, la marginalisation ou la délégitimation des ODD à l’échelle internationale semble aujourd’hui davantage le fait de la forte poussée conservatrice qui y voit un instrument d’imposition culturelle conspiratrice – « idéologie du genre », « écologie punitive », « règles étouffantes », « interculturalisme », etc. –, que celui des critiques socialistes ou écologistes, socialement minoritaires. Est-ce à dire qu’à moins de cinq ans de l’échec annoncé de l’Agenda 2030, les premières tentatives d’élaboration d’un nouvel Agenda mondial post-2030 à même d’éradiquer les mécanismes producteurs d’inégalités sociales et de dévastation biosphérique sont peine perdue ? Les conditions politiques et culturelles nécessaires pour faire primer l’intérêt général et les biens communs sur les intérêts particuliers des plus forts ne sont en tout cas pas réunies.
CERTIVEA, qui accompagne depuis 20 ans la transition des cadres de vie et délivre notamment une certification HQE dédiée aux établissements de santé, revient sur les grands enjeux de transformation du secteur sanitaire. A l’occasion de la remise de leur certification HQE-santé, l’organisme met en lumière deux établissements exemplaires : l’Institut du Cerveau de l’Enfant à Paris et le Centre de Rééducation de l’UGECAM à Lieusaint.
SantExpo 2026 portera une thématique forte, inspirante, et résolument collective : « L’excellence en santé : un engagement pour toutes les générations »
60 ans de SantExpo
La 60ème édition de SANTEXPO du 19 au 21 mai à Paris réunira les professionnels de santé pour échanger sur les solutions concrètes pour faire face aux nouveaux enjeux du secteur sanitaire. Évolution démographique, nouvelles technologies, changement climatique, les établissements de santé initient de profondes transformations pour accélérer leur transition vers de nouveaux modèles. Pour répondre aux enjeux environnementaux et sociaux actuels, la transition vers des infrastructures durables est devenue incontournable pour les établissements de santé.
En 2026, le salon de l’écosystème santé célèbre six décennies d’innovation, de débats et de rencontres.
Une édition anniversaire exceptionnelle avec 3 jours d’inspiration, de solutions concrètes et de connexions stratégiques, pour dessiner la santé de demain.
Paris – Porte de Versailles Les 19, 20, 21 mai 2026
2 établissements franciliens certifiés pour leur engagement sur la durabilité
Le futur Institut du Cerveau de l’Enfant fédérera, dans un bâtiment de 12 600 m², un ensemble de compétences cliniques, de recherche, d’innovation, associatives et institutionnelles en matière de neurodéveloppement.
L’emprise du projet, située au nord-est du site de l’hôpital Robert-Debré est actuellement occupée par des surfaces boisées et un stationnement pour le personnel.
La mise en service de l’Institut est prévue en 2027 et le projet s’articule de la manière suivante :
4 niveaux de 2 000 à 2 500 m² et un parking en sous-sol
Une prise en charge spécialisée de haut-niveau assurant consultations & diagnostiques
Une implication active dans la recherche scientifique (essais cliniques)
LES POINTS FORTS DU PROJET
Conception bioclimatique & confort des enfants
Sculpture architecturale d’atriums bioclimatiques plantés favorisant la ventilation naturelle, un apport en lumière naturelle et une régulation passive des températures été/hiver.
Les atriums assurent également l’isolation acoustique vis-à-vis des espaces de soin, la création de zones d’ombre protectrices et un apport de lumière naturelle, primordiale pour la population sensible accueillie au sein de l’établissement.
Protections solaires passives, ventilation naturelle et enveloppe très performante.
Biophilie & bien-être
Intégration des principes de biophilie : lumière naturelle, matériaux naturels et présence de la nature partout où le regard se pose.
Jardins en pleine terre et espaces multisensoriels favorisant la récupération et la réduction du stress.
Protection & adaptabilité
Bâtiment conçu comme un cocon protecteur avec des parcours intérieurs sécurisés et modulables.
Espaces lisibles et adaptés aux patients, aux familles et au personnel.
Confort acoustique, visuel et hygrothermique
Architecture et matériaux pensés pour limiter le bruit, assurer une température stable et favoriser un éclairage naturel apaisant.
Sophie Le Cadre, directrice AIA Environnement Paris : « Le projet de l’Institut Robert Debré du Cerveau de l’Enfant est un bâtiment bioclimatique, bas-carbone et économe en énergie, qui joue avec la lumière naturelle, la ventilation passive, la végétalisation omniprésente malgré son contexte urbain très présent et qui intègre des matériaux durables, afin d’offrir un environnement sain, confortable et apaisant, favorable au bien-être, à la santé et à la qualité d’usage des patients, accompagnants et personnels.»
LE CENTRE DE RÉÉDUCATION DE L’UGECAM À LIEUSAINT AU COEUR DU CARRÉ SÉNART
L’UGECAM, opérateur de santé de l’Assurance Maladie, ouvre à Lieusaint (Seine-et-Marne) un centre de rééducation dédié aux personnes porteuses d’un handicap lourd. L’objectif est de proposer des soins plus accessibles et de meilleure qualité, au sein d’une infrastructure moderne et plus performante sur le plan environnemental.
Une approche exemplaire globale, alliant performances environnementales, bien-être des patients, efficacité des soins, intégration territoriale et dynamisme économique local.
Performances environnementales
Architecture bioclimatique intégrant l’usage de matériaux biosourcés.
Conception fondée sur la sobriété, l’efficacité et la pérennité : ventilation naturelle, gestion optimisée de l’eau et façades performantes.
Enveloppe compacte favorisant les espaces extérieurs et la fluidité des circulations intérieures, facilitant le travail des soignants.
Bien-être des patients et réadaptation intégrée
Parc thérapeutique arboré au sud, organisé en strates végétales, offrant des espaces de détente et des parcours de rééducation en lien avec la nature.
Architecture pensée pour soutenir la récupération physique et mentale des patients, avec des volumes équilibrés et une ambiance apaisante.
Espaces lumineux et modulables conçus pour favoriser la réadaptation.
Accessibilité et intégration territoriale
Implantation stratégique dans la ZAC Carré Sénart, à proximité immédiate des transports en commun, commerces, pôle médical, centre de balnéothérapie, hôtels et restaurants.
Cécile Grouille, architecte, AIA Life Designers : « Les choix architecturaux du projet, ancrés dans notre expertise en santé, offrent une forte modularité et une grande flexibilité des espaces. Ils permettent ainsi d’accompagner l’évolution des pratiques de soins et de répondre aux besoins évolutifs des patients et de l’offre sur le territoire. »
Répondre aux enjeux de tous les établissements de soin
en construction, en rénovation et aussi en exploitation
La transformation de l’immobilier de santé est un enjeu stratégique pour tous les types d’établissement (CHU, cliniques, centres de soins de suite, centres de santé mentale, Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes…)
L’immobilier de santé doit s’adapter aux enjeux environnementaux et sociaux en devenant plus durable, face à une forte empreinte carbone. Cette transformation implique de moderniser les infrastructures, réduire leur impact énergétique, développer de nouvelles formes de soins (ambulatoire, télémédecine), améliorer le bien-être des usagers et du personnel, et augmenter la capacité d’accueil des personnes âgées dépendantes.
Les référentiels HQE Santé (Bâtiment et Bâtiment Durable) aident les acteurs à concevoir, rénover, exploiter les lieux de soins en suivant des objectifs et des thèmes qui répondent aux problématiques spécifiques à ce type d’établissement. On retiendra en particulier :
L’énergie. Un bâtiment de santé consomme a minima 3 fois plus qu’un bâtiment de bureaux, à surface égale.
La gestion des effluents médicamenteux. Il s’agit de limiter au maximum leurs rejets dans les eaux usées, avec des traitements spécifiques si nécessaires.
La réversibilité des espaces. Les services de ce type d’établissements sont très régulièrement remodelés, l’expérience de la crise sanitaire récente a renforcé l’importance de cet enjeu.
La sécurité numérique. Il s’agit ici non seulement de renforcer la protection des réseaux et l’interopérabilité des équipements et bâtiments, mais aussi de faire face aux actes de piratages qui les visent particulièrement.
L’isolation phonique et la gestion de l’intimité des patients. La prise en compte de l’intimité des patients est essentielle. L’isolation phonique des espaces d’hébergement, mais aussi les co-visibilités (d’une chambre à l’autre ou entre chambre et espaces communs) font aussi l’objet d’attention particulière.
L’accessibilité et la circulation des personnes. Question centrale de tout lieu de soin, l’accessibilité fait l’objet d’un traitement particulier, pour s’adapter au plus près du parcours du patient. [Spécifique à la certification HQE-BD Santé]
La disponibilité de services de proximité. Hébergement, restauration, points multi-services… l’accès à des services essentiels joue un rôle majeur dans l’amélioration de la qualité de vie des usagers – soignants, patients, accompagnants, aidants. [Spécifique à la certification HQE-BD Santé]
Accompagner la transition durable des lieux de soin
Une collaboration CERTIVEA – AIA Environnement
En 2023, CERTIVEA déployait la nouvelle version de la certification HQE dédiée établissements de santé. Un référentiel co-construit avec la vision opérationnelle de 2 bureaux d’études spécialistes du secteur, AIA Environnement et OASIIS, au terme d’une phase de recherche et d’expérimentations terrain menées pendant plus de 18 mois avec de nombreux acteurs public ou privé (dont PRIMONIAL REIM CARE, des CHU, l’AP-HP, l’ANAP, les IHF, etc.).
Éric Bussolino, Directeur Ingénierie & Environnement, AIA Life Designers : « Le secteur du soin porte intrinsèquement les enjeux du développement durable, avec un point d’attention particulier à l’Humain, tout en s’inscrivant dans une démarche d’exemplarité vis-à-vis de l’empreinte environnementale de ses infrastructures. La certification HQE Bâtiment Durable dédiée au secteur de la Santé offre un cadre de référence pleinement adapté pour appréhender tous ces enjeux et offre une belle opportunité de valoriser leurs engagements. Avec ce nouvel outil, les établissements de santé se donnent ainsi les moyens de répondre de façon objectivée aux enjeux de société qui nourrissent les grandes transitions en cours ».
François Jallot, président de CERTIVEA : « On n’accompagne pas un lieu de santé comme on s’occupe d’un établissement scolaire ou d’un immeuble de bureaux. Les risques cyber, la consommation importante d’énergie, la vulnérabilité des patients ou encore les exigences d’accessibilité font des lieux de soins des infrastructures particulièrement exposées. Tout l’enjeu de la transition de ces établissements se résume ainsi : concilier qualité et sécurité des soins avec respect de l’environnement. Pour répondre à cela, la Certification HQE Santé s’appuie sur une connaissance fine du secteur de santé pour fournir des feuilles de routes adaptées à ses défis en matière de durabilité et à la spécificité de chaque structure accompagnée.
Le Photoscope de France Nature Environnement est un outil d’aide au positionnement sur les projets de parcs photovoltaïques au sol. Composé d’un livret et d’une grille d’analyse multicritères, c’est un outil complet pour s’approprier les enjeux du solaire dans son territoire et participer au dialogue territorial. Avec l’Éoloscope terrestre la transition énergétique, qui repose sur 2 piliers : tourner le dos aux énergies fissiles et fossiles grâce aux énergies renouvelables et mettre l’accent sur la sobriété énergétique
La transition énergétique pour FNE
France Nature Environnement est résolument engagée dans la transition énergétique, qui repose sur deux piliers : tourner le dos aux énergies fissiles et fossiles grâce aux énergies renouvelables et mettre l’accent sur la sobriété énergétique.
Pour que le développement des filières de production d’énergies renouvelables soit le plus vertueux possible, FNE plaide pour une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux, accompagnée d’un dialogue renforcé entre les associations de protection de l’environnement et les porteurs de projets (collectivités, industries, citoyen·nes).
Tourner le dos aux énergies fissiles et fossiles grâce aux énergies renouvelables et mettre l’accent sur la sobriété énergétique
L’Essentiel de la transition énergétique
Pourquoi la transition énergétique est-elle indispensable ? Comment la mener ? Quels objectifs la France s’est-elle fixée et peut-elle vraiment les atteindre ? Quels sont les avantages et les limites des différentes sources d’énergie ? C’est à toutes ces questions que FNE a essayé de répondre dans ce petit livret pédagogique et visuel, pour vous permettre de comprendre en un clin d’œil les principaux enjeux de la transition énergétique.
Le Photoscope 2022 : outil d’aide au positionnement sur les projets de parcs photovoltaïques
Le Photoscope s’adresse aux associations du mouvement France Nature Environnement, mais aussi aux porteurs de projets – publics, privés ou citoyens -, aux collectivités territoriales, aux professionnels du solaire ou à toute personne souhaitant :
découvrir ou approfondir sa connaissance des enjeux liés au photovoltaïque ;
faciliter le dialogue avec les acteurs territoriaux ;
se positionner par rapport à un projet précis de parc photovoltaïque au sol dans son territoire.
La première moitié du livret présente la position de France Nature Environnement sur le photovoltaïque, au cœur d’enjeux énergétiques, environnementaux et sociaux, et contient toutes les informations utiles pour construire son positionnement et participer au dialogue sur le développement du solaire dans un territoire (étapes, réglementation, accès à l’information…).
La seconde moitié détaille les critères à prendre en compte pour construire son positionnement sur un projet précis, en identifiant pour chacun des bonnes pratiques et/ou des points de vigilance. Vous pourrez alors renseigner la grille d’analyse téléchargeable ci-dessous pour faire un premier bilan du projet.
A noter : le Photoscope est destiné à être utilisé le plus en amont possible des projets de parcs solaires au sol, afin de participer à la planification du développement du solaire et de pouvoir se positionner à toutes les étapes du projet pour prendre en compte tous les enjeux qui y sont associés. Cet outil a vocation à évoluer dans le temps, à la lumière des retours d’expérience, de l’évolution de la réglementation et des connaissances scientifiques. Les projets de parcs solaires flottants et d’agrivoltaïsme ne sont pas traités ici.
Les autres outils Scopes de France Nature Environnement
France Nature Environnement est résolument engagée dans la transition énergétique, qui repose sur 2 piliers : tourner le dos aux énergies fissiles et fossiles grâce aux énergies renouvelables et mettre l’accent sur la sobriété énergétique. Pour que le développement des filières de production d’énergies renouvelables soit le plus vertueux possible, France Nature Environnement plaide pour une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux, accompagnée d’un dialogue renforcé entre les associations de protection de l’environnement et les porteurs de projets (collectivités, industriels, citoyens). Pour cette raison, FNE développe pour l’ensemble des 5800 associations de son mouvement comme pour tous les porteurs de projets, une série d’outils, les « Scopes », pour les différentes filières. En plus du Photoscope, ces documents regroupent :
Le Méthascope, paru en 2016 : outil d’aide au positionnement sur les projets de méthanisation
L’Éoloscope terrestre, paru en 2020 : outil d’aide au positionnement sur les projets de parcs éoliens terrestres
L’Éoloscope offshore, paru en 2020 et mis à jour en 2021: outil d’aide au positionnement sur les projets de parcs éoliens marins.
L’Éoloscope offshore 2021: outil d’aide au positionnement sur les projets de parcs éoliens marins
France Nature Environnement édite l’Éoloscope Offshore, outil de dialogue territorial, d’aide au positionnement à destination des associations, mais aussi des porteurs de projets éoliens et des collectivités qui souhaitent mieux comprendre les attentes des associations et améliorer leurs pratiques.
Ce document propose une démarche permettant d’évaluer la faisabilité et l’acceptabilité d’un projet éolien offshore, lors de la planification comme dans le cadre d’un projet défini.
L’Éoloscope terrestre 2020 : outil d’aide au positionnement sur les projets de parcs éoliens terrestres
L’Éoloscope terrestre est un outil d’aide au positionnement sur les projets de parcs éoliens terrestres. Composé d’un livret et d’une grille d’analyse multicritères, c’est un outil complet pour s’approprier les enjeux de l’éolien dans son territoire.
France Nature Environnement édite l’Éoloscope terrestre, outil de dialogue territorial, d’aide au positionnement à destination des associations, mais aussi des porteurs de projets éoliens et des collectivités qui souhaitent mieux comprendre les attentes des associations et améliorer leurs pratiques. Ce document s’adresse aux associations du mouvement FNE, mais aussi aux porteurs de projets, aux collectivités territoriales, aux professionnels de l’éolien ou à toute personne souhaitant :
découvrir ou approfondir sa connaissance des enjeux liés à l’éolien terrestre ;
faciliter le dialogue avec les acteurs territoriaux ;
se positionner par rapport à un projet précis de parc éolien terrestre dans son territoire.
La première partie de ce livret présente le positionnement de France Nature Environnement sur l’éolien terrestre, au cœur d’enjeux énergétiques, environnementaux et sociaux. La deuxième partie aborde les démarches à effectuer pour construire un positionnement lorsqu’un projet de parc éolien terrestre émerge dans un territoire, en listant les documents sources et les manières d’accéder à l’information. La troisième partie vous informe de façon plus générale sur les aspects réglementaires et techniques des projets de parc éolien terrestre.
Le Méthascope 2016 : outil d’aide au positionnement sur les projets de méthanisation
Le Méthascope est un outil d’aide au positionnement sur les projets de méthanisation. Composé d’un livret et d’une grille d’analyse multicritères, c’est un outil complet pour s’approprier les enjeux de la méthanisation dans son territoire.
France Nature Environnement a travaillé avec le soutien de l’Ademe et de GRDF à la conception d’un outil multicritère d’aide au positionnement à destination des associations mais aussi des porteurs de projets de méthaniseur. L’outil « Méthascope » poursuit 3 objectifs :
Découvrir ou approfondir sa connaissance des enjeux liés à la méthanisation
Faciliter le dialogue avec les acteurs territoriaux
Se positionner par rapport à un projet précis de méthanisation dans son territoire
La revue trimestrielle «Biodiversité : des clés pour agir », éditée par l’Office français de la biodiversité (OFB), a pour objectif de transmettre des outils clés de gestion et des éclairages pour partager les bonnes pratiques et les innovations. Destinée aux professionnels en prise directe avec la gestion des territoires, elle représente un levier, un moyen d’action pour contribuer à lutter contre l’érosion de la biodiversité et réduire les pressions, par le biais de la diffusion de la connaissance et de l’information.
N° 11 – Agir foncièrement pour la biodiversité
Sommaire
Comprendre
Télédétection des prairies de fauche et de leur date de fauche
IndiQuaSols : mieux mesurer pour mieux préserver ce qui se passe sous nos pieds
La sélection de la rédaction
Changer
Entretien avec Jean-Baptiste Bosson
Ateliers hors les murs : l’enseignement supérieur s’empare de la biodiversité locale
Comment coupler science participative et enseignement : l’exemple du programme ColCopEA
Dossier : Agir foncièrement pour la biodiversité
Agir
De nouveaux mémentos ABC pour soutenir la transition écologique des territoires
Raconter l’histoire d’un territoire pour préserver sa biodiversité : inspirations d’outre-mer
Le règlement sur la restauration de la nature, un texte européen d’ambition inédite depuis 30 ans
Se repérer
Biodiversité et santé, tout est lié
Partenariat France-Afrique du Sud pour la biodiversité : une opportunité d’apprentissage entre pairs
Quelques chiffres autour des pressions exercées sur le milieu marin en France
À chaque numéro, plusieurs articles sont mis à la disposition des lecteurs gratuitement :
Numéro spécial Rencontres Biodiversité et Territoires
Ce numéro spécial de la revue « Biodiversité, des clés pour agir », a été élaboré à l’occasion des Rencontres Biodiversité et Territoires (RBT), qui ont lieu les 12 et 13 décembre 2023, à Montpellier.
Fruit d’une sélection d’articles tirés des cinq numéros précédents de la revue, ce numéro s’inscrit dans l’esprit de cet événement structurant dédié tant à la réflexion qu’à l’action. Les huit parcours de l’événement, véritables itinéraires guidés vers la préservation active de la biodiversité, trouvent leur écho dans les pages de cette revue. Protection des milieux aquatiques, préservation des espaces naturels en milieu urbain ou encore promotion d’une agriculture respectueuse de la biodiversité, des clés pour agir concrètement sont présents dans l’ensemble des articles disponibles.
Sommaire
Éducation & sensibilisation
Sciences participatives, une puissante communauté de professionnels
Le Défi familles à biodiversité positive : prendre en main son empreinte biodiversité
Changement climatique
Aider les territoires à s’adapter aux changements climatiques, avec la nature
Transition écologique : les cours d’écoles montrent l’exemple
Comment identifier un potentiel de renaturation sur son territoire ?
Nature en ville
Face au déclin des pollinisateurs sauvages, des clés pour agir localement
Prendre en compte le sol et le végétal dans les espaces verts
Le Parc urbain des papillons
Aménagement du territoire
L’objectif Zéro artificialisation nette : un nouvel horizon pour des sols vivants
Le droit de l’environnement des Outre-mer
Tourisme & loisirs
Protéger les oiseaux de montagne dans les domaines skiables
Gestion des milieux naturels
Trame noire : restaurer la nuit
Pollution lumineuse : une pression croissante sur la biodiversité
Restaurer sans diviser
Dans les coulisses d’un Marathon de la biodiversité
Ingénierie & formation
La Fresque de la Biodiversité, une expérience qui pousse à l’action
Le financement participatif : un outil de mobilisation au service de la biodiversité
L’assèchement estival des petits cours d’eau de Métropole
Agriculture & Alimentation
D’un programme de conservation des oiseaux aux enjeux de l’agriculture
En 2024, le Labo de l’ESS a initié un travail prospectif pour « Transformer le travail à horizon 2050 » et le centrer sur la question de la démocratisation du travail. Première publication issue de ce travail, la note « Démocratiser le travail : un enjeu d’avenir pour l’ESS ! » vise à donner des clés de compréhension de la démocratie au travail et de ses enjeux, en éclairant concrètement la façon dont l’économie sociale et solidaire peut tendre vers cet objectif.
S’appuyant sur une revue de littérature et une série d’entretiens avec des chercheur·euse·s, syndicalistes et acteur·rice·s de l’ESS, la note souligne plusieurs enjeux liés à la démocratisation du travail dans l’ESS : trop souvent réduite à la question de la démocratisation de la gouvernance, celle-ci suppose de donner aux travailleur·euse·s une réelle capacité d’action et de décision sur les finalités de leur travail et son organisation concrète, ce qui nécessite de mobiliser des moyens adéquats : du temps dédié et rémunéré pour la délibération, la création de contenus de formation spécifiques, la lutte active contre les inégalités de capital social et économique, etc.
Donner aux travailleur·euse·sune réelle capacité d’actionet de décisionsur les finalités de leur travailet son organisation concrète
À partir des leviers et pistes d’expérimentation esquissés dans cette note, les prochains travaux auront pour objectif de permettre aux acteur·rice·s de l’ESS une compréhension fine du contexte socio-économique dans lequel s’inscrivent leurs activités, pour mieux se repérer dans un contexte changeant rapidement et où la démocratisation du travail devient un enjeu politique, social et écologique d’une importance grandissante.
« Le Labo étant un think tank de l’ESS, il souhaite donner à ses employeurs les repères nécessaires pour demeurer fidèles aux fondamentaux qui les caractérisent depuis le XIXème siècle mais aussi pour inventer, avant les autres, un rapport au travail correspondant mieux aux aspirations de ses salariés et aux réalités économiques d’après-demain »
– Frédéric Tiberghien, Conseiller d’état, président d’honneur de l’ORSE et Animateur de l’Axe de travail du Labo de l’ESS pour « Transformer le travail à horizon 2050«
Résumé
L’ESS est un riche laboratoire d’expérimentations concrètes de la démocratisation du travail
Dans le contexte d’une intensification des multiples crises sociales, écologiques et sanitaires, la démocratisation du travail, c’est-à-dire le renforcement du pouvoir d’agir des travailleur·euse·s sur l’organisation concrète et les finalités de leur production, constitue un enjeu politique majeur. Du fait de son histoire et de ses spécificités, l’ESS est, quant à elle, un riche laboratoire d’expérimentations concrètes de cette démocratie. Cependant, sa réflexion sur la démocratisation de son organisation s’est encore trop peu intéressée à l’organisation concrète et quotidienne du travail, restant largement cantonnée aux enjeux de partage de la gouvernance. La présente note entend contribuer à cette réflexion, en se nourrissant de la parole de chercheur·euse·s et d’acteur·rice·s qui tentent d’aller plus loin.
Le Labo de l’ESS tient à remercier Aurélien Alphon – Layre, Antonella Corsani, Simon Cottin – Marx, Alexis Cukier, Béatrice Delpech, Emmanuel Dockès, Corentin Gombert, Maxime Quijoux, Stéphane Veyer ainsi que les membres du comité de pilotage de l’axe de travail pour les échanges ayant nourri cette publication.
Cette note introduit la réflexion prospective sur la démocratie au travail et l’ESS initiée par le think tank dans le cadre de l’axe de travail pour « Transformer le travail à horizon 2050 », en partenariat avec la Fondation Syndex.
« Les travaux du Labo de l’ESS sur la démocratisation du travail posent une question que l’économie sociale et solidaire ne peut pas accueillir comme un sujet extérieur à elle-même. Elle nous oblige à regarder ce que nous faisons réellement de la démocratie lorsque nous cessons d’en parler comme d’un principe statutaire pour l’observer dans le travail, les arbitrages, les contraintes, les désaccords, la manière dont une activité se dessine, se décide et se réalise.
C’est, pour l’UDES, un enjeu central. Non parce que l’ESS aurait par nature résolu ce que d’autres formes d’entreprises ignoreraient encore. Ce serait trop simple et assez peu conforme à l’expérience. Mais parce que nos organisations portent une promesse particulière : celle d’une économie qui ne sépare pas l’utilité sociale, la qualité du travail, la viabilité économique et la responsabilité démocratique.
Or, il nous faut avant tout être lucides : dans les associations, les mutuelles, les coopératives, la démocratie peut être très présente dans les textes et à peine affleurer dans le fonctionnement quotidien. Une assemblée générale peut décider du projet sans que les salariés aient réellement prise sur l’organisation concrète de leur travail. Une gouvernance peut être sincèrement attachée à l’intérêt général et néanmoins peu outillée pour entendre ce que le travail réel produit comme savoirs, alertes, fatigues, inventions ou renoncements.«
En 2021, l’UDES a lancé un appel aux employeurs de l’économie sociale et solidaire pour les inciter à mettre en évidence leurs spécificités et à travailler leurs pratiques managériales dans le secteur de l’innovation sociale.
Être un employeur engagé, c’est d’abord et avant tout questionner sa responsabilité sociale, mais aussi économique, travailler ses qualités managériales, interroger la transition écologique dans son projet d’entreprise ou d’association.
Être un employeur engagé, c’est travailler son « employeurabilité » pendant de l’employabilité pour les salariés, c’est-à-dire veiller avant tout à la qualité des emplois, en objectivant les processus de recrutement mais aussi en favorisant la fidélisation des salariés au projet. L’employeurabilité d’une organisation se mesure sur deux niveaux : l’attractivité de l’employeur sur le marché du travail et les modes d’actions de l’entreprise en tant qu’organisatrice de la relation d’emploi.
Être un employeur engagé, c’est s’engager, au-delà de ce que le cadre réglementaire oblige, sur toutes les composantes de la fonction employeur
Telle est l’ambition de cet appel : poser des engagements et définir les critères à partir desquels évaluer l’exercice de la fonction employeur dans l’ESS ; afficher et affirmer des ambitions communes en la matière pour l’ensemble des employeurs de l’économie sociale et solidaire (ESS).
Webinaire « Démocratiser le travail : un enjeu d’avenir pour l’ESS » – Replay du 5 mai 2026
Replay du webinaire « Démocratiser le travail, un enjeu d’avenir pour l’ESS » co-organisé par le Labo de l’ESS et les Ateliers Travail & Démocratie !
Alors que le capitalisme devient toujours plus autoritaire et productiviste, pouvons-nous prendre collectivement le pouvoir sur notre travail ? Et comment ? Un collectif1 de chercheur.es, syndicalistes et professionnel·les raconte des enquêtes, luttes et alternatives qui montrent que c’est possible et analyse les manières dont s’y prennent concrètement les travailleur-ses pour donner du sens à leurs activités, prendre soin des collectifs et conquérir de l’autonomie au travail. Leur Manifeste prend position dans les débats en cours sur le renouvellement du syndicalisme et avance des propositions politiques pour mettre le travail au service de la démocratie, de l’émancipation et de la défense du vivant.
Paradoxalement, les débats sur les liens entre entreprises et démocratie laissent très largement de côté la question du travail. Or, les modes collectifs de gouvernance n’impliquent pas nécessairement une véritable autonomie des travailleur·euse·s, salarié·e·s ou non. Démocratiser le travail est pourtant un enjeu essentiel, tant pour lui redonner sens, lutter contre les rapports de domination en son sein, co-construire des activités soutenables à la fois socialement, économiquement et écologiquement mais aussi participer plus largement à la régénération de la vie démocratique de nos sociétés.
Intervenant·e·s : Aurélien Alphon-Layre, Syndicat CGT des CAE Amandine Brugière, Responsable des développements techniques et scientifiques à l’Anact Béatrice Delpech, Directrice générale adjointe d’Enercoop Patrick Julien, Responsable des relations sociales de l’UDES Laetitia Tribhou, Cheffe de projet en santé et qualité de vie au travail au sein d’Harmonie Mutuelle ESS
Manifeste Travail & Démocratie
Membres du collectifdes Ateliers Travail & Démocratie : Aurélien Alphon-Layre, Catherine Arnaud, Iwan Barth, Yves Baunay, Bernard Bouché, Fabrice Bourgeois, Thomas Coutrot, Damien Cru, Alexis Cukier, Christine Eisenbeis, Olivier Frachon, Marie Lesage, Julien Lusson, Dominique Malon, Christine Martin, Pascale Molinier, Muriel Prévot-Carpentier, Corinne Savart-Debergue, Nicolas Spire. ↩︎
Longtemps pensés uniquement à l’aune de leur fertilité, les sols sont aujourd’hui redécouverts pour leur statut de puits de carbone. Autrement dit, leur capacité à séquestrer le carbone en fait des contributeurs de premier plan à la lutte contre le changement climatique. Une étude sociologique menée auprès de scientifiques, politiques et acteurs publics territoriaux met en évidence cette redéfinition climatique des sols et ses conséquences concrètes.
Les couverts végétaux font partie des pratiques favorables à la séquestration du carbone dans les sols. Shutterstock
Si le rôle climatique des forêts comme puits de carbone est connu depuis les années 1990, celui des sols l’est moins. Ces derniers contiennent pourtant trois fois plus de carbone et jouent un rôle clef dans son cycle global. Lors de la COP21 à Paris en 2015, le gouvernement français avait lancé l’initiative 4 pour 1000 afin d’encourager les agricultrices et agriculteurs à séquestrer du carbone dans les sols.
Mais la capacité des sols à séquestrer du carbone requiert l’adoption de pratiques agricoles spécifiques : implantation de couverts végétaux, réduction du labour, plantation de haies ou d’arbres, ou encore restitution à la terre des résidus de cultures comme les pailles. La préservation des zones humides, des forêts et des prairies, dont les sols sont particulièrement riches en carbone, contribue aussi à atténuer le changement climatique.
Comment ces diverses pratiques de séquestration du carbone modifient-elles les conceptions des sols ? L’équipe du projet ANR Posca a mené une vaste enquête sociologique pour répondre à cette question. À la clé, plus de 250 entretiens approfondis avec des scientifiques, des décideurs publics, des agents de collectivités territoriales et des acteurs agricoles.
Cette enquête montre que l’essor des pratiques de séquestration s’accompagne d’une redéfinition climatique des sols. Longtemps considérés principalement sous l’angle de la fertilité agricole, les sols sont désormais également vus comme des puits de carbone. Et cela, dans une large gamme de mondes sociaux : la recherche scientifique, mais également les politiques agricoles nationales et les territoires.
Des recherches pour penser les sols à l’aune du climat
Les chercheurs ont notamment adapté leurs questions de recherche afin d’interroger les processus qui permettent de stabiliser le carbone dans les sols. Cela a permis de faire évoluer les modèles représentant ces mécanismes, dans le but de contribuer à améliorer les scénarios climatiques. Ils ont également créé de nouvelles infrastructures de surveillance des stocks de carbone dans les sols à l’échelle nationale, et noué de nouvelles collaborations avec les sciences du climat.
Les enjeux climatiques ont par ailleurs conduit les scientifiques des sols à produire de nouveaux travaux d’expertise, à la fois dans le cadre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à l’échelle internationale, mais aussi à l’échelle nationale, pour estimer le potentiel de stockage du carbone dans les sols. Ces réorientations de leurs travaux permettent de fournir des éléments d’appui aux politiques publiques et aux développements économiques liés à la séquestration du carbone.
Les chercheuses et chercheurs ont ainsi transformé leurs agendas et pratiques de recherche pour produire des connaissances qu’ils estiment utiles à la lutte contre le changement climatique. Mais cela n’a pas été sans créer de nouvelles tensions au sein de cette discipline, notamment autour de la question de la non-permanence du carbone dans les sols.
Persistance et vulnérabilité du carbone nouvellement stocké dans les sol agricoles Différentes pratiques agroécologiques permettent d’augmenter les stocks de carbone organique du sol (COS). Bien que cela soit très positif en termes d’atténuation au changement climatique et de santé des sols, la permanence du stockage additionnel de COS doit être évaluée, en particulier dans un contexte de changement climatique.
Des crédits carbone pour les sols agricoles qui stockent
De nouvelles conceptions climatiques des sols sont également véhiculées par l’initiative du 4 pour 1000, depuis sa publication fin 2015 par le ministère de l’Agriculture. Cette initiative tire son nom du calcul selon lequel augmenter tous les ans d’environ 0,4 % le stock global de carbone contenu dans les sols permettrait de compenser l’augmentation annuelle des émissions de gaz à effet de serre.
Plus récemment, une étude coordonnée par Inrae a permis de préciser le potentiel de séquestration des sols nationaux. Celui-ci équivaut à environ 40 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole en France – soit 6,5 % du total des émissions nationales. Certes, c’est loin de pouvoir compenser l’ensemble des émissions nationales de gaz à effet de serre, mais cela reste une contribution bienvenue à l’effort d’atténuation, que le gouvernement souhaite encourager.
Cette promesse de séquestration est d’autant plus mise en avant aujourd’hui qu’elle permet de repositionner le secteur agricole comme solution au changement climatique, dans une période où celui-ci est fortement critiqué – quand bien même le secteur reste émetteur net de gaz à effet de serre.
Le gouvernement français a ainsi lancé son label bas carbone (LBC) fin 2018. Cadre de certification des réductions d’émissions et des pratiques séquestrantes, il vise, entre autres, à rétribuer les efforts des agriculteurs qui adoptent de nouvelles pratiques vertueuses. Il permet notamment d’attester du nombre de tonnes de carbone séquestrées, pour que les agriculteurs puissent vendre les crédits carbone correspondant à des entreprises ou des collectivités. Le principe est celui du marché carbone : ces acheteurs pourront, à leur tour, alléguer d’une contribution à l’effort d’atténuation du changement climatique.
Les intermédiaires administratifs du label bas-carbone Les entreprises dans la division du travail administratif des politiques agroenvironnementales Léo Magnin, Antoine Doré. Des “ start-ups ” pour “ décarboner ” l’agriculture ? Elucidation empirique d’une promesse d’écologisation. 2024. ⟨hal-05323892⟩
Le label bas carbone contribue à véhiculer une vision des sols agricoles comme puits de carbone optimisables grâce aux changements de pratiques agricoles. Pour autant, son impact reste actuellement limité, car les projets qui en relèvent mobilisent finalement très peu la séquestration du carbone, mais plutôt des pratiques de réduction des émissions.
Des collectivités qui quantifient le carbone dans leurs sols
Depuis 2016, une nouvelle législation exige par ailleurs que les collectivités de plus de 20 000 habitants évaluent le potentiel de séquestration de carbone par les forêts et les sols. Elles doivent ainsi concevoir un plan climat air énergie territorial (PCAET) qui mesure, entre autres, la quantité de carbone contenu dans les sols et détaille des stratégies possibles pour augmenter ces stocks. La réglementation reste cependant muette sur les moyens et les outils utiles pour quantifier et gérer les stocks de carbone des sols.
Dans ce contexte, les collectivités territoriales mobilisent divers instruments de quantification du carbone des sols. Les analyses de terre étant longues et coûteuses à mettre en œuvre, ces outils reposent généralement sur des données et des modèles numériques qui prédisent l’évolution des stocks de carbone en fonction de différents scénarios de gestion.
SIMEOS AMG – version 2.0 – Propriété d’Agro-Transfert Ressources et Territoires : SIMEOS-AMG est un outil de simulation de l’évolution de l’état organique des sols (Teneurs et stocks de carbone organique) fondé sur le modèle de bilan humique AMG (Du nom de ses auteurs Andriulo A., Mary B. & Guerif J.) et mis en ligne pour la 1ère fois en 2012. Publié en 1999 par INRAE, le modèle AMG est maintenu et amélioré depuis 2012 dans le cadre du Consortium AMG qui associe Inrae, Agro-Transfert-RT, Avalis, le LDAR et collabore depuis 2016 avec Terres Inovia
L’Ademe a par exemple développé l’outil Aldo, qui permet aux fonctionnaires territoriaux et aux bureaux d’études d’obtenir aisément des valeurs de stocks de carbone.
Agro-Transfert, un organisme de recherche et développement agricole, a également créé l’outil Simeos-AMG. Initialement pensé pour aider les agriculteurs à conserver des sols fertiles et riches en matière organique, il est désormais mobilisé par les professionnels agricoles pour connaître l’impact carbone de leurs pratiques, ainsi que par certaines administrations territoriales pour concevoir leur plan climat air énergie territorial.
Le carbone des sols devient ainsi un nouvel objet d’action publique dans les territoires.
Vers une redéfinition climatique des sols
Notre recherche a ainsi mis en lumière la façon dont les sols se trouvent redéfinis à l’aune des enjeux climatiques, que ce soit dans les mondes de la recherche scientifique, des politiques agricoles nationales ou des territoires. Nos résultats montrent que cette climatisation des sols se traduit d’ores et déjà concrètement par de nouvelles pratiques, des engagements et des instruments inédits qui se développent.
Les sols ne sont par ailleurs pas réduits au rôle de simples réservoirs de carbone à optimiser. L’enquête révèle que nombre d’acteurs, en particulier scientifiques, rappellent que ce carbone à séquestrer peut être relargué dans l’atmosphère, notamment si les pratiques agricoles de séquestration ne sont pas maintenues sur le long terme.
De ce fait, il est crucial d’inscrire ces changements dans le long terme. Et cela d’autant plus que ces pratiques sont aussi alignées avec des gains en termes de fertilité et de qualité des sols, les principales préoccupations dont ils faisaient jusqu’ici l’objet. La redéfinition climatique des sols relie ainsi les questions d’atténuation climatique avec les questions de maintien de la fertilité agricole et de conservation de la qualité des sols.
Piéger le carbone dans le sol : ce que peut l’agriculture
Il est là, sous nos pieds. Dans notre vie quotidienne on le regarde à peine, et pourtant, il ne s’agit rien de moins que du plus grand stock de carbone des écosystèmes terrestres. Ce palmarès ne revient en effet pas aux forêts, ni à l’atmosphère mais bel et bien aux sols. On trouve environ 2400 milliards de tonnes de carbone dans les deux premiers mètres de profondeur sous la terre, soit trois fois plus que ce que l’on trouve dans l’atmosphère.
Présentation de l’initiative 4 pour 1000
À l’heure du dérèglement climatique et de la nécessité absolue de réduire les émissions de gaz à effet de serre, cette impressionnante capacité des sols à stocker du carbone laisse songeur. Si les sols ne pourront bien entendu pas à eux seuls faire baisser drastiquement les concentrations de gaz à effets de serre dans l’atmosphère qui sont responsables du réchauffement climatique, ils peuvent néanmoins jouer un rôle substantiel, via la préservation des stocks importants de carbone souterrain, mais aussi via la restauration des terres dégradées notamment grâce à certaines pratiques agricoles, qui permettent de piéger davantage de carbone sous la terre, voici comment.
Le sol est l’une des ressources pilier rendant à l’homme une multitude de services écosystémiques, divisés en quatre grandes catégories : support, approvisionnement, régulation et culturel. Fourni par l’auteur
Des plantes pour protéger les sols du tassement et de l’érosion Il faut prendre soin de nos sols. Fourni par l’auteur
La vie secrète des sols français
Les sols représentent une des ressources indispensables pour l’homme à l’échelle de la planète. Sans les sols, aucune source de matières premières (comme les matériaux, les aliments, les fibres ou les combustibles), ni support de construction pour les infrastructures. Sans les sols, pas de purification de l’eau, pas de réduction des contaminants présents dans l’environnement, pas de régulation du climat et des crues.
Sans les sols, pas de recyclage des éléments nutritifs qui permettent le bon fonctionnement des écosystèmes ni de séquestration du carbone. Enfin, sans les sols, une multitude d’organismes n’existeraient pas, ceux-là même qui sont à l’origine de notre survie et du bon fonctionnement de la planète.
Voilà tout l’intérêt de faire l’autruche (à bon escient pour une fois) et de mettre la tête dans le sol, pour voir de plus près ce qu’il s’y passe. C’est ce que se sont engagés à faire un ensemble de chercheurs français au travers du Groupement d’intérêt scientifique sol, créé en 2001.
Stocker le carbone dans les sols pour limiter les impacts du changement climatique
Outre le réchauffement climatique global de la Terre, les aléas climatiques extrêmes, comme les canicules, sécheresses, crues ou moussons exceptionnelles, sont de plus en plus fréquents. Ils peuvent affecter les rendements agricoles et donc la sécurité alimentaire.
Le nombre de jours de sécheresse devrait augmenter jusqu’à près de 70 jours par an à la fin du siècle, contre une vingtaine de jours par an actuellement, d’après un rapport de 2020 des ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture et de l’Alimentation.
Pour faire diminuer le taux de CO2 atmosphérique et limiter les impacts du changement climatique, plusieurs approches sont envisagées et notamment des solutions appelées « technologies à émissions négatives », qui incluent le stockage de carbone dans les sols.
Les plantes cultivées absorbent et stockent le carbone plus ou moins longtemps selon les variétés. Ici, une parcelle expérimentale de culture de mil dans une station de recherche au Sénégal. Laurent Laplaze, IRD, Fourni par l’auteur
Qui n’a jamais agrémenté un message d’une petite fleur ou d’un singe moqueur ? Les emojis font désormais partie de notre quotidien mais que disent-ils de notre rapport au vivant ? C’est la question que nous avons voulu poser à l’académicienne des sciences Tatiana Giraud, chercheuse en biologie évolutive et autrice de La Biodiversité en Infographies, aux Éditions Tana.
Les 133 émojis représentent-ils fidèlement la biodiversité ?
The Conversation : Si l’on regarde les 133 émojis disponibles pour représenter les animaux, les plantes, les champignons et les microorganismes sur Emojipedia, peut-on dire qu’ils représentent fidèlement la biodiversité ?
Tatiana Giraud : Non ! On observe en fait dans les émojis les mêmes biais que dans l’imaginaire collectif. C’est une représentation dominée par les vertébrés, et même surtout les mammifères et les oiseaux. Dans les émojis qui existent, on voit également une sur-représentation des animaux domestiqués, comme les chiens, les chats, les poules. Il y a aussi quelques espèces éteintes comme le dodo, plusieurs dinosaures également, et il y a même des espèces imaginaires comme la licorne ou le dragon. C’est d’ailleurs assez amusant, il y a des espèces imaginaires mais il manque plein d’espèces réelles.
Qu’est-ce qui manque pour représenter fidèlement la biodiversité ?
Les emojis disponibles pour représenter les « petites bêtes », ou « bugs » en anglais. Capture d’écran Emojipedia
T. G. : Si l’on voulait que les émojis représentent plus fidèlement la biodiversité, il faudrait qu’il y ait plus d’insectes. Car sur les 2,15 millions d’espèces de plantes, d’animaux et de microorganismes que l’on connaît aujourd’hui, 49 % sont des insectes.
Si l’on regarde maintenant le poids du vivant, il faudrait beaucoup plus de plantes. Car si l’on s’intéresse à la biomasse, c’est-à-dire à combien pèsent les organismes sur terre, ce sont les plantes qui gagnent haut la main : elles représentent 80 % de la biomasse des êtres vivants.
Si l’on regarde enfin les branches dans l’arbre généalogique de la vie sur notre planète, il faut avoir en tête qu’il y a beaucoup plus de lignées de microorganismes que d’animaux ou de plantes.
Les microorganismes sont de nature extrêmement variée, on y trouve deux grands groupes de bactéries très différentes, et aussi des microorganismes eucaryotes, dont les champignons mais aussi plein d’autres lignées mal connues…
Concernant les champignons, on constate que les deux seuls émojis qui leur sont dédiés représentent des carpophores, c’est-à-dire, la partie aérienne des champignons, soit ce que l’on mange généralement chez les champignons comestibles, qui correspond à leur fructification, l’organe qui produit leurs spores sexuées.
Mais la plupart des champignons vivent surtout sous forme de filaments dans le sol, ou sont des moisissures sur des plantes ou des fruits. C’est sans doute plus difficile à représenter en émojis. Pourtant, cela ne veut pas dire que les champignons se cantonnent à la sphère de l’infiniment petit. Le plus grand organisme vivant sur terre jamais mesuré est un champignon, Armillaria solidipes, identifié dans l’Oregon aux États-Unis, dont le mycélium, soit un ensemble de filaments très fins, s’étend sur presque 10 km2. Son poids est estimé à 35 000 tonnes et il serait âgé de 8650 ans.
Les champignons, peu présents dans nos imaginaires
Les champignons, c’est justement votre grand domaine de recherche. Est-ce difficile de travailler sur un pan de la biodiversité qui est peu présent dans nos imaginaires ?
T.G. : Oui, à plusieurs niveaux ! Pour attirer des étudiants d’abord. C’est plus difficile quand on leur parle de moisissures ou de champignons que quand on leur dit qu’ils vont travailler sur des tortues, des baleines ou des tigres.
C’est aussi compliqué pour publier des études scientifiques. On doit davantage justifier l’intérêt quand on traite de champignons que quand on travaille sur l’humain ou sur les vertébrés. On note un biais d’intérêt même au sein de la communauté scientifique. Quand on travaille par exemple sur la formation des espèces, on va avoir tendance à citer des exemples de ce phénomène chez les animaux ou les plantes. Mais quand on essaie d’expliquer comment les espèces se forment chez les champignons, cela intéresse tout de suite beaucoup moins de monde.
Pour la première fois, la biodiversité traitée sous l’angle de l’infographie. Par Tatiana Giraud, biologiste de l’évolution, directrice de recherche au CNRS et membre de l’Académie des Sciences.
« La biodiversité est en danger ». On entend ce cri d’alarme de plus en plus fréquemment. Mais sait-on réellement à quel point la biodiversité est menacée ? S’agit-il d’un déclin ou d’un effondrement ? Quelles conséquences la disparition du vivant aura-t-elle sur nos vies ? Que pouvons-nous faire, collectivement et individuellement ?
En infographies à la fois simples et précises, la scientifique Tatiana Giraud, l’infographiste Hervé Bouilly et la directrice artistique Catherine Huguet proposent un état des connaissances scientifiques actuelles sur la biodiversité, qui les met à la portée de tous. Un livre qui fournit toutes les clefs pour comprendre ce qu’est la biodiversité, les menaces qui pèsent sur elle et notre dépendance à son égard. En effet, il est indispensable de saisir la nature et les enjeux de la biodiversité, dont on a généralement une compréhension très incomplète, afin d’agir efficacement pour la préserver et la régénérer.
Stratégies de recherche sur les chromosomes des champignons
Quelles stratégies avez-vous du coup mises en place pour faire valoir l’intérêt et l’importance de vos objets de recherche ?
T.G. : Parfois, on insiste sur le fait que les champignons peuvent être de bons modèles pour répondre à des grandes questions qui sont complexes à élucider si l’on se concentre uniquement sur les animaux et les végétaux. Je travaille par exemple sur l’évolution des chromosomes sexuels, afin d’essayer de comprendre pourquoi certains perdent leurs gènes.
Chez les mammifères, et notamment les humains, les chromosomes X et Y sont deux chromosomes sexuels : en général, XX donne un développement femelle et XY un développement mâle. Le chromosome X et Y échangent très peu de morceaux d’ADN entre eux, sauf dans de petites zones à leurs extrémités. Or, les échanges d’ADN aident normalement à réparer les erreurs introduites par mutations sur les chromosomes. Le chromosome Y ne recombine jamais et il manque ainsi ce mécanisme de réparation, ce qui lui a fait perdre progressivement la plupart de ses gènes, et l’a fait rétrécir.
C’est pour cela qu’il est devenu beaucoup plus petit que le X et qu’on dit qu’il s’est « dégénéré ». C’est une réalité qui interpelle : pourquoi est-ce que cela a évolué comme cela ? Le chromosome Y va-t-il disparaître ?
C’est difficile de répondre à cette question si on étudie seulement les mammifères, ils ont déjà tous des vieux chromosomes et ils ont tous les mêmes. Donc si on veut comprendre comment ça a évolué au départ, il faut étudier des situations où ces chromosomes sont encore jeunes. Or, justement, on a montré que chez certains champignons ces chromosomes évoluaient de façons répétées, et pourtant il n’y a même pas de sexes différents : on n’a pas des femelles et des mâles chez les champignons.
C’est très étonnant, car on a longtemps pensé que les chromosomes sexuels devenaient aussi différents parce qu’ils déterminent les sexes mâles et femelles, et qu’il y avait plein de différences entre les mâles et femelles. L’hypothèse était donc qu’il fallait bien arrêter les échanges réguliers de matériel génétique entre le X et le Y pour faire tous ces caractères différents entre mâles et femelles. Mais en fait, on observe exactement la même chose chez les champignons alors qu’il n’y a pas de sexes différents. Ça montre donc bien qu’il y autre chose qui pousse ces chromosomes sexuels à stopper les échanges génétiques. Mais si on étudiait uniquement les mammifères, on ne pourrait pas savoir cela.
Évolution des chromosomes sexuels
Comment expliquer l’évolution des chromosomes sexuels ?
Une autre façon, sinon, d’intéresser les gens aux champignons, c’est d’étudier ceux que les gens aiment bien, par exemple les moisissures qui affinent le camembert ou le roquefort pour essayer de comprendre comment on les a fait évoluer pour faire du bon fromage.
Domestication des champignons du fromage
Domestication des champignons du fromage et leur perte de diversité.
Les champignons liés aux maladies émergentes peuvent également susciter l’intérêt. C’est le cas des Cordyceps sur lesquels j’ai pu travailler et qui ont été médiatisés avec le succès de la série The Last of us. Les Cordyceps sont des champignons qui peuvent infecter plusieurs insectes, des fourmis et des chenilles notamment. En les infectant, ils vont changer le comportement de ces insectes en prenant le contrôle de leur cerveau. Mais il reste pour l’instant très improbable d’imaginer que les Cordyceps puissent infecter l’humain, comme cela se passe dans cette série américaine !
Faut-il craindre les champignons cordyceps ?
The Last of US : faut-il craindre les champignons cordyceps ?
Un intérêt de la recherche sur les oiseaux plus que sur les insectes ?
Dans la recherche, certains animaux sont privilégiés par rapport à d’autres. Les oiseaux par exemple, semblent avoir bien plus de succès que les insectes. Si l’on regarde par exemple sur Google Scholar, le moteur de recherches d’articles scientifiques, on constate que, quand on tape birds, on nous propose 7,9 millions publications scientifiques. Quand on tape insects, il n’y en a que 5,8. Comment expliquer que la recherche néglige potentiellement certaines catégories de la biodiversité ?
T. G. : Les oiseaux ont toujours été l’objet de beaucoup d’intérêts, et le plaisir intrinsèque qu’il y a à les regarder n’est sans doute pas étranger aux intérêts scientifiques qu’ils suscitent.
Cet intérêt peut ensuite s’auto-entretenir. Car plus il y a un corpus de données présentes, plus on peut poser de questions poussées. Pour les oiseaux on va avoir des phylogénies complètes permettant de reconstituer l’évolution des organismes vivants. C’est la clef pour répondre à beaucoup de questions. Chez les champignons au contraire, il nous manque plein d’informations pour reconstituer l’évolution des espèces. Mais c’est aussi ce qui me passionne chez les champignons : il y a de ce fait énormément de choses à découvrir, car c’est un champ inexploré, mais c’est sans doute un peu plus risqué.
C’est cela qui vous a amené à travailler sur les champignons ?
T. G. : À l’origine, c’est plutôt le hasard, je cherchais un sujet de thèse, et l’INRAE en avait publié un sur la pourriture grise de la vigne, causée par le champignon Botrytis cinerea. J’ai donc candidaté et j’ai vite trouvé ça passionnant, car il y avait énormément de choses à défricher pour comprendre l’évolution des champignons pathogènes de plantes, notamment comment il coévoluent avec leurs plantes hôtes.
Les champignons évoluent en effet généralement très vite, car ils produisent des milliards de spores, et donc un grand nombre de mutations différentes chaque génération, et ils peuvent avoir plusieurs générations par an. On observe d’ailleurs que les champignons pathogènes de cultures contournent en général très rapidement les gènes de résistance qu’on introduit dans nos plantes cultivées, en un ou deux ans ils évoluent de nouvelles virulences.
Un autre aspect intéressant des champignons est qu’ils sont très importants écologiquement, ils sont un peu les éboueurs de la nature : ils décomposent la matière organique morte, ce qui permet aux nutriments de retourner dans le sol et d’être à nouveau disponibles pour la croissance des plantes ou des micro-organismes. Les champignons sont aussi assez pratiques à étudier, car ils ont en général de tout petits génomes, qu’on peut donc séquencer assez facilement. On peut aussi les garder vivants à -80 °C pendant des années. C’est d’ailleurs un autre aspect fascinant des champignons : ils ne vieillissent pas, et trente ans plus tard, ils n’ont pas fini de me passionner !
Biodiversité, c’est plus que la diversité des espèces ?
Les emojis présentent surtout la diversité des espèces, mais la biodiversité, est-ce que ce n’est que cela ? Est-ce qu’il ne faut regarder que le nombre d’espèces pour l’évaluer ?
T. G. : Non, il y a aussi la diversité génétique au sein d’une même espèce. C’est capital, car c’est cela qui permet l’adaptation à de nouveaux environnements ou des conditions changeantes. En effet, l’adaptation se produit par sélection naturelle, qui trie parmi la diversité génétique existante. On connaît bien par exemple la diversité à l’intérieur de l’espèce humaine, avec des variations pour la couleur de la peau, qui est une adaptation à la quantité d’UV à des latitudes données : aux tropiques, trop d’UV induisent des mutations qui peuvent causer des maladies, et la mélanine de la peau protège les humains contre ces UV.
Au contraire, aux hautes latitudes, trop peu d’UV limite notre synthèse de vitamine D, et il vaut mieux ne pas en avoir trop de mélanine dans la peau ; d’autres populations humaines sont adaptées à vivre aux hautes altitude avec peu d’oxygènes, ou à nager en apnée pendant 20 minutes pour pêcher. Dans les émojis on voit que cette diversité génétique n’est présente que chez les chiens ou chez d’autres animaux domestiqués.
Combien y a‑t‑il d’espèces sur la planète ? La réponse n’est pas si simple
Pour prendre la mesure de la diversité du vivant, mais aussi de la perte de biodiversité, connaître le nombre d’espèces qu’il y a sur notre planète semble crucial. Mais répondre à cette question est bien plus compliqué qu’il n’y paraît.
Plus de 2 millions d’espèces vivantes ont été recensées depuis le XVIe siècle. SarahVan/Shutterstock
Près d’un tiers des champignons recensés sont menacés d’extinction
La diversité est reine dans le règne des champignons. Wikimedia, CC BY
Combien de champignons sont menacés d’extinction ? Pour répondre à cette question il faut vite en poser plusieurs autres : combien y a-t-il d’espèces de champignons en tout ? Qu’est-ce qu’un champignon, au juste ?Et de découvrir, au passage, le monde aussi mystérieux que fascinant de ce règne ni végétal ni animal.
Quelques-uns des champignons présents en France, considérés comme en danger par la liste rouge des espèces menacées. De gauche à droite : bolet rubis (Chalciporus rubinus), lactaire des saules réticulés (Lactarius salicis-reticulatae), bolet des sables (Gyroporus ammophilus), bolet de plomb (Imperator torosus), tricholome brûlant (Tricholoma aestuans), bolet rose pastel (Rubroboletus pulchrotinctus). Wikicommons, CC BY
Souffrez‑vous de cécité botanique ?
L’oyat, par exemple, n’est guère plus qu’une herbe qui passe inaperçue sur le chemin du parking à la plage. Pourtant, elle joue un rôle essentiel dans la stabilisation des dunes.
C’est un mal dont nous sommes nombreux à être victimes : l’incapacité de voir les plantes qui nous entourent. S’il est difficile encore de savoir ce qui relève de l’inné et de l’acquis, une chose est en tout cas certaine : cela a de multiples répercussions.
Biches et cerf au repos (1867), de Rosa Bonheur/Le Déjeuner sur l’herbe (1863), d’Édouard Manet/Un cerf (1893), de Rosa Bonheur/Le Rêve (1910), d’Henri Rousseau. Detroit Institute of Arts, Musée d’Orsay, National Gallery of Ireland, MOMA, CC BY
Des outils open source qui permettent aux petites communes de modéliser leurs flux de déplacements, une cartographie collaborative des refuges climatiques pour s’adapter aux fortes chaleurs ou un algorithme d’analyse de la couverture médiatique de l’écologie … les communs sont fondés sur une logique d’innovation ouverte et s’imposent peu à peu comme une manière d’organiser la coopération entre acteurs pour faire avancer la transition écologique. Interopérables, ouverts, réplicables et capables de fédérer des communautés diverses, ils dessinent une autre manière de produire et de partager des solutions. Un décryptage d’Héloïse Calvier, chargée d’accompagnement à l’innovation, pour ADEME Infos
Les communs, un cadre d’action adapté aux défis écologiques
Commun : une ressource partagée, matérielle ou immatérielle, développée sous licence ouverte et portée par une communauté
Héloïse Calvier, chargée d’accompagnement à l’innovation à l’ADEME
Qu’il s’agisse d’un logiciel, d’une base de données ou d’un outil pédagogique, un « commun » répond à une définition encadrée. « Il s’agit d’une ressource partagée, matérielle ou immatérielle, développée sous licence ouverte et portée par une communauté » explique Héloïse Calvier, chargée d’accompagnement à l’innovation à l’ADEME.
Ressource ouverte, communauté d’usage et gouvernance partagée : ces trois piliers sont indispensables pour qu’un commun soit librement réutilisable, améliorable et pérenne. Ce mode d’organisation qui promeut la coopération plutôt que la concurrence entre acteurs répond particulièrement bien à la complexité des enjeux écologiques actuels. La transition écologique ne peut pas se traiter en silos : elle nécessite des synergies entre collectivités, associations, citoyens, chercheurs, entreprises. « Les communs offrent pour cela une grammaire commune » souligne Héloïse Calvier. C’est-à-dire un terrain d’entente technique, juridique et humain.
Une culture du partage avec des résultats opérationnels
Diagnostic mobilité : Vers une mobilité durable, en commun Accompagner les territoires dans la construction d’une mobilité durable : ↪ une mobilité décarbonée ↪ pour toutes et tous ↪ qui utilise au mieux les investissements publics -> Accéder à l’outil de diagnostic
Des exemples emblématiques montrent déjà comment cette culture du partage se traduit en actes. Ainsi, le Diagnostic Mobilité est un outil open source qui permet aux communes rurales de visualiser les flux de déplacement sur leur territoire. Cet outil compte aujourd’hui plus de 1 000 utilisateurs par mois aux profils variés : collectivités et institutions, bureaux d’étude et conseil, associations et initiatives citoyennes.
Observatoire des Médias sur l’Écologie : Comment les médias traditionnels couvrent les enjeux environnementaux ? Décryptage en temps réel du traitement médiatique des enjeux environnementaux. Analyses quantitatives et qualitatives, indicateurs clairs, tendances clés : tout pour comprendre la place de l’écologie dans l’information. Un outil indépendant pour éclairer le débat public.
Autre exemple de commun : l’Observatoire des médias sur l’écologie, qui analyse les données issues de l’audiovisuel pour mesurer et rendre publique la place donnée aux sujets écologiques dans les médias. Il repose sur une ressource ouverte, avec un algorithme d’analyse disponible en open source et une méthodologie documentée publiquement. Un mois après son lancement, la plateforme avait déjà accueilli 4 000 visiteurs. Ces communs ont été développés avec le soutien technique et financier de l’ADEME dans le cadre de son Appel à communs.
Les lauréats des Appels à Communs de l’ADEME
L’ADEME a été la première à concevoir et lancer ce dispositif d’Appel à communs inédit dans son format et en est aujourd’hui à la troisième édition. Des éditions menées dans une logique partenariale avec des acteurs tels que l’IGN, la Fondation Macif et France Tiers Lieux. Plus de 70 communs ont ainsi déjà été accompagnés sur des thématiques aussi diverses que la mobilité, l’alimentation, l’aménagement urbain ou encore l’économie circulaire. Et tous partagent un même constat : les communs permettent de réduire les coûts, d’accélérer l’innovation et de renforcer l’intelligence collective.
Les communs réduisent tout d’abord les coûts en évitant de repartir à zéro sur des ressources similaires. Le Diagnostic Mobilité l’illustre parfaitement : en mutualisant les données et les codes sources, les petites collectivités peuvent accéder à des services de modélisation auparavant réservés à des métropoles. Cette ouverture démocratise l’accès à la donnée, tout en optimisant les fonds publics. Un autre commun en cours de développement va dans le même sens : la création d’un langage numérique commun entre plateformes de vente en ligne en circuit court. Ce futur standard partagé permettra d’interconnecter les circuits courts et d’éviter que des camions à moitié vides parcourent les mêmes routes. Mutualiser la logistique, c’est à la fois économiser du carburant et réduire les émissions de CO2, tout en soutenant les producteurs.
Le Réseau Mixte Technologique Alimentation locale, financé par le Ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, est un réseau d’experts de l’alimentation locale issus de la recherche, du développement et de la formation.
Ensuite, les communs stimulent l’innovation ouverte. L’Observatoire des médias sur l’écologie montre comment une ressource libre contribue à enrichir tout un écosystème : son algorithme sous licence ouverte a été repris en Belgique pour créer un observatoire similaire. D’autres projets, en partageant leurs briques de développement, permettent à de nouveaux acteurs de co-développer des services complémentaires et ceci dès la phase de conception.
En créant un socle technique partagé, les communs permettent d’innover plus rapidement
Héloïse Calvier, chargée d’accompagnement à l’innovation à l’ADEME
Enfin, les communs peuvent contribuer à accroître la sensibilisation et la participation citoyenne sur les enjeux de la transition écologique. En s’appuyant sur un terrain comme la Métropole de Toulouse, une cartographie des refuges climatiques a été conçue avec les habitants pour recenser les espaces de fraîcheur (parcs, lieux publics, zones ombragées…) accessibles en période de canicule. « Cette carte collaborative est à la fois un outil de sensibilisation et d’aide à la décision pour la collectivité » souligne Héloïse Calvier.
Développée par un consortium pluridisciplinaire qui réunit expertise technique sur le rafraîchissement urbain, acteurs académiques et décideurs (TRIBU, une coopérative et bureau d’études spécialisé dans la conception écoresponsable et l’urbanisme durable, en partenariat avec les laboratoires de recherche LISST et LMDC de Toulouse ainsi que Toulouse Métropole), cette plateforme open source (lauréate de l’Appel à Communs 2024) a été lancée à l’été 2025 sur l’ensemble de la métropole toulousaine et a vocation à être déployée sur d’autres territoires.
Par ailleurs, La rue commune (lauréat de l’Appel à Communs 2021) propose une approche méthodologique nouvelle de l’aménagement qui invite les habitants à repenser l’espace public par un meilleur partage de la rue : moins de voitures, davantage d’espaces végétalisés, plus de place aux piétons. Porté par le groupement Richez Associés (urbanisme/architecture), Franck Boutté Consultants (ingénierie environnementale) et Leonard (innovation VINCI), cette approche est présentée dans un guide qui propose une démarche complète pour transformer les « rues ordinaires » en « rues post-carbone et post-covid ». S’appuyant sur la transformation de la rue et de ses usages, le commun met à disposition des collectivités des outils de diagnostic et de mise en œuvre pour accélérer la transformation des rues métropolitaines du XXIe siècle pour répondre aux enjeux d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. La démarche inclut une approche de concertation pour fédérer les acteurs locaux autour d’un projet commun de transformation, intégrant les besoins spécifiques de chaque territoire.
Parfois même, les communs favorisent des alliances inédites. Le projet de logement social paysan rassemble bailleurs sociaux et acteurs agricoles pour réhabiliter d’anciens corps de ferme et loger de jeunes agriculteurs non issus du milieu. Ces croisements de mondes auparavant éloignés font naître de nouveaux modèles économiques et sociaux autour du partage des ressources.
Le monde agricole souffre d’un malaise social profond. Il n’est pas étonnant que la relève peine à consentir aux sacrifices que le métier suppose. Il devient urgent de dessiner des réponses concrètes, inspirantes pour améliorer les conditions de vie de ceux qui nous nourrissent. L’action en faveur du logement social paysan s’inscrit dans la lignée des projets de sécurité sociale alimentaire et de soutien à une agriculture paysanne partout en France.
Avec Les Biens en Commun, une start-up lyonnaise propose une alternative : emprunter des objets du quotidien plutôt que de les acheter. Perceuses, vidéoprojecteurs, shampouineuses … Des dizaines d’équipements à louer près de chez soi, à partir de 7€, grâce à un réseau qui s’étend dans toute la France.
Derrière cette idée simple se cache un service pratique, économique et surtout écologique. Avec un modèle qui séduit déjà des milliers de Français, ce système pourrait bien devenir un incontournable dans l’avenir proche.
Ce changement de paradigme pose toutefois des verrous à lever. « Certains porteurs de communs peinent encore à adopter une logique non-propriétaire » remarque Héloïse Calvier. D’autres, souvent portés par de petites structures travaillant sur l’innovation, se heurtent à la difficulté de répondre aux exigences administratives liées à l’octroi des subventions publiques. Par ailleurs, le développement d’une communauté active, condition essentielle d’un commun vivant et pérenne, demande du temps et un véritable savoir-faire.
Un commun sans communauté n’est qu’un projet open source isolé. Son appropriation collective est la clé de sa longévité.
Héloïse Calvier, chargée d’accompagnement à l’innovation à l’ADEME
Face à ces défis, l’ADEME met à disposition des lauréats de l’Appel à communs un accompagnement complet : modèles d’affaires, gouvernance, licences ouvertes, gestion de la documentation … C’est une logique partenariale élargie qui est à l’œuvre ici. Une équipe d’experts, dédiée et spécialisée dans les communs, aide les lauréats à structurer leurs initiatives. Pour favoriser la montée en compétences plus large des acteurs, une formation « Les communs au service de la transition écologique » proposée par l’ADEME est désormais accessible en e-learning pour diffuser cette culture de la coopération.
L’enjeu d’avenir consiste à relier ces initiatives entre elles
L’enjeu d’avenir consiste à relier ces initiatives entre elles. Pour Héloïse Calvier, « les communs forment progressivement un maillage de solutions qui, interconnectées, deviennent une véritable infrastructure pour la transition écologique ». Autrement dit, au lieu d’empiler des ressources isolées, il s’agit de construire les liens entre elles et d’améliorer la lisibilité de leur offre de valeur : rendre visible l’écosystème, faciliter la circulation des données, encourager la réutilisation, favoriser leur application dans les territoires. L’ADEME prépare la quatrième édition de l’Appel à Communs. En filigrane, une ambition plus large se dessine : faire des communs un levier de souveraineté numérique et d’efficacité de l’action publique. Mutualiser les connaissances, ouvrir les codes, documenter les méthodes sont autant de pratiques qui contribuent à accélérer la transition écologique et redessinent une manière d’interagir plus ouverte et collaborative.
Ce qu’il faut retenir des Appels à Communs (AAC) de l’ADEME
Favoriser la coopération pour accélérer l’innovation au service de la transition écologique
Les AAC cherchent à favoriser la coopération pour accélérer l’innovation au service de la transition écologique. Tout acteur (collectivité, entreprise, association…) peut proposer un projet de commun. Chaque édition cible des défis thématiques pour répondre aux enjeux de la transition écologique : alimentation et forêt, mobilité et logistique, écoconception numérique, bâtiment et aménagement urbain, recyclage matière… L’originalité du dispositif permet aux candidats de créer des synergies et coopérer avant dépôt de leur projet de commun, en le documentant publiquement sur une plateforme collaborative.
Depuis 2021, près de 300 candidatures ont été déposées. 70 lauréats ont été accompagnés pour un montant total d’aide de l’ADEME de 4,3 millions d’euros. Ces communs sont de nature très variée (logiciels, cartographies, plateformes, guides…) et illustrent leur capacité à mutualiser les moyens, éviter la duplication des ressources, et assurer l’efficacité de l’investissement public. Grâce à l’Appel à communs l’ADEME participe à l’acculturation aux communs et à leur déploiement en faveur de la transition écologique.
Ecosia, le moteur de recherche écologique qui consacre 100% des ses bénéfices à l’action climatique franchit le cap des 250 millions d’arbres plantés. Christian Kroll, son fondateur et PDG, engage son entreprise, certifiée BCorp depuis 2014, pour un numérique au service du climat. Il a accepté de répondre aux questions essentielles Cdurable.
250 millions d’arbres plantés au 13 Avril 2026 grâce à Ecosia
Ecosia franchit le cap des 250 millions d’arbres pour un numérique au service du climat
Le moteur de recherche européen Ecosia a franchit le 13 Avril 2026 une étape symbolique majeure : la plantation de son 250 millionième arbre dans le monde. Un cap atteint grâce à un modèle unique, qui finance des projets de reforestation via les revenus générés par les recherches en ligne.
un modèle unique, qui finance des projets de reforestation via les revenus générés par les recherches en ligne
Kai Wegner in the Naturkundemuseum – Photo crédit Shane McMillan
En amont de ce moment clé, Ecosia a réuni à Berlin, au Museum für Naturkunde, des représentants du monde politique, scientifique et économique pour échanger autour d’un enjeu central : le lien entre action climatique, innovation technologique et souveraineté numérique en Europe. Parmi les intervenants figuraient notamment Christian Kroll, fondateur d’Ecosia, le maire-gouverneur de Berlin Kai Wegener, ainsi que l’économiste Maja Göpel. Les discussions ont mis en lumière la nécessité de repenser les modèles numériques pour qu’ils contribuent activement à l’intérêt général.
Repenser les modèles numériques pour qu’ils contribuent activement à l’intérêt général
Le 17 avril, une plantation symbolique a eu lieu devant le Reichstag, en présence du ministre fédéral de l’Environnement, illustrant l’impact concret d’un numérique pensé au service du vivant.
Au-delà de la performance environnementale, Ecosia défend un modèle alternatif dans le secteur technologique : 100 % de ses bénéfices sont consacrés à l’action climatique, et l’entreprise s’engage dans la construction d’une infrastructure numérique européenne plus souveraine et respectueuse des données.
100 % des bénéfices d’Ecosia sont consacrés à l’action climatique
Alors que les enjeux climatiques et de souveraineté numérique s’imposent au cœur du débat public, ce cap des 250 millions d’arbres illustre la capacité de nouveaux modèles à concilier innovation, impact et intérêt général.
Christian Kroll, fondateur et PDG d’Ecosia
Christian Kroll est le fondateur et PDG d’Ecosia, un moteur de recherche écologique qui consacre 100% des ses bénéfices à l’action climatique. L’idée d’Ecosia lui est venue lors de voyages au Népal et en Amérique du Sud, où il a été directement confronté aux ravages des inégalités sociales et de la déforestation massive. Il a notamment été frappé de parcourir des kilomètres d’immenses plantations de soja, là où s’étendaient autrefois des forêts tropicales. De retour à Berlin, il décide alors de créer une entreprise éthique dédiée à la reforestation, convaincu que les arbres peuvent agir à la fois contre la crise climatique et les inégalités sociales.
Depuis, Ecosia s’est imposée comme un acteur majeur de la reforestation à l’échelle mondiale, avec 250 millions (le 13 avril!) d’arbres plantés dans des zones clés pour la biodiversité, réparties dans plus de 35 pays. Avec plus de 20 millions d’utilisateurs, c’est aussi l’un des plus grands mouvements environnementaux au monde et l’une des entreprises technologiques à la croissance la plus rapide en Europe.
Christian Kroll se positionne également comme un critique engagé du capitalisme dérégulé et plaide pour une transformation de notre modèle économique. Il estime que la richesse ne constitue pas une fin en soi et que la surconsommation n’a pas sa place dans un monde confronté à l’urgence climatique. En 2014, Ecosia devient la première entreprise allemande certifiée B Corporation. En 2018, Christian Kroll renonce définitivement à son droit de vendre l’entreprise ou d’en percevoir des dividendes. Plus récemment, il a contribué à lancer World Fund, le plus grand fonds européen de capital-risque dédié aux technologies climatiques, créé en 2021.
Questions Cdurable à Christian Kroll
Questions Cdurable ! ou c’est pas durable ?
Au delà des communiqués, qui ne présentent souvent que le « meilleur », et du développement durable, qui ne fait que tenter de réduire les impacts négatifs d‘une croissance volumique, nous nous intéressons aujourd’hui, 21 ans après la création de Cdurable.info, aux questions essentielles. Alors Cdurable ou pas ? 9 questions qui nous invitent à Comprendre pourquoi Agir & Coopérer avec le vivant, Cdurable !
1 – Quelle est la nature de ma relation avec le vivant ?
j’ai vu de mes propres yeux les ravages du changement climatique et de la déforestation
Avant de créer Ecosia, je suis parti voyager et j’ai vu de mes propres yeux les ravages du changement climatique, en particulier la déforestation. Les émotions que cela a suscitées en moi m’ont conduit à fonder une entreprise capable d’avoir un impact positif.
Au départ, nous nous sommes concentrés sur la reforestation parce que j’avais compris à quel point les arbres jouent un rôle essentiel : ils séquestrent le carbone, luttent contre la faim, la pauvreté et les phénomènes météorologiques extrêmes, tout en restaurant la biodiversité.
La mission d’Ecosia s’est ensuite élargie et nous avons désormais investi plus de 100 millions d’euros dans l’action climatique, non seulement dansla reforestationmais aussi dans d’autres initiatives écologiques comme les énergies renouvelables et les startups climatiques. Mais les arbres restent extrêmement précieux à mes yeux. Parmi les moments les plus marquants de ma vie figurent les visites de nos projets de plantation, les rencontres avec les communautés locales et l’observation de la faune et des écosystèmes que nos forêts contribuent à soutenir.
100 millions d’euros investis dans l’action climatique
2 – Quels sont mes besoins et choix d’alimentation ?
Ne pas manger de viande est l’un des choix écologiques les plus impactants que les individus puissent faire
Je pense que ne pas manger de viande est l’un des choix écologiques les plus impactants que les individus puissent faire (avec le passage à Ecosia !). J’ai choisi d’être végétarien et, à notre siège à Berlin, les déjeuners au bureau sont entièrement végans. Plusieurs des projets agroforestiers d’Ecosia soutiennent la production d’une alimentation nutritive, tout en séquestrant du carbone, en améliorant la qualité des sols, en empêchant l’érosion et en régulant les cycles de l’eau.
3 – Quel est mon type d’habitat actuel et idéal ?
Je crois à une vie simple. Je n’ai pas besoin d’une grande maison ni d’une voiture luxueuse : je loue un appartement à Berlin et je me déplace à vélo et en train.
4 – Quelle activité physique favorise mon bien-être et ma santé ?
Berlin est une ville très adaptée au vélo, donc je vais partout à bicyclette, et je joue aussi au basket-ball.
c’est pendant mes voyages que j’ai pris conscience de l’ampleur des destructions environnementales et me suis tourné vers l’entrepreneuriat social
Mes études de commerce « formelles » m’ont ouvert une fenêtre sur Internet et l’investissement, mais c’est surtout pendant mes voyages, lorsque j’ai pris conscience de l’ampleur des destructions environnementales, que je me suis tourné vers l’entrepreneuriat social. J’ai alors eu l’idée de créer une entreprise technologique à la fois très rentable et évolutive, puis de la mettre au service d’une cause utile.
Au fil du développement d’Ecosia, j’ai énormément appris, notamment comment bâtir une entreprise qui existe pour ses parties prenantes plutôt que pour ses actionnaires – une idée radicale dans le monde de la tech ! J’ai aussi compris que de petites entreprises peuvent avoir une voix puissante et que les actions individuelles peuvent, mises bout à bout, produire un impact immense.
une entreprise qui existe pour ses parties prenantes plutôt que pour ses actionnaires
6 – Quel est le sens que je donne à mon travail ?
Mon travail est en parfaite adéquation avec mes valeurs personnelles
J’ai énormément de chance que mon travail soit en parfaite adéquation avec mes valeurs personnelles. C’est un privilège qui me motive énormément. Je ne suis pas intéressé par l’argent (j’ai transformé Ecosia en entreprise détenue par une fondation, ce qui signifie que j’ai officiellement renoncé à mon droit de vendre ou de tirer un profit personnel d’Ecosia). Je vis simplement et je consacre mon énergie à faire en sorte que Ecosia puisse continuer à consacrer 100 % de ses bénéfices au service de la planète.
Je ne suis pas intéressé par l’argent Je vis simplement et consacre mon énergie à Ecosia pour que ses bénéfices soient au service de la planète
7 – Quelle énergie j’utilise pour mes usages et besoins ?
J’utilise chez moi un fournisseur d’énergie verte et je ne possède pas de voiture
J’utilise chez moi un fournisseur d’énergie verte et je ne possède pas de voiture. Nous avons également fait des énergies renouvelables une priorité pour Ecosia : nous avons construit suffisamment de centrales solaires pour produire plus du double de l’énergie renouvelable consommée par notre moteur de recherche, contribuant ainsi activement à remplacer les énergies polluantes du réseau électrique. Notre siège berlinois est lui aussi alimenté par un fournisseur local d’énergie 100 % renouvelable, et nos bureaux utilisent des éclairages économes en énergie ainsi que des thermostats intelligents pour réduire davantage la consommation.
8 – Quelle est mon implication personnelle pour l’intérêt général ?
J’essaie d’avoir une empreinte carbone minimale
J’essaie d’avoir une empreinte carbone minimale. Je ne mange pas de viande, je n’achète pas de choses dont je n’ai pas besoin et j’évite de prendre l’avion autant que possible.
9 – Quels sont mes liens de coopération et ma participation au bien commun ?
J’aime échanger avec d’autres entrepreneurs sociaux et engagés, et participer à des mouvements comme la Purpose Foundation. Je prends part à des sommets et événements où je pense pouvoir apporter de la valeur et inspirer grâce à notre histoire.
l’intérêt social et environnemental avant le profit
En tant qu’entreprise, Ecosia noue constamment des partenariats qui placent l’intérêt social et environnemental avant le profit. Nous investissons dans des initiatives auxquelles nous croyons, comme les startups de technologie climatique et World Fund, l’un des plus grands fonds européens de capital-risque dédiés à l’innovation climatique. Nous œuvrons également pour une plus grande souveraineté numérique en Europe et recherchons des entreprises partageant cette vision.
10 – Carte blanche : quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer à nos visiteurs ?
Vous avez plus de pouvoir que vous ne le pensez pour avoir un impact
Nous traversons la plus grande crise à laquelle l’humanité ait jamais été confrontée, et nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre que les gouvernements ou les grandes entreprises montrent la voie. Nous devons passer d’un système fondé sur l’extraction et la maximisation du profit à un système fondé sur la régénération.
Nous devons passer d’un système fondé sur l’extraction et la maximisation du profit à un système fondé sur la régénération
Chaque choix que vous faites dans votre vie quotidienne – du moteur de recherche que vous utilisez à l’alimentation que vous consommez et à la manière dont vous voyagez – est un vote pour le type de monde dans lequel vous souhaitez vivre. Ne vous contentez pas de suivre le mouvement : exprimez-vous, passez à l’action et commencez dès maintenant. Je suis convaincu que si chacun prend ses responsabilités dans son propre champ d’influence, nous pouvons collectivement construire un avenir meilleur et plus vert.
À la croisée de l’essai, du reportage et du manifeste, « La Force du Collectif » explore 16 manières dont les écolieux répondent à des enjeux sociétaux, allant de la préservation patrimoine au renouveau démocratique, en passant par le soin des plus jeunes comme des aînés. Cet ouvrage mêle les points de vue de chercheurs (sociologues, géographes, anthropologues…) avec ceux des personnes qui vivent ces alternatives au quotidien. Le tout, illustré d’aquarelles donnant à voir la richesse et la diversité des lieux rencontrés.
« La Force du Collectif » explore la manière dont les écolieux irriguent la société d’imaginaires mais aussi d’expérimentations concrètes au service du vivant. Ils ouvrent la voie à de nouvelles manières de vivre ensemble et apportent des réponses concrètes aux grands défis sociétaux de notre temps.
Contribuer à la campagne de pré-vente de La force du collectif, ce n’est pas juste acheter un livre. C’est soutenir un réseau de plus de 1400 écolieux en France, qui font des choix de vie parfois radicaux au service du vivre-ensemble, de la justice sociale, de la démocratie et du vivant.
Dans un monde qui valorise l’individualisme, ce livre défend une autre voie : celle du soin des relations, du partage, de la mise en commun et de l’action collective. Cette campagne est une invitation à faire partie de celles et ceux qui ne se contentent pas d’observer, mais qui s’engagent, relaient et construisent.
5 extraits du livre sur 5 thèmes
Le changement de vie,
L’enfance
Le bien vieillir
La gestion des conflits
La démocratie
Changement de vie avec Margalida Reus, co-fondatrice de l’Arche de Saint-Antoine
Qui n’a pas eu envie d’aller vers un mode de vie plus sobre et résilient, loin du confort des villes ou des maisons individuelles, en cohérence avec des prises de consciences écologiques, sociales et politiques ? Sauter le pas n’a rien d’évident. Cela implique souvent beaucoup d’aspects de notre vie, et certaines prises de risque : déménagement, démission, nouvelles relations, nouveaux projets. La peur de se retrouver isolé·es, de faire face aux incompréhensions de l’entourage ou à des formes d’instabilité économique peuvent être des freins. À tous âges, ils et elles sont pourtant de plus en plus nombreux à « bifurquer », en changeant de métier ou en s’éloignant du confort des grandes villes, d’un salaire bien rémunéré ou d’une carrière toute tracée, quitte à sacrifier parfois leur niveau de vie. Ce qui les traverse c’est la conviction que la meilleure façon d’agir, c’est de faire des choses qui nous rendent vivants, heureux, et de revenir dans l’ici et maintenant.
la meilleure façon d’agir, c’est de faire des choses qui nous rendent vivants, heureux, et de revenir dans l’ici et maintenant
La quête de sens et l’exigence de cohérence
Le besoin d’alignement et de sens qui traverse tant de récits d’habitant·es d’écolieux résonne profondément avec l’histoire de Margalida Reus, cofondatrice de l’Arche Saint-Antoine. « L’incohérence, c’est ça qui te bouffe l’âme », dit-elle. Née à Majorque sous la dictature franquiste, elle s’engage très tôt dans les luttes étudiantes, féministes et culturelles, dans un contexte où « les femmes n’avaient ni droit au divorce ni à l’avortement ».
Militante infatigable, nationaliste catalane et féministe radicale elle consacre sa jeunesse à la conquête des libertés collectives, jusqu’au jour où, à vingt-cinq ans, une image la fait vaciller. Elle se voit promise à une carrière sans saveur : « un collègue enseignant partait à la retraite avec une montre en or. Je me suis vue, moi, avec la même montre, et j’ai compris que ce n’était pas ça que je voulais vivre. » Elle quitte tout, animée par une exigence simple et radicale.
« Je cherchais une cohérence entre mes pensées et mes actes »
Margalida Reus Co-fondatrice de l’Arche de Saint-Antoine
Cette quête la conduit, en 1982, à rejoindre une communauté de l’Arche, fondée par Lanza del Vasto. Elle sourit encore du paradoxe : « Moi, la féministe athée, j’allais rejoindre une communauté fondée par un homme qu’on appelait le patriarche. » Là, elle découvre pour la première fois des personnes « qui vivaient au quotidien ce en quoi elles croyaient ». La vie communautaire agit comme une révélation intérieure : « c’était comme un oignon : j’enlevais couche après couche pour aller à l’essentiel.«
Créées en 1948 par Lanza del Vasto, disciple de Gandhi, et inspirées des ashrams indiens, les communautés de l’Arche revendiquent depuis leur origine une vie empreinte de quête de non-violence, de simplicité volontaire et d’engagement spirituel, elles ont irrigué le mouvement alternatif depuis les années 50.
Margalida y découvre pour la première fois des personnes « qui vivaient au quotidien ce en quoi elles croyaient ». L’expérience d’une vie communautaire réelle, incarnée, où le travail, le partage, la spiritualité et la sobriété ne sont plus des slogans mais un quotidien, sont pour elle une révélation. « C’était comme un oignon : j’enlevais couche après couche pour aller à l’essentiel. » Là, elle comprend que la vraie transformation est intérieure. « J’ai compris la différence entre important et essentiel : la lutte pour mon pays, ma culture, la liberté, est important. Mais découvrir qui je suis, et comment je veux me donner au monde est essentiel ».
Alors qu’elle ne devait y rester que deux mois, elle restera plusieurs années dans cette communauté. Margalida y découvre la dimension concrète de la non-violence : « dans la dictature, on pensait qu’il y avait les bons et les méchants. J’ai compris qu’il fallait d’abord se transformer soi-même. À quoi bon défendre des idées si ta vie dit autre chose ? ». Elle découvre aussi son être intérieur, sa dimension spirituelle, qui devient le socle de sa vie.
En 1987, elle cofonde l’Arche de Saint-Antoine, dans une ancienne abbaye en Isère. Les débuts sont rudes, mais fondateurs : « Il y avait très peu de sanitaires, un seul poêle pour chauffer… et malgré tout ça, les gens revenaient. » Ce lieu devient un espace où se relient vie spirituelle, engagement social et sobriété, bien avant que ces mots ne circulent largement. « Ce que Pierre Rabhi a appelé plus tard la sobriété heureuse, nous le vivions déjà », raconte-elle (…).
Dans ce chapitre, découvrez d’autres témoignages inspirants
Danièle Bacheré, Instigatrice du Coq à l’âme : « J’étais dans mon pavillon de banlieue, proche de la retraite. Et là, je ne sais pas pourquoi, j’ai su que c’était ça qu’il fallait faire. Chiche, une oasis tous les 20 kilomètres dans 20 ans ! » Clara Aube, Documentariste et éleveuse de chevaux : « Je me suis dit : je peux organiser ma vie matérielle pour survivre, mais moi je veux vivre. Je veux une vie nourrissante, humainement, artistiquement, avec peu d’argent mais du sens. La réponse, c’était le collectif » Cassandre Bachelier, Formatrice et facilitatrice en coopération, co-fondatrice de SALGOS : « On veut créer un lieu ouvert, accueillant, en lutte, au service du territoire »
Placer les générations futures au cœur des projets
la place des enfants en oasis
Sobriété, autonomie alimentaire, préservation du vivant : les « invariants » des oasis témoignent d’une attention particulière à la viabilité du monde pour les générations futures. Lorsqu’ils rejoignent une oasis, les parents citent comme facteur le bien-être de leurs enfants ; et une certaine recherche, en ce qui les concerne, de leur propre épanouissement dans leur rôle. En cause : l’hyper-urbanisation et l’éclatement géographique des familles qui génèrent un isolement pouvant aller jusqu’à l’épuisement. En France, 68 % des mères se disent fatiguées physiquement, 57 % se disent moralement épuisées, et 20 % ont déjà développé un burn-outparental. « Il faut tout un village pour élever un enfant » : si ce proverbe africain revient au goût du jour dans nos société occidentales, c’est pour pointer les carences d’une société où les solidarités sont à réinventer.
Il faut tout un village pour élever un enfant
Les oasis participent-elles à recréer le fameux « village » qui manque si cruellement aux parents épuisés d’aujourd’hui ? À quelles conditions ? Quelle place le projet éducatif peut-il prendre dans la construction d’une oasis, au service de quel projet de société ?
Reprendre sa souveraineté dans l’accompagnement des enfants
Des terrains d’expérimentations de pédagogies alternatives
Pour Sophie Rabhi l’objectif principal est de créer un « continuum » éducatif entre temps en famille, temps d’apprentissage et vie en oasis. Dès le début de son parcours professionnel, Sophie Rabhi mène des projets liés à l’enfance, à commencer par l’ouverture, en 1999, d’une école au sein de la ferme de ses parents Pierre et Michèle Rabhi, la Ferme des Enfants, qu’elle développe jusqu’en 2008 avant de l’installer au cœur d’un projet d’oasis qu’elle crée avec son mari : le Hameau des Buis.
Sophie Rabhi
« L’environnement oasis est très favorable à l’enfant, explique-t-elle. Des adultes essaient d’y mettre en musique des modes de vie plus ajustés au vivant sous toutes ses formes, plus respectueux aussi de nos biorythmes […].Je pense que l’une des grandes difficultés de nos sociétés, qui est en travail dans les oasis, c’est de trouver les moyens d’arrêter que les institutions se substituent à notre pouvoir personnel et à notre autonomie »
Pour leur nouveau projet en Haute-Garonne, Sophie Rabhi et Laurent Bouquet ont fait le choix de séparer plus distinctement oasis et école, créant deux structures juridiques séparées : l’Oasis de Poul’art d’une part, et la Ferme des Enfants 2.0, d’autre part. Une démarche coûteuse en temps, en argent et en énergie qui peut toutefois garantir la pérennité du modèle. La Ferme des Enfants 2.0 a ouvert à la rentrée 2025 avec 35 enfants et une équipe pédagogique constituée de quatre piliers et de services civiques en renfort. « Nous nous sommes appuyés sur notre expérience de vingt-et-un ans pour souligner que notre intention est de contribuer à une société plus écologique et plus respectueuse des humains et notamment des enfants (…). »
Appliquer les principes de la permaculture à l’éducation : le regard de Ramin Farhangi
Ramin Farhangi
« L’apprentissage du soin aux autres et la mise en place de postures de coopération sont des compétences qui ne s’apprennent pas dans les livres. Comme pour l’apprentissage des langues, c’est l’immersion qui est la plus efficace : pour qu’un enfant développe ses capacités relationnelles, il a besoin de vivre dans un milieu diversifié où il aura la liberté d’interagir avec des personnes différentes et d’âges variées. C’est tout l’inverse qui se produit dans une école standardisée : on regroupe les enfants en classe d’âges identiques pour faciliter le processus industriel d’enseignement. »
Ramin compare les processus de standardisation à l’œuvre dans l’agriculture intensive à ceux des systèmes éducatifs classiques, et prône le fait de s’inspirer de la permaculture en matière d’apprentissage. « La permaculture consiste à observer chaque plante pour faire en sorte qu’elle soit la plus productive et épanouie possible en tenant compte de la complexité et de la richesse de son milieu. On regarde les interactions entre les plantes, les insectes, la structure des sols, le climat et la chaleur, etc. » Pour Ramin, appliquer les principes de la permaculture à l’éducation, c’est « déstandardiser » l’enseignement et créer les conditions favorables à l’épanouissement de l’enfant en accord avec son milieu, dans une boucle de rétroactions vertueuses (…).
appliquer les principes de la permaculture à l’éducation
Vivre ensemble pour vieillir mieux et autrement
La population française vieillit rapidement : d’ici 2050, plus de 23 millions de personnes auront plus de 60 ans, dont 5 millions plus de 85 ans. Aujourd’hui déjà, 40 % des personnes dépendantes vivent seules. La parution en 2022 des Fossoyeurs de Victor Castanet a mis en lumière la crise du vieillissement et d’un système à bout de souffle comme le symptôme de notre impuissance collective.
Des collectifs inventent d’autres manières de vieillir
Dans un pays où le grand âge rime encore trop souvent avec isolement, précarité et établissements d’accueil saturés, des collectifs inventent d’autres manières de vieillir. Et pourtant, Partout sur le territoire, des femmes et des hommes refusent la résignation. Ils imaginent des habitats solidaires et autogérés, mutualisent les espaces, cultivent des jardins partagés et réapprennent à prendre soin les uns des autres.
Prendre soin les uns des autres
Le lien social comme déterminant majeur de santé
Les chercheurs sont à cet égard unanimes : la solitude nuit gravement à la santé. Elle augmente les risques de dépression, de maladies cardiovasculaires, de déclin cognitif et même de mortalité précoce, selon une étude publiée en 2023 dans Nature Human Behaviour. À l’inverse, les études convergent : ceux qui restent actifs, reliés, engagés, vivent mieux et plus longtemps. Comme le constate Pierre Lévy, accompagnateur de projets d’habitat participatif à l’association Regain et cofondateur de l’habitat intergénérationnel Les Colibres à Forcalquier, « vivre en habitat participatif, c’est prolonger la vie en bonne santé : les liens sociaux, l’activité, le sentiment d’utilité en sont les piliers ».
Dans cette perspective, l’habitat participatif, particulièrement adapté à l’âge de la retraite tant que l’autonomie est préservée, peut représenter une alternative aux structures médico-sociales. L’étude MADoPA sur le bien vieillir en écolieu bouscule nos représentations du grand âge : le vieillissement y est moins vécu comme une gestion du risque que comme une manière de conduire sa vie et de lui donner sens, animée par le désir de vivre ensemble selon ses aspirations. Ce qui les relie, c’est une écologie vécue au quotidien, fondée sur l’entraide et l’harmonie. Dans ces lieux, les aîné·es contribuent activement à la vitalité du collectif.
Les témoignages de ce chapitre
On y voit la vie en mouvement, avec des personnes de 80 ans en pleine forme, qui continuent à bricoler, jardiner, débattre : une autre manière de vieillir » – Hervé Michel, co-auteur de l’étude MADoPa Il y a une solidarité de la vie. Il n’y a pas d’un côté les jeunes et de l’autre les vieux : on se prend en charge ensemble, c’est le fil conducteur de l’accompagnement des aînés » – Danièle Bacheré, cofondatrice de l’Oasis du Coq à l’Âme Les retraité·es sont souvent les plus actifs dans le soin apporté aux espaces communs. Ils nous apprennent à prendre soin du vieillir, à accueillir les changements, à en faire quelque chose de collectif et de vivant. Vieillir, ce n’est pas un gros mot : c’est apprendre à changer ensemble » – Clarisse Gimat, membre de l’écohameau du Plessis
Des solidarités précieuses aux limites assumées
Ces collectifs n’ont cependant pas vocation à tout prendre en charge. Fonctionnant sur l’entraide informelle et la confiance, ils avancent souvent par tâtonnements. Pierre Lévy le rappelle : « La solidarité repose sur des affinités, des amitiés construites durant la période de vie en commun. Bien souvent, le lien créé entre personnes d’une même génération, qui partagent un rythme et des préoccupations proches, est plus efficace que la complémentarité intergénérationnelle. Mais quand la dépendance est trop forte, c’est souvent la famille qui prend le relais. Chaque écolieu est différent, tout dépend des liens qui se sont créés. Il y a des cercles d’entraide qui se forment, parfois jusqu’à la fin de la vie. » Chaque lieu compose ainsi avec ses propres ressources, ses liens et ses seuils.
Pour la sociologue Audrey Valin, spécialiste de l’adaptation du logement au vieillissement, « le tâtonnement et l’envie d’essayer des solutions, la volonté de recréer du lien et du collectif […] semblent être la clé pour éviter le piège de la solution unique. Je crois beaucoup aux projets expérimentaux portés par les habitant·es eux-mêmes » explique-t-elle. Elle rappelle que cette idée n’est pas nouvelle : les béguinages offraient déjà aux femmes seules un modèle de vie collective, libre et solidaire. Nés au xiiie siècle dans les Flandres, ces ensembles de petites maisons groupées autour d’un jardin et d’une chapelle accueillaient des femmes seules – veuves, célibataires, parfois religieuses – qui vivaient en communauté sans prononcer de vœux. Ces béguines, figures d’émancipation avant l’heure, assuraient mutuellement leur subsistance et leur soutien spirituel. Aujourd’hui, les béguinages modernes s’en inspirent, portés par des bailleurs sociaux dans les Hauts-de-France, proposant une alternative entre le chez-soi et la résidence collective. « Le modèle du béguinage illustre cette volonté de créer du collectif à partir d’une culture de la solidarité » ajoute-t-elle.
Et si les oasis transformaient notre rapport au conflit ?
Tandis que, pendant très longtemps, la dispute ou le débat étaient des arts codifiés, comme avec la disputatio du Moyen Âge, l’arrivée des réseaux sociaux, engendre aujourd’hui une grande violence dans le débat public. La société se clive de toutes parts. Selon un sondage 2023-2025 par Elabe, les deux tiers des personnes interrogées estiment par exemple que « ce qui divise les Français aujourd’hui est plus fort que ce qui les rassemble ». Démagogie des politiques, place des clashs dans les médias et sur des réseaux tels que X (anciennement Twitter), cancel culture… plusieurs approches montrent que la société moderne ne sait effectivement pas gérer le débat collectif, révélateur de la diversité sociale, de façon apaisée. « On ne se parle plus, on se confronte », écrit le philosophe Antoine Vuille dans son livre Contre la culture du clash – Débat d’idées et démocratie (2024). Le débat se transforme alors en conflit. Il est ainsi devenu omniprésent et nous fait peur.
la société moderne ne sait effectivement pas gérer le débat collectif, révélateur de la diversité sociale, de façon apaisée
Les écolieux, quant à eux, font face à une vie collective qui oblige à se frotter à la diversité des opinions. Ils doivent alors bâtir un autre regard sur le conflit et sur la façon de le gérer. Pendant plusieurs années, ce sujet n’était que peu abordé dans les échanges entre habitant·es des oasis. Il est devenu central depuis le début des années 2020 quand tous ont réalisé qu’ils partageaient cette réalité un peu « honteuse »… et qui, pourtant, permet de faire grandir notre humanité et l’inclusion de nos différences.
Un format inhabituel de relations : le point de vue de Daphné Vialan
Après avoir vécu six ans dans la communauté de l’Arche de Saint-Antoine, Daphné Vialan est accompagnatrice de collectifs et a notamment travaillé à la Coopérative Oasis de septembre 2021 à début 2024. Elle partage, dans un livre intitulé Vivre ensemble en écolieu sorti en 2023 aux éditions Yves Michel, ce qu’elle a appris en aidant les groupes à développer une bonne « hygiène relationnelle » et en particulier à changer de regard sur le conflit.
Daphné mentionne que « les écolieux ont développé une réflexion plus poussée, notamment par l’importance qu’ils donnent à la facilitation des échanges et la recherche des enjeux systémiques, qui permettent de prendre de la hauteur ». Pour elle, les habitant·es des écolieux construisent progressivement un sentiment d’appartenance et une fierté progressive à « faire groupe » qui les encouragent à prendre chacun·e une certaine responsabilité sur le système dans son ensemble et à se donner les moyens d’une recherche d’harmonie. Ils se sentent par exemple concernés par les points de vue différents qu’incarnent d’autres membres. Ils ne peuvent pas s’ignorer car ils partagent leur espace de vie.
Cela implique de dépasser ses propres opinions pour composer avec celles des autres. Daphné met cela en regard avec ce qu’elle appelle « la logique de parti », qu’on observe bien sûr dans la sphère politique mais aussi dans différents espaces sociaux : personne n’a alors intérêt à aller au-delà de la logique qu’il ou elle défend. Dès lors, les membres d’une oasis qui veulent avancer ensemble doivent surmonter leurs polarités et coopérer. Ils doivent s’engager sur certaines règles, en conscience des bienfaits qu’elles auront sur l’ensemble du groupe (…)
les membres d’une oasis qui veulent avancer ensemble doivent surmonter leurs polarités et coopérer
Dans ce chapitre également …
Véronique Guérin, Autrice, psychosociologue et fondatrice de l’Oasis Mycelium : Quand on lui demande d’évoquer le conflit en écolieu, elle invite tout d’abord à se questionner sur le type de relations que nous entretenons et leur singularité. Sophie Rabhi, co-fondatrice du Hameau des Buis et de la Ferme des Enfants : Pour elle, la paix ne vient pas des méthodes et des outils, mais avant tout par d’une posture. Elle s’intéresse à ce qui fait que des personnes posent systématiquement problème alors que d’autres vivent naturellement une forme de tranquillité et de gentillesse. Jorge Ochoa, Ancien habitant de l’Arche de Saint-Antoine : Creusant les questions relationnelles, il a développé puis diffusé le concept de polarité dans le réseau des oasis. Il s’est appuyé pour cela sur les travaux de Beena Sharma, présidente de la Vertical Development Academy aux États-Unis, qui s’est elle-même inspirée de la vision intégrale de l’écrivain américain Ken Wilber.
Créer un terreau fertile à un renouveau démocratique
Nous voici déjà à la fin de notre découverte d’extraits du livre « La Force du Collectif« … Pour ce dernier épisode, on part à la rencontre d’habitant·es d’écolieux engagé·es dans des processus démocratiques innovants, dans ou en dehors des temps électoraux !
à la rencontre d’habitant·es d’écolieux engagé·es dans des processus démocratiques innovants
L’exemple de la Caserne Bascule, à Joigny
Qu’elles s’engagent ouvertement en politique ou non, les oasis participent toutes à leur manière à renouer avec un certain idéal démocratique : par l’inscription de leurs actions dans une histoire et des courants de pensée qui les précèdent, par les modes de gouvernance qu’elles choisissent, par le soutien qu’elles apportent aux luttes et leur implication dans des actions militantes « hors les murs », par les modes d’éducation qu’elles défendent, par les liens qu’elles tissent avec des institutions tant sur le plan local que national… Mais cet idéal démocratique ne peut s’incarner à grande échelle qu’à condition que les oasis soient reliées entre elles, et qu’elles constituent ainsi un « archipel » d’initiatives porteuses de sens pour l’ensemble de la société.
Un « archipel » d’initiatives porteuses de sens pour l’ensemble de la société
Cette notion d’archipel est à mettre en relation avec le municipalisme, une approche politique qui met la commune (la ville, le village, le quartier) au centre de la démocratie, plutôt que l’État national. L’idée principale est que les décisions doivent être prises au plus près des habitant·es, là où la vie quotidienne se déroule. Le municipalisme défend notamment la participation directe des citoyen·nes aux prises de décision, via des institutions locales fortes qui agissent en toute transparence. Le communalisme ou municipalisme libertaire, théorisé par Murray Bookchin, va un cran plus loin en proposant de remplacer l’état centralisé, le capitalisme et la démocratie représentative par des communes autogérées et reliées entre elles. « Libertaire » signifie ici le rejet de toute domination imposée et une réappropriation collective des processus démocratiques.
Les oasis, des laboratoires pour une démocratie directe
À la Caserne Bascule, à Joigny, on a fait le choix d’une gouvernance fondée sur l’horizontalité, l’autonomie et la responsabilisation, « au plus près de l’action », explique Phil Becquet, l’un des fondateurs du projet. La forme juridique de l’association a été pensée pour incarner ces grands principes : le bureau est collégial, avec une coprésidence, et l’association fonctionne par cercles thématiques autonomes.
« On utilise les principes de gouvernance partagée pour donner la chance à chacun·e de se sentir légitime et de pouvoir prendre des décisions sur un périmètre donné.
Une fois qu’un rôle a été attribué au sein de l’une des instances, l’idée, c’est de donner une autonomie d’action aux groupes sans que l’ensemble des cercles n’ait à se prononcer. »
Phil Becquet, Co-fondateur de la Caserne Bascule
Le collectif est ouvertement soutenu par le maire en place depuis sa création : il est installé dans une ancienne caserne qui appartient à la commune et qui a été mise à disposition du groupe avec un loyer modeste, après un appel à projet. Mais si certains membres de l’écolieu soutiennent et parfois s’engagent sur des listes pour les prochaines élections, le projet en soi ne revendique pas d’appartenance à un bord politique. Phil Becquet rappelle tout d’abord une limite formelle : en tant qu’association loi 1901, la Caserne Bascule ne peut pas se transformer en acteur partisan. De plus, elle occupe un bâtiment municipal avec un bail précaire. Cette relation crée une vulnérabilité politique : une prise de position trop frontale pourrait mettre en danger l’existence même du lieu. « Étant locataires de la mairie, on a quand même des limites dans ce qu’on peut faire. » Phil est clair sur les risques en cas de changement de majorité : « Il y a de très fortes chances que, si le Rassemblement national est élu […], on subisse une fermeture administrative. » Soutenir officiellement une liste exposerait donc la Caserne Bascule à des représailles politiques.
Même sans soutien officiel, ce projet n’est pas neutre : le lieu agit concrètement comme une infrastructure de mobilisation démocratique et « base arrière de la transition », à travers par exemple la mise à disposition de salles pour des campagnes d’appels et de porte-à-porte… Plutôt que d’endosser une étiquette partisane, elle agit sur le terrain avec des valeurs démocratiques en incitant à la participation au vote et à la mobilisation citoyenne (…)
Autres témoignages dans ce chapitre
Camille Perrin, d’Ecoravie à Dieulefit (Drôme) : En 2020, Camille Perrin, s’est engagée sur une liste citoyenne et a été élue conseillère municipale. Elle évoque d’emblée des résistances culturelles locales : soupçons d’entre-soi, accusations de vouloir prendre le pouvoir, attentes de perfection pesant sur les élu·es écologistes. « Quand tu t’affiches avec des valeurs écolos… Si t’es pas parfait, tu te fais tailler. » Elle a cherché à insuffler dans l’équipe municipale des pratiques issues d’Écoravie : décisions par consentement, élections sans candidat·es, météo des émotions en début de réunion, méthodes issues de l’éducation populaire… Mais sans les nommer explicitement. « C’était naturel pour moi d’amener mon savoir-faire en matière de gouvernance horizontale », explique-t-elle. Elle ne s’est pas ré-engagée sur une liste en 2026.
Thomas Lefrancq, habitant et cofondateur du Château Partagé à Dullin (Savoie) : Ancien premier adjoint au maire de Dullin, Thomas vient d’être réélu aux dernières élections municipales. Lors de son précédent mandat, Thomas assume de ne pas avoir amené des outils trop marqués idéologiquement. « Le Château Partagé a une grosse étiquette politique qui fait que je marche sur des œufs, c’est-à-dire que je n’amène pas d’outils comme l’élection sans candidat·es au sein de ma liste. […] Le travail de mon premier mandat était juste d’amener un cadre sécurisant pour tout le monde, sans nommer les outils. » Pour Thomas Lefrancq, le lien humain précède le débat politique formel et les institutions (…) Face aux fractures politiques, Thomas Lefrancq défend une approche relationnelle novatrice, fondée sur une éthique du dialogue issue de son expérience en écolieu.
La force du collectif – Comment les écolieux transforment la société
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À propos de l’éditeur : Terre Vivante
Terre vivante est une maison d’édition indépendante (Scop), implantée au cœur de la nature, qui porte les valeurs de l’écologie depuis 1980.
Cette démarche éditoriale s’inscrit dans un projet plus large, avec la publication d’un magazine de jardinage bio, Les 4 Saisons, et l’accueil du public dans son Centre écologique.
Grâce à ses auteurs experts et engagés, elle produit des contenus inspirants et accessibles (livres, magazine, vidéos, podcasts…) qui explorent les modes de vie écologiques et les futurs souhaitables.
« Le guide pour réensauvager les jardins » de Quentin Travaillé explique que réensauvager est un acte écologique et un geste de soin envers soi et le vivant, avec des fiches botaniques détaillées, des tutos simples, des conseils et pratiques pour aménager tout type d’espace, des jardins aux balcons et des terrains aux coins de fenêtre. « Tout le monde peut jardiner » de Monsieur le Jardinier partage 7 règles pour des récoltes abondantes de fruits, légumes et herbes aromatiques.
Le guide pour réensauvager les jardins, balcons, … Et Tout le monde peut jardiner !
« Le guide pour réensauvager les jardins » de Quentin Travaillé
Réensauvager c’est à la fois un geste écologique et une manière de prendre soin du vivant … et de nous-mêmes
La vie partout
Et si votre « chez vous » devenait un refuge pour le vivant ?
Balcon, terrasse, mur, petit jardin de ville ou grand terrain en lisière de campagne… la biodiversité s’invite partout, à condition de lui laisser la place pour s’exprimer. Mais comment faire ? En s’inspirant de ce qui nous entoure. Dans ce livre, Quentin Travaillé, créateur de La vie partout, nous invite à ouvrir les yeux sur la faune et la flore qui peuplent nos écosystèmes et à nous en inspirer pour réintroduire le vivant dans nos espaces extérieurs, quels qu’ils soient. Exposition plein sud ou zone ombragée, sol sec ou humide, surface minuscule ou vaste : chaque contrainte devient une opportunité. Plantes locales résilientes, aménagements simples, gestes accessibles… chacun peut réensauvager à son échelle.
Des solutions concrêtes
À travers une approche claire et progressive, il propose des solutions concrètes :
des fiches botaniques détaillées pour savoir quelles fleurs planter chez vous et pourquoi ;
des conseils pratiques pour aménager votre jardin et en profiter ;
des tutos simples pour installer des abris pour la faune.
Illustré de schémas clairs et esthétiques, ce livre propose une autre manière de penser nos espaces : plus autonome, plus vivante, plus respectueuse des équilibres naturels.
Prêt à transformer votre coin de verdure en refuge pour la vie sauvage ? Ce guide est votre premier pas pour réensauvager votre jardin, accueillir le vivant chez vous et vous reconnecter à la nature.
L’auteur Quentin Travaillé
Quentin Travaillé est le créateur de La vie partout, un ensemble de contenus digitaux dédiés à la compréhension et à la préservation du vivant à l’échelle locale. Suivie par plus de 700K sur les réseaux sociaux, il anime égalementla newsletter « Comment réensauvager les jardins » ainsi que le podcast « La vie partout, comprendre le vivant », dans lesquels il explore les liens entre écologie, territoires et pratiques accessibles à tous. Il habite à Jézeau (65)
À l’approche de l’été, les Rendez-vous aux jardins reviennent les 5, 6 et 7 juin 2026 pour une 23e édition. Organisée par le ministère de la Culture et coordonnée par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Île-de-France, la manifestation invite le public à découvrir autrement les parcs et jardins de la région.
À cette occasion, jardins historiques, domaines paysagers, jardins partagés, sites labellisés « Jardin remarquable » et lieux habituellement fermés au public ouvrent exceptionnellement leurs portes et proposent une programmation riche et accessible à toutes et tous.
En Île-de-France, plus de 200 parcs et jardins participent à l’événement, avec plus de 400 rendez-vous annoncés. Visites guidées, ateliers, spectacles, concerts, expériences sensorielles et animations familiales rythmeront ce premier week-end de juin.
Cette année, le thème « Les cinq sens au jardin : la vue » invite à porter un regard renouvelé sur les paysages, les perspectives et les compositions végétales. Entre découvertes sensibles, expériences immersives et mise en valeur du patrimoine paysager francilien, cette édition célèbre toute la richesse et la diversité des jardins du territoire.
« Tout le monde peut jardiner » de Monsieur le Jardinier
Les 7 règles pour obtenir légumes, herbes aromatiques et fruits en abondance
Observer, adapter et récolter. Monsieur le Jardinier, l’expert passionné suivi par plus d’1M d’abonnés sur Instagram, nous livre ses principes clés pour cultiver simplement et efficacement légumes, herbes aromatiques et fruits en abondance. Un guide pratique du potager nourri par son expérience multi-terrains, conçu pour éviter les erreurs de débutant et tirer rapidement satisfaction de son travail.
7 règles pour obtenir légumes, herbes aromatiques et fruits en abondance
Règle n°1 : Comprendre les plantes
La règle négligée qui explique pourquoi certains jardiniers récoltent des centaines de kilos …pendant que d’autres obtiennent à peine 3 radis et une salade … Avant de planter quoi que ce soit, il faut comprendre les plantes. Dans ce premier chapitre, vous découvrirez notamment :
Les 5 besoins essentiels pour avoir des plantes en pleine santé et productives
Pourquoi certaines plantes poussent sans effort
Ce qu’il faut savoir sur les fleurs pour obtenir des fruits
Les 4 causes invisibles qui font mourir la majorité des plantes
Règle n°2 : Connaîtreson environnement
La plupart des échecs au potager viennent d’une seule erreur : appliquer des méthodes à la mode qui ne correspondent pas à son environnement. Ce chapitre vous apprend à décoder votre terrain :
Votre climat réel (pas celui des livres)
La nature et la structure de votre sol
Votre exposition et vos microclimats
Les points forts et les limites de votre jardin
Règle n°3 : Bien choisirles plantes
Certains jardiniers s’acharnent à faire pousser les mauvaises plantes. Pourtant, une bonne plante au bon endroit peut produire 10 fois plus avec moins d’efforts. Dans ce chapitre vous découvrirez :
les 4 critères essentiels pour choisir les bonnes plantes
pourquoi certaines variétés réussissent souvent mieux
les 3 points à respecter pour l’achat de vos plantes
Règle n°4 : Organiserson jardin
Dans ce chapitre vous apprendrez comment organiser votre jardin pour économiser du temps, de l’argent, de l’espace tout en augmentant vos récoltes.
choisir la bonne méthode de culture (buttes, planches, lasagnes, etc.)
créer des zones logiques grâce à une technique inspiré des Romains
savoir quand arroser et avec quelle eau
Associer les plantes pour améliorer les récoltes
Règle n°5 : Nourrir lesol avant les plantes
Beaucoup de jardiniers cherchent à nourrir leurs plantes mais quand le sol est vivant, le jardin travaille presque tout seul. Dans cette règle, vous découvrirez :
comment nourrir le sol pour nourrir les plantes
quels paillages sont les plus efficaces
l’erreur qui attire les insectes et les maladies
Les 10 points à respecter pour avoir un bon compost
Règle n°6 : Cultiver des plantes fortes
Un jardin en bonne santé attire moins de maladies et moins de ravageurs. Dans ce chapitre, vous apprendrez :
comment produire des plants vigoureux dès le départ
l’importance du choix des semences et des variétés
les techniques simples pour réussir semis, repiquage et plantation
les bonnes astuces pour la culture en pots
Règle n°7 : Travailleravec la nature
La règle la plus puissante : travailler avec la nature plutôt que contre elle. Dans cette dernière règle, vous apprendrez à créer un équilibre et à gérer les problèmes de manière naturelle :
comment utiliser les équilibres naturels du jardin
pourquoi certains désordres sont en réalité bénéfiques
Monsieur le jardinier est un passionné de potager : il partage sur les réseaux de façon simple et percutante son expertise et ses techniques en matière de potager. Il comptabilise 1 million d’abonnés sur Instagram et diffuse également La lettre du jardinier, dont il est le rédacteur. Il vit en Moselle (57).
Le référentiel EcoJardin est un outil méthodologique et un guide de bonnes pratiques à destination des jardiniers et des gestionnaires d’espaces verts. Il répond à deux principaux objectifs : Disposer d’un langage commun concernant la gestion écologique et Guider les jardiniers et gestionnaires d’espaces verts vers de bonnes pratiques. Libre d’utilisation dans un objectif d’amélioration des pratiques, il est compatible et adapté à l’ensemble des typologies d’espaces verts pouvant exister sur le territoire d’une collectivité.
7 domaines de gestion d’un espace vert
Planification et intégration du site
Planification de la gestion globale du site en fonction de son organisation interne
Intégration du site dans le réseau des espaces verts du territoire
Liaisons écologiques au sein du site
Sol
Connaissance des sols pour pouvoir mieux les gérer
Préservation des sols face aux risques
Amélioration des fonctions écologiques des sols
Gestion des cheminements
Eau
Connaissance et suivi des ressources en eau (hors réseau) disponibles
Gestion de l’eau optimisée en fonction des conditions pédoclimatiques
Limitation des consommations par la mise en place de mesures préventives
Gestion raisonnée de l’eau des fontaines et bassins
Faune & Flore
Connaissance, suivi et préservation de la biodiversité
Choix des végétaux adaptés au site
Conduite raisonnée des végétaux (taille raisonnée, tonte adaptée, préférence de fauche si possible…)
Non utilisation de produits phytosanitaires issus de la chimie de synthèse et dangereux pour l’environnement
Réduction de la production de déchets verts et valorisation des rémanents
Mobiliers et matériaux / Matériels et engins
Connaissance du patrimoine et de ses usages
Mise en place d’une politique d’achats durables
Limitation de l’éclairage
Optimisation du parc
Gestion fine de la consommation en carburants fossiles
Formations
Formation des agents dans les différents domaines de la gestion écologique
Public
Sensibilisation du public
Label EcoJardin : évolution des critères d’évaluation
Le label EcoJardin, référence de gestion écologique des espaces verts, fait évoluer ses critèresd’évaluation afin d’intégrer les nouveaux enjeux, actualiser les connaissances, renforcer l’exigencedu label et mieux valoriser les efforts d’amélioration continue.
L’ambition du label EcoJardin est de favoriser l’amélioration continue des pratiques de gestion écologique. Depuis son lancement en 2010, le label a régulièrement fait évoluer son référentiel et les grilles pour prendre en compte les évolutions règlementaires, les nouvelles connaissances et enjeux et les pratiques de terrain.
Plante & Cité, porteur du label et garant de l’actualisation du référentiel et des grilles d’évaluation, a initié en 2024 un travail d’actualisation reposant sur une veille bibliographique, l’expertise de toute l’équipe de Plante & Cité et les expériences du terrain. Il a permis de rassembler toutes les recommandations et les nouvelles exigences pour mieux accompagner les professionnels dans le déploiement de la gestion écologique.
Des approfondissements dans les 7 domaines et de nouveaux critères essentiels
Des précisions sur les enjeux et les pratiques ont été apportées pour les sept domaines de la gestion écologique :
Pilotage : mieux programmer les opérations de gestion sur le terrain et leur amélioration continue en lien avec les parties prenantes ;
Sols : favoriser la désimperméabilisation des sols et renaturer les surfaces imperméables ;
Eaux : éviter d’arroser en favorisant le cycle de l’eau verte ;
Faune & flore : éviter les pièges à faune, favoriser la régénération naturelle et respecter les cycles biologiques lors des interventions ;
Mobiliers & matériaux, matériels et engins : miser sur la frugalité et réduire les pollutions ;
Formations : favoriser l’acquisition de compétences par la pratique ;
Publics : accompagner les expériences de nature et limiter les impacts de la fréquentation.
Initialement centrés sur le cœur de la gestion écologique : sols – eaux – faune et flore – formation, les critères essentiels concernent désormais tous les domaines. Par ailleurs, pour mieux valoriser les efforts d’amélioration des pratiques, d’autres critères essentiels s’appliquent pour les renouvellements.
Les nouvelles grilles d’évaluation s’appliquent dès 2026. Néanmoins, pour accompagner les gestionnaires candidats dans cette transition, les nouveaux critères essentiels n’entreront en vigueur qu’en 2027.
Cette première sélection d’infos essentielles à Haute Valeur Ajoutée pour la PHVA invite nos lecteurs, s’ils estiment utile de faire un article à partir des liens proposés, à nous les transmettre à plusdejustesse@gmail.com
Changer le Monde en quelques générations – Fréderic Lenoir
‘J’ai décidé d’alerter notre société sur la crise systémique pour proposer des pistes de solutions’ Frédéric Lenoir
Changer la logique du monde
Frédéric Lenoir a décidé d’être un acteur du changement pour que le monde passe d’une logique consumériste et négative à une logique de partage et de responsabilité. Pour cela, il explique comment nos comportements sont destructeurs à la fois pour la planète et les individus. Il estime que la rentabilité et l’efficacité tuent les individus et leur intériorité.
Pour lui, dire que tout va mal est une fausse perception de la réalité : 80% des humains se disent heureux ! Le monde va beaucoup mieux que par le passé. Alors les solutions existent ! « L’optimisme c’est de l’engagement. »
Et pour s’engager, les outils numériques peuvent participer activement à une mobilisation globale pour passer à l’action.
S’améliorer soi-même est essentiel pour changer le monde
Agir pour la réappropriation citoyenne de la production d’objets
On utilise les nouvelles technologies pour diminuer l’obsolescence et éviter de jeter’ Laurent Guerby
Agir pour une réappropriation citoyenne de la production d’objets
Laurent milite pour le bien commun et les logiciels libres. Via ces courants il s’est intéressé aux « hackerspace« , lieux alternatifs où se rencontrent geeks et bricoleurs pour échanger pratiques, astuces et matériel. L’idée : réparer et récupérer plutôt que jeter. La démocratisation des imprimantes 3D a donné un nouveau souffle à ces mouvements qui peuvent désormais fabriquer eux-mêmes les pièces dont ils ont besoin. Pour Laurent, il suffit de fabriquer des objets dont les plans de fabrication sont publics : « ça permet de le modifier, l’adapter et le refaire soi-même ».
Plus qu’une solution pour les « bricoleurs », cette pratique pourrait être une bonne réponse au problème de l’obsolescence programmée …
On passe à l’acte : L’écosystème de l’engagement et des initiatives positives
Depuis plus de 15 ans, On Passe à l’Acte a interviewé des centaines de porteurs de projets et fait émergé un écosystème qui accompagne celles et ceux qui veulent agir, qu’ils soient citoyens, entrepreneurs, associations ou collectivités.
un réseau d’entraide pour créer des coopérations entre acteurs du changement
un média pour découvrir les initiatives inspirantes et les rendre visibles
des accompagnements sur mesure nourris de retours d’expérience concrets
des animations pour fédérer et dynamiser les équipes ou les territoires
des ressources et formations pour transformer l’envie d’agir en réussite durable
Slow food : un mouvement qui promeut le goût, la biodiversité, la qualité alimentaire et le terroir
Le Slow Food est un mouvement international créé en 1986 en réaction à l’émergence de la restauration rapide (fast food). Il cherche à préserver la cuisine régionale de qualité ainsi que les plantes, semences, les animaux domestiques et les techniques agricoles qui lui sont associés. Il est à l’origine d’un programme d’éducation à l’alimentation et au goût, de manifestations tel le Salon du Goût de Turin et a mis au point plusieurs centaines de projets de sauvegarde de la biodiversité et d’anciennes traditions de production partout dans le monde.
J’ai crée un hybride entre le vélo et la voiture à l’énergie solaire
Réseau d’entraide et de solidarité pour les auto-constructeurs et auto-rénovateurs
Vous voulez auto construire ou auto rénover votre maison ou simplement faire quelques travaux ? L’association des Castors vous soutient dans cette démarche ambitieuse et enrichissante. Elle a pour objectif de :
Proposer des services pour vous aider à construire ou rénover votre habitation vous-même. Avec les Castors vous ne vous sentirez pas seul face à votre projet. L’association met à votre disposition des outils afin de réaliser votre habitat dans les meilleures conditions de la phase de réflexion jusqu’à l’emménagement.
Encourager une démarche écologique pour que vous construisiez, pour vous et les générations futures, un habitat sain et peu énergivore, tout en respectant votre budget.
Promouvoir les valeurs de solidarité, de partage et d’entraide. L’association, implantée en Rhône-Alpes, regroupe des projets d’autoconstruction et d’autorénovation sur toute la France. Cette présence favorise les rencontres et les échanges.
Vais-je faire des économies ?
Devenir Castor cela signifie moins de main d’œuvre à payer et des économies à la clé, c’est aussi bénéficier de la force d’un réseau, d’entraide pour échanger du matériel, des matériaux ou des bons plans.
Aux Castors, nous ferons toujours le maximum pour que vous fassiez les meilleurs choix possibles.
Opération Milliard : réunir un milliard pour financer les organisations engagées dans la transition juste
‘On a décidé d’encourager un écosystème mêlant économie/écologie/justice social/démocratie’ Diane Dupré Latour
Opération Milliard est la proposition d’une nouvelle culture pour que la finance irrigue aussi les initiatives positives et la transition. Et ainsi ne plus la réduire uniquement au profit mais l’élargir à toutes les autres valeurs que produisent les activités humaines. Avec son initiative des petites cantines et du prix libre, Diane est suffisamment riche de son expérience pour avoir l’audace de proposer un changement de paradigme à la finance.
Le millésime 2026 s’annonce comme l’un des plus précoces de ces dernières années dans la quasi-totalité des bassins viticoles français. Les vignes ont aujourd’hui une à deux semaines d’avance selon les régions. Cette précocité pose de nombreuses questions aux vignerons pour l’adaptation au changement climatique, la gestion de l’eau et de l’énergie, la réduction de l’empreinte carbone … Dans un moment charnière pour la filière viticole, confrontée à la baisse de la consommation et à des enjeux de renouvellement des générations dans les exploitations.Terra Vitis ouvre le débat et partage ses axes de travail.
Terra Vitis ouvre le débat et partage ses axes de travail
Le 22 avril à Paris, Terra Vitis réunissait journalistes, vignerons et représentants des interprofessions autour de cette question: « Comment assurer la pérennité du vignoble à l’horizon 2050 ?« . Anne-Laure Ferroir, directrice générale de Terra Vitis, Jérôme Choblet, président du réseau et vigneron au Domaine des Herbauges, Raphaël Suire, chargé de mission Climat, Eau et Carbone chez InterLoire, et Mathieu Oudot, chef de projet carbone au Comité Interprofessionnel des Vins de Bourgogne, ont partagé constats et solutions face à trois défis majeurs : réduire leur impact et s’adapter à un monde qui change, faire face à la baisse de la consommation et préparer la transmission des exploitations.
Face aux défis climatiques et énergétiques : réduire son impact et adapter ses pratiques
Changement climatique, hausse des coûts énergétiques : les vignerons doivent à la fois réduire leur empreinte carbone et adapter leurs pratiques à un climat en mutation. Terra Vitis accompagne ses adhérents sur ces deux fronts.
Sur l’éco-conception d’abord. Le conditionnement représente 40 à 50 % de l’empreinte carbone totale d’un domaine viticole et parmi ce coût environnemental, la bouteille en verre représente à elle seule 80 %. Terra Vitis a signé, en 2023, le Bottle Weight Accord initié par Sustainable Wine Roundtable, engageant ses membres à alléger leurs bouteilles de vin tranquille sous 420 g d’ici fin 2026. Résultat : sur les 300 millions de bouteilles du réseau, le poids moyen est passé de 550 à 460 g, soit près de 28 500 tonnes de CO2 économisées, l’équivalent des émissions annuelles de 7 700 foyers français. La dynamique se poursuit : Terra Vitis s’engage cette année dans une démarche similaire sur les vins effervescents.
Écoconception des bouteilles de vin : les engagements de Terra Vitis pour le contenant du futur
Mais comme le rappelle Raphaël Suire (InterLoire), agir sur son empreinte carbone, ce n’est pas seulement une question de contenants. Le choix des cépages, le travail des sols ou encore les énergies utilisées sont des leviers tout aussi importants. Terra Vitis partage cette conviction et la traduit concrètement : son cahier des charges accompagne les adhérents bien au-delà du packaging, des pratiques à la vigne jusqu’à l’éco-conception des bâtiments.
Sur le volet adaptation du vignoble, Jérôme Choblet traduit cette approche dans ses choix de terrain. Il a engagé un programme de replantation de 36 hectares sur six ans avec des cépages résistants aux maladies et au gel, remplaçant 15 à 20 % de son vignoble tout en préservant la typicité des vins de Loire. Il a également adopté le HVO100 pour ses tracteurs, un carburant fabriqué à partir d’huiles végétales qui réduit les émissions liées aux travaux viticoles de 70 à 90 % par rapport au gazole classique. Pour aider ses adhérents à mesurer concrètement leur impact et identifier les postes sur lesquels agir, Terra Vitis travaille en lien étroit avec les Interprofessions. Avec le Comité des Vins de Bourgogne, un groupe pilote d’adhérents Terra Vitis en Bourgogne-Franche-Comté expérimente actuellement WinePilot, un calculateur d’empreinte carbone développé avec FoodPilot. L’outil couvre toute la chaîne, de la vigne à la mise en bouteille, et s’appuie en partie sur les données déjà collectées lors des audits Terra Vitis, ce qui facilite son adoption sur le terrain.
Parallèlement, Terra Vitis participe à des programmes collectifs comme Vitilience, porté par l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV). Ce projet national permet de tester en conditions réelles une combinaison de leviers concrets d’atténuation et d’adaptation au changement climatique sur 20 sites répartis dans 12 régions viticoles : nouveaux cépages (ou matériel végétal), modes de taille, consigne ou encore vin en vrac… Le Château de l’Éclair, adhérent ambassadeur Terra Vitis en Beaujolais, fait partie des sites démonstrateurs.
Observer, expérimenter, partager : la force du réseau Terra Vitis
Ce qui distingue Terra Vitis, c’est sa capacité à transformer les signaux du terrain en actions collectives. Depuis plus de 25 ans, le réseau écoute ses adhérents, observe ce qui fonctionne, expérimente avec ses partenaires , IFV, INRAE, ADEME, chambres d’agriculture, interprofessions puis déploie les solutions à l’échelle de ses adhérents. C’est cette logique d’observation, d’expérimentation et de partage qui permet aux adhérents Terra Vitis d’anticiper plutôt que de subir. Et parce que ces avancées sont intégrées au cahier des charges, elles deviennent une exigence partagée par l’ensemble du réseau.
« Terra Vitis, c'est avant tout un réseau qui avance ensemble. Quand un enjeu émerge, on l'identifie, on l'expérimente avec nos partenaires, et on le déploie. C'est comme ça qu'on construit une viticulture qui dure. » - Anne-Laure Ferroir, Directrice Générale de Terra Vitis
Face à la baisse de la consommation : se renouveler pour durer
La consommation mondiale de vin a atteint en 2024 son niveau le plus bas depuis 1961 : 214 millions d’hectolitres (OIV). En France, -3,6 % en un an, dans la continuité d’une tendance engagée depuis 2017. Face à cette réalité, Terra Vitis encourage ses adhérents à faire évoluer leur modèle et le réseau est précisément là pour ça : partager les expériences de ceux qui ont osé se transformer, pour inspirer les autres. Beaucoup d’adhérents comparent Terra Vitis à une boussole : une référence qui aide à choisir la bonne direction sans perdre son identité.
partager les expériences de ceux qui ont osé se transformer, pour inspirer les autres
C’est dans cet esprit que Jérôme Choblet a lancé une gamme de vins en canette au Domaine des Herbauges, un format plus léger en empreinte carbone, qui séduit de nouveaux circuits de distribution et une clientèle plus jeune. Il a aussi développé des cuvées faiblement alcoolisées, en réponse à une demande croissante.
Ces choix illustrent une dynamique plus large que Terra Vitis préconise : diversifier son offre pour pérenniser son modèle économique. L’œnotourisme en est un autre levier : Terra Vitis l’encourage et s’assure, fidèle à son ADN, qu’il se déploie de manière durable.
Au-delà de l’évolution des pratiques, la certification Terra Vitis est elle-même un levier pour répondre à une tendance de fond : les consommateurs sont de plus en plus en quête de transparence et d’engagement. 59 % des consommateurs considèrent désormais la présence d’une certification responsable comme une preuve incontournable lors de l’achat d’un vin1. Preuve en est sur le terrain, au Domaine des Herbauges, la mise en avant du logo Terra Vitis sur les bouteilles s’est accompagnée d’une hausse de 13 % des ventes en grande distribution.
Les acheteurs professionnels sont également à la recherche de vins responsables. Les monopoles scandinaves ont reconnu Terra Vitis comme Démarche Responsable dès 2023. En France, Carrefour a retenu Terra Vitis comme certification agro-environnementale de référence dans son programme Act for Food, et Match l’a intégrée parmi les trois démarches reconnues dans sa gamme Nos Vins Durables.
Remettre l’humain au cœur du vignoble
Face au défi de la transmission : anticiper
Troisième défi, moins visible mais tout aussi décisif : dans moins de dix ans, 50 % des viticulteurs français auront plus de 60 ans, et plus de la moitié n’ont pas de repreneur identifié2. C’est toute la pérennité économique, sociale et culturelle du vignoble qui est en jeu. Sur ce sujet très personnel qu’est la transmission, la première mission du réseau est d’encourager ses adhérents à se questionner et à prendre conscience des enjeux suffisamment tôt pour agir sereinement.
Jérôme Choblet fait partie des convaincus : accompagné par le cabinet Ampelio, il a anticipé largement la transmission de son domaine, en s’associant. Une étape qu’il décrit comme décisive. Elle lui a permis de partager ses réflexions, prendre du recul et oser certaines décisions dans un contexte exigeant.
Depuis 2025, Terra Vitis est ainsi la première certification viticole à avoir intégré la préparation de la transmission dans son cahier des charges. Pour accompagner cette réflexion, Terra Vitis a publié un livret pratique « 10 conseils pour une transmission réussie », construit à partir de témoignages de vignerons cédants et repreneurs de toutes les régions de France.
Née du terrain, portée par des vignerons, Terra Vitis accompagne depuis 28 ans ceux qui font le choix d’une viticulture plus durable et plus résiliente.
Dans un contexte qui bouscule la filière, le réseau joue un rôle de catalyseur : il écoute, expérimente, partage, et traduit ces apprentissages en exigences concrètes pour l’ensemble de ses adhérents. C’est cette capacité à transformer les défis du moment en leviers collectifs qui fait de Terra Vitis un pilier de la viticulture responsable, en France comme à l’international.
Terra Vitis : de le vigne au verre, une démarche pionnière, durable et globale
L’association Terra Vitis porte aujourd’hui l’une des principales certifications de la filière viticole et la seule, à l’échelle nationale, de viticulture responsable qui respecte les grands principes du développement durable et soit reconnue par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.
une viticulture durable et responsable
Au travers de la certification et de son cahier des charges précis, les adhérents Terra Vitis s’engagent jour après jour pour une viticulture durable et responsable. Chacune de leurs actions vise à trouver le meilleur équilibre possible entre le respect de l’environnement, de la société et de la durabilité économique de leurs exploitations viticoles.
Pensée par et pour les viticulteurs : le bon sens et la connaissance du terrain guident la rédaction du cahier des charges.
La seule certification nationale de viticulture responsable et durable : elle est basée sur les piliers du développement durable
Reconnue par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation : c’est une garantie de qualité pour les consommateurs et une reconnaissance du travail engagé par les adhérents
Les actions Terra Vitis pour le respect de l’environnement
Véritable pilier de la démarche Terra Vitis, la protection de l’environnement est un engagement chevillé au corps de chacun des viticulteurs et vignerons certifiés. Cet engagement se traduit par la mise en oeuvre d’actions concrètes destinées à :
Préserver l’eau, les sols et l’air de toute pollution
Favoriser la biodiversité en maintenant l’équilibre naturel des sols et des écosystèmes
Optimiser et limiter l’utilisation des ressources naturelles et des matières premières
Veiller à la sobriété énergétique de toutes nos actions
Tous les gestes mis en place par les viticulteurs Terra Vitis sont le fruit d’une réflexion basée sur la mise en commun d’expériences individuelles, les enjeux du développement durable et notre lien indéfectible avec le terrain et ses réalités. Notre approche s’est aussi construite sur une volonté forte de pouvoir transmettre un patrimoine viticole durable aux générations futures.
Les actions Terra Vitis pour garantir la responsabilité sociétale des viticulteurs
7 exemples très concrets d’adaptation mis en place sur le terrain par les vignerons
Des exemples très concrets d’adaptation mis en place sur le terrain : plantation de cépages résistants, développement de vins faiblement alcoolisés, allègement des bouteilles ou encore expérimentation de nouveaux formats comme la canette …
La recherche action entreprise par le laboratoire d’innovation pédagogique du Rêve de Dan’A croise la Théorie U du chercheur Otto Scharmer du MIT et l’itinérance avec des ânes. A froid pour la PHVA, il s’agit d’essayer de comprendre ce qui se joue et par quelles expériences passent les groupes.Explications par Denis Cristol, consultant en apprenance collective, stimulateur d’écosystèmes innovants et chercheur associé à Paris Ouest Nanterre et Rennes 2
Théorie du U d’Otto Scharmer et itinérance en groupe avec des ânes
« Ce n’est que lorsque nous sommes perdus (…) que nous commençons à nous trouver… »
David Thoreau – Walden ou la vie dans les bois
Denis Cristol – Consultant en apprenance collective, stimulateur d’écosystèmes innovants et chercheur associé à Paris Ouest Nanterre et Rennes 2
La progression de l’itinérance proposée s’inscrit dans une logique proche de la Théorie U, mais déplacée dans une expérience vécue du corps, du vivant et de la relation avec les ânes.
Il ne s’agit pas seulement de comprendre une dynamique collective, mais de la traverser sensoriellement et symboliquement.
Les ânes jouent ici un rôle de médiateurs du rythme, de la qualité d’attention et de la relation au milieu.
Être là
Le premier mouvement consiste à quitter progressivement le régime de dispersion mentale pour entrer dans une présence située. Marcher avec un âne oblige à ralentir. L’animal ne répond ni à l’injonction ni à l’accélération artificielle. Il oblige à ajuster le pas, la respiration, l’attention au terrain, à la météo, aux sons, aux tensions du corps. Dans la logique du U, cette étape correspond à la suspension des automatismes et à l’ouverture du regard. L’enjeu n’est plus de « produire » immédiatement quelque chose ensemble, mais de redevenir perceptif. Être là signifie sentir ce qui est vivant : en soi, dans le groupe, dans le paysage. Les ânes deviennent alors des révélateurs d’état intérieur. Une tension, une impatience ou une distraction se transmettent immédiatement dans la relation. L’animal agit comme une forme de miroir silencieux.
Être là signifie sentir ce qui est vivant : en soi, dans le groupe, dans le paysage
Faire binôme
Après la présence vient la relation singulière. Chaque participant construit un lien avec un âne : trouver le rythme commun, apprendre à guider sans contraindre, sentir les moments de résistance ou de coopération. Cette phase engage une transformation importante : passer d’une logique de maîtrise à une logique d’accordage. Le binôme humain–âne devient un espace d’apprentissage relationnel. Dans la théorie du U, cela rejoint l’ouverture du cœur : la capacité à entrer en relation autrement, en développant écoute, confiance et réciprocité. Beaucoup découvrent que l’efficacité relationnelle ne repose pas d’abord sur le contrôle mais sur la qualité de présence. Le binôme révèle également les styles relationnels implicites : certains tirent, d’autres hésitent, certains surprotègent, d’autres s’effacent. Le vivant rend visibles ces habitudes.
Le binôme humain–âne devient un espace d’apprentissage relationnel
Troupeau d’humains / troupeau d’ânes
Le troisième mouvement élargit la relation au collectif. Les humains ne marchent plus seulement avec « leur » âne ; ils apprennent à circuler dans une dynamique plus vaste où plusieurs rythmes, besoins et sensibilités coexistent. Le troupeau d’ânes devient une pédagogie concrète du collectif vivant. Les ânes montrent des phénomènes subtils : régulation spontanée des distances, vigilance distribuée, leadership mouvant, attention aux plus fragiles, synchronisation implicite. Le groupe humain commence alors à percevoir qu’un collectif n’est pas une addition d’individus mais un système de relations. Dans le U, cette étape correspond au déplacement du regard vers le système dans son ensemble. Les participants découvrent souvent que les tensions du groupe ne viennent pas uniquement des personnes mais des rythmes, des peurs, des asymétries d’attention ou des difficultés d’accordage.
Le troupeau d’ânes devient une pédagogie concrète du collectif vivant
Itinérance robustesse : Explorer les chemins de la robustesse, de l’intime au planétaire, en itinérance avec des ânes dans le Haut-Languedoc
Ma singularité dans le nous
Lorsque le collectif devient plus cohérent, une question essentielle apparaît : comment exister pleinement sans se dissoudre dans le groupe ? L’expérience avec les ânes est précieuse ici, car le troupeau n’efface jamais la singularité animale. Chaque âne garde sa manière d’avancer, sa sensibilité, son tempérament, tout en participant à un mouvement commun. Cette étape correspond à un approfondissement du « presencing » chez Otto Scharmer : entendre ce qui cherche à émerger depuis soi au sein du collectif. Les participants sont amenés à reconnaître leurs ressources singulières, leurs vulnérabilités, leur manière propre de contribuer. Le « nous » n’est plus vécu comme une fusion mais comme une composition vivante de différences accordées. La marche, les temps de silence, les récits partagés et la relation aux animaux permettent souvent de ressentir corporellement cette articulation entre individuation et appartenance.
Le « nous » n’est plus vécu comme une fusion mais comme une composition vivante de différences accordées
Un seul souffle
Le dernier mouvement n’est pas l’uniformité mais la synchronisation sensible. Après plusieurs jours d’itinérance, il arrive que le groupe entre dans des moments rares où les rythmes semblent s’accorder naturellement : le pas ralentit ensemble, les paroles deviennent plus sobres, les décisions circulent avec fluidité, les ânes avancent calmement. Cette expérience évoque moins une performance collective qu’un état de cohérence. Le groupe devient capable d’attention distribuée, d’ajustement mutuel et de création commune sans surpilotage permanent. Dans la théorie du U, cela correspond au passage vers le « co-creating » : faire émerger ensemble une action plus juste à partir d’une qualité de présence partagée. Le symbole du souffle est important : respirer ensemble signifie habiter un même milieu sans perdre sa singularité. Ce n’est plus seulement un groupe qui coopère ; c’est une communauté momentanée d’attention au vivant.
faire émerger ensemble une action plus juste à partir d’une qualité de présence partagée
Itinérance avec des ânes ou la métamorphose des systèmes d’apprentissage
Trois bénéfices clés de l’Expérienciel « Rêve de Dan’A »
INTEX – INITIATIVE POUR LE DEVELOPPEMENT HUMAIN PAR L’EXPERIENTIEL® Le rêve de Dan’a (du nom d’une déesse de la fécondité celte) est une exploration de nouvelles manières d’agir et de vivre en connexion avec les autres et la nature.
Un rapport récent de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) propose une approche simple mais structurante aux élus locaux pour adopter les bons réflexes dès le départ de leurs projets : une check-list en 9 étapes pour sécuriser et renforcer les projets locaux. À l’heure où les enjeux de santé s’intensifient, le bloc communal est un acteur stratégique de la prévention et de la cohésion sociale, avec une capacité unique d’action rapide et adaptée.
Quelques enseignements clés
Partir des besoins réels du territoire – Avant d’agir, prendre le temps d’objectiver : données, diagnostics, parole des habitants … C’est la condition d’une politique publique pertinente.
Jouer collectif – Département, ARS, CAF, associations … L’action locale repose sur un écosystème riche. Coordonner, c’est éviter les doublons et démultiplier l’impact.
Coconstruire avec les habitants – L’IGAS le rappelle clairement : associer les citoyens dès le départ renforce l’efficacité et l’acceptabilité des projets.
Tester avant de généraliser – Prototyper, expérimenter, ajuster : une logique agile qui devrait devenir un réflexe dans l’action publique territoriale.
Évaluer et anticiper l’avenir – Les projets locaux doivent désormais démontrer leur utilité, leur efficacité et leur soutenabilité dans le temps.
À l’heure où les enjeux de santé (mentale, sociale, environnementale…) s’intensifient, le bloc communal est un acteur stratégique de la prévention et de la cohésion sociale. Il dispose d’une capacité unique d’action rapide et adaptée. Mais cette force doit s’appuyer sur une méthode, une coopération renforcée et une vision de long terme.
Check list pour les lanceurs de projet sur les territoires
L’Union nationale des centres communaux d’action sociale (Unccas) est la seule association qui fédère et représente les centres (inter)communaux d’action sociale (CCAS /CIAS). Elle joue un rôle essentiel dans la promotion de l’action sociale locale, en soutenant les communes dans la mise en œuvre de leurs politiques sociales et en offrant des services et des outils pour améliorer la prise en charge des populations les plus vulnérables.
Pour alerter sur la cruauté du déterrage et améliorer les connaissances sur un animal encore très méconnu des Français, l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) met les blaireaux à l’honneur le temps d’une journée, le 15 mai.
Le 15 mai, c’est la Journée mondiale des blaireaux !
C’est qui le blaireau ?
Les blaireaux labourent-ils les champs de maïs ? Font-ils dérailler les trains ? Mangent-ils les enfants ? Méritent-ils vraiment qu’on les insulte ?! Pour répondre à ces questions et tordre le cou à toutes les légendes urbaines et rurales, il a été décidé de faire du 15 mai la Journée Mondiale des Blaireaux : une journée dédiée à la connaissance de l’animal, pour les jeunes et les moins jeunes. Le 15 mai c’est aussi la Journée de la famille, ce qui tombe plutôt bien : les blaireaux aussi, vivent en famille !
réhabiliter ce paisible fouisseur de vers de terre, pour qu’il soit simplement respecté pour ce qu’il est : un blaireau !
Animal discret aux mœurs noctambules, le blaireau reste mal connu en France. Victime régulière des collisions routières, on a hélas plus de probabilité de le voir mort sur le bas-côté de la route que vivant lors d’une balade en forêt. Surnommé « petit ours des campagnes», le plus gros de la famille des mustélidés subit par ailleurs l’une des chasses les plus cruelles qui soient en France : la vénerie sous terre.
LASPAS lutte depuis des années pour réhabiliter ce paisible fouisseur de vers de terre, pour qu’il soit simplement respecté pour ce qu’il est : un blaireau !
Meles meles, badger, blaireau, Vosges, 2018
Pourquoi le 15 mai ?
La vénerie sous terre est l’une des pratiques de chasse traditionnelle les plus cruelles qui soient
Car malgré de belles avancées, c’est toujours ce jour-là que s’ouvre, hélas, la saison de déterrage de blaireaux dans quelques départements de France. Appelée vénerie sous terre, cette chasse traditionnelle est heureusement de moins en moins populaire, mais elle reste l’une des pratiques les plus cruelles qui soient : des petits chiens, envoyés sous terre, acculent les blaireaux pour les empêcher de sortir de leur terrier, pendant qu’à la surface, des chasseurs creusent la terre avec des pelles et des pioches, jusqu’à atteindre les animaux qu’ils vont ensuite extirper de force, à l’aide de grandes pinces métalliques, puis tuer par arme à feu ou arme blanche (s’ils n’ont pas déjà été déchiquetés vivants par les chiens…).
Plan rapproché de blaireau reniflant le solBlaireau, Vosges, France, printemps 2019
Le 15 mai, des blaireautins non autonomes peuvent encore se trouver dans les terriers. Or il est illégal de tuer les petits d’une espèce classée chassable. C’est sur la base de cet argument que l’ASPAS et d’autres associations ont pu obtenir de nombreuses victoires devant les tribunaux. Résultat : de moins en moins de préfets autorisent la période complémentaire de vénerie sous terre dès le 15 mai, comme l’illustre cette carte de France du déterrage.
Cette carte symbolise uniquement l’abandon ou la réduction des périodes complémentaires de vénerie sous terre des blaireaux, pas l’abandon de la vénerie sous terre en elle-même. En Corse, l’espèce n’est pas présente.
Près de 40 évènements organisés partout en France !
Conférences, expositions, sorties nature, actions de sensibilisation… Tous les évènements organisés dans le cadre de la Journée mondiale des blaireaux sont répertoriés sur une carte interactive disponible sur le site dédié www.journeemondialedesblaireaux.org
Blaireau dans un champ
Kit de communication
Protégeons les blaireaux
Alors que les blaireaux sont protégés dans de nombreux pays européens, ils sont chassés 9 mois et demi par an en France (les blaireaux sont chassés du 15 septembre à fin février et avec l’ouverture de la période complémentaire qui s’ouvre à partir du 15 mai) sous prétexte qu’ils occasionneraient des dégâts dans les cultures mais aussi pour le simple plaisir des chasseurs. Le pire étant le déterrage, ou vénerie sous terre : une pratique massivement rejetée par les Français.
Chaque année, près de 12 000 blaireaux sont tués directement au terrier par les chasseurs pratiquant la vénerie sous terre. Acculés et mordus par des petits chiens introduits dans une entrée de terrier, les blaireaux subissent pendant des heures terreur et stress intenses, pendant que les chasseurs munis de pelles et de pioches creusent jusqu’à les atteindre. Les blaireaux sont ensuite brutalement extirpés avec une grande pince métallique, avant d’être exécutés avec un fusil ou une arme blanche. Cette pratique peut avoir lieu alors que les blaireautins sont encore dépendants de leurs parents. Cette pratique cruelle est incompatible avec la reconnaissance des animaux comme êtres sensibles.
C’est pourquoi l’ASPAS demande au ministère de l’Écologie l’abolition du déterrage et le classement du blaireau en espèce protégée. Cette pratique n’impacte pas que les blaireaux mais l’ensemble des espèces présentes dans les terriers et notamment des espèces protégées comme les chats sauvages ou encore les chiroptères. Elle n’est par ailleurs d’aucune utilité pour lutter contre la tuberculose bovine ; au contraire, elle ne ferait que contribuer à son expansion ! En effet, cette pratique disperse les animaux potentiellement atteints, et les chiens envoyés dans les terriers sont susceptibles de se faire contaminer.
Accès éditions a été créée en 1995 par des enseignants alsaciens désireux de proposer une alternative de qualité aux manuels existants. En 2020 la branche Accès jeunesse accompagne les outils pédagogiques de l’éditeur d’une sélection d’albums thématiques. 6 nouveaux albums ont pour vocation de rendre la Nature et l’écologie accessible aux petits dès 2 ans.
PETIT À PETIT d’Aude Laroche
Deux mésanges vont agrandir leur famille. Vite, il faut leur faire un abri. Une petite plume par-ci, un petit morceau de bois par-là… et voilà que le nid se construit. Sera-t-il prêt à temps pour accueillir les petits ?
Un album tout doux pour évoquer les nids et les matériaux.
PIC PIC PICOTIN ! d’Emmanuelle Halgand
Ce matin, sous le grand pin, se cache un hérisson en détresse. Vite, vite, il faut lui porter secours ! En route chez le vétérinaire ! La petite fille parviendra-t-elle à sauver son petit compagnon de jardin ?
Un album d’une grande douceur pour éveiller les jeunes consciences à la cause animale.
l en existe des grosses, des petites, des longues, des rondes et même des carrées… À chaque crotte sa caractéristique ! Mais qui fait la plus belle ?
Un album amusant pour aborder avec simplicité et humour un sujet qui fascine toujours autant les enfants !
LA CHASSE AUX PAPILLONS de Gilles Baum et Barroux
Olive et son chien Gros-Lapin s’amusent d’un rien. Aujourd’hui, c’est parti pour la chasse aux papillons ! Dans la ville, entre les papiers de bonbons et les emballages qui virevoltent dans le vent, le filet se remplit facilement… Mais que faire de cette drôle de collection ?
Des livres jeunesse ludiques conçus par des pédagogues
Depuis 2020, les livres Accès jeunesse sont conçus par des pédagogues dans le souci de proposer des supports parfaitement adaptés aux enfants auxquels ils s’adressent. Courts et s’appuyant sur un lexique et une syntaxe simples au départ, leurs textes s’allongent progressivement et deviennent de plus en plus élaborés au fur et à mesure que l’enfant grandit.
De la même façon, les illustrations, très épurées pour les enfants les plus jeunes, s’enrichissent peu à peu. Dans tous les cas, le rapport texte-image est réfléchi. Enfin, l’implicite et les ellipses, obstacles importants à la compréhension d’un texte, sont quasiment absents avant trois ans et prennent petit à petit une place de plus en plus importante.
De nombreuses collections ont vu le jour pour différentes tranches d’âge.
Une fabrication éthique et responsable
Les livres Accès jeunesse sont fabriqués dans la région Grand Est ou en Allemagne, à proximité des locaux alsaciens des éditions Accès. Ils sont imprimés sur du papier PEFC ou FSC issu de forêts durablement gérées et leur fabrication de qualité leur permet de durer dans le temps. Grâce à l’impression de quantités raisonnables, leur mise au pilon est évitée.
En cohérence avec ces principes, ils ne sont pas vendus sur Amazon, mais en direct ou par le biais des libraires. Enfin, une rémunération juste et un profond respect du travail des artistes expliquent la qualité et la renommée de leurs illustratrices et illustrateurs.
Les livres Accès jeunesse ne sont pas vendus sur Amazon, mais en direct ou par le biais des libraires
Engagés pour une société meilleure : « Chez Accès éditions, nous veillons à intégrer le développement durable dans nos choix quotidiens »
« Vieillir dignement est un enjeu profondément territorial » pour Gilbert HANGARD, Président d’Élus Santé Publique et Territoires. Face au vieillissement de la population, comment permettre à chacun de bien vieillir, sans rupture de parcours, ni isolement ? Un cahier de recherche du Crédoc met en lumière les résidences autonomie, habitats intermédiaires situés entre le domicile et l’EHPAD dont le rôle est d’offrir un cadre de vie sécurisé, accessible financièrement, tout en préservant l’indépendance des personnes âgées… et en prévenant la perte d’autonomie.
Urbanisme : adapter l’offre de logement au vieillissement,
Action sociale : lutter contre l’isolement et accompagner les fragilités,
Santé publique : agir en prévention plutôt qu’en réponse à la dépendance,
Aménagement du territoire : maintenir une offre de proximité dans tous les bassins de vie
Les résidences autonomie présentent de nombreux atouts : préserver le lien social, sécuriser les parcours de vie, retarder l’entrée en EHPAD, soulager les aidants. Mais elles restent freinées par un manque de visibilité, un parc vieillissant nécessitant rénovation et des enjeux d’accessibilité financière et géographique.
« Développer ces habitats, c’est anticiper le vieillissement démographique, renforcer l’attractivité résidentielle, soutenir les solidarités locales et maîtriser les coûts futurs de la dépendance. Les collectivités sont au cœur de la solution : via les CCAS et la gestion directe de résidences, via la planification (PLU, stratégie habitat), via les partenariats avec bailleurs sociaux et acteurs médico-sociaux ou via le soutien aux projets innovants (habitat inclusif, intergénérationnel…)«
Un habitat intermédiaire entre le domicile et l’établissement
Les résidences autonomie, ex foyers-logement, structurent fortement l’offre d’habitat intermédiaire. Ces 2 260 établissements médico-sociaux proposent 120 000 places d’hébergement et accueillent aujourd’hui près de 100 000 personnes âgées fragiles dont une minorité en perte d’autonomie. Ils constituent ainsi la première offre d’un habitat dit intermédiaire entre le domicile et l’établissement, à côté des résidences services seniors, estimées à 972 en 2022, des établissements privés commerciaux qui relèvent du code de la construction et de l’habitation.
Age des résidents au sein des résidences autonomie Champ : Résidences aut onomie, France métropoli taine + DROM (hors Mayotte) ; ensemble des résidents. Source : DR EES, Enquê te EH PA 2019
Les résidences autonomie, très souvent gérées par des structures publiques (collectivités, CCAS, associations à but non lucratif) proposent la jouissance d’un logement individuel et privatif en location (petits studios, F1/F2), l’accès à des équipements communs et des services facultatifs. Elles ont une mission de prévention de la perte d’autonomie et d’accompagnement des fragilités liées à l’âge, financée notamment par un « forfait autonomie » pour l’organisation d’ateliers dédiés, de temps d’animation de la vie sociale.
Les résidences autonomies sont méconnues des retraités et du grand public
Méconnues du grand public et des retraités, les résidences autonomies pâtissent d’une confusion avec les établissements d’hébergement médicalisés (EHPAD) et de leur image fortement dégradée, et avec les résidences services seniors, estimées peu accessibles financièrement. Leur faible attractivité est renforcée par un parc vieillissant en cours de rénovation pour un accueil qui corresponde aux standards de qualité et de modernité attendus par les résidents et leurs proches aidants.
Intérêt pour les différentes formes d’habitat intermédiaire Source : CREDOC/CNAV, Enquête Adaptation du logement et parcours résidentiel des retraités et futurs retraités, oct-nov 2022. Champ : personnes résidant à leur domicile ou celui d’un proche : 5 046 retraités
Une lecture de ce modèle d’habitat intermédiaire
Sur la base de la littérature, des données existantes et d’un travail original, quantitatif et qualitatif mené pour la Cnav auprès de retraités, de résidents, de proches aidants et d’observations de deux résidences aux caractéristiques contrastées, le présent cahier de recherche propose une lecture du modèle de ce mode d’habitat intermédiaire, par la valorisation de ses atouts et manques par rapport aux enjeux présents et à venir du vieillissement de la population française. Il offre également quelques pistes de réflexion sur l’étayage et le devenir de cette alternative à un domicile inadapté à l’âge et à « l’institutionnalisation » qui n’est envisagée qu’en dernier recours par nos concitoyens.
Un accompagnement des vulnérabilités liées à l’âge
Les différents dispositifs d’enquête auprès des retraités et notamment ce temps d’immersion, limité et sans ambition de mesure objective de l’effet de l’environnement sur l’état physique et moral des résidents, permettent toutefois de rendre compte d’éléments en faveur d’un accompagnement pertinent des fragilités, voire des vulnérabilités liées à l’âge. Constats en résonance avec la littérature de référence.
Atouts perçus des habitats intermédiaires Source : CREDOC/CNAV, Enquête Adaptation du logement et parcours résidentiel des retraités et futurs retraités, oct-nov 2022. Champ : personnes vivant à leur domicile ou celui d’un proche : 5 046 retraités Grille de lecture : les % entre parenthèses sont à lire avec précaution, en raison de la faiblesse des effectifs (<30)
Une resocialisation de publics isolés
Ces observations et les interactions avec les équipes et résidents rendent compte de la resocialisation de publics le plus souvent isolés, du fait de l’appauvrissement de leur réseau amical, de la perte du conjoint, du possible éloignement des enfants, principaux aidants et du bénéfice ressenti sur la santé mentale. Les activités partagées, les ateliers de prévention animés par le personnel ou des intervenants extérieurs participent largement de cette appétence retrouvée pour les échanges et la vie en société. Une vie en société élargie, qui permet par ailleurs un accompagnement des fragilités ou, pour le moins, une attention à l’évolution des situations personnelles des résidents. La solidarité relative des co-résidents, le regard averti des professionnels relevant du médico-social permettent une alerte sur les possibles dégradations de la situation, de mettre en place des aides ou de réajuster les plans d’aides existants.
Prestations comprises dans le prix d’hébergement en % de résidences autonomie en 2019 (*) au sens de l’article R. 111-3 ou R. 633-1 du Code de la construction et de l’habitation Source : Portail PA CNSA
Le caractère médico-social des résidences autonomies
Ce suivi et ce soutien sont d’autant plus rendus possibles par le caractère médico-social des résidences autonomiesqui s’inscrivent dans un réseau de prévention et de santé de territoire, et nouent des conventions avec les acteurs pertinents en matière de vulnérabilités de l’âge (réseau de santé, offre de santé de ville, SSIAD, EHPAD…). Capacité renforcée lorsqu’un des membres de l’encadrement, notamment le ou la responsable est issu.e du secteur médico-social ou du soin.
Motif d’inquiétude à l’idée de vieillir Source : CREDOC/CNAV, Enquête Adaptation du logement et parcours résidentiel des retraités et futurs retraités, oct-nov 2022. Champ : Ensemble des personnes interrogées : 5 178 retraités Source : Crédoc, Enquête Conditions de vie et aspiration des Français, décembre 2022. Champ : 2 997 Français âgés de 15 ans et plus
Un accompagnement sécurisant pour les résidents
Cet accompagnement est particulièrement apprécié des résidents, qui se sentent sécurisés dans cet environnement adapté à leur avancée en âge, et de leurs proches aidants, rassurés de voir leurs parents dans un lieu avec une équipe d’intervenants resserrée mais qualifiée et attentive. L’habitat intermédiaire se présente ainsi, pour les aidé.e.s et les aidants, conjoints ou proches aidants, comme un lieu de vie et de répit. Les résidents déclarent se sentir chez eux, loin des représentations qu’ils pouvaient en avoir avant d’y emménager. Certains regrettent de ne pas avoir franchi le pas plus tôt et espèrent y rester le plus longtemps possible.
Lesrésidents déclarent se sentir chez eux
Principales caractéristiques du logement idéal pour bien vieillir Selon vous, quelles sont les caractéristiques du logement idéal pour bien vieillir ? Question ouverte (ci-dessous les 4 caractéristiques les plus citées Source : CREDOC/CNAV, Enquête Adaptation du logement et parcours résidentiel des retraités et futurs retraités, oct-nov 2022. Champ : Ensemble des personnes interrogées : 5 178 retraités Sources : Crédoc, Enquête Conditions de vie et aspiration des Français, décembre 2022. Champ : 2 997 Français âgés de 15 ans et plus.
Les résidences autonomie dédiées à des publics fragiles mais non dépendants
Les résidences autonomie sont dédiées à des publics fragiles mais considérés comme non dépendants. Encore faut-il s’entendre sur la notion de fragilités. Les observations menées dans les deux résidences tendent à illustrer la possibilité d’un accueil de fragilités relativement avancées avec le transfert du domicile de plans d’aide conséquents (SSIAD, aide-ménagère), voire d’un accompagnement de maladie grave avec la mise en place d’une hospitalisation à domicile (HAD). En 2019, en résidence autonomie, un résident sur cinq (21%) est classé en GIR 1 à 4 (EHPA, DREES 2019). Les fins de vie y sont possibles et le transfert vers les EHPAD n’est pas systématique.
Part des résidences autonomie ayant déclaré avoir signé une convention avec des services de soins, ou pouvant en bénéficier par le biais de son rattachement à une structure sanitaire Enquête EHPA, DREES, Situation au 31/12/2019
Une réponse aux principales inquiétudes des retraités et des aidants.
Les résidences autonomie répondent ainsi aux principales inquiétudes des retraités et des aidants. Les retraités qui n’envisagent pas de mobilité, pensant qu’on ne peut les accompagner dans leurs vulnérabilités et qu’ils devront nécessairement déménager en EHPAD. Des retraités qui redoutent par ailleurs d’intégrer un lieu collectif les privant de leur libre arbitre, de leur indépendance. Les aidants qui ne souhaitent pas « institutionnaliser » leur proche mais leur proposer un lieu de vie adapté, sécurisé et resocialisant.
Les résidences autonomie semblent répondre à ces souhaits et ces besoins avec toutefois des difficultés grandissantes d’équilibre économique en partie dues à un déficit d’attractivité. Leur manque de visibilité et les représentations erronées du public concerné, les freins particulièrement forts des seniors à la mobilité, restreignent l’accès à cette offre qui peut être estimée à tort inaccessible financièrement. Par ailleurs, le parc vieillissant nécessite des investissements conséquents pour une rénovation indispensable à la modernisation des lieux et de leur image auprès du public.
Évolution du nombre d’établissements par catégorie, de 1996 à 2015
Il faut soutenir le déploiement des résidences autonomie
Quelques pistes sont évoquées par différents acteurs pour soutenir le déploiement de cette offre d’habitat (élargissement du forfait autonomie, réattribution du forfait soins, aide à la pierre…) qui répond aux préoccupations des retraités de rester dans un chez soi indépendant, personnel tout en étant entourés, et plus largement aux enjeux de vieillissement de la population. La nature de l’offre et l’accompagnement des fragilités, la couverture territoriale et leur potentiel d’accueil font des résidences autonomie un maillon essentiel de la prise en charge de l’autonomie aujourd’hui et dans les années à venir.
Les résidences autonomie sont un maillon essentiel de la prise en charge de l’autonomie aujourd’hui et dans les années à venir.
Taux d’équipement en résidences autonomie pour 1 000 personnes âgées de plus de 75 ans en 2019 Source : Portail P A CNSA
L’association de fait DICRIMocratie s’appuie sur les DICRIM, Documents d’Information Communale sur les RIsques Majeurs, pour créer des circuits courts alimentaires et favoriser la coopération entre citoyens et élus locaux. Un appel à la citoyenneté active et à la coopération locale pour participer au devenir de nos territoires de vie. Parce que « Nous avons le pouvoir citoyen de construire notre bien commun !«
DICRIMocratie : Nous avons le pouvoir citoyen de construire notre bien commun !
La DICRIMocratie est une association de fait apartisane, asyndicale et apolitique, sauf dans le sens de la gestion de la cité. Son objet est de mettre en application, dans chaque commune de France, un DICRIM (Document d’Information Communal sur les RIsque Majeurs), compris au sein du PCS (Plan Communal de Sauvegarde), s’incluant dans des dispositifs départementaux, régionaux ou nationaux.
Elle regroupe toutes les structures ou les citoyens qui acceptent de coaliser, le temps de la réalisation de son objet, en dehors de toutes considérations particulières et privées (vote, sexualité, santé, spiritualité et religion).
Elle exerce ses actions dans l’intérêt général et le bien commun, dans le souci constant de l’intégrité psychique, physique, financière et sociale des concitoyens, et dans l’information à la population de l’existence du DICRIM.
La DICRIMocratie ne s’approprie pas les initiatives et les objets de ses composantes et conforte leur indépendance, leur libre-arbitre et leurs convictions dans une coopération respectueuse pour l’objectif commun.
La résilience sociale est la mère de toutes les résiliences.
Sans lien entre les humains, sans connexion, pas d’entraide possible.
Sans entraide, comment envisager pouvoir traverser des crises ensemble ?
Quels sont les risques majeurs … dont les citoyens doivent se prémunir ?
Les risques naturels : vagues de chaleur, inondations, tempêtes, sécheresse, séisme, etc.
Les risques technologiques : accidents industriels, accident nucléaire, ruptures de barrages, etc.
Les risques de santé publique : épidémies, maladies transmises par les moustiques, épizooties, alimentation, pollution, etc.
Les risques informatiques (non inclus dans le PCS) : cyberattaques par DDos, rançongiciels, espionnage, hacking de masse, Killware, etc.
Les risques terroristes(non inclus dans le PCS ): attentats, radicalisation, désinformations, manipulations, etc.
Les risques sociétaux et politiques (non inclus dans le PCS) : rupture de l’institution, grèves générales sur plusieurs semaines, insurrections, rupture des transactions internationales, etc.
Appel à l’action citoyenne
NOUS AVONS LE POUVOIR DE SAUVER LA PAYSANNERIE FRANÇAISE SUR SIMPLE DÉCISION CITOYENNE !
« Toute personne a un droit à l'information sur les risques majeurs naturels et technologiques auxquels elle est soumise dans certaines zones du territoire et sur les mesures de sauvegarde qui la concernent » - Article L125.2 du Code de l’environnement
Le constat
La paysannerie française traverse une crise structurelle depuis des décennies, héritée du modèle d’après-guerre, amplifiée par l’actualité récente, marquée par des manifestations persistantes fin 2025, et elle doit faire face à un risque majeur : sa disparition.
En 2026, les manifestations, voir la révolte sectorielle coalisante, exprimeront, une fois de plus, un refus contre la gestion sanitaire, le rejet du Mercosur, le désaccord des traités antérieurs de libre-échanges, la remise en question de l’appartenance à l’UE, la disparité des intérêts syndicaux, les profits minoritaires de l’agrobusiness, mais aussi un appel au respect du monde paysan qui se meure.
Le nombre d’exploitations chute drastiquement (- 100 000 en 10 ans), avec un âge moyen des exploitants à 51,4 ans, une détresse psychologique alarmante (environ 300 suicides par an), un endettement exponentiel et systémique, combiné à un isolement rural, une précarité des revenus, et une impossibilité de gérer ses coûts de production.
Ce constat appelle une urgence politique de soutien inconditionnel, de relocalisation, de protectionnisme, de circuits courts, et de coopération inaliénable dans un triptyque vertueux : Citoyens/Élus/Paysans.
L’appel
Le DICRIM (Document d’Information Communal sur les RIsques Majeurs, prévu par le Code de l’environnement) est un document obligatoire pour toute commune exposée au moins à un risque majeur.
Nous sommes tous de fait concernés !
En intégrant clairement les terres agricoles, les élevages, l’eau d’irrigation, les circuits courts, les abattoirs de proximité, etc, comme « enjeux » à protéger, le DICRIM oblige la commune à reconnaître la paysannerie comme un élément vital du territoire.
Il doit devenir LA réponse salvatrice et inopposable aux problèmes de paysannerie en obligeant les communes à penser, documenter et organiser la protection de leur système alimentaire local face aux risques majeurs.
L’agriculture locale doit être traitée comme une infrastructure critique de sécurité civile, avec mesures concrètes de sauvegarde et continuité alimentaire en cas de crise.
Sa portée dépend totalement de la façon dont maires, agriculteurs et citoyens s’en emparent, par l’usage politique offensif des élus et d’une pression des citoyens et des agriculteurs pour y faire figurer ces enjeux.
L’action
Nous appelons solennellement tous les citoyens à AGIR !
Une seule action : rédiger un courriel à l’attention de votre maire et des conseillers municipaux.
De Téhéran au fleuve Colorado, les signes d’un effondrement durable des ressources en eau se multiplient. La planète consomme aujourd’hui plus d’eau douce qu’elle n’est capable d’en renouveler. Sous l’effet du changement climatique et de décennies de surexploitation, de nombreuses régions du monde ne parviennent plus à se remettre des périodes de manque d’eau. Cette situation, que nous qualifions de « faillite hydrique », est omniprésente : elle touche déjà des milliards de personnes avec des conséquences déjà visibles sur les sociétés, l’agriculture et les écosystèmes.
Ce gouffre dans le cœur agricole de la Turquie montre comment le paysage peut s’effondrer lorsque l’on extrait plus d’eau souterraine que la nature ne peut en reconstituer. Ekrem07, 2023/Wikimedia Commons, CC BY-SA
Le monde utilise aujourd’hui tellement d’eau douce, dans un contexte de changement climatique, qu’il est désormais en situation de « faillite hydrique ». Par là, il faut comprendre que nombreuses régions ne sont plus en mesure de se remettre des pénuries d’eau à mesure que celles-ci deviennent de plus en plus fréquentes.
Environ 4 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale, vivent dans des conditions de grave pénurie d’eau (c’est-à-dire sans accès à une quantité d’eau suffisante pour répondre à tous leurs besoins) pendant au moins un mois par an.
En réalité, beaucoup plus de personnes subissent les conséquences du déficit hydrique : réservoirs asséchés, villes englouties, mauvaises récoltes, rationnement de l’eau, incendies de forêt et tempêtes de poussière dans les régions touchées par la sécheresse.
Les signes de faillite hydrique sont partout, de Téhéran, où les sécheresses et l’utilisation non durable de l’eau ont épuisé les réservoirs dont dépend la capitale iranienne, alimentant les tensions politiques, jusqu’aux États-Unis, où la demande en eau a dépassé les capacités du fleuve Colorado, une source cruciale d’eau potable et d’irrigation pour sept États.
Les sécheresses ont rendu plus difficile l’approvisionnement en eau pour le bétail et ont entraîné une malnutrition généralisée dans certaines régions d’Éthiopie ces dernières années. En 2022, l’Unicef estimait que jusqu’à 600 000 enfants auraient besoin d’un traitement contre la malnutrition sévère. Demissew Bizuwerk/UNICEF Ethiopia, CC BY
La faillite hydrique n’est pas seulement une métaphore du manque d’eau. Il s’agit d’une situation chronique qui se développe lorsqu’un endroit utilise plus d’eau que la nature ne peut en remplacer de façon fiable, et lorsque les dommages causés aux ressources naturelles qui stockent et filtrent cette eau, comme les aquifères et les zones humides, deviennent difficiles à réparer.
Kaveh Madani, directeur de l’Institut de l’Université des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé, explique le concept de « faillite hydrique » (interview en anglais)/TVRI World.
Reconnaître les signes de « faillite hydrique »
Lors d’une faillite financière personnelle, les signes avant-coureurs semblent au départ gérables : retards de paiement, compensés par des emprunts voire des ventes d’objets. Puis la spirale s’accélère. Les premières étapes d’une faillite hydrique sont assez similaires.
Cela commence doucement, d’abord les années sèches, où l’on augmente les prélèvements d’eau souterraine, on utilise des pompes plus puissantes ou encore des puits plus profonds.
Puis on va peut-être, pour répondre aux besoins, transférer l’eau d’un bassin à un autre. On assèche des zones humides et on rectifie le cours des rivières pour laisser de la place aux fermes et aux villes préexistantes.
La mer d’Aral (Asie centrale) a considérablement rétréci entre 2000 et 2011. Ce lac d’eau salée était autrefois de forme ovale et couvrait les zones claires jusqu’aux années 1980, mais la surexploitation agricole de plusieurs pays l’a fait disparaître. NASA
Ce dernier phénomène, appelé subsidence, surprend souvent les gens. Il s’agit pourtant d’un signe caractéristique lié au manque d’eau. Lorsque les nappes phréatiques sont surexploitées, la structure souterraine, qui retient l’eau presque comme une éponge, peut s’effondrer. À Mexico, le sol s’affaisse d’environ 25 centimètres par an. En effet, une fois que les « pores » du sol sont compactés, leur recharge en eau est plus difficile et moins efficace.
Le Global Water Bankruptcy report, publié ce 20 janvier 2026, montre à quel point ce phénomène est en train de se généraliser. L’extraction des eaux souterraines a contribué à un affaissement important du sol sur plus de 6 millions de kilomètres carrés, y compris dans les zones urbaines où vivent près de 2 milliards de personnes. Jakarta (Indonésie), Bangkok (Thaïlande) et Hô Chi Minh-Ville (Vietnam) sont parmi les exemples les plus connus en Asie.
L’agriculture est le plus grand consommateur d’eau au monde, responsable d’environ 70 % des prélèvements mondiaux d’eau douce. Lorsqu’une région est confrontée à un manque d’eau, l’agriculture devient plus difficile et plus coûteuse. Dans certains cas, les agriculteurs peuvent perdre leur emploi, les tensions peuvent augmenter et la sécurité nationale peut être menacée.
Environ 3 milliards de personnes et plus de la moitié de la production alimentaire mondiale sont concentrées dans des régions où les réserves d’eau sont déjà soit en déclin, soit instables. Plus de 1,7 million de kilomètres carrés de terres agricoles irriguées sont déjà soumises à un stress hydrique élevé ou très élevé. Cela menace la stabilité de l’approvisionnement alimentaire dans le monde entier.
En 2021, en Californie, une grave sécheresse et une pénurie d’eau ont contraint certains agriculteurs à abandonner les cultures nécessitant beaucoup d’irrigation, notamment les amandiers. Robyn Beck/AFP
Chaque année, la nature offre à chaque région une « rente » d’eau sous forme de pluie et de neige. On peut la considérer comme un compte courant : c’est la quantité d’eau à dépenser et à partager avec la nature dont nous disposons chaque année.
Le 10 novembre 2025, le niveau d’eau du barrage de Latyan, près de Téhéran, était particulièrement bas. Ce réservoir, qui alimente en partie la capitale iranienne en eau potable, a connu une forte baisse en raison d’une sécheresse prolongée et d’une demande d’eau croissante dans la région. Bahram/Middle East Images/AFP
Lorsque la demande augmente, nous pouvons puiser dans notre compte d’épargne. Nous prélevons alors plus d’eau souterraine que ce que les milieux peuvent reconstituer. Autrement dit, nous volons la part d’eau dont la nature a besoin et asséchons les zones humides au cours du processus. Cela peut fonctionner quelque temps, tout comme l’endettement peut financer un mode de vie dépensier pendant un certain temps.
Ces sources d’eau sont aujourd’hui en train de disparaître, en tout cas à long terme. En cinq décennies, le monde a perdu plus de 4,1 millions de kilomètres carrés de zones humides naturelles. Les zones humides ne se contentent pas de retenir l’eau. Elles la purifient, atténuent les inondations et servent d’abri à la faune et la flore.
La qualité de l’eau diminue également. La pollution, les intrusions d’eau salée et la salinisation des sols peuvent rendre l’eau trop souillée et trop salée pour être utilisée, contribuant ainsi à la pénurie d’eau.
Le changement climatique aggrave la situation en réduisant les précipitations dans de nombreuses régions du monde. Il augmente aussi les besoins en eau des cultures et la demande en électricité pour pomper davantage d’eau. Il provoque enfin la fonte des glaciers qui stockent l’eau douce.
Malgré ces problèmes, les États continuent de prélever toujours plus d’eau pour soutenir l’expansion des villes, des terres agricoles, des industries et désormais des data centers.
Tous les bassins hydrographiques du monde ne sont heureusement pas en situation de faillite hydrique. Mais n’oublions pas que ces bassins sont interconnectés du fait de la géographie, du commerce, mais également des migrations et du climat. La faillite hydrique d’une région exercera une pression supplémentaire sur les autres et peut ainsi accroître les tensions locales et internationales.
Arrêter l’hémorragie : la première étape consiste à reconnaître que le bilan est déséquilibré. Cela implique de fixer des limites de consommation d’eau qui reflètent la quantité d’eau réellement disponible, plutôt que de simplement forer plus profondément et reporter le problème sur les générations futures.
Dans les petits États insulaires, comme les Maldives, l’élévation du niveau de la mer menace l’approvisionnement en eau lorsque l’eau salée s’infiltre dans les aquifères souterrains, détruisant les puits. UNDP Maldives 2021, CC BY
Consommer moins d’eau, mais la partager de façon plus équitable : la gestion de la demande en eau est devenue inévitable dans de nombreux endroits, mais les plans qui réduisent l’approvisionnement des populations pauvres tout en protégeant les plus puissants sont voués à l’échec. Les approches sérieuses comprennent des mesures de protection sociale, un soutien aux agriculteurs pour qu’ils se tournent vers des cultures et des systèmes moins gourmands en eau, et des investissements dans l’efficacité hydrique.
Mesurer ce qui compte vraiment : de nombreux pays gèrent encore l’eau avec des informations partielles. Pourtant, des méthodes modernes, comme la télédétection par satellite, facilitent la surveillance des réserves d’eau et des tendances globales. Cela permettrait d’émettre des alertes précoces concernant l’épuisement des nappes phréatiques, l’affaissement des sols, la disparition des zones humides, le recul des glaciers et la détérioration de la qualité de l’eau.
Prévoir moins d’eau : le plus difficile aspect d’une faillite est l’aspect psychologique. C’est cette dimension qui nous oblige à abandonner ce qu’on tenait pour acquis. La faillite hydrique implique de repenser les villes, les systèmes alimentaires et les économies pour respecter de nouvelles limites et éviter que celles-ci ne se resserrent encore davantage.
En matière d’eau, comme de finance, la faillite peut être un tournant. L’humanité peut continuer à dépenser comme si la nature offrait un crédit illimité, ou elle peut apprendre à vivre sans outrepasser les limites de ses ressources hydrologiques.
Un domaine hôtelier, 6 ans de sécheresse, et une question qui change tout
6 ans de restrictions d’eau consécutives. Des débits de rivière en baisse de 30 à 40 % depuis les années 90. C’est le contexte dans lequel évolue l’un des sites que Lumia accompagne actuellement.
Au cœur de ce territoire sous tension : un grand domaine hôtelier avec spa, thermes, bassins et un parc de 10 hectares. Un très gros consommateur d’eau et une question qui s’est imposée différemment : et si cette dépendance à l’eau devenait le moteur de la transformation, plutôt qu’une contrainte à gérer ?
Ce changement de regard a tout modifié. Les eaux usées du territoire, déjà retraitées localement jusqu’à devenir selon un responsable de l’assainissement rencontré sur place une ressource quasi potable, constituent une piste concrète inexploitée. La végétalisation du parc n’est plus une question d’esthétique : les arbres filtrent, infiltrent, alimentent les nappes. Chaque élément du site, piscine, toitures, parking, devient une occasion de repenser le rapport à l’eau dans une logique de circularité globale.
C’est ça, un fil conducteur régénératif. Pas une action de plus dans un plan RSE. Un enjeu suffisamment ancré dans le territoire pour donner de la cohérence à l’ensemble des transformations. Chaque site a sa ressource critique. Sa tension particulière. Sa singularité. La reconnaître, c’est déjà commencer à se transformer.
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