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Les dirigeants français maintiennent le cap de l’engagement malgré la conjoncture

La Communauté “Les entreprises s’engagent” dévoile les résultats de la troisième édition de son Baromètre de l’engagement des entreprises. Alors que la conjoncture économique pèse sur les entreprises et que certains annonçaient la fin de la RSE, le Baromètre 2025, réalisé par Ipsos BVA en partenariat avec La Tribune, révèle une réalité très différente : les dirigeants français n’abandonnent pas l’engagement. Ils s’accrochent, persistent et maintiennent le cap. 

Dans cette période de doutes, où les vents contraires soufflent sur les politiques sociales et environnementales, beaucoup redoutaient un effondrement des chiffres. L’engagement des entreprises a pourtant résisté. Il demeure, solide, profondément ancré dans les territoires.

« Dans le contexte, on pensait que la RSE passerait au second plan, au profit d’un recentrage brutal sur le business. Ce Baromètre montre exactement l’inverse : quand le contexte se durcit, l’engagement ne disparaît pas, il se renforce. Les entreprises françaises prouvent qu’elles veulent continuer à agir, et qu’elles ont besoin qu’on les accompagne pour aller encore plus loin« , souligne Sylvain Reymond, Directeur général de la Communauté « Les entreprises s’engagent »

Les points clés à retenir

  1. Des entreprises conscientes de leur impact au sein de la société française (83%) et au fait d’une prise en compte incontournable des enjeux sociaux (89%) et environnementaux (84%).
  2. Un désir de s’engager amorcé pour huit entreprises Françaises sur dix (80%) notamment sur les dimensions sociales telles que l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes (87%), l’engagement en faveur de la jeunesse (85%) et la lutte contre les discriminations (81%).
  3. Cependant, la mise en œuvre de pratiques sociales et environnementales plus vertueuses demeure difficile pour les entreprises (84%) qui déplorent également le manque de soutien de l’État (63%). La principale difficulté identifiée par plus de la moitié des entreprises est la conciliation entre engagement et performance (56%). Lorsqu’elles mettent en place des pratiques vertueuses, près d’une entreprise sur cinq observe une augmentation de sa performance (17%).
  4. Dans un contexte changeant aux États-Unis sur les programmes diversité, équité et inclusion, il est primordial que les entreprises continuent de s’engager pour une majorité relative (47%).
  5. Une dimension territoriale à intégrer dans les politiques d’engagement pour la quasi-totalité des entreprises (97%) avec en principal bénéfice un soutien à l’économie locale (53%).

L’engagement, toujours une priorité pour les dirigeants

Opinion des entreprises concernant leurs engagements sociaux et environnementaux
Q1. Êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec chacune des affirmations suivantes ?
Cette année encore, les dirigeants s’accordent sur le fait que la prise en compte des enjeux sociaux sont devenus incontournables pour les entreprises. Un léger recul sur l’envie d’aller encore plus loin dans leur engagement.
Continuité de l’engagement des entreprises françaises Dans un contexte international compliqué, les dirigeants français jugent toutefois primordial de continuer à s’impliquer.
Q15. Avec la remise en cause des programmes diversité, équité et inclusion aux Etats-Unis, pensez-vous qu’il est primordial, important mais pas primordial ou secondaire que les entreprises françaises continuent à s’engager ?

En 2025, la prise en compte des enjeux sociaux reste incontournable pour 89 % des dirigeants.

Une très large majorité –  86 % – affirme vouloir avoir un impact positif sur la société et l’environnement, confirmant que la responsabilité sociale demeure un enjeu stratégique pour l’entreprise française.

Et cette conviction se traduit dans les faits :

8 entreprises sur 10 ont déjà mis en place des actions concrètes.

Autrement dit, malgré la pression économique, les dirigeants ne décrochent pas.

Dans un contexte international marqué par une remise en cause de certains programmes de diversité, équité et inclusion, la France maintient sa trajectoire : 80 % des dirigeants jugent primordial de poursuivre leur engagement. Le “backlash” attendu n’a pas eu lieu.

L’engagement comme facteur de cohésion sociale

Spécificités d’une entreprise engagée
Pour deux tiers des dirigeants, une entreprise qui s’engage est une entreprise qui met en œuvre des actions concrètes pour réduire l’impact de ses activités et qui adopte une démarche socialement et environnementalement responsable.
Q2. Pour vous, une entreprise qui s’engage, c’est avant tout une entreprise qui… En 1er ? Et ensuite ? Plusieurs réponses possibles

L’étude révèle une conviction partagée : les entreprises ont un rôle à jouer dans le vivre-ensemble, position soutenue par 83 % des dirigeants.

Leurs priorités demeurent stables et en prise directe avec les défis sociaux :

  • l’égalité entre les femmes et les hommes,
  • l’engagement en faveur de la jeunesse,
  • la lutte contre les discriminations.
Opinion à l’égard du rôle des entreprises pour favoriser le vivre ensemble dans la société française
Pas de changement par rapport à 2024 : une large majorité de dirigeants considère que les entreprises ont un rôle à jouer dans le renforcement du vivre-ensemble au sein de la société française. Plus d’un tiers d’entre eux (35%, +1 pt) vont plus loin, affirmant qu’il s’agit là d’une responsabilité qui leur incombe.
Q13. Selon vous, les entreprises ont-elles un rôle à jouer pour favoriser le vivre ensemble et assurer la cohésion sociale au sein de la société française ?

Une dynamique ancrée dans les territoires

L’un des enseignements les plus forts du baromètre concerne la territorialisation de l’engagement : 97 % des dirigeants estiment qu’elle doit occuper une place centrale.

Pour les TPE et PME, cette dimension locale est au cœur de leurs actions : emploi, achats de proximité, partenariats locaux. Preuve que l’engagement est d’abord un enjeu de proximité, concret et quotidien.

Actions déjà engagées ou à venir
À l’instar de 2024, les initiatives déjà engagées se concentrent notamment sur des thématiques telles que l’égalité professionnelle entre les genres, l’engagement en faveur de la jeunesse ou la lutte contre les discriminations. En revanche, l’engagement en faveur des séniors et des personnes vulnérables régresse.
Q7. Je vais maintenant vous citer différents domaines. Veuillez m’indiquer ceux pour lesquels votre entreprise a engagé des actions, ou a l’intention de le faire.

Des attentes fortes vis-à-vis des pouvoirs publics

Si l’envie d’agir est solide, la mise en œuvre reste difficile : 84 % des dirigeants jugent les engagements “complexes à mettre en place”. Ils expriment une demande forte d’accompagnement : 

  • 79 % souhaitent une meilleure information sur les moyens d’agir,
  • beaucoup appellent à une simplification des dispositifs existants et à un renforcement du dialogue avec l’État.
Raisons de mise en place de pratiques sociales et environnementales
Bien que la mise en œuvre de ces pratiques puisse être motivée par leur conformité légale ou leur effet bénéfique sur l’attractivité de l’entreprise, une majorité de dirigeants met en avant sa contribution positive à la société et à l’environnement. De plus, les considérations liées à la marque employeur et à l’aspect juridique progressent.
Q6. Pour quelles raisons votre entreprise a-t-elle engagé ou a -t-elle l’intention d’engager des actions sur le plan social et environnemental ? Total supérieur à 100% car plusieurs réponses étaient possibles

Les entreprises ne renoncent pas : elles demandent simplement les moyens d’aller plus loin. C’est le rôle de la Communauté “Les entreprises s’engagent”. 

Des retombées positives et mesurables

Parmi les entreprises engagées, les effets sont tangibles :

  • 58 % constatent une amélioration de leur image de marque,
  • 48 % observent une motivation accrue des collaborateurs,
  • 33 % ont obtenu de nouvelles opportunités commerciales,
  • Ils sont aussi 17 % à juger leur entreprise plus performante.

L’engagement apparaît ainsi comme un levier de résilience, un facteur de cohésion interne, et un moteur durable de performance.

Opinion des entreprises concernant leurs engagements sociaux et environnementaux
Une difficulté dans la mise en œuvre toujours critiquée par les entreprises et des attentes trop élevées sans pour autant être suffisamment soutenues.
Q1. Êtes-vous d’accord ou pas d’accord avec chacune des affirmations suivantes ?

Infographie du Baromètre 2025 de l’engagement des entreprises

Baromètre de l’engagement des entreprises | Octobre 2025

Le Guide méthodologique du Faire ensemble pour des communautés d’action dans la transition écologique

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Sans communautés d’action, la transition écologique restera une ambition isolée, incapable de produire les transformations systémiques nécessaires. Les défis socio-environnementaux ne peuvent être traités par une logique sectorielle ou descendante. Leur complexité appelle au contraire des réponses coopératives, capables de mobiliser à la fois les expertises institutionnelles, les savoirs citoyens et les dynamiques locales. Le Guide méthodologique du Faire ensemble de la Fonda fournit des outils précieux pour dépasser cette difficulté ety propose une méthode structurée pour constituer, organiser et animer ces communautés d’action.

Sommaire du Guide méthodologique du Faire ensemble

Les points clés essentiels

Par Pierre-Henry Dodart, Administrateur de l’État engagé pour la transition écologique

Le guide insiste ainsi sur plusieurs points clés essentiels :

  • ✔️ Diagnostiquer collectivement les besoins : avant d’agir, il est indispensable de comprendre ensemble les réalités du terrain. Cela signifie associer les habitants, les professionnels, les institutions et les acteurs économiques pour identifier les véritables enjeux. Ce travail partagé permet d’éviter les solutions plaquées de l’extérieur, souvent inefficaces ou mal acceptées, et de partir des besoins réels pour construire des actions adaptées.
  • ✔️ Créer une vision partagée : la transition écologique suppose de dépasser les visions individuelles pour élaborer un horizon commun. Le guide propose des méthodes pour construire ce cap collectif, en faisant émerger des objectifs partagés, réalistes et mobilisateurs. Cette vision commune sert ensuite de repère à toutes les actions du collectif, en renforçant leur cohérence et leur impact.
  • ✔️ Animer la coopération dans la durée : construire une communauté d’action ne suffit pas ; il faut aussi l’entretenir. Cela implique de cultiver la confiance entre les membres, de valoriser la reconnaissance mutuelle, et d’adapter les stratégies au fil des évolutions du contexte. Le guide montre comment accompagner cette dynamique vivante, en tenant compte des rythmes différents des participants et des obstacles inévitables.
  • ✔️ Faire du « faire ensemble » une compétence collective : au-delà de chaque projet, le guide invite à ancrer durablement la capacité à coopérer dans les pratiques des acteurs. Il s’agit d’apprendre ensemble à agir de manière plus horizontale, ouverte et réflexive, pour que la coopération devienne un réflexe collectif, et non une exception.

Ce guide montre que la coopération ne se décrète pas. Elle se construit patiemment, par l’intelligence collective, la mise en synergie des énergies locales et l’apprentissage commun.

le « faire ensemble » est la condition de la transition écologique

Pierre-Henry Dodart, Administrateur de l’État engagé pour la transition écologique

Se projeter vers un horizon commun

Nils Pedersen, président de la Fonda

L’histoire montre que les combats pour la liberté et le développement du fait associatif ont été gagnés quand ils ont été portés collectivement. Définie par l’article 1er de la loi 1901, l’association est la « convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, d’une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices ».

Faire association, c’est donc faire ensemble : choisir le commun plutôt que l’intérêt particulier, le long terme plutôt que l’immédiateté, la coopération plutôt que la compétition.

Nils Pedersen – Président de la Fonda

Pour Nils Pedersen, Président de la Fonda, « la portée politique du fait associatif est pourtant souvent méconnue. À l’heure où la verticalité du pouvoir montre ses limites, faire association s’impose« .

Depuis sa création en 1981, la Fonda contribue à développer et à structurer la vie associative de notre pays et à son rayonnement en Europe. Notre association est animée par la conviction que l’associativité n’est pas seulement un marqueur de citoyenneté, elle en est la matrice même.

La Fonda documente les pratiques associatives, éclaire leurs enjeux1 et en valorise l’apport essentiel à la société. Depuis 2010, elle nourrit sa réflexion grâce à une démarche de prospective2 participative appliquée aux associations. Ces explorations au long cours lui ont permis de mettre en lumière l’émergence de nouveaux modes d’action plus coopératifs, qui renouvellent l’esprit originel du fait associatif.

La Fonda a forgé un nouveau concept :
la « communauté d’action ».

Il ne s’agit ni d’une nouvelle institution ni d’un nouveau dispositif, mais d’un groupe d’acteurs qui
décident de mener ensemble une stratégie d’impact collectif
3. Pour le dire autrement, c’est le
progrès de l’action qui est recherché avec la mise en commun de moyens, de connaissances et d’engagements
4.

Cette vision, qui articule approche systémique des enjeux et promotion de la coopération, est en phase avec l’Agenda 2030 des Nations unies. Ce dernier ne se limite pas à un idéal de société. Bien au contraire, il fixe les objectifs à atteindre qui définissent les conditions mêmes de notre existence et de la durabilité de notre planète. Il propose également une méthode, qui repose sur l’horizontalité et
la coopération
entre grandes familles d’acteurs.

Le 17e Objectif de développement durable — Partenariats pour la réalisation des objectifs — n’appelle-t-il pas de manière explicite une association entre États, collectivités territoriales, entreprises et autres organisations de la société civile5 ?

Toutefois, ceux qui ont tenté de telles coopérations le reconnaissent :
cela n’a rien d’intuitif. Entre des organisations aux histoires, aux ambitions, aux cultures et aux temporalités différentes, il est parfois difficile de « faire communauté », même avec la
meilleure volonté.

Derrière les incitations — voire les injonctions — à agir en partenariat, les acteurs se trouvent souvent démunis. Ils ont besoin d’éclairages méthodologiques et d’exemples. C’est dans cet esprit que la Fonda a lancé en 2017 l’un de ses grands chantiers : « Faire ensemble 2030 », qui porte aujourd’hui ses fruits.

Son objectif est d’outiller les acteurs associatifs, mais aussi leurs partenaires, dans la création de communautés d’action. Ces dernières ne se font pas en un jour : elles sont le fruit d’une construction longue, patiente et méticuleuse, avec des succès et des échecs.

Tout en s’enracinant dans un passage à l’action concret, cette méthode nous permet de nous projeter collectivement vers un horizon commun.

Faire ensemble, c’est parier sur l’intelligence collective, et contrer le réflexe de mise en concurrence
ou de repli. C’est aussi reconnaître la diversité et la pluralité des parties prenantes6 de l’Agenda 2030.

En somme, c’est nous donner les moyens de construire dès aujourd’hui, ce monde inclusif et durable que nous appelons de nos vœux.

Nils Pedersen
Président de la Fonda

1 – Déclencher l’action

La constitution d’une communauté d’action ne s’improvise ni ne se décrète. C’est le fruit d’un processus qui demande du temps, de l’énergie, de l’engagement et des moyens. Pour déclencher l’action, il convient :

  • — D’identifier et caractériser un besoin social peu ou mal satisfait. C’est ce pourquoi des acteurs veulent unir leurs forces pour construire ensemble une solution transformatrice : il s’agit de répondre à des enjeux, des défis qui font sens sur un territoire donné. — De mobiliser les personnes concernées par cette problématique. Cette étape implique d’aller à leur rencontre, de leur présenter la démarche, de les consulter sur sa pertinence, de les convaincre de s’y impliquer et de les inclure dans la communauté d’action, si cela se justifie.
  • — De définir le périmètre d’action de la communauté d’action. Tous les acteurs n’interviennent pas à la même échelle (locale, départementale, nationale) ni avec le même découpage administratif (région, département, etc.) Il est donc fondamental de prendre en compte la diversité des acteurs engagés,
    et de s’assurer qu’ils sont d’accord sur le périmètre retenu.
    Une fois que la communauté d’action commence à prendre forme, il est indispensable de se doter de solides fondations :
  • Construire une vision partagée des enjeux, et des réponses existantes. Pour donner corps à la communauté d’action, il est nécessaire de réaliser collectivement un état des lieux sur la problématique, mais aussi de cartographier l’écosystème d’acteurs en précisant les actions déployées. Enfin, une réflexion commune sur les ressorts, les conditions et les avantages de la coopération permet de consolider la communauté d’action.
  • Construire un cap collectif. Cela revient à définir pour les participants « ce qui compte » pour la communauté d’action et à le traduire en horizon de transformation. Cette étape clé va ensuite permettre de construire le dispositif de suivi et d’évaluation (voir chapitre 2 « organiser la communauté d’action »).
  • Favoriser l’interconnaissance entre les participants. Pour la constitution de la communauté d’action, la création de liens de confiance entre les participants est primordiale. Cela implique de consacrer du temps, de l’énergie, en faisant appel à la créativité, pour que les membres de la communauté apprennent à se connaître et à se faire confiance, ainsi qu’à mieux appréhender les structures et
    les dispositifs existants.

Préfigurer la communauté d’action

La communauté d’action est « un groupe d’acteurs qui décident ensemble de mener une action déterminée et qui se donnent pour cette action, les moyens de mesurer l’efficacité7 de ce qu’ils font8. » Toutefois, la constitution d’une telle communauté ne s’improvise pas et exige du temps, de l’énergie, et une envie de « faire ensemble » pour une cause commune.

Poser les fondations d’une Communauté d’action

La communauté d’action a désormais besoin de fondations solides avant d’organiser ses actions. Cela implique pour les membres d’apprendre à (mieux) se connaître, à s’accorder sur une vision commune de la problématique et de définir un cap collectif partagé.

2 – Organiser l’action

Une fois que la communauté d’action s’est dotée de solides fondations (voir chapitre 1 « déclencher l’action »), il est temps de structurer le collectif. Le bon déroulé de cette structuration reposera en partie sur la fonction de soutien (voir préambule « La fonction de soutien »). Pour organiser la communauté d’action, il convient :

  • — De se doter d’une démarche d’évaluation. Véritable outil de pilotage, l’évaluation doit être pensée dès les premières actions du collectif. Cette co-construction permet de s’assurer que les membres ont une vision partagée des objectifs qu’ils veulent atteindre.
  • — De définir un modèle socio-économique. Pour réaliser son projet, le collectif a besoin de ressources et de moyens. Au-delà de l’aspect financier, la définition du modèle socio-économique va permettre de structurer le collectif dans la durée et ainsi le pérenniser.
  • — De choisir un schéma de gouvernance. En formalisant les engagements de chaque partie prenante, le schéma de gouvernance aligne le fonctionnement de la communauté d’action sur ses valeurs et ses objectifs.
  • — D’établir une stratégie de communication. La stratégie de communication permet à la fois d’améliorer la coordination entre les membres et de renforcer l’engagement des parties prenantes.

Se doter d’une démarche d’évaluation

La co-construction d’un cadre et d’un dispositif d’évaluation9 est une étape importante dans la structuration d’une communauté d’action : elle permet de s’assurer que les membres ont bien une vision partagée des objectifs qu’ils veulent atteindre ensemble. C’est aussi un véritable outil de pilotage, la démarche d’évaluation permettant de s’assurer de leur atteinte. Elle permet ainsi de mesurer les progrès comme les effets de l’action collective.

Dernière étape : bâtir une feuille de route. Ce plan d’action dont se dote la communauté d’action se base sur les éléments clés qui auront été adoptés collectivement (évaluation, gouvernance, modèle socio-économique et communication). Clé de voute de cette phase de structuration de la communauté d’action, la feuille de route organise les actions à court, moyen et long terme. Une fois que le collectif s’est doté d’une feuille route, il ne reste plus qu’à faire vivre cette coopération (voir chapitre 3 « animer le collectif »)

Définir un modèle socio-économique

Le modèle socio-économique10 désigne la structure des ressources et des moyens dont dispose la communauté d’action pour réaliser son projet, et la manière dont ceux-ci sont affectés. L’analyse du modèle socio-économique permet de vérifier la cohérence11 des moyens par rapport aux valeurs et aux objectifs de la communauté d’action. La construction d’un modèle socio-économique est donc une étape importante, car elle va permettre de structurer le projet dans la durée et d’identifier les ressources à activer pour le pérenniser.

Choisir un schéma de gouvernance

La gouvernance est définie par les « différents mécanismes permettant un alignement du fonctionnement de l’organisation sur les objectifs et les valeurs de son projet »12. Un collectif a besoin d’un cadre pour éviter certains écueils communs : des décisions unilatérales, un partage d’informations laborieux ou des périmètres d’action redondants. Choisir un schéma de gouvernance13 adapté, c’est donc poser les conditions nécessaires au bon fonctionnement de la communauté d’action, mais aussi assurer une coopération sereine.

Établir une stratégie de communication

Communiquer implique de se doter d’un cadre commun et de règles partagées, comprises et acceptées par l’ensemble des parties prenantes. Le rôle de la fonction de soutien14 va être alors de veiller à ce que ce cadre commun puisse être mis en œuvre, et parfois, de rappeler les règles. Un groupe de travail15 dédié peut s’avérer nécessaire pour effectuer toutes les tâches inhérentes à un travail de communication, avec un degré d’intensité à définir au préalable par les parties prenantes : événements, réseaux sociaux, relations presse…

Bâtir une feuille de route

La feuille de route16 est un plan d’action commun dont se dote la communauté d’action. Son objectif est de structurer, mettre en cohérence et organiser les actions à court, moyen et long terme. Pour les membres de la communauté d’action, comme pour les partenaires externes, la définition d’une feuille de route est essentielle, car elle permet de suivre les progrès de l’action collective dans le temps.

3 – Animer la communauté d’action

Dotée de solides fondations (voir chapitre 1 — Déclencher), la communauté d’action s’est structurée en choisissant collectivement une démarche d’évaluation, un modèle socio-économique, un schéma de gouvernance et une stratégie de communication17 (voir chapitre 2 — Organiser).
L’ensemble de ces éléments est synthétisé dans une feuille de route, véritable boussole de la communauté d’action. Les communautés d’action sont néanmoins des organisations apprenantes : c’est chemin faisant que les modalités de fonctionnement idéales seront stabilisées, au gré des avancées, des nouvelles arrivées dans le collectif, des essais… Le rôle de la fonction de soutien est maintenant (voir préambule)
d’animer la communauté d’action. Pour cela, il convient :

  • — De faire vivre le collectif. Une communauté d’action ne vit que dans la durée. Pour remobiliser régulièrement les membres, la fonction de soutien a besoin d’être portée par plusieurs personnes ou structures.
  • — De piloter la communauté d’action. En s’appuyant sur la feuille de route notamment, la fonction de soutien assure l’évaluation des premières actions coordonnées. Si celles-ci s’avèrent caduques, les orientations stratégiques doivent être réétudiées, en utilisant la prospective.
  • — De capitaliser les enseignements. En transformant ses actions en apprentissages reproductibles, la capitalisation s’avère stratégique pour la communauté d’action. Capitaliser ses enseignements lui permet de grandir, mais aussi d’enclencher des changements culturels systémiques.
  • « Faire (ensemble) système ». Cette conclusion de la déléguée générale de la Fonda Charlotte Debray éclaire les enjeux de ce guide et notamment son dispositif de transmission.

Faire vivre cette coopération s’apparente malheureusement souvent à un travail de Sisyphe : chaque nouveau membre demande un temps d’acculturation, chaque nouvelle action coordonnée un processus de délibération, chaque changement de l’environnement d’action une réorientation stratégique, etc

À défaut de proposer une formule miracle, ce guide vous propose un aperçu des outils à votre disposition, des structures capables de vous accompagner et des concepts développés au fil des pages (voir chapitre 4 — Et après ?).

Faire vivre la communauté d’action

La fonction de soutien joue un rôle majeur dans le déclenchement et la structuration de la communauté d’action. Idéalement portée par plusieurs personnes ou structures, elle demeure primordiale pour faire vivre la communauté d’action dans la durée. C’est elle qui fait vivre le collectif et remobilise régulièrement les membres. En cas de départ des participants ou de nouveaux membres, elle effectue un travail précieux de passage de relais pour les premiers et d’acculturation des seconds.

Piloter la communauté d’action

Après avoir structuré la communauté d’action, la fonction de soutien assure l’évaluation dès les premières actions à l’aune des documents établis précédemment, dont la feuille de route. Ce document de référence, véritable boussole du projet collectif, n’est néanmoins pas gravé dans le marbre : conserver son cap n’est pas un objectif en soi. Lorsque c’est nécessaire, il convient de réinterroger les orientations stratégiques, avec l’aide de la prospective

Capitaliser les enseignements

La capitalisation consiste à transformer des actions en apprentissages partageables, valorisables et reproductibles. Elle se révèle décisive pour les membres de la communauté d’action, ainsi que pour les acteurs de l’écosystème. Pour être menée à bien, elle suppose de s’appuyer sur un dispositif d’évaluation co-construit et approprié par les membres afin de collecter et analyser les données, et d’en tirer des enseignements stratégiques18 ou méthodologiques19.

Projets en coopération

Guide méthodologique du Faire ensemble

Cartographie


  1. Enjeu : Ce qui est en jeu, ce qui compte sur une thématique donnée. Quelque chose que l’on veut absolument préserver, améliorer ou obtenir. ↩︎
  2. Prospective : Initiée en France par Gaston Berger, la prospective pose pour principe que « demain est moins à découvrir qu’à inventer ». L’examen systématique des tendances vise à prendre en compte l’évolution de l’environnement d’action et à identifier les actions nécessaires pour faire advenir un futur souhaitable.
    Tendances : En prospective, ce terme désigne des faits objectifs, observables et mesurables, inscrits dans la durée ou émergents.
    Tendances lourdes : Phénomènes inévitables, qui structurent nos sociétés.
    Signaux faibles : Phénomènes émergents, qui peuvent se généraliser et introduire des changements profonds dans nos sociétés. ↩︎
  3. Fay Hanleybrown, John Kania et Mark Kramer, « Canaliser le changement : comment réussir l’impact Collectif », Stanford Social Innovation Review, 2012. ↩︎
  4. Yannick Blanc, « Qu’est-ce qu’une communauté d’action ? », Les associations dans un monde en transition,Tribune Fonda n° 230, juin 2016. ↩︎
  5. Société civile : L’ensemble des acteurs, des institutions et des dispositifs réglementaires qui animent et organisent l’espace public. Chaire Unesco Politiques Urbaines et Citoyenneté, « La démocratie
    française sous tension
    », septembre 2020. ↩︎
  6. Parties prenantes : Institution, organisation, communauté, collectif ou individu qui est concerné par un projet et ses conséquences, en y prenant une part active ou en subissant les conséquences. ↩︎
  7. Efficacité : Évaluation qui consiste à mesurer si les objectifs de l’action ont été atteints, ou sont en train de l’être. ↩︎
  8. Yannick Blanc, « Numérique et démocratie », Les associations dans un monde en transition, Tribune Fonda n° 230, juin 2016. ↩︎
  9. Dispositif d’évaluation : Méthodes et outils qui vont permettre d’évaluer, c’est-à-dire de collecter les indicateurs retenus puis de les « faire parler » en fonction des questions évaluatives. Le dispositif d’évaluation précise une feuille de route, les acteurs impliqués à chaque étape de cette feuille de route, les
    instruments de collecte de données, ainsi que les modalités de capitalisation méthodologique sur la démarche elle-même. ↩︎
  10. Modèle socio-économique : Ensemble des ressources et des moyens dont un projet dispose, et plus
    précisément la manière dont ceux-ci sont affectés au projet pour son bon fonctionnement. ↩︎
  11. Cohérence : Évaluation de la cohérence consiste à vérifier l’adéquation des moyens engagés avec les objectifs. ↩︎
  12. Christian Hoarau et Jean-Louis Laville, La gouvernance des associations. Économie, sociologie, gestion, ÈRES, 2008. ↩︎
  13. Gouvernance : Différents mécanismes permettant un alignement du fonctionnement de l’organisation sur les objectifs et les valeurs de son projet.
    Schéma de gouvernance : Présentation détaillée des mandats de chaque instance (équipe projet,
    copil, cotech, etc.), des acteurs qui y siégeront et leurs engagements, des circuits de communication et de décision. ↩︎
  14. Fonction de soutien : Groupe d’individus, de structures ou structure ad hoc qui facilite la participation des différents acteurs d’une communauté d’action, tout en créant les conditions de sa pérennisation et de son développement dans la durée. La littérature anglophone sur l’impact collectif l’appelle la fonction backbone, c’est-à-dire la colonne vertébrale. Activités qui contribuent au fonctionnement d’une structure et sans l’appui desquelles celle-ci ne peut pas mener ses actions (gestion administrative et financière, communication…) ↩︎
  15. Groupe de travail : Instance regroupant plusieurs personnes ou structures afin de concevoir et réaliser un projet à la communauté d’action ou résoudre un problème spécifique qu’elle rencontre. ↩︎
  16. Feuille de route : Plan dont les actions sont enchaînées et échelonnées. La feuille de route d’une communauté d’action est composée d’un dispositif d’évaluation, d’un modèle socio-économique, d’un
    schéma de gouvernance et d’une stratégie de communication. ↩︎
  17. Stratégie de communication : Feuille de route définissant l’utilité de la communication du collectif, son
    périmètre, sa fréquence, les acteurs visés et par quels canaux. ↩︎
  18. Enseignements à caractère stratégique : Apprentissages tirés de la réponse aux questions suivantes : quelle est la meilleure combinaison d’action pour atteindre nos objectifs ? Que les objectifs soient atteints ou pas, comment devons-nous modifier notre feuille de route ? ↩︎
  19. Enseignements à caractère méthodologique : Apprentissages tirés de la réponse aux questions suivantes : que les objectifs de réalisations, de résultats ou d’impacts soient atteints ou pas, qu’avons-nous appris sur la manière de faire ? ↩︎

Le Global Biodiversity Score : Un outil pour mesurer l’empreinte biodiversité des collectivités territoriales

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Le Cerema et CDC Biodiversité sont partenaires pour accompagner les collectivités territoriales dans la protection et la restauration de la biodiversité, ainsi que dans l’intégration de solutions fondées sur la nature pour l’adaptation au changement climatique. Ce partenariat associe l’expertise territoriale et opérationnelle du Cerema à l’outil Global Biodiversity Score et aux méthodologies développés par CDC Biodiversité pour mesurer l’empreinte biodiversité des acteurs publics, former les équipes concernées, valoriser et diffuser des solutions opérationnelles et soutenir le déploiement de projets de renaturation et d’adaptation portés par le programme Nature 2050.

À l’occasion du Salon des maires et des collectivités territoriales 2025, Cerema et CDC Biodiversité ont signé une convention de partenariat pour renforcer la prise en compte de la biodiversité par les collectivités territoriales.

Le Cerema et CDC Biodiversité ont l’objectif de collaborer sur la visibilité et le déploiement de solutions permettant aux collectivités locales de protéger et restaurer la biodiversité. 

Mesure d’empreinte biodiversité (Global Biodiversity Score – GBS)

CDC Biodiversité met à disposition du Cerema sa méthodologie dédiée aux collectivités, issue d’expérimentations réalisées en 2024, ainsi que les supports associés. Un parcours de formations complet est prévu pour 15 experts du Cerema afin qu’ils puissent proposer le calcul de l’empreinte biodiversité aux collectivités territoriales.

La mesure d’empreinte biodiversité des collectivités territoriales avec le Global Biodiversity Score (GBS), permettra d’améliorer la prise en compte de la biodiversité dans les stratégies environnementales du secteur public.

Le GBS permet d’établir un lien entre activités économiques et principales pressions sur la biodiversité : calculer l’empreinte biodiversité d’une entreprise ou d’un acteur financier (et bientôt d’une collectivité) via le GBS, revient à établir un lien quantitatif entre ses activités directes et/ou sa chaîne de valeur, et des impacts sur la biodiversité.

Une empreinte calculée en deux temps :

  1. Établir le lien entre activités économiques et pressions sur la biodiversité en chiffrant la contribution de l’activité économique à ces pressions ;
  2. Analyser l’impact de ces pressions sur la biodiversité et le quantifier en MSA.km² (Mean Species abundance kilomètre carré), métrique du GBS qui permet de décrire l’intégrité des écosystèmes et la surface impactée.

Club B4B+ : Club des entreprises et institutions financières pour une biodiversité positive

Lancé en 2018, le Club B4B+ (Club des entreprises et institutions financières pour une biodiversité positive) a initialement été créé afin de co-construire et d’expérimenter le Global Biodiversity Score (GBS), en étroite collaboration avec ses membres. Depuis 2020, le GBS est opérationnel et ne cesse d’évoluer pour s’adapter au mieux aux différentes contraintes et aux besoins de chaque secteur et type d’acteur. Le Club vise ainsi à faciliter les retours d’expériences vis-à-vis de l’outil mais permet avant tout d’alimenter la réflexion autour de l’empreinte biodiversité plus largement.

Club des entreprises et institutions financières pour une biodiversité positive

Le Cerema est partenaire du groupe de travail secteur public dont le lancement est prévu par CDC Biodiversité au sein du Club B4B+ en 2026. Les équipes du Cerema participeront aux travaux, partageront retours d’expérience et diffuseront les travaux auprès des collectivités adhérentes.

En tant que partenaire, le Cerema assurera la promotion et la visibilité du programme auprès de ses collectivités adhérentes.

Programme Nature 2050

Le programme Nature 2050 permet de financer des projets mettant en œuvre des solutions d’adaptation au changement climatique fondées sur la nature (SFN).

Nature 2050 est un programme d’action national porté par CDC Biodiversité et le Fonds Nature 2050. Il vise à renforcer l’adaptation des territoires au changement climatique ainsi qu’à préserver et restaurer leur biodiversité par la mise en œuvre de solutions fondées sur la nature, à horizon 2050.

En déployant ce programme sur les territoires de France métropolitaine et dans les Outre-Mer, le programme souhaite ainsi participer, à son échelle, à l’atteinte des objectifs climatiques fixés en 2015 par la COP 21 (Accord de Paris sur le climat).

A field of daisies blooming in a sunny field

Un outil de financement innovant et ambitieux

Lancé en 2016 par CDC Biodiversité, Nature 2050 est conduit en partenariat avec des associations environnementalistes, des scientifiques et des acteurs publics qui constituent son Comité de pilotage. Le programme est aujourd’hui également appuyé par le Fonds Nature 2050, fonds de dotation entièrement dédié aux actions Nature 2050 et dont le Conseil d’administration est composé de représentants de structures associatives, institutionnelles et académiques.

Nature 2050 repose sur l’engagement volontaire des acteurs économiques à agir, au-delà de leurs obligations réglementaires. Il constitue ainsi un outil innovant de financement de la transition écologique des territoires et s’inscrit dans une logique de mobilisation collective.

La carte des réalisations Nature 2050

En 8 ans d’existence, le programme Nature 2050 soutient 104 réalisations sur l’ensemble du territoire français, pour une surface d’intervention de 670 hectares et une surface totale impactée de plus de 11 617 hectares.

Les actions concrètes menées remplissent divers objectifs comme la restauration de zones humides et d’écosystèmes marins et côtiers, la création de continuités écologiques, la transition des espaces forestiers et agricoles, l’amélioration de la biodiversité en ville. Elles impliquent de nombreux acteurs locaux, et génèrent des changements durables et bénéfiques pour la nature et pour l’homme, en faveur de la biodiversité et pour lutter contre les effets du réchauffement climatique.

Écosystèmes marins et côtiers

La restauration des écosystèmes marins et côtiers, acteurs majeurs des mécanismes d’absorption et de stockage du carbone et d’adaptation des littoraux au changement climatique.

Zones humides

La restauration des zones humides pour renforcer leur rôle d’amortisseurs climatiques protégeant contre les crues et les canicules estivales, ainsi que leur rôle de filtres en épurant les eaux polluées.

Transitions agricole et forestière

Les transitions agricole et forestière par la meilleure gestion des pratiques agricoles et forestières permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre associées à leurs activités.

Continuités écologiques

Les continuités écologiques pour les espaces naturels nécessaires à la faune et la flore sauvages, qui ont besoin d’espaces de taille suffisante pour se reproduire, se nourrir et s’abriter.

Biodiversité en ville

Le renforcement de la biodiversité en ville pour constituer au cœur des villes de nouvelles infrastructures vertes, permettant de répondre au besoin de nature des citadins, au réchauffement climatique et à la nécessité de maintenir la diversité biologique.

Rapport Nature 2050

Documents et ressources

Grâce à un financement historique de recherche, la Caisse des Dépôts via la Banque des Territoires soutient la Mission économie de la biodiversité (MEB) depuis 2006. La MEB explore de manière théorique et opérationnelle les grands enjeux liant économie et biodiversité. Les équipes de la MEB ont contribué à près de 50 publications et co-publications.

Les travaux de la MEB, destinés à être lus largement, sont jusqu’en 2022 publiés et diffusés au sein de deux collections, technique et de vulgarisation, les revues Biodiv’2050 et les Cahiers de BIODIV’2050. Depuis 2022, les deux collections sont unifiées pour devenir les Dossiers de la MEB.

Re-territorialiser l’alimentation et les filières agricoles pour des produits de proximité plus résilients

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Le groupe de travail Agriculture & Alimentation de Le Lierre publie une note dédiée à la re-territorialisation des systèmes alimentaires, un levier essentiel pour renforcer la résilience face aux crises environnementales, climatiques et géopolitiques qui fragilisent la sécurité alimentaire.

Les crises récentes ont mis en évidence la dépendance aux chaînes longues et la déconnexion entre gouvernance alimentaire, producteurs et consommateurs.

en bref

Cette note plaide pour une réorganisation à l’échelle des territoires, conciliant durabilité, justice sociale et sécurité alimentaire.

Au-delà des seuls « circuits courts », la re-territorialisation est abordée comme une démarche systémique : relier production, transformation, distribution et consommation tout en renforçant la gouvernance locale et les outils publics.

La note propose des pistes pour soutenir des systèmes agricoles résilients, structurer des stratégies alimentaires territoriales et développer des infrastructures collectives au service de filières locales durables.

introduction

La territorialisation des filières a été pensée comme un objectif des politiques publiques agricoles et alimentaires dès 2014 lors de l’introduction des projets alimentaires territoriaux (PAT) dans le Code rural et de la pêche maritime (CRPM). Les enjeux qu’elle adresse sont divers :

  • réduire les impacts environnementaux liés au transport,
  • renforcer le lien social entre les acteurs économiques d’un territoire et les habitants,
  • ou encore réduire la vulnérabilité aux crises mondiales et renforcer la résilience des territoires.

Cette question a connu une nouvelle actualité avec la crise sanitaire liée au COVID-19 et la guerre en Ukraine. Les termes de souveraineté, autonomie, relocalisation, résilience, ont émergé dans le débat public. Cependant, trop souvent, le débat autour de la territorialisation des filières reste simpliste. Ses détracteurs arguent qu’elle mènerait à soutenir une agriculture vivrière à rendements faibles au détriment d’une agriculture productiviste qu’ils considèrent seule à même de garantir la sécurité alimentaire.

A contrario, ses défenseurs valorisent la transparence permise par le modèle, les possibilités de choix démocratique des consommateurs et des producteurs, ou encore l’avancée de pratiques agroécologiques. Ils critiquent le modèle productiviste tourné vers l’export comme bénéficiant à un nombre réduit de producteurs, sans prise en compte des externalités négatives qu’il engendre.

La présente note vise à éclairer les objectifs sociaux, politiques, environnementaux, économiques, géostratégiques ainsi que les obstacles liés à la territorialisation pour
l’agriculture et l’alimentation
.

Pourquoi territorialiser les filières agricoles ?

Comment mener à bien cette territorialisation ? En particulier, dans un contexte de crises environnementales et climatiques croissantes, ainsi que de difficultés profondes rencontrées par les mondes agricoles français, la territorialisation des filières peut-elle être source de solutions, d’opportunités pour répondre à ces enjeux ?

Cette note propose en conclusion une série de recommandations relevant du domaine des politiques publiques et de leur mise en œuvre, en vue de soutenir cette dynamique de territorialisation. Elle s’inscrit dans la continuité des autres notes produites par le Lierre sur les enjeux agricoles et alimentaires
: foncier, justice sociale, gouvernance.

Note N°4 : « Re-territorialisation de l’alimentation et des filières agricoles »

Note n°1 : « Le pacte et la loi d’orientation et d’avenir agricoles : mettre en place une véritable stratégie de transformation agricole et alimentaire »

Le Lierre publie sa première note en Juin 2023 sur l’agriculture et l’alimentation. Intitulée “Le pacte et la loi d’orientation et d’avenir agricoles (PLOAA) : mettre en place une véritable stratégie de transformation agricole et alimentaire » elle formule des propositions concrètes.

Résumé

  • Le gouvernement présentera cet été un pacte et une loi d’orientation et d’avenir agricoles (PLOAA), ainsi qu’une stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC). Ces textes sont l’occasion de mettre en cohérence les politiques publiques agricoles et alimentaires, afin de permettre la transformation vers un modèle plus soutenable, résilient et juste. Cette transformation représente un défi considérable pour tous les acteurs du système agricole et alimentaire, que ce soit au niveau de la production agricole, des filières de transformation, de la distribution ou de la consommation. Cependant, le diagnostic actuel dans le dossier de concertation du PLOAA peine à articuler les enjeux entre ces différents niveaux, et laisse craindre une approche insuffisamment systémique et ambitieuse.
  • Il est au contraire nécessaire que ces textes affirment des choix clairs sur le modèle souhaitable.
  • Cela nécessite de mieux hiérarchiser les objectifs fixés au système agricole et alimentaire, aujourd’hui mal articulés et conduisant souvent à des politiques contradictoires. L’objectif central à inscrire dans les textes et dans les représentations collectives devrait être la santé de la population, et plus généralement la santé durable et globale des humains, des êtres vivants et des écosystèmes (partie 1). Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de fixer un cap clair vers la généralisation d’une agroécologie ambitieuse et vers des comportements alimentaires soutenables (partie 2). Une véritable stratégie pourra alors être mise en place pour lever les blocages qui empêchent cette transformation agroécologique et alimentaire (partie 3).
  • Cette note inaugure une série de notes du Lierre sur la transformation du système agricole et alimentaire

Note n°2 : « Un choc de gouvernance du secteur agricole et alimentaire en faveur de l’agroécologie et des comportements alimentaires soutenables »

Le Lierre publie une deuxième note en Juillet 2023 : “ Un choc de gouvernance du secteur agricole et alimentaire en faveur de l’agroécologie et des comportements alimentaires soutenables ”.

Elle formule 14 propositions principales pour transformer la gouvernance du système agricole et alimentaire.

Résumé

  • Il est nécessaire de mieux associer à la conception et à la mise en œuvre des politiques agricoles et alimentaires les ministères chargés de l’écologie, de la cohésion des territoires, de la santé et de l’éducation, les collectivités territoriales, les syndicats agricoles minoritaires, et les associations de consommateurs et environnementales . 
  • Il est nécessaire de rééquilibrer les rapports de force au sein des filières pour permettre le développement des acteurs de l’agroécologie, ce qui passe par une meilleure application des règles sur les négociations commerciales et une limitation des marges excessives dans la distribution. 
  • L’État devrait utiliser son poids dans la gouvernance des chambres d’agriculture pour assurer que leurs moyens sont pleinement tournés vers cet objectif. Le contrat d’objectif et performance liant l’État à la tête de réseau des chambres d’agriculture devrait devenir un véritable outil de planification des actions des chambres concernant la formation et le conseil vers l’agroécologie.
  • Il est nécessaire de faire évoluer la mission des chambres : elles ne doivent plus être des organes représentant uniquement le monde agricole et doivent s’ouvrir aux autres acteurs concernés par l’agriculture et l’alimentation et la ruralité. Il semble donc souhaitable de mieux intégrer dans la gouvernance des chambres les acteurs de la société civile (associations de consommateurs et environnementales) et les collectivités territoriales.
  • L’ambition agroécologique du programme national de développement agricole et rural (PNDAR) finançant les instituts techniques agricoles et d’autres organismes devrait être renforcée. 
  • La gestion du second pilier de la PAC pourrait même être confiée au ministère chargé de l’écologie. 
  • Le rattachement des services du ministère chargé de l’agriculture et de l’alimentation au ministère chargé de l’écologie mérite d’être examiné. 
  • Les volumes financiers sont aujourd’hui insuffisants, mais d’autres points sont également cruciaux : revoir la logique du financement par appel à projet pour passer à un financement pérenne, assumer davantage de dépenses de fonctionnement et non simplement d’investissement, renforcer la formation initiale et continue pour avoir davantage d’agents capables de prendre en compte de manière croisés les enjeux agricole, alimentaire, écologique et sanitaire. 
  • La cohérence impose d’aligner toutes les décisions avec la transformation agroécologique et alimentaire. En particulier, chaque agent doit avoir les moyens et être encouragé à instruire les dossiers d’une manière exigeante sur les plans environnementaux et sanitaires.
  • La commande publique est un levier clé pour l’exemplarité de la puissance publique, qui permettrait également de structurer les filières de la transition agroécologique, mais les moyens actuellement consacrés sont très insuffisants. 

Note n°3 : « Réforme de l’accès et de la gestion du foncier agricole dans la perspective du PLOAA »

Le Lierre publie en Mars 2024 une note sur le foncier agricole, comprenant une trentaine de propositions d’action.

Cette note, élaborée par le groupe de travail « Agriculture & Alimentation » du Lierre qui réunit une diversité d’experts travaillant au sein de la fonction publique, met en lumière l’impératif de repenser la gestion foncière agricole en France.

Face aux défis écologiques et sociétaux, cette étude souligne l’urgence de réformer les politiques foncières pour favoriser l’agroécologie et répondre aux enjeux de production alimentaire durable. Avec des propositions concrètes, elle appelle à une mobilisation générale pour orienter l’action publique vers une planification écologique intégrée et territorialisée.

Cette note propose un diagnostic des dysfonctionnements actuels du système de gestion foncière, ainsi qu’une offre d’une trentaine de propositions visant à :

  • préserver qualitativement et quantitativement les terres agricoles (I),
  • réviser la gouvernance du foncier afin de faciliter l’accès aux terres pour les projets agroécologiques (II),
  • adapter les outils de gestion du foncier, comme le fermage, pour induire une transition
    agroécologique des systèmes agricoles
    (III).

Ce travail, qui repose également sur des échanges avec des personnes non membres du Lierre, appelle à une mobilisation autour de ces enjeux, en vue de contribuer au débat public et d’orienter l’action publique dans le cadre du pacte et de la loi d’orientation et d’avenir agricole (PLOAA), avec un accent particulier sur la nécessité d’une planification écologique intégrée et d’une approche territorialisée pour adresser la variabilité des contextes agricoles à travers le pays.

Agro-écologie : dépasser les idées reçues

Soil Monitoring Law : la directive de l’Union européenne sur la surveillance et la résilience des sols pour accélérer l’agriculture régénératrice ?

L’Union européenne a adopté la directive européenne Soil Monitoring Law sur la surveillance et la résilience des sols. Ce texte, approuvé par le Conseil de l’Union européenne en septembre 2025 puis par le Parlement en octobre, marque, selon le mouvement Pour une Agriculture du Vivant, une étape majeure dans la reconnaissance du sol comme un patrimoine commun, essentiel à la vie, à la production alimentaire et à la lutte contre le changement climatique.

La nouvelle Directive Européenne sur la surveillance des Sols 2025

Cette avancée offre un cadre règlementaire renforcé pour la protection des sols et redéfinit la place de l’agriculture en Europe face aux enjeux climatiques et écologiques. 

Pour une Agriculture du Vivant
Le mouvement pour l’agroécologie
La nouvelle Directive Européenne sur la surveillance des Sols 2025

en bref

  • En 2025, l’Union européenne a adopté la Soil Monitoring Law, première directive européenne consacrée à la santé et à la résilience des sols : une étape historique pour la protection des sols et du vivant.
  • Objectif : des sols sains et vivants d’ici 2050, grâce à un cadre de surveillance européen harmonisé et à des données partagées entre États membres.
  • La directive structure son action autour de trois leviers majeurs : mesurer la qualité des sols, limiter l’artificialisation et restaurer les sols dégradés.
  • Elle consacre le principe d’une transition agroécologique juste, en soutenant la formation, le conseil et la rémunération des pratiques agricoles vertueuses.
  • Les agriculteurs, collectivités et acteurs publics deviennent les piliers de cette transformation, accompagnés par des outils et programmes concrets.

Dégradation des sols en Europe : un défi pour la régénération et la protection des sols

Le constat dressé par la Commission européenne est alarmant : 60 à 70 % des sols de l’Union sont aujourd’hui dégradés et continuent de se détériorer.

La dégradation des sols représente un coût de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an pour l’économie européenne, notamment par la perte de fertilité, la baisse de la qualité de l’eau, ou encore les risques accrus d’inondations et de sécheresses. 

Pourtant, les sols rendent des services écosystémiques irremplaçables : ils assurent 95 % de la production alimentaire mondiale, filtrent et stockent l’eau, recyclent les nutriments, séquestrent du carbone et abritent plus d’un quart de la biodiversité planétaire

Au cœur de ces fonctions vitales se trouve la matière organique du sol, véritable colonne vertébrale de la vie souterraine. Sa régénération est donc d’une importance capitale pour l’agriculture en Europe, afin de garantir leur capacité à nourrir, filtrer, stocker et réguler. 

L’objectif de cette directive : des sols sains dans toute l’Union européenne d’ici 2050

La directive européenne fixe une ambition de long terme : parvenir à des sols sains sur l’ensemble du territoire européen d’ici 2050. La Commission a choisi une approche pragmatique : mettre en place un cadre européen de surveillance et d’évaluation avant de fixer d’éventuelles obligations contraignantes.

Ce cadre vise à collecter des données comparables sur les sols de chaque État membre, à soutenir les actions de régénération des sols et à identifier les sites contaminés. Les sols pollués par des substances émergentes, comme les PFAS, microplastiques ou nanoplastiques, devront être recensés dans des registres publics accessibles.

Directive européenne sur la surveillance des sols

Un cadre inédit pour accélérer l’agriculture régénératrice

L’adoption de la loi européenne sur la santé des sols établit un cadre politique inédit en reconnaissant officiellement la santé des sols comme un élément central de la production agricole, de la biodiversité et de la lutte contre le changement climatique. Elle crée ainsi un levier concret pour promouvoir les pratiques d’agriculture régénératrice, telles que celles recommandées par le CESE dans son avis, qui insiste sur l’importance de politiques européennes et nationales intégrées pour soutenir les filières agricoles durables et déployer l’agriculture de régénération.

L’association Pour une Agriculture du Vivant, reconnue comme le tiers de confiance de la transition agroécologique démontre au quotidien que l’agriculture du vivant n’est pas une vision théorique : elle régénère les sols, renforce leur résilience et leur fertilité, tout en contribuant à la sécurité alimentaire et à la lutte contre le changement climatique. Cette nouvelle directive européenne offre à l’association une dynamique législative inédite pour donner à l’agriculture du vivant une visibilité et un cadre politique renforcés.

Trois grands axes d’action pour renforcer la protection des sols en Europe

  1. Le premier axe consiste à évaluer et surveiller l’état de santé des sols. Chaque État membre devra suivre l’évolution physique, chimique et biologique de ses sols selon une méthodologie harmonisée au niveau européen. Des indicateurs communs et mesurables permettront de comparer les données entre pays, tout en laissant une marge d’adaptation aux spécificités locales. Cette base de données européenne sera alimentée notamment par des observations satellites, des analyses de terrain et des contributions issues du programme Copernicus.
  2. Le deuxième axe vise à limiter l’artificialisation et à restaurer les sols vivants. L’artificialisation des terres, lorsque le sol est recouvert, compacté ou retiré, reste l’une des principales causes de dégradation. La directive consacre le principe « éviter, réduire, compenser », invitant les États membres à mieux planifier l’usage des sols et à restaurer les surfaces dégradées. Grâce à la télédétection européenne, il sera possible de suivre en continu l’artificialisation et ses impacts sur les services écosystémiques, et de favoriser la reconstitution de sols sains et fonctionnels dans les zones urbanisées ou industrielles. 
  3.  Le troisième axe concerne l’identification et la gestion des sols contaminés. Chaque pays devra élaborer un inventaire national des sites pollués et engager des actions de réhabilitation. L’objectif est clair : restaurer la capacité des sols à fournir leurs services écosystémiques, en s’approchant autant que possible de leur fonctionnement naturel. Les sols régénérés pourront à nouveau stocker du carbone, filtrer l’eau et héberger la biodiversité. 

L’agriculture régénérative au service d’une meilleure production alimentaire durable contribuant aux objectifs en matière de climat et de biodiversité

L’agriculture régénératrice : une opportunité pour l’Europe et un levier de transformation avec Pour une Agriculture du Vivant

Le CESE appelle à définir l’agriculture régénératrice comme une approche agricole adaptative et centrée sur les résultats, fondée sur la science, visant à restaurer les sols, améliorer la biodiversité, réduire les intrants et renforcer la résilience économique des agriculteurs.

Comité économique et social européen

L’agriculture régénératrice : une opportunité pour l’Europe et un levier de transformation avec Pour une Agriculture du Vivant

La triple crise que traverse notre époque : climat, biodiversité, dégradation des sols, impose une profonde réinvention de nos modèles agricoles. En juin 2025, le Comité économique et social européen (CESE) a publié un avis majeur qui reconnaît l’agriculture régénératrice comme une solution clé pour assurer une production alimentaire durable, résiliente et compétitive.

L’Indice de Régénération Pour une Agriculture du Vivant

Créé par Pour une Agriculture du Vivant comme l’accélérateur de la transition agroécologique, l’Indice de Régénération est le fruit d’une collaboration scientifique et de terrain Véritable boussole agronomique il est déjà utilisé par des milliers d’agriculteurs, des dizaines de coopératives, d’entreprises et des organismes de financement pour structurer des filières agroécologiques et financer la transition. Conçu comme une démarche de progrès, cet outil permet à tous les acteurs de bénéficier d’un référentiel commun pour engager la transition des pratiques agricoles, les faire progresser et les valoriser.

Que mesure l’Indice de Régénération ?

L’Indice de Régénération Cultures et Prairies

Parce que dans le vivant tout est lié, l’Indice de Régénération évalue le résultat des pratiques agricoles sur 3 niveaux agronomiques pour agir de manière systémique : sol, plante et paysage.

Ces 3 cercles synthétisent 8 axes fondamentaux pour la régénération du sol et de l’écosystème, faisant de l’Indice de Régénération un outil réellement systémique :

  • Sol : Couverture du sol, Travail du sol, Cycle du carbone, Fertilisation azotée ;
  • Plantes :  Gestion phytosanitaire ;
  • Paysages : Biodiversité cultivée et non-cultivée, Agroforesterie ;
  • Agriculteur : Acquisition et partage de connaissances.

L’Indice de Régénération est d’ores et déjà disponible pour toutes les cultures végétales :

  • Les grandes cultures et productions légumières de plein champ ;
  • L’arboriculture et les productions fruitières arbustives ;
  • La viticulture ;
  • Le houblon.

L’Indice de Régénération Bovin

Suite logique de l’Indice de Régénération Cultures et Prairies qui éclaire les pratiques de conduite du système fourrages, l’alimentation des troupeaux, dont découle la santé des bovins est, quant à elle, le cœur de l’Indice de Régénération Bovin dont les piliers sont : 

  • L’autonomie : énergétique et protéique
  • La nature de la ration : la part d’herbe et/ou des fourrages pâturables dans la ration, productivité des prairies, synergies entre ateliers végétal/animal
  • Santé du troupeau : frais vétérinaires et stratégie de santé globale

Parce que l’agronomie est l’une des clés de réussite de la transition d’un élevage et de l’atteinte des bénéfices environnementaux associés, l’Indice de Régénération Bovin s’accompagne toujours d’un Indice de Régénération mesuré sur les cultures et les prairies de la ferme. Ce double regard sur l’atelier cultures et sur le troupeau permet à l’éleveur d’optimiser la conduite de son troupeau en cohérence avec le potentiel de son système fourrager pour viser des complémentarités réciproques.

Mesurer les résultats agroécologiques d’un système de production


Manifeste Pour une Agriculture du Vivant

Quels récits pour une écologie populaire afin de renouer avec les préoccupations des Français ?

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Jamais les Français n’ont été aussi inquiets pour l’avenir – et pourtant, jamais l’écologie n’a semblé aussi absente du débat public. Face à ce paradoxe, le WWF France publie le rapport Récits pour une écologie populaire, né de neuf mois de travail du cercle de réflexion fondé à l’initiative de sa présidente, Alexandra Palt. Objectif : comprendre pourquoi, malgré une inquiétude largement partagée (78 % des Français se disent préoccupés par le climat), l’écologie peine à mobiliser – et surtout, comment renouer le lien entre écologie, émotions et quotidien.

Un constat sans appel : l’écologie ne manque pas de données, mais de sens partagé

Alexandra Palt, Présidente du WWF France

«L’écologie ne souffre pas d’un déficit d’information, mais d’un déficit de sens partagé. Et la crise du langage écologique révèle une crise plus profonde encore : celle de l’imaginaire et du collectif.»

Le rapport part d’un constat simple : 

Les approches purement techniques ou culpabilisantes ont atteint leurs limites, pour réengager la société, il faut raconter autrement l’écologie – à hauteur de vie, à partir du réel.


Les 4 grandes conclusions du rapport

Ce rapport est un condensé de 9 mois d’enquêtes, de recherche scientifique et de sondages auprès de 10 000 personnes. Et pour Célia Poncelin, Autrice du film primé (IN)ACTION et ”Marianne du Climat 2025”, il dit quelque chose d’important :

L’écologie n’a pas (encore) d’imaginaire collectif convaincant.
Les Français veulent agir… mais ne se reconnaissent pas dans les discours actuels.
Beaucoup ont même l’impression d’être dépossédés du débat.

Célia Poncelin, Autrice du film primé (IN)ACTION et ”Marianne du Climat 2025”

Les résultats de la consultation : une écologie que les Français veulent juste, désirable et rassembleuse

Les enseignements de cette consultation dressent un constat clair : les Français veulent agir, mais se sentent dépossédés du débat écologique.

« La consultation met en lumière la nécessité de passer d’une écologie conceptuelle à une écologie concrète du quotidien, ancrée dans l’expérience personnelle et les réalités locales. »

Alexandra Palt, Présidente du WWF France

4 messages clés se dégagent :

  • 1️⃣ L’écologie n’appartient pas aux partis : elle appartient aux Français.
    • 👉 Près d’1 Français sur 2 estime que l’écologie a été confisquée par le champ politique.
  • 2️⃣ Protéger l’environnement, c’est protéger la santé, la vie, la sécurité.
    • 👉 96 % des répondants relient écologie et santé.
  • 3️⃣ Préserver la nature, c’est préserver notre patrimoine et notre identité.
    • 👉 En France, 1 site patrimonial sur 6 est menacé par le dérèglement climatique.
  • 4️⃣ Le coût de l’inaction dépasse largement celui de l’action.
    • 👉 88 % des répondants jugent essentiel de relier écologie et économie.
    • 👉 En France, 1 maison sur 2 est déjà exposée à un risque climatique.

1 – L’écologie n’appartient pas aux partis : elle appartient aux Français.

Près d’un Français sur deux dénonce la confiscation politique de l’écologie, et 37% pointent directement l’inaction collective, politique et institutionnelle.

2 – Protéger l’écologie, c’est protéger la santé, la vie et la sécurité.

96% des répondants établissent un lien direct entre écologie et santé.
La pollution de l’air cause 40 000 décès prématurés par an, et les vagues de chaleur de 2024 ont entraîné 3 700 morts supplémentaires.

3 – Préserver la nature, c’est aussi préserver notre patrimoine et notre identité.

Un site patrimonial sur six est déjà menacé par le dérèglement climatique.
Ce lien entre nature, beauté, culture et appartenance constitue un puissant levier d’attachement pour les Français, bien au-delà des clivages politiques.

4 – Le coût de l’inaction est plus élevé que celui de l’action.

88% des répondants jugent essentiel le lien entre écologie et économie.
En France, 1 maison sur 2 est déjà exposée à un risque climatique, mettant en péril l’assurabilité des logements.
« L’inaction n’est pas neutre : c’est un choix – et le plus coûteux de tous », rappelle Alexandra Palt.

Le rapport complet « Récits pour une écologie populaire »

Pour (bien) communiquer le sujet, le rapport préconise :

  • Des exemples concrets, faciles à visualiser
  • Des sujets à échéance proches
  • Susciter émotions et expériences
  • Proposer des pistes d’action simples

Ce qui nous parle, et des choses à dire sur l’écologie

Synthèse de la consultation – Septembre 2025

Aujourd’hui, face à la saturation des récits anxiogènes, le WWF a engagé une démarche inédite : tester auprès du grand public des éléments de narration écologiques porteurs d’adhésion, d’émotion et d’engagement.

Cette consultation citoyenne, qui s’est déroulée sur les mois de juillet et août 2025, s’inscrit dans un cycle stratégique plus large. Elle a pour ambition d’inspirer et d’alimenter le positionnement des acteurs de la transition en les aidant à renouveler leur manière de parler d’écologie. La démarche poursuit trois objectifs :

  1. Tester des formulations narratives simples, évocatrices et ancrées dans le réel ;
  2. Identifier les ressorts qui suscitent curiosité, adhésion ou controverse ;
  3. Constituer un vivier de contenus réutilisables au service de récits plus mobilisateurs.

Étude Ipsos bva pour WWF sur « La perception par les Français du lien entre écologie et politique »

Octobre 2025


Répondre au changement climatique : une question de discours ?

Œil de La Fabrique Écologique

À partir de l’article « Is climate change the problem ? A feminist analysis of climate change discourses in Spain and Catalonia » rédigé par Maria Borràs Escayola, Federica Ravera et Marta G. Rivera Ferre, Carlos Fernández souligne trois points qui montrent l’importance des discours politiques en matière de changement climatique.

L’article analyse comment les représentations dominantes du changement climatique influencent la conception des politiques climatiques. Les autrices insistent sur l’importance d’identifier les angles morts dans la problématisation du changement climatique, pour mieux concevoir ces politiques.

Enfin, elles identifient deux discours alternatifs (la décroissance et l’écoféminisme) qui permettent d’identifier différentes causes structurelles souvent négligées dans la conceptualisation des politiques climatiques.

Réduire les discours alternatifs à des idéologies militantes, c’est ignorer leur fécondité intellectuelle. Ils invitent à dépasser l’opposition stérile entre sciences humaines et sciences du climat pour penser le changement climatique dans toute sa complexité.

L’avis de Pauline Bureau, Vice-présidente de LFE

Green Friday : un mouvement anti Black Friday pour une consommation responsable

Lancé en 2017, le Green Friday répond à la frénésie consumériste du Black Friday. Ce mouvement nous invite à repenser nos habitudes de consommation vers des choix plus conscients et durables.

De consommateur à consom’acteur

Quels sont les leviers pour consommer de manière plus responsable ? Pourquoi chaque action individuelle est importante et comment améliorer concrètement son impact sur l’environnement ?

Le guide du consom’acteur

Agir au service de l’environnement

Sensibiliser à la consommation responsable est au cœur de la mission du Green Friday. Pourquoi les actions individuelles sont-elles aussi importantes et comment, concrètement, améliorer son impact sur l’environnement au quotidien ? 

Une grande partie du travail de sensibilisation porte aujourd’hui sur les usages : éteindre ses lumières ou raccourcir ses douches. Or, c’est ignorer les impacts « cachés » sur l’ensemble du cycle de vie du produit, depuis sa production, jusqu’à sa fin de vie, en passant par le transport. Et ces impacts sont souvent bien plus dévastateurs pour l’environnement et les Hommes : il paraît dérisoire d’appeler à couper l’eau lorsqu’on se brosse les dents alors que la production d’un jean en nécessite 10 000 litres !

La méthode BISOU pour mieux consommer

Make Friday Green Again

Alors que le Black Friday symbolise une consommation massive et frénétique, des initiatives comme le Green Friday ou le collectif Make Friday Green Again (fondé par Faguo) revendiquent une alternative responsable. Mais ces opérations reprennent souvent les mêmes codes marketing que l’événement qu’elles critiquent, transformant l’engagement écologique en levier d’image pour les marques.

Plus de 1 000 marques réunies pour proposer une alternative au Black Friday

Perte de sens et de repères. En pleine saison de vente, un produit ne peut pas valoir 100€ hier, 30€ pendant le Black Friday, et à nouveau, 100€ le lendemain.
Gare aux pratiques trompeuses. Chaque année, les très fortes réductions pratiquées lors du Black Friday révèlent des fausses promotions et prix gonflés pour l’occasion. 63% des consommateurs interrogés estiment que les promotions affichées ne sont pas toujours de vraies affaires*.
Surproduire sans se rémunérer. Surproduire en incluant les ventes du Black Friday émet toujours plus de CO2 et augmente les invendus. Ses réductions ont un impact sur les fournisseurs qui doivent toujours revoir leur prix à la baisse en présurrisant le bout de la chaîne. 
Une tentation extrême à la surconsommation. 6 Français sur 10* considèrent la démarche comme une incitation à acheter des produits dont ils n’ont pas besoin.  Un achat inutile a un coût pour la planète.

Initié dans les années 1950 aux USA, le Black Friday a posé ses valises en France en 2013.  Fin novembre suite à Thanksgiving, les enseignes proposent des remises astronomiques pour écouler les invendus d’après fêtes. 

Il n’a pas de sens en France. Il survient un mois avant Noël, en pleine saison de vente. Ses fortes promotions ponctuelles poussent les consommateurs à la surconsommation en les tentant dans un temps très court. 

La consommation a un impact sur le climat. Consommons quand nous en avons vraiment besoin. Alors que les scientifiques alertent sur la nécessité de limiter le réchauffement à +1,5°C avant 2030, rétablir des bases de consommation plus saines apparaît comme une priorité.

MAKE FRIDAY GREEN AGAIN existe depuis 2019 pour trouver une alternative au Black Friday.

Le collectif nous encourage plutôt ce jour-là à faire le tri dans nos placards : réparer, donner, revendre ou recycler les objets superflus afin de prendre conscience de ce dont on a vraiment besoin au quotidien. ​

Consommons quand nous avons un vrai besoin, sans excès.

À l’initiative de FAGUO, qui rassemble plus de 1000 marques chaque année, Make Friday Green Again est, depuis 2019, le collectif ponctuel référent des marques qui ne participent pas au « vendredi noir » fin Novembre. Il encourage à rétablir des bases de consommation plus saines pour lutter contre le dérèglement climatique.

Make Friday Green grandit et de plus en plus d’enseignes s’engagent en sensibilisant leurs communautés à choisir une alternative au Black Friday. À la place, elles mettent en avant des réflexes simples et vertueux.

Consommons moins et mieux. 


Comment les marques peuvent-elles conquérir les consommateurs écoresponsables ?

Avec le Black Friday, de nombreux Français s’interrogent sur la surconsommation et l’impact écologique de leurs achats. Entre opportunité commerciale incontournable et exigence de responsabilité, la frontière devient de plus en plus fine. Comment les marques peuvent-elles conquérir les consommateurs écoresponsables ? Une étude inédite de plateforme de recherche VisualGPS d’iStock révèle que :

  • 80 % des consommateurs français ne font pas confiance aux produits étiquetés comme écologiques.
  • 80 % estiment que les produits et services commercialisés « verts » sont une simple stratégie marketing.

Cependant, cela n’implique pas un manque d’intérêt pour les produits respectueux de l’environnement. Au contraire, plus d’un Français sur deux affirme être prêt à dépenser davantage auprès des entreprises dont les valeurs correspondent aux leurs. Une preuve de plus que la durabilité reste un facteur clé dans les décisions d’achat des Français. 

Pour aider les TPE-PME et les marques à créer un lien visuel authentique avec les consommateurs soucieux de l’écologie, iStock partage trois conseils clés :

  1. Éviter les clichés : Les images génériques d’icônes de recyclage, de feuilles d’arbres et des océans ne suffisent plus. Les consommateurs français recherchent des visuels sincères qui racontent les efforts réels des entreprises en matière de durabilité. Près de 7 Français sur 10 demandent des visuels qui montrent des actions concrètes contre le changement climatique, comme la réduction des déchets d’emballage, la livraison de produits avec des moyens de transport plus écologiques, ou l’utilisation de produits sourcés de manière éthique.
  2. Montrer des scènes réalistes, pas parfaites : Les consommateurs souhaitent voir les efforts concrets des marques. Partager des visuels des coulisses, qui montrent tout le cycle de vie du produit, peut aider. Ainsi, un contenu authentique peut créer une connexion bien plus forte avec les consommateurs que des messages « écologiques » trop polis et parfaits.
  3. Placer les gens au cœur du message : Les clients, les équipes et les communautés locales doivent être au premier plan. Selon l’étude iStock, 85 % des consommateurs français estiment que la responsabilité individuelle est essentielle pour provoquer un impact global. Il est conseillé d’encourager des actions simples et accessibles qui démontrent que l’adoption de pratiques durables n’a pas besoin d’être coûteuse.
Sandra Michalska, Creative Insights Manager chez iStock

« Promouvoir simplement un produit écologique, ou mener des initiatives durables ponctuelles, est désormais insuffisant. Les consommateurs français recherchent de la cohérence, pas des actions isolées. Plutôt que de se limiter aux labels, il est important de montrer comment la durabilité est intégrée dans les pratiques quotidiennes de l’entreprise et son engagement envers l’environnement avec les visuels. »

Sandra Michalska, Creative Insights Manager chez iStock

5 conseils pour attirer le consommateur éco-conscient


La vérité des prix barrés

Le collectif Green Friday dévoile cette année une campagne dans un contexte où la surconsommation s’accélère (notamment avec le symbole de l’arrivée de Shein au BHV). Avec “la vérité des prix barrés”, le mouvement souhaite ainsi mettre en lumière ce que les promotions ne montrent jamais : les coûts humains, sociaux et environnementaux qui se cachent derrière les fausses bonnes affaires.

L’arrivée de Shein au BHV est un signal : la surconsommation et la surproduction s’invitent toujours plus dans nos vies, au détriment des modèles durables encore trop discrets. C’est dans ce contexte que revient, cette année encore, le Green Friday®. Créé en 2017 par un collectif d’acteurs engagés, le mouvement s’est rapidement imposé comme une réponse populaire et positive au Black Friday, avec une approche simple :

Sensibiliser sans culpabiliser.
Pas question de juger ou d’imposer :
le Green Friday souhaite rappeler l’impact de tous nos achats et redonner à chacun
le pouvoir d’agir sur sa consommation.

Cette année, le collectif lève le voile sur “la vérité des prix barrés” : une campagne qui rappelle que derrière les prix artificiellement gonflés et les fausses bonnes affaires se cachent souvent d’autres coûts, humains, sociaux et environnementaux, que quelqu’un d’autre paie à notre place.

Un contexte alarmant

Cette année, plusieurs signaux montrent que le modèle de consommation et de surproduction actuel atteint ses limites : l’arrivée de Shein au BHV, la saturation des filières de recyclage textile par une surproduction écocide, la fragilisation des acteurs du réemploi et de l’insertion sociale et l’affaiblissement des directives européennes sur la responsabilité des entreprises.

Dans ce contexte, la mobilisation du Green Friday est plus nécessaire que jamais.

La campagne 2025 : “La vérité des prix barrés”

A l’approche du Black Friday, les promotions et les tentations se multiplient : un t-shirt moins cher qu’un café, une livraison gratuite en 24 heures, des prix barrés à l’infini… Derrière cette frénésie, le Green Friday rappelle que ces “bonnes affaires” ont un coût réel. Cette année, le Collectif dévoile une campagne percutante intitulée « La vérité des prix barrés », qui met en lumière les coûts cachés des fausses bonnes affaires. Car derrière chaque prix barré, il y a des réalités que l’on préfère ignorer :

  • Ce qui est barré, ce sont les ressources utilisées.
  • Ce qui est barré, c’est l’emploi local.
  • Ce qui est barré, c’est la dignité du travailleur.
  • Ce qui est barré, c’est la liberté de choisir.
  • Ce qui est barré, c’est la logique. Tout simplement.

Les alternatives existent

Le Green Friday invite chacun à consommer autrement et à soutenir les acteurs du réemploi, de
la réparation et de l’insertion sociale
par des petits gestes simples :

  • Réparer plutôt que jeter.
  • Acheter d’occasion.
  • Privilégier le reconditionné.
  • Soutenir les marques responsables.
  • Donner de la valeur à ce qui en a.

Une édition 2025 portée par Envie, Altermundi et le Réseau national des Ressourceries et Recycleries

Cette année, la campagne est portée par Envie, Altermundi et RNRR, trois acteurs emblématiques de l’économie sociale et solidaire.Les entreprises souhaitant rejoindre le mouvement peuvent recevoir un kit de communication et, sur la base du volontariat, reverser 10 % de leur chiffre d’affaires du jour à l’association Green Friday pour financer ses actions de sensibilisation et de plaidoyer.

Refusons l’illusion des prix barrés

Dans un monde où les crises écologiques et sociales s’intensifient, le Green Friday rappelle que la vraie bonne affaire, c’est celle qui respecte la dignité du travailleur, le savoir-faire du producteur et la planète.

Parce que derrière chaque prix,
il y a une histoire. Et il est temps de la regarder en face.

« Osons dire non à cette course folle aux « bonnes affaires » qui nous fait oublier l’essentiel.

Le Green Friday, c’est l’affirmation qu’un autre chemin est possible : consommation responsable, réemploi, réparation, partage. Cette année encore, il coïncide avec la Semaine Européenne de la Réduction des Déchets organisée par l’ADEME, une occasion de rappeler l’importance de la collecte et du réemploi des DEEE, qui préservent les ressources et créent de l’emploi local mais aussi avant cela d’éviter de créer des déchets en consommant mieux et en allongeant la durée de vie de nos produits.

Dire non au Black Friday, c’est dire oui à une économie qui préserve la planète et le vivant.

Jean-Paul Raillard, Président du Green Friday et de la Fédération Envie

Les membres fondateurs du Green Friday 2025

Altermundi

Les boutiques Altermundi proposent une autre façon de consommer. Dans une démarche de commerce
responsable, Altermundi propose le meilleur des marques éthiques, responsables et Made in France. Retrouvez dans ses concept-stores une sélection de produits design et eco-friendly. Art de vivre, maison, mode ou enfant…
Altermundi propose une gamme complète d’objets et d’articles, fabriqués dans le respect des hommes et de l’environnement. En quelques chiffres : 12 boutiques 1 e-shop, 100 fournisseurs de produits durables, création en 2003 à l’initiative du Groupe SOS.

ENVIE

Depuis plus de 40 ans, Envie transforme les déchets en opportunités pour la planète et pour l’emploi.
Le réseau Envie rassemble 53 entreprises d’insertion en France qui donnent une seconde vie aux équipements électriques et électroniques, valorisent les déchets et créent des emplois locaux et solidaires, tout en proposant des produits et services du quotidien accessibles à tous. Envie combine économie circulaire, innovation et inclusion sociale, pour rendre le réemploi et la réparation concrets et accessibles.
Quelques chiffres clés : 2 800 collaborateurs en parcours d’insertion, 215 000 électroménagers reconditionnés et remis sur le marché, 206 000 tonnes de déchets collectées.

Réseau national des Ressourceries et Recycleries

Le Réseau National des Ressourceries et Recycleries est un réseau qui fédère 230 associations ancrées dans les territoires pour construire une alternative à la surconsommation et développer les solidarités.. Ces associations œuvrent au quotidien pour redonner une seconde vie aux objets. Par la collecte, la valorisation, la vente solidaire et le don des biens qu’elles collectent, elles allient une double action pour l’environnement et les solidarités. Lieux de sobriété, de solidarité et de convivialité, les Ressourceries et Recycleries participent à créer des espaces où l’entraide, le lien social et le soin donné aux objets sont proposés et vécus comme les deux faces de la même pièce : prendre soin de la nature et prendre soin les uns des autres.
Le RNRR défend une vision non lucrative et non concurrentielle du réemploi au service des citoyens.
Quelques chiffres : 4 000 bénévoles, 7 000 salarié·es, plus 25 000 tonnes réemployées chaque année.

Faut-il partager ou épargner les terres ? Pourquoi le dilemme agriculture-biodiversité est dépassé

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Ce dilemme ne vous dit peut-être rien, mais il a constitué une question centrale chez tous ceux qui veillent à la protection de la biodiversité. C’est celui du land sparing ou du land sharing.

Faut-il séparer les espaces agricoles et ceux consacrés à la biodiversité, ou bien les réunir ? Bernd Dittrich/Unsplash, CC BY

Par Damien Beillouin et Bruno Rapidel du Cirad avec Sarah Jones du CGIAR


Depuis plus de vingt ans, un débat anime les chercheurs qui travaillent sur la protection de la biodiversité : faut-il séparer les espaces agricoles des espaces naturels, ou les faire cohabiter ? Ce débat oppose deux visions connues sous les termes anglais land sparing (épargner les terres) et land sharing (partager les terres).

Formulé au milieu des années 2000 par des chercheurs de l’Université de Cambridge, ce dilemme part d’une idée simple :

  • soit on intensifie la production agricole sur des surfaces restreintes, pour préserver le reste des terres pour la nature (sparing),
  • soit on intègre des pratiques plus favorables à la biodiversité directement dans les champs (sharing), par exemple via l’agriculture biologique, l’agroforestierie, ou d’autres formes de diversification des cultures.

Pourquoi opposer agriculture et biodiversité ?

Dans la logique du land sparing, agriculture et biodiversité sont pensées comme deux mondes séparés : l’un occupe l’espace productif, l’autre les zones mises à l’écart. L’agriculture y est vue comme l’adversaire du vivant. Et dans l’état actuel des pratiques, ce constat n’est pas infondé. Le rapport mondial de la Plateforme intergouvernementale pour la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) rappelait en 2019 que l’agriculture était le principal facteur de pression sur les écosystèmes, du fait de l’intensification des pratiques, de la pollution, et de la fragmentation des paysages qu’elle engendrait.

Une réalité confirmée par un rapport récent

Le rapport EAT-Lancet publié il y a quelques jours confirme cette responsabilité à une échelle plus globale. Il montre que les systèmes alimentaires figurent parmi les principaux moteurs du dépassement de plusieurs limites planétaires, notamment pour la biodiversité, l’usage des terres et les cycles de l’azote et du phosphore. Pour la première fois, ce rapport propose des « limites alimentaires sûres » qui relient directement nos modes de production et de consommation à la stabilité écologique de la planète.
Une alimentation saine, accessible à tous — produite, transformée, distribuée et consommée équitablement en respectant les limites de la planète
EAT-LANCET

Au milieu des années 2000 et 2010, des travaux, comme ceux des zoologues anglais Rhys Green en 2005 puis Ben Phalan en 2011, concluaient ainsi que le land sparing était la meilleure stratégie pour préserver les espèces. Ces travaux ont eu un large écho, confortant l’idée que l’intensification agricole « durable » pourrait sauver la biodiversité.

Mais entre land sparing et land sharing, faut-il vraiment choisir ? Des travaux récents montrent plutôt qu’aucune de ces deux options n’est une solution miracle généralisable partout, et qu’il est de plus en plus nécessaire de dépasser l’opposition stricte entre agriculture et nature.

Quand les modèles rencontrent la réalité

Les critiques du land sparing se sont de fait accumulées au fil des années. Les modèles initiaux reposaient sur des hypothèses simplificatrices : ils ignoraient les coûts sociaux et environnementaux de l’intensification. Or, intensifier l’agriculture suppose en général des intrants (engrais, pesticides, semences améliorées), de la mécanisation lourde et des infrastructures de marché. Cela favorise souvent les grandes exploitations au détriment des petits producteurs, qui peuvent être marginalisés, expulsés ou contraints de coloniser de nouvelles terres. De plus, certaines pratiques liées à l’intensification, comme la promotion des organismes génétiquement modifiés, renforcent le contrôle de certaines grandes firmes sur la production agricole.

Ces modèles simplifiaient aussi le rôle de la biodiversité. Pourtant celle-ci fournit de nombreux services écosystémiques essentiels à l’agriculture et aux sociétés : pollinisation, régulation des ravageurs, qualité de l’eau, stockage du carbone… L’agriculture intensive maximise souvent la production alimentaire, mais peut aussi générer des risques pour la santé ou les activités humaines.

Les sept familles de l’agriculture durable
Le modèle dominant de l’agriculture conventionnelle, parfois également appelée industrielle ou intensive, est de plus en plus contesté. Ce système de production agricole, qui cherche à maximiser la production grâce au travail des machines et à des intrants divers (engrais et pesticides de synthèses, semences hybrides, carburant pour les machines, eau d’irrigation…), est décrié pour ses conséquences.
Pour n’en citer que quelques-uns : dégradation des sols, pollution de l’environnement, effondrement de la biodiversité, émissions de gaz à effet de serre, détresse des communautés rurales, inégalités mondiales
Il existe cependant d’autres modèles : l’agriculture biologique, l’agriculture régénérative, l’agriculture de conservation, l’agriculture climato-intelligente, la biodynamie, la permaculture ou encore l’agroécologie.

Une agriculture intensive qui appauvrit également notre résilience alimentaire

L’agriculture intensive réduit largement la diversité des espèces et des variétés cultivées, érodant ainsi la diversité génétique de notre système alimentaire et agricole. Cette réalité peut entraîner la disparition de cultures présentant des propriétés nutritionnelles uniques, des capacités d’adaptation aux aléas climatiques et d’autres valeurs potentiellement déterminantes pour le futur. La perte de ce type de biodiversité qui soutient notre système alimentaire amplifie le risque d’épidémies et d’infestations parasitaires ainsi que la vulnérabilité de la chaîne de valeur alimentaire aux chocs climatiques, commerciaux et tarifaires.

Les tentatives d’évaluation économiques montrent de fait que la valeur de ces services dépasse souvent de plusieurs fois celle des produits agricoles eux-mêmes. Par exemple, la valeur annuelle des services écosystémiques des forêts françaises surpasse largement le revenu issu de leur exploitation. Fonder les stratégies sur la seule valeur marchande des produits agricoles est donc une démarche incomplète.

Le land sparing présente également des limites face aux changements globaux. Les polluants agricoles – engrais et pesticides – ne restent pas confinés aux champs. Ils contaminent les cours d’eau et les sols, et peuvent même être transportés dans l’atmosphère, jusqu’à être détectés dans des nuages à des centaines de kilomètres des zones cultivées.

Ainsi, les zones protégées ne garantissent pas toujours la survie des espèces : par exemple, les grenouilles rousses (Rana temporaria) et les crapauds communs (Bufo bufo) déclinent dans certaines régions d’Europe, car les pesticides utilisés dans les champs voisins contaminent leurs habitats aquatiques. Les abeilles sauvages et domestiques subissent également les effets des néonicotinoïdes, réduisant la pollinisation et perturbant les services écosystémiques essentiels à l’agriculture.

De plus, l’argument central du sparing – « produire plus pour convertir moins » – ne se vérifie pas toujours. Les économistes parlent alors d’effet rebond ou « Jevons paradox » : augmenter la productivité peut accroître la rentabilité des terres agricoles, incitant à en exploiter davantage au lieu d’en libérer. Ce phénomène a été documenté dans plusieurs études, notamment en Amérique latine ou en Asie du Sud-Est, où l’intensification locale de la culture de soja ou de palmier à huile a alimenté la déforestation importée.

Une histoire d’interdépendance. Depuis près de 11 000 ans, l’agriculture et la biodiversité sont liées.
Au fil des siècles de civilisation et de l’évolution technologique, l’agriculture s’est transformée pour répondre à des besoins de société et a progressivement influé sur l’environnement.
Par l’utilisation des sols, le façonnement des paysages et la production alimentaire, l’agriculture travaille avec le vivant et dépend de nombreux services rendus par la biodiversité. 
Les milieux agricoles sont aussi des écosystèmes à part entière et les variétés potagères, fruitières, céréalières, ou espèces animales sont des constituantes de biodiversité. En parallèle, des espèces dépendent de ces milieux et apportent des services indispensables au développement de l’agriculture elle-même. Par exemple, sans insectes pollinisateurs, 65 à 95% des fruits et légumes (1) que nous mangeons n’existeraient pas
Sans la biodiversité, et malgré toutes les technologies mécaniques et pétrochimiques, l’agriculture même moderne n’aurait pas les capacités de production, ni d’adaptation aux changements globaux. Sans la biodiversité, l’agriculture devrait traiter plus, fertiliser plus car les auxiliaires des cultures ne réguleraient plus les ravageurs et la vie du sol n’assurerait plus ses fonctions (minéralisation de la matière organique, structuration du sol…). La biodiversité est donc une compagne précieuse pour l’agriculture et vice-versa.

Mais le land sharing n’est lui non plus pas exempt de limites. Intégrer la biodiversité directement dans les champs – par exemple, à travers l’agroforesterie caféière en Amérique latine, des bandes fleuries pour les pollinisateurs en Europe, ou des haies favorisant les auxiliaires de culture – peut améliorer à la fois la production et la biodiversité.

Cependant, ces pratiques ne suffisent pas toujours à protéger les espèces. Certaines espèces très spécialisées, comme les oiseaux forestiers de la forêt humide du Costa Rica ou certaines abeilles sauvages européennes, ont besoin de grands habitats continus ou de corridors connectés entre les zones naturelles pour survivre : des bandes fleuries ou quelques arbres isolés dans les champs ne leur apportent pas ce dont elles ont besoin.

Autre limite souvent pointée : la productivité. Les critiques du land sharing se sont concentrées sur le fait que les pratiques favorables à la biodiversité – comme l’agroforesterie, les haies ou les bandes fleuries – peuvent réduire légèrement les rendements agricoles par hectare. Si ces rendements ne suffisent pas à couvrir les besoins alimentaires ou économiques, cela pourrait théoriquement pousser à exploiter davantage de surface agricole, réduisant ainsi l’espace disponible pour la nature. Par exemple, certaines études en Europe centrale montrent que l’intégration de bandes fleuries ou de haies peut diminuer de 5 % à 10 % la surface cultivable productive. Dans ce cas, si les agriculteurs compensent en étendant leurs cultures sur d’autres terres, le gain pour la biodiversité pourrait être annulé.

Enfin, le succès du sharing dépend fortement de l’adhésion et de la capacité des agriculteurs à appliquer ces pratiques. Sans soutien technique, économique ou incitatif, les bandes fleuries ou l’agroforesterie peuvent être abandonnées après quelques années, et l’impact sur la biodiversité disparaît.

Piéger le carbone dans le sol : ce que peut l’agriculture
Il est là, sous nos pieds. Dans notre vie quotidienne on le regarde à peine, et pourtant, il ne s’agit rien de moins que du plus grand stock de carbone des écosystèmes terrestres. Ce palmarès ne revient en effet pas aux forêts, ni à l’atmosphère mais bel et bien aux sols. On trouve environ 2400 milliards de tonnes de carbone dans les deux premiers mètres de profondeur sous la terre, soit trois fois plus que ce que l’on trouve dans l’atmosphère.

Un débat qui s’enrichit

Aujourd’hui, la recherche montre que sparing et sharing ne sont pas des solutions exclusives, mais deux pôles d’un continuum d’options. Selon les contextes, les deux approches peuvent se combiner. Protéger des zones à haute valeur écologique reste essentiel, mais il est tout aussi crucial de rendre les paysages agricoles plus accueillants pour la biodiversité et d’aménager des corridors écologiques entre zones protégées trop petites pour assurer seules la survie de certaines espèces.

Par exemple, une étude récente souligne que de 20 % à 25 % au moins d’habitat semi-naturel par kilomètre carré sont nécessaires dans les paysages modifiés par l’être humain pour maintenir les contributions de la nature aux populations humaines. En deçà de 10 %, la plupart des bénéfices fournis par la nature sont presque complètement perdus.

Mais œuvrer à des pratiques agricoles hospitalières pour la biodiversité ne signifie pas qu’il faille renoncer à améliorer les rendements. Cela ne signifie pas non plus que « tout ne se résout pas à l’échelle de la parcelle ou de la ferme ».

Dans certaines régions, maintenir une productivité suffisante est nécessaire pour réduire la pression sur les terres. L’enjeu est donc de l’inscrire dans une stratégie multifonctionnelle, combinant protection d’espaces naturels, diversification agricole et politiques alimentaires.

L’agroécologie propose des pratiques concrètes : associer cultures et arbres, maintenir haies et prairies, ou diversifier les rotations. Ces actions soutiennent à la fois la production et les services écosystémiques essentiels, comme la pollinisation, la régulation des ravageurs et la fertilité des sols. Par exemple, introduire des bandes fleuries ou des haies favorise les prédateurs naturels des insectes nuisibles : dans certaines cultures maraîchères européennes, cela a permis de réduire jusqu’à 30 % l’incidence des ravageurs tout en maintenant les rendements.


Agriculture et biodiversité :
cultivons avec la nature

L’Agence régionale de la biodiversité en Île-de-France vous invite à découvrir son clip vidéo sur les relations entre agriculture et biodiversité.

Agriculture et biodiversité : cultivons avec la nature

À l’inverse, l’agriculture intensive peut parfois voir ses rendements diminuer : l’usage répété de pesticides favorise la résistance des ravageurs, et les systèmes monoculturaux sont plus vulnérables aux aléas climatiques, comme la sécheresse ou les vagues de chaleur. L’agriculture de conservation, qui limite le labour et favorise le développement de couvertures végétales, peut ainsi augmenter la production tout en préservant la santé des sols, alors que le labour intensif et l’usage accru d’intrants conduisent souvent à une dégradation progressive du sol.

Une synthèse de 95 méta-analyses, couvrant plus de 5 000 expériences à travers le monde, montre que ces pratiques augmentent en moyenne la biodiversité de 24 % et la production de 14 %. De manière complémentaire, 764 comparaisons dans 18 pays indiquent que des rendements équivalents ou supérieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle sont souvent possibles, même si cela dépend du contexte et des pratiques adoptées.

Les baisses de production restent généralement limitées et sont fréquemment compensées par d’autres bénéfices écosystémiques. Autrement dit, diversifier les cultures est réalisable et peut être gagnant-gagnant dans de nombreux cas, mais il n’existe pas de solution universelle.

Enfin, les politiques agricoles doivent dépasser la seule logique du rendement pour inclure des indicateurs de bien-être humain, d’équité sociale et de résilience écologique. Cela suppose d’impliquer les agriculteurs et les communautés locales dans la définition des priorités, plutôt que d’imposer des modèles dits « universels ».

Dans une étude que nous avons publiée en 2025, nous avons voulu dépasser le faux dilemme entre intensification et partage. Nous montrons que se focaliser uniquement sur les rendements agricoles est une impasse : cela occulte les coûts cachés des systèmes alimentaires (estimés à plus de 10 000 milliards de dollars, ou 8,6 milliards d’euros, en 2020 en équivalent pouvoir d’achat).

Par exemple, les systèmes agricoles actuels utilisent de grandes quantités d’eau, qui peuvent limiter et polluer l’accès à l’eau potable des personnes, générant des coûts qui sont imputés à d’autres secteurs, comme celui de la santé. De la même manière, ces systèmes agricoles produisent de plus en plus de situations de malnutrition, de famine ou d’obésité, qui ont des coûts énormes pour les sociétés qui doivent les assumer. D’autres coûts sur les écosystèmes (par émission de gaz à effet de serre, par exemple) doivent également être pris en compte.

Nos travaux soulignent qu’une approche centrée sur le rendement risque d’accélérer la perte de biodiversité et d’agrobiodiversité, tout en renforçant la dépendance des petits producteurs aux intrants et aux grandes firmes. Or les transitions agricoles ne sont pas de simples choix techniques. Ce sont des processus socio-écologiques, qui engagent des questions de pouvoir, de justice et de culture. On les observe, par exemple, dans les zones dites de frontière agricole, où des populations autochtones, ou premières nations, sont déplacées par les porteurs de nouveaux modèles techniques, avec toutes les conséquences sociales engendrées par ces déplacements.

Revoir notre vision de la nature pour réconcilier biodiversité et agriculture
L’instant était qualifié d’historique par Ursula von der Leyen, elle-même. En décembre 2022, la présidente de la Commission européenne se félicitait de l’accord de Kunming-Montréal sur la biodiversité, dont la protection, soulignait-elle, est capitale à l’heure où « la moitié du PIB mondial dépend des services écosystémiques ». Les objectifs de ce traité étaient aussi précis qu’ambitieux : la protection de 30 % des zones terrestres et marines mondiales et la restauration de 30 % des écosystèmes dégradés.
Un an et demi plus tard, à l’échelle européenne, le report de mesures phares (4 % de terres arables en jachère, interdiction du glyphosate, diminution de l’usage des pesticides…) semble cependant sonner le glas d’une telle ambition. De quoi nous interroger : si les enjeux de protection de la biodiversité sont colossaux, les politiques qui la concernent sont-elles condamnées à cet incessant mouvement d’avancées trop rapidement qualifiées d’historiques et de reculs ? Comment comprendre de tels rétropédalages ?

Un tournant pour la science et les politiques

Le débat entre land sparing et land sharing a eu le mérite d’ouvrir une réflexion structurante sur les liens entre agriculture et biodiversité. Mais les solutions ne passent pas par des choix binaires. La réalité impose de penser la durabilité à travers des solutions hybrides et contextualisées qui intègrent les dimensions écologiques, sociales et économiques.

En fin de compte, la question n’est pas seulement « Comment produire plus avec moins », mais « Comment produire mieux, avec et pour la biodiversité ». C’est ce changement de perspective qui peut réellement orienter les transitions agricoles vers des systèmes à la fois productifs, justes et respectueux du vivant.

Damien Beillouin, Docteur en agronomie, Cirad; Bruno Rapidel, Chercheur en agronomie, PhD, HDR, Cirad et Sarah Jones, Chercheur en agroécologie, CGIAR

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Pourquoi l’écologie est d’abord une science

Et si le « backlash écologique » en Europe était une conséquence de l’accord de Paris ?

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C’était le grand mérite de l’accord de Paris en 2015 : transformer les déclarations d’intention diplomatiques sur le climat en engagements nationaux. Dix ans plus tard, l’ambition écologique se heurte désormais à un retour de bâton en Europe, où l’action climatique, au lieu de rassembler, polarise les débats et nourrit les divisions politiques.

On assiste aujourd’hui à une réaction politique généralisée en Europe contre les politiques de transition, qui en freine la mise en œuvre et en fragilise la légitimité. AndryDj / shutterstock

Par Malo Jan, Sciences Po


La COP30 marque les dix ans de l’accord de Paris et l’heure est au bilan. En 2015, les États s’étaient engagés, lors de la COP21 à Paris, à contenir le réchauffement en dessous de 2 °C, avec l’ambition d’atteindre 1,5 °C. Dix ans plus tard, les émissions continuent d’augmenter – bien qu’à un rythme moins élevé – et l’objectif de 1,5 °C semble désormais hors de portée, révélant les limites du cadre diplomatique fixé à Paris.

L’accord de Paris, en demandant à chaque État de se fixer des objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre et de se donner les moyens de les atteindre, a profondément transformé les débats politiques en Europe. On assiste aujourd’hui à un « backlash » (retour de bâton) écologique. C’est-à-dire, une réaction politique généralisée en Europe contre les politiques de transition, qui en freine la mise en œuvre et en fragilise la légitimité.

Ce phénomène peut être compris comme une conséquence indirecte de Paris. En ramenant le climat au cœur des débats nationaux, l’accord a rendu plus visibles les arbitrages économiques et sociaux qu’implique la transition et les conflits qu’elle suscite. C’est précisément cette dynamique, le passage d’un enjeu longtemps consensuel à un objet de conflictualité, que j’étudie dans ma thèse, en analysant comment les partis européens adaptent leurs stratégies face aux tensions nouvelles engendrées par la mise en œuvre des politiques climatiques.

Détricotage des politiques écologiques : le grand retour de bâton. Entretien avec François Gemenne
Alors que la troisième conférence de l’ONU sur l’océan vient de s’achever, en France, les reculs sur l’écologie se multiplient : « mise en pause » des aides à la rénovation thermique, restrictions des normes d’artificialisation des sols, autorisation de pesticides dangereux, suppression des zones à faible émission. Le « backlash » (retour de bâton) concernant l’écologie est spectaculaire, au niveau politique comme dans le monde des entreprises. Pourtant, l’opinion reste favorable à des choix écologiques ambitieux. Comment l’expliquer ? Comment y remédier ? Entretien avec le politiste François Gemenne.

Accord de Paris et nationalisation de l’action climatique

Là où le protocole de Kyoto (1997) fixait des objectifs contraignants à un nombre limité de pays industrialisés, l’accord de Paris a marqué un tournant dans la gouvernance climatique. Il confie désormais à chaque État la responsabilité de définir puis de réviser régulièrement ses propres engagements.

Ce passage d’un système d’obligations internationales à un modèle fondé sur la responsabilité nationale a déplacé le centre de gravité de l’action climatique de l’échelle internationale au niveau national. Or, ce changement a profondément modifié la place du climat dans le débat politique. Longtemps cantonné à la scène diplomatique des négociations internationales, il est devenu, depuis l’accord de Paris, un enjeu domestique majeur.

En Europe notamment, les engagements pris à la COP21 ont ouvert un espace inédit de contestation face à l’inaction des gouvernements. En 2018 et en 2019, dont les étés ont été marqués par des vagues de chaleur exceptionnelles, les marches pour le climat ont rassemblé des centaines de milliers de personnes dénonçant le décalage entre les promesses de l’accord de Paris et les politiques mises en œuvre. Dans le même temps, les contentieux climatiques se sont multipliés, comme en France avec l’Affaire du siècle, confrontant les États à leurs responsabilités.

Manifestante à Paris, en 2021, appelant à une loi Climat plus ambitieuse. Christophe Archambault/AFP

Sous la pression des engagements pris à Paris et des critiques de militants quant à l’inaction des pouvoirs publics, la question climatique s’est imposée dans la compétition politique, c’est-à-dire comme un enjeu central des stratégies électorales. À partir de 2018, la plupart des partis européens ont intégré le climat à leurs programmes pour gagner en crédibilité face à l’urgence climatique. Les élections européennes de 2019 l’ont bien illustré, avec une « vague verte » voyant une progression inédite des listes écologistes dans plusieurs pays.

Cette dynamique a favorisé l’adoption de nouvelles politiques publiques plus ambitieuses, européennes (comme le Pacte vert) puis nationales, visant la neutralité carbone. Au niveau national, elle s’est traduite par la multiplication des « lois Climat », parmi lesquelles la loi Climat et résilience qui, en France, fait figure d’exemple emblématique. Ces textes inscrivent dans le droit national les objectifs et les moyens censés permettre le respect des engagements pris à Paris.

Si leur ambition fait débat, ces politiques ont déjà contribué à infléchir, au moins partiellement, les trajectoires d’émissions dans plusieurs pays, comme la France. On ne peut donc les qualifier d’inefficaces.

Les classes populaires en ont-elles vraiment marre de l’écologie ?

Un nouveau terrain où s’expriment les clivages politiques

Lors de sa ratification, et encore aujourd’hui, l’accord de Paris a suscité peu de contestations en Europe, ce qui contraste avec les décisions symboliques de Donald Trump de retirer la signature des États-Unis lors de ses deux mandats, choix qu’il a habilement mis en scène sur le plan politique.

En revanche, la mise en œuvre des politiques climatiques découlant de l’accord de Paris pour tenir les engagements provoque désormais de fortes résistances politiques en Europe. Le passage d’un débat centré sur le choix des objectifs à atteindre à un débat national sur la façon d’y parvenir a rendu plus tangibles, au niveau national, les effets sociaux et économiques de la transition. Les coûts de l’action climatique, les inégalités qu’elle peut accentuer et les changements qu’elle impose aux modes de vie sont désormais au cœur du débat politique.

Une forte conflictualisation des enjeux climatiques en Europe a émergé dans ce contexte, portée notamment par des partis de droite radicale et d’extrême droite. Ceux-ci cherchent à délégitimer les politiques de transition écologique et à mobiliser les électorats susceptibles d’en être les perdants.

Certains, comme l’AfD en Allemagne ou Reform UK en Grande-Bretagne, en ont même fait un axe central de leur stratégie, alors que la question climatique restait jusque-là largement absente de leurs programmes.

Comment le Pacte vert est instrumentalisé par les populistes en Europe centrale et de l’Est

Un « backlash » né de la politisation des enjeux climatiques

Cette contestation a mis en difficulté les partis qui avaient soutenu les objectifs de neutralité carbone et porté les politiques de transition. Face à la montée des oppositions, plusieurs ont freiné leurs ambitions, de peur d’en assumer le coût électoral.

Au Royaume-Uni, le Labour a ainsi renoncé en 2024 à la promesse faite en 2021 d’investir chaque année 28 milliards de livres (31,7 milliards d’euros) pour le changement climatique. En France, Emmanuel Macron a cherché à réduire l’ambition de l’objectif de la Commission européenne pour la neutralité carbone, qui était de réduire de 90 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040. D’autres ont repris à leur compte certains arguments des droites radicales, dénonçant des mesures jugées impopulaires ou socialement injustes. Par exemple, après avoir longtemps affiché une forte ambition climatique, le Parti conservateur britannique cherche désormais à abroger la principale loi climatique du pays.

Les négociations internationales pendant les COP sur le climat donnent souvent lieu à une mise en scène de l’ambition climatique des pays européens, leurs dirigeants cherchant à afficher leur volontarisme et leur exemplarité. Pourtant, à l’échelle nationale, l’action climatique et sa légitimité se trouvent fragilisées par les tensions sur la répartition des coûts économiques et sociaux de la transition. L’accord de Paris a indirectement contribué à faire émerger cette dynamique.

Ainsi, dix ans après Paris, le climat n’apparaît plus seulement comme un enjeu de coopération internationale, mais comme une ligne de fracture politique majeure en Europe. La nationalisation de la question climatique, amorcée par l’accord de Paris, avait d’abord suscité un consensus relatif autour de la nécessité de transformer l’action publique. Le backlash écologique reflète la politisation qui en découle.

Si cette polarisation a le mérite de clarifier les lignes de clivage sur le climat, elle affaiblit en retour la position des États européens sur la scène internationale, en rendant plus difficile l’élaboration d’une position commune et en fragilisant la crédibilité de leurs engagements.

Malo Jan, Doctorant en sciences politiques, Sciences Po

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Dix ans après Paris, la COP30 pourra-t-elle relancer l’action climatique ?

Dix ans après l’accord de Paris, la COP30 sur le climat s’ouvre ce 10 novembre au Brésil dans un contexte climatique et géopolitique tendu. Tandis que la planète bat de nouveaux records de chaleur, les États devront en 2026 relever l’ambition de leurs objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, selon le calendrier décidé en 2015. La Cour internationale de justice de La Haye, qui a livré un avis inédit en juillet dernier, leur a rappelé leurs obligations juridiques en la matière.

Qu’attendre de la COP30 sur le climat ? Flash Vector/shutterstock

Une heure pour faire un état des lieux du backlash écologique

Cette table ronde propose un temps de réflexion, d’échange pour dresser un état des lieux de ce backlash écologique et en comprendre les enjeux. En présence ​de Benoît Calatayud, directeur de l’Observatoire de la transition écologique de la Fondation Jean-Jaurès, Amélie Deloffre, cofondatrice de Parlons Climat et Léonard Dermarkarian de QuotaClimat.


Greenbacklash
Qui veut la peau de l’écologie ?

En 2015, l’Accord de Paris sur le climat semblait signer une nouvelle ère, celle du consensus international face à la gravité du dérèglement climatique, celle du passage à l’action. Pourtant, on assiste depuis au démantèlement des politiques environnementales. Les programmes politiques et les discours ouvertement anti-écologiques prolifèrent. Malgré le désastre écologique, toute tentative de mise en œuvre d’une transition à la hauteur des enjeux suscite une puissante réaction, un greenbacklash planétaire.

Greenbacklash. Qui veut la peau de l’écologie ?

Après Greenwashing, voici un nouveau manuel pour dépolluer le débat public. Scientifiques, activistes et journalistes y proposent une cartographie mondiale du phénomène de backlash anti-environnemental. Qui ? Comment ? Où et depuis quand ? Voilà les questions auxquelles nous devons répondre pour faire face à ces forces multiples qui menacent le vivre-ensemble sur notre planète.

Sous la direction de Laure Teulières, maîtresse de conférences en histoire contemporaine, université Toulouse Jean Jaurès, Steve Hagimont, maître de conférences en histoire contemporaine, Sciences Po Toulouse, Jean-Michel Hupé, chercheur en écologie politique, CNRS. Avec les contributions de : Geneviève Azam, Christophe Cassou, Eve Darian Smith, Jean-Baptiste Fressoz, Stéphane Foucart, François Jarrige, Valérie Masson-Delmotte, Isabelle Stengers, Marie Toussaint…


L’IA générative est-elle soutenable ? Le vrai coût écologique d’un prompt

Circulez, il n’y a rien à voir ? Les estimations du bilan environnemental de l’intelligence artificielle générative, comme celles réalisées à l’été 2025 par Google sur son IA Gemini, semblent rassurantes : seulement 0,003 g de CO2 et cinq gouttes d’eau par « prompt ». Des résultats qui dépendent en réalité beaucoup des choix méthodologiques réalisés, alors que de telles études sont le plus souvent menées en interne et manquent de transparence. Le problème est que ces chiffres font de plus en plus souvent figure d’argument marketing pour inciter à l’utilisation de l’IA générative, tout en ignorant le risque bien réel d’effet rebond lié à l’explosion des usages.

Les études sur l’empreinte environnementale de l’IA générative souffrent de deux défauts : leur manque de transparence méthodologique, d’une part, et leur possible instrumentalisation à des fins marketing lorsqu’elles sont menées en interne par les géants de la tech, d’autre part. Collagery/Shutterstock

Par Denis Trystram et Danilo Carastan Dos Santos de l’Université Grenoble Alpes (UGA), Djoser Simeu et Laurent Lefèvre de l’Inria


Quel est le vrai coût écologique de l’IA générative ?

Sarah Sermondadaz, cheffe de rubrique Environnement et Énergie The Conversation France

Consommation d’électricité, d’eau ou de ressources rares, les chiffres de l’impact environnemental du numérique affolent régulièrement l’opinion. C’est particulièrement le cas de ceux liés à l’explosion des usages des IA génératives, nées dans le sillage de ChatGPT. Les géants de la tech se veulent rassurants. Google, par exemple, a avancé l’été dernier que son IA Gemini n’émettait que 0,003g équivalent CO2 et ne consommait que cinq gouttes d’eau par « prompt » (c’est-à-dire, par requête écrite) d’un utilisateur.  

Le problème ? Les résultats de cette étude, menée en interne, dépendent de choix méthodologiques qui restent en partie opaques. Cela dénote la tentation, pour ces firmes, de mettre en avant des chiffres avantageux,sur le plan marketing, mais invérifiables, pour inciter à l’utilisation de l’IA générative. Cela se double d’un cadrage du sujet (ici, présentation des chiffres pour un seul prompt) qui ignore délibérément les risques d’effet rebond : il y a toujours plus d’utilisateurs qui ne s’en tiennent que rarement à un seul prompt…

Pourtant, les décideurs le serinent depuis plus de dix ans : la transformation numérique devait être une voie royale vers la décarbonation de l’économie. Que s’est-il passé ? Ce vœu pieux se fondait sur des hypothèses qui manquaient de réalisme et qui ont éludé la matérialité des infrastructures numériques. Or, les data centers, s’ils permettent de dématérialiser les usages, sont des infrastructures bien concrètes.

Depuis la sortie de ChatGPT fin 2022, les IA génératives ont le vent en poupe. En juillet 2025, OpenAI annonçait que ChatGPT recevait 18 milliards de « prompts » (instructions écrites par les utilisateurs) par semaine, pour 700 millions d’utilisateurs – soit 10 % de la population mondiale.

Aujourd’hui, la ruée vers ces outils est mondiale : tous les acteurs de la Big Tech développent désormais leurs propres modèles d’IA générative, principalement aux États-Unis et en Chine. En Europe, le Français Mistral, qui produit l’assistant Le Chat, a récemment battu les records avec une capitalisation proche de 12 milliards d’euros. Chacun de ces modèles s’inscrit dans un environnement géopolitique donné, avec des choix technologiques parfois différents. Mais tous ont une empreinte écologique considérable qui continue d’augmenter de façon exponentielle, portée par la démultiplication des usages. Certains experts, dont ceux du think tank spécialisé The Shift Project, sonnent l’alerte : cette croissance n’est pas soutenable.


L’IA peut-elle vraiment être frugale ?

Autour de nous, nous observons le numérique envahir tous les autres secteurs. L’intelligence artificielle (IA) est l’un des derniers maillons de ce bouleversement technologique : elle accompagne désormais tout traitement automatique qui exploite le déluge de données numériques. Mais au vu des enjeux écologiques auxquels nous faisons face aujourd’hui, sera-t-il possible de concevoir une IA respectueuse des contraintes environnementales ?

L’IA peut-elle vraiment être frugale ?
Si l’IA peut avoir des applications vertueuses pour l’environnement, cela vaut-il tout le carbone émis lors de son développement et de son usage ? Kak (France)/L’Opinion-Cartooning for Peace, Author provided (no reuse)

Or, tous les acteurs du domaine – y compris les consommateurs – sont aujourd’hui bien conscients du coût environnemental qui accompagne les usages liés au numérique, mais pas forcément des chiffres que cela représente.

Poussés par de multiples raisons (obligations réglementaires, marketing, parfois par conscience environnementale), plusieurs des grands acteurs de la tech ont récemment réalisé l’analyse de cycle de vie (ACV, méthodologie permettant d’évaluer l’impact environnemental global d’un produit ou service) de leurs modèles.

Fin août 2025, Google a publié la sienne pour quantifier les impacts de son modèle Gemini. Que valent ces estimations, et peut-on s’y fier ?

Une empreinte carbone étonnement basse

Un modèle d’IA générative, pour fonctionner, doit d’abord être « entraîné » à partir d’une grande quantité d’exemples écrits. Pour mesurer l’électricité consommée par un « prompt », Google s’est donc concentré sur la phase d’utilisation – et non pas d’entraînement – de son IA Gemini. Selon ses propres calculs, Google annonce donc qu’un prompt ne consommerait que 0,24 wattheure (Wh) en moyenne – c’est très faible : environ une minute de consommation d’une ampoule électrique standard de 15 watts.

Comment les auteurs sont-ils arrivés à ce chiffre, significativement plus faible que dans les autres études déjà réalisées à ce sujet, comme celle menée par Mistral IA en juillet 2025 ?

La première raison tient à ce que Google mesure réellement. On apprend par exemple dans le rapport que l’électricité consommée par un prompt est utilisée pour 58 % par des processeurs spécialisés pour l’IA (l’unité de traitement graphique, ou GPU, et le circuit intégré spécifique Tensor Processing Unit, ou TPU), 25 % par des processeurs classiques et à hauteur d’environ 10 % par les processeurs en veille, et les 7 % restants pour le refroidissement des serveurs et le stockage de données.

Autrement dit, Google ne tient ici compte que de l’électricité consommée par ses propres data centers, et pas de celle consommée par les terminaux et les routeurs des utilisateurs.

Par ailleurs, aucune information n’est donnée sur le nombre d’utilisateurs ou le nombre de requêtes prises en compte dans l’étude, ce qui questionne sa crédibilité. Dans ces conditions, impossible de savoir comment le comportement des utilisateurs peut affecter l’impact environnemental du modèle.


Impact environnemental du numérique : l’inquiétant boom à venir

De nouveaux chiffres de l’Ademe mettent en lumière l’impact environnemental croissant du secteur numérique, en constante progression. Le poids des équipements, toujours majoritaires dans l’empreinte carbone du secteur, est peu à peu concurrencé par celui des usages, qui connaissent un essor grandissant. La vague de l’IA générative devrait contribuer à les faire encore grimper.


Impact environnemental du numérique : l’inquiétant boom à venir
Les data centers pèsent de plus en plus lourd dans l’empreinte carbone du numérique. Shutterstock

Google a racheté en 2024 l’équivalent de la production d’électricité annuelle de l’Irlande

La seconde raison tient à la façon de convertir l’énergie électrique consommée en équivalent CO2. Elle dépend du mix électrique de l’endroit où l’électricité est consommée, tant du côté des data centers que des terminaux des utilisateurs. Ici, on l’a vu, Google ne s’intéresse qu’à ses propres data centers.

Depuis longtemps, Google a misé sur l’optimisation énergétique, en se tournant vers des sources décarbonées ou renouvelables pour ses centres de données répartis partout dans le monde. Selon son dernier rapport environnemental, l’effort semble porter ses fruits, avec une diminution de 12 % des émissions en un an, alors que la demande a augmenté de 27 % sur la même période. Les besoins sont colossaux : en 2024, Google a consommé, pour ses infrastructures de calcul, 32 térawattsheures (TWh), soit l’équivalent de la production d’électricité annuelle de l’Irlande.


Un data center près de chez soi, bonne ou mauvaise nouvelle ?

Les annonces se multiplient en France et à l’étranger sur la construction de centres de données gigantesques, dédiés à répondre aux besoins en puissance de calcul de plus en plus colossaux requis par l’intelligence artificielle (IA). En France, il apparaît urgent de planifier et de réguler ce déploiement sur le territoire, qui n’est pas sans risque de créer des conflits dans l’allocation des ressources en électricité.

Un data center près de chez soi, bonne ou mauvaise nouvelle ?
Les annonces se multiplient en France et à l’étranger sur la construction de centres de données gigantesques, dédiés à répondre aux besoins en puissance de calcul de plus en plus colossaux requis par l’intelligence artificielle (IA) TaylorVick/Unsplash

De fait, l’entreprise a signé 60 contrats exclusifs de fourniture en électricité à long terme en 2024, pour un total de 170 depuis 2010. Compte tenu de l’ampleur des opérations de Google, le fait d’avoir des contrats d’électricité exclusifs à long terme compromet la décarbonation dans d’autres secteurs. Par exemple, l’électricité à faibles émissions qui alimente les prompts pourrait être utilisée pour le chauffage, secteur qui dépend encore fortement des combustibles fossiles.

Dans certains cas, ces contrats impliquent la construction de nouvelles infrastructures de production d’énergie. Or, même pour la production d’énergie renouvelable décarbonée, leur bilan environnemental n’est pas entièrement neutre : par exemple, l’impact associé à la fabrication de panneaux photovoltaïques est compris entre 14 g eq CO2 et 73 g eq CO2 / kWh, ce que Google ne prend pas en compte dans ses calculs.

Dans son rapport environnemental, Google ne prend pas en compte l’empreinte carbone liée à la construction des infrastructures de production d’électricité, fussent-elles renouvelables. American Public Power Association/Unsplash, CC BY

Enfin, de nombreux services de Google font appel à de la « colocation » de serveurs dans des data centers qui ne sont pas nécessairement décarbonés, ce qui n’est pas non plus pris en compte dans l’étude.

Autrement dit, les choix méthodologiques réalisés pour l’étude ont contribué à minimiser l’ampleur des chiffres.

Cinq gouttes d’eau par prompt, mais 12 000 piscines olympiques au total

La consommation d’eau douce est de plus en plus fréquemment prise en compte dans les rapports environnementaux liés au numérique. Et pour cause : il s’agit d’une ressource précieuse, constitutive d’une limite planétaire récemment franchie.

L’étude de Google estime que sa consommation d’eau pour Gemini est de 0,26 ml – soit cinq gouttes d’eau – par prompt. Un chiffre qui semble dérisoire, ramené à l’échelle d’un prompt, mais les petits ruisseaux font les grandes rivières : il faut le mettre en perspective avec l’explosion des usages de l’IA.

Globalement, Google a consommé environ 8 100 millions de gallons (environ 30 millions de mètres cubes, l’équivalent de quelque 12 000 piscines olympiques) en 2024, avec une augmentation de 28 % par rapport à 2023.

Mais là aussi, le diable est dans les détails : le rapport de Google ne comptabilise que l’eau consommée pour refroidir les serveurs (selon un principe très similaire à la façon dont nous nous rafraîchissons lorsque la sueur s’évapore de notre corps). Le rapport exclut de fait la consommation d’eau liée à la production d’électricité et à la fabrication des serveurs et autres composants informatiques, qui sont pourtant prises en compte pour le calcul de son empreinte carbone, comme on l’a vu plus haut. En conséquence, les indicateurs d’impact environnemental (carbone, eau…) n’ont pas tous le même périmètre, ce qui complique leur interprétation.


Les métaux de nos objets connectés, face cachée de l’impact environnemental du numérique

Nos équipements numériques abritent chacun des dizaines de métaux, quasiment tous extraits en dehors de l’Europe. L’explosion du secteur numérique et la croissance exponentielle à venir de nos usages invitent à se pencher sur notre dépendance à ces matériaux et à leurs impacts environnementaux, sociaux et géopolitiques.

Les métaux de nos objets connectés, face cachée de l’impact environnemental du numérique

Des études encore trop opaques

Comme la plupart des études sur le sujet, celle de Google a été menée en interne. Si on comprend l’enjeu de secret industriel, un tel manque de transparence et d’expertise indépendante pose la question de sa légitimité et surtout de sa crédibilité. On peut néanmoins chercher des points de comparaisons avec d’autres IA, par exemple à travers les éléments présentés par Mistral IA en juillet 2025 sur les impacts environnementaux associés au cycle de vie de son modèle Mistral Large 2, une première.

Cette étude a été menée en collaboration avec un acteur français reconnu de l’analyse du cycle de vie (ACV), Carbone4, avec le soutien de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), ce qui est un élément de fiabilité. Les résultats sont les suivants.

Pendant les dix-huit mois de durée de vie totale du modèle, l’équivalent d’environ 20 000 tonnes eq CO2 ont été émises, 281 000 m3 d’eau consommée et 660 kg équivalent antimoine (indicateur qui prend en compte l’épuisement des matières premières minérales métalliques).

Résultats présentés par Mistral à l’été 2025. Mistral AI

Mistral attire l’attention sur le fait que l’utilisation du modèle (inférence) a des effets qu’ils jugent « marginaux », si on considère un prompt moyen utilisant 400 « tokens » (unités de traitement corrélées à la taille du texte en sortie) : ce prompt correspond à l’émission de 1,14 g équivalent CO2, de 50 ml d’eau et 0,5 mg équivalent antimoine. Des chiffres plus élevés que ceux avancés par Google, obtenus, comme on l’a vu, grâce à une méthodologie avantageuse. De plus, Google s’est basé dans son étude sur un prompt « médian » sans donner davantage de détails statistiques, qui seraient pourtant bienvenus.

En réalité, l’une des principales motivations, que cela soit celles de Google ou de Mistral, derrière ce type d’étude reste d’ordre marketing : il s’agit de rassurer sur l’impact environnemental (ce qu’on pourrait qualifier de « greenwashing ») de l’IA pour pousser à la consommation. Ne parler que de l’impact venant des prompts des utilisateurs fait également perdre de vue la vision globale des coûts (par exemple, ceux liés à l’entraînement des modèles).


Comment rendre l’électronique plus soutenable ?

L’électronique n’est aujourd’hui pas soutenable au sens du rapport de Brundtland : elle ne répond pas « aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. » Pour pouvoir atteindre les engagements fixés par les accords de Paris pour 2050, l’impact de toute l’industrie, y compris celle de l’électronique, doit être fortement réduit. Des solutions existent, mais nécessitent une transformation globale de l’industrie électronique dont les impacts environnementaux augmentent rapidement, notamment de par son rôle dans la transformation numérique.

Comment rendre l’électronique plus soutenable ?

Reconnaissons que le principe d’effectuer des études d’impacts est positif. Mais l’opacité de ces études, même lorsqu’elles ont le mérite d’exister, doit être interrogée. Car, à ce jour, Mistral pas plus que Google n’ont pas dévoilé tous les détails des méthodologies utilisées, les études ayant été menées en interne. Or, il faudrait pouvoir disposer d’un référentiel commun qui permettrait de clarifier ce qui doit être pris en compte dans l’analyse complète du cycle de vie (ACV) d’un modèle d’IA. Ceci permettrait de réellement comparer les résultats d’un modèle à l’autre et de limiter les effets marketing.

Une des limites tient probablement à la complexité des IA génératives. Quelle part de l’empreinte environnementale peut-on rattacher à l’utilisation du smartphone ou de l’ordinateur pour le prompt ? Les modèles permettant le fine-tuning pour s’adapter à l’utilisateur consomment-ils plus ?

La plupart des études sur l’empreinte environnementale des IA génératives les considèrent comme des systèmes fermés, ce qui empêche d’aborder la question pourtant cruciale des effets rebonds induits par ces nouvelles technologies. Cela empêche de voir l’augmentation vertigineuse de nos usages de l’IA, en résumant le problème au coût environnemental d’un seul prompt.

Denis Trystram, Professeur des universités en informatique, Université Grenoble Alpes (UGA); Danilo Carastan Dos Santos, Professeur assistant, Université Grenoble Alpes (UGA); Djoser Simeu, Ingénieure de recherche en Intelligence Artificielle Frugale, Inria et Laurent Lefèvre, Chercheur en informatique, Inria

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


Pourquoi la transformation numérique n’est pas une voie royale vers la neutralité carbone

Souvent présenté comme un levier indispensable pour décarboner nos économies, le numérique est loin d’être une solution miracle. Derrière ses promesses techniques et économiques se cachent des coûts environnementaux et humains croissants. La planète ne bénéficiera pas nécessairement d’une numérisation massive qui risque, au contraire, d’aggraver notre dépendance en termes de ressources et d’énergie.

Pourquoi la transformation numérique n’est pas une voie royale vers la neutralité carbone

Les Plans Herbe® pour la préservation de l’eau, la transition agricole et le soutien aux filières herbivores

L’Agence de l’eau Rhin-Meuse accélère le déploiement du plan Herbe®, véritable outil de transition agricole et territoriale qui accompagne les acteurs locaux dans la reconquête et la valorisation des prairies pour préserver l’eau, la biodiversité et les paysages. Avec 6 plans Herbe® déployés sur l’ensemble du bassin Rhin-Meuse, ce sont 31 partenaires qui s’engagent pour repenser la place de l’herbe sur leurs territoires, avec plus de 178 000 hectares de prairies concernés. Les demandes se multiplient, illustrant un véritable mouvement collectif pour concilier agriculture, eau et territoire.

Plans de soutien à l’élevage à l’herbe : L’agence de l’eau propose un projet de territoire multi-partenarial pour soutenir l’élevage herbager dans toutes ses composantes et les prairies. Décryptage des plans Herbe®.

L’élevage à l’herbe pour sauver les prairies permanentes

Avec un portage pouvant être départemental, par une ou plusieurs communautés de communes, un syndicat ou tous à la fois, l’objectif des plans Herbe® est de donner un outil supplémentaire aux collectivités pour agir sur leur territoire, selon la vision qu’elles en ont. C’est la ou les collectivité(s) porteuse(s) qui coordonne(nt), fixe(nt) les ambitions du programme, défini(ssen)t la stratégie et co-construi(sen)t un projet agricole de territoire en s’entourant d’une multitude d’acteurs volontaires (associations environnementales, OPA, acteurs de filières…) force de propositions.

Venant en complément d’actions déjà existantes, le plan Herbe® permet une synthèse de l’existant, une valorisation et de faire émerger des actions complémentaires avec une aide financière de l’agence de l’eau. Se voulant être un dispositif facilitateur, les premières actions mises en œuvre peuvent être des actions sans regret ou venant consolider des dynamiques existantes. Il est possible de monter en ambition au fur et à mesure !

Protection de l’environnement et de la ressource en eau, valorisation socio-économique des surfaces et des débouchés qu’elles procurent : les prairies ont tout bon ! L’agence de l’eau Rhin-Meuse a souhaité expliciter leurs bienfaits tout en déployant une stratégie quant à leur préservation.

Le Plan Herbe© est un modèle réplicable et inspirant pour d’autres territoires, sur des thèmes au cœur des préoccupations environnementales nationales :

  • préservation de la ressource en eau,
  • maintien des prairies naturelles,
  • soutien à un élevage plus durable,
  • résilience des filières agricoles face au changement climatique.
Agence de l’eau Rhin Meuse – Vincent Zobler

Plan Herbe® Meuse : sauvons l’élevage pour sauver les prairies !

Après deux ans d’existence du plan Herbe® Meuse, l’agence de l’eau Rhin-Meuse et le département de la Meuse dressent un premier retour d’expérience. La parole est donnée aux différents acteurs de ce collectif pour qui les prairies ne peuvent perdurer sans éleveurs, et les éleveurs ne peuvent assurer leur avenir sans une rentabilité durable.

L’élevage à l’herbe, durable, rentable et résilient, n’est plus un idéal lointain, c’est une réalité à portée de main.

Avec Anne Muller, éleveuse ; Benoit Watrin, conseiller départemental de la Meuse ; Lucie Sepulche chargée de mission au conseil départemental de la Meuse ; Marcellin Laratte, vice- président de l'Union Laitière de la Meuse ; Joffrey Berthelemy, éleveur ; Tania Korner, conseillère d'élevage à la chambre d'agriculture de la Meuse ; Johan Lux, conseiller élevage du groupe EMC2 et Xavier Morvan, directeur général de l'agence de l'eau Rhin-Meuse.

Prairie permanentes : un atout majeur pour l’environnement et la santé publique

Le plan Herbe® : une approche collective pour préserver l’eau

Face aux défis croissants du changement climatique, de la raréfaction de l’eau et de la fragilisation du monde agricole, l’Agence de l’eau Rhin-Meuse a fait le choix d’agir aux côtés des acteurs locaux. Avec le plan Herbe®, elle propose un cadre partenarial et stratégique inédit, porté par une ou plusieurs collectivités, pour soutenir une agriculture d’élevage à l’herbe durable, résiliente et rémunératrice.

Ces systèmes d’élevage herbagers sont parmi les plus vertueux pour préserver la ressource en eau, la biodiversité et les paysages.

Biodiversité et élevage : un engagement commun
Le Plan Herbe de la Communauté de Communes Sarrebourg Moselle Sud vise à soutenir l’élevage à l’herbe et la préservation des prairies. Fruit d’engagements forts depuis 2016, ce plan s’inscrit dans un programme global pour la biodiversité. Face à la régression des surfaces en herbe et à l’abandon de l’élevage, il ambitionne de créer des modèles économiques durables et résilients, tout en partageant la ressource en eau de manière équitable. Ce partenariat s’étend sur la période 2024-2027, avec un engagement fort des acteurs locaux.

Chaque plan Herbe® est construit en étroite collaboration avec les acteurs locaux : éleveurs, collectivités, organisations professionnelles agricoles, coopératives, associations, et services de l’État. L’enjeu est avant tout de constituer de véritables collectifs de partenaires (publics et privés) qui mettent en commun leurs énergies, leurs moyens techniques et financiers pour faire émerger des solutions durables à contre-courant des modèles agricoles traditionnels. Ensemble, ils définissent une feuille de route adaptée aux enjeux de leur territoire :  préservation de la qualité de l’eau, maintien des prairies,  valorisation des filières locales,  protection de la biodiversité et de l’attractivité rurale.

Cette démarche s’inscrit pleinement dans les priorités du 12e Programme d’intervention de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, qui vise à restaurer le bon état des eaux, protéger les captages, encourager la sobriété des usages et développer des solutions fondées sur la nature. En soutenant les systèmes herbagers, l’Agence de l’eau Rhin-Meuse mise sur un modèle agricole reconnu comme l’un des plus vertueux pour préserver durablement l’eau, les sols et les paysages, tout en garantissant des revenus justes aux éleveurs et un cadre de vie de qualité aux habitants.

Abandon de l’activité d’élevage
Les éleveurs font face à des défis économiques et climatiques qui menacent leurs exploitations. Les revenus sont insuffisants par rapport à la charge de travail, ce qui rend le métier peu attrayant. Les aléas climatiques, comme les sécheresses, réduisent les réserves de fourrage, mettant en péril la viabilité des exploitations. De plus, le vieillissement de la population agricole et le manque de rémunération encouragent l’agrandissement des exploitations, au détriment des prairies. Sans un soutien efficace, ces tendances pourraient entraîner une dégradation de la qualité de l’eau et une perte de biodiversité. Pour contrer ces risques, le projet de territoire propose d’accompagner les éleveurs vers des pratiques agricoles durables, valorisant les services rendus par les prairies.

Xavier MORVAN, Directeur général de l’Agence de l’eau Rhin Meuse : « Le succès des plans Herbe® confirme la pertinence de cette approche collective, qui séduit de plus en plus de territoires et d’acteurs agricoles. Avec 3 nouveaux projets signés depuis juillet, la dynamique s’accélère : de nombreux plans sont déjà en cours de co-construction, preuve que cette approche répond à de vrais besoins sur le terrain. 6 nouvelles signatures sont attendues dans les 18 prochains mois, pour transformer durablement les pratiques agricoles et protéger l’eau, la biodiversité et nos territoires ruraux. »

Régression des surfaces en herbe
Les prairies permanentes sont bien plus que de simples champs – elles sont essentielles pour nourrir nos animaux et préserver notre environnement. Elles abritent une incroyable diversité de plantes et d’animaux, contribuant ainsi à maintenir la qualité de notre eau. Malheureusement, ces espaces verts disparaissent à une vitesse alarmante. Entre 2011 et 2020, la France a perdu près de 20% de ses prairies, principalement à cause de l’expansion des cultures intensives. En Lorraine, cette tendance est tout aussi inquiétante, avec une perte de 30% de nos prairies entre 1970 et le début des années 2010. Heureusement, des initiatives telles que le programme Prairies Vivantes, mené par le CEN Lorraine, visent à protéger nos précieuses prairies. En particulier, la zone Est du Parc naturel régional de Lorraine est identifiée comme une priorité pour la conservation des prairies exceptionnellement riches en biodiversité.

Plan Herbe© : Soutien de l’élevage herbager et des prairies

Avec l’agriculture biologique, les systèmes d’élevages herbagers sont en effet les systèmes les plus vertueux pour préserver la ressource en eau sur les territoires. Ils présentent de multiples avantages.

Un accompagnement technique et financier pour les éleveurs

Au cœur du plan Herbe®, l’Agence de l’eau accompagne les éleveurs dans la transition vers des pratiques plus durables. Les aides permettent de préserver et de restaurer des prairies permanentes, de moderniser les outils de production, de développer la formation et de favoriser une gestion plus autonome et résiliente des exploitations.

Au-delà de l’aspect environnemental, le plan Herbe® contribue à structurer et valoriser économiquement les filières locales comme le lait, la viande ou encore la laine. L’objectif est de permettre aux éleveurs de mieux vivre de leur production, grâce à l’implication de l’ensemble des acteurs des filières (des producteurs jusqu’aux industriels agroalimentaires et à la grande distribution) mobilisés pour relocaliser la valeur sur les territoires.

  • Par exemple, le plan Herbe® Sud Alsace, signé le 9 juillet dernier, soutient le développement d’un outil collectif de transformation laitière et accompagne les éleveurs dans l’évolution de la part d’herbe dans la ration alimentaire de leurs troupeaux. Une démarche qui renforce à la fois l’autonomie des exploitations et la qualité environnementale des pratiques.
  • Le plan Herbe® Sud Mosellan s’attache quant à lui à soutenir des filières lait et viande riches en biodiversité, tout en valorisant de nouvelles ressources locales, à l’image de Mos’Laine, une filière de laine née de la volonté de donner une seconde vie à un produit souvent délaissé.

Anne MULLER, éleveuse à la ferme de Palameix à Troyon (55) – plan Herbe® Meuse : « Sur le plan technique, nous avons gagné en précision : les vaches consomment davantage d’herbe, ce qui constitue un réel avantage économique. Plus elles mangent d’herbe, plus elles produisent de lait, et donc plus nous fabriquons de fromage avec un meilleur rendement. La qualité du produit est également supérieure : le fromage est plus jaune au printemps, parfumé par la flore de la prairie qui offre une meilleure qualité de vie aux animaux. »

Communauté de communes Vallée de la Bruche

La communauté de communes et 4 associations foncières pastorales ont redonné vie à un paysage composé de prairies permanentes à forte qualité floristique et faunistique laissant voir le lit majeur de la Bruche.

Un outil de développement durable pour les collectivités

Pour les collectivités, le plan Herbe® constitue un levier concret pour préserver l’eau, renforcer les filières locales et l’attractivité de leur territoire. Il permet également d’intégrer les enjeux agricoles dans les politiques locales, qu’il s’agisse d’alimentation, de biodiversité, de foncier ou de gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (GEMAPI).

Le plan Herbe® se traduit sur le terrain par des initiatives variées qui illustrent comment l’agriculture, la gestion de l’eau et la biodiversité peuvent être conciliées :

  • Le plan Herbe® Ried Vivant signé le 3 juillet dernier, accompagne les communes dans l’extension de leur Trame verte et bleue, la mise en œuvre d’une méthodologie d’attribution du foncier communal et le développement de sites expérimentaux pour le pâturage écologique. Une démarche qui renforce à la fois la biodiversité locale et la résilience des exploitations.

Benoît SCHLUSSEL, Vice-président délégué de Colmar Agglomération (68): « L’herbe présente de nombreux intérêts pour le maintien de la qualité de l’eau et la préservation de la biodiversité. A travers son engagement dans le plan Herbe® Ried Vivant, Colmar Agglomération travaille notamment sur la valorisation des surfaces en herbe pour les développer et les maintenir dans les zones à enjeux sur son territoire. Une étude de faisabilité d’une filière foin à destination des éleveurs et des centres équestres a par exemple été lancée en partenariat avec la ville de Guémar (68). »

  • La démarche Mad’in L’Eau Reine (54,55) soutient la reconquête de prairies et le développement de l’agriculture biologique autour de l’agglomération messine. En reconquérant 650 hectares de prairies et 2 450 hectares en bio, le projet favorise des pratiques agricoles vertueuses et contribue directement à la préservation de la qualité de l’eau.

Hydrologie Régénérative : science de la régénération du cycle de l’eau douce par l’aménagement du territoire

Le guide de terrain « Régénérer les rivières » est sorti ! Dans le sillon tracé par les chercheurs-praticiens américains, la communauté professionnelle française s’approprie la régénération low tech basée sur les processus.

Ce guide est le fruit d’un important travail de traduction réalisé par Fanny Morizot, de transmission et de formation conjointement mené par l’Association Rivière Rhône Alpes Auvergne (ARRA²) et le MAPCa, avec le soutien de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse.

Régénération low-tech

Telle que définie par le Riverscapes consortium initié par Joseph Wheaton, professeur des Milieux Rivières à l’Université d’État de l’Utah, “La régénération low-tech basée sur les processus s’appuie sur des structures simples, traditionnellement construites à la main, pour invoquer des processus naturels tels que l’activité des castors et l’accumulation de bois afin de restaurer la santé de ces milieux complexes.”

S’inspirer des ouvrages construits par les castors

Cette approche a fait ses preuves aux États-Unis et a conduit à la publication d’une importante littérature scientifique. Parmi de nombreuses études, celle de Ellen Wohl de l’Université du Colorado fournit une analyse détaillée comparant les ouvrages construits par les castors avec ceux construits par les humains : des seuils de moulins, remblais, check-dams aux ouvrages castor-mimétiques. Elle confirme que les services écosystémiques des complexes naturels de castors sont plus bénéfiques que les seuils de moulins, vis-à-vis du stockage d’eau, de nutriments, de sédiments, de carbone atmosphérique, favorisent la connectivité hydraulique…

Un castor dans le parc national de Grand Teton, dans le Wyoming (ETats-Unis)

En attendant que les études françaises soient publiées, il y a besoin de transmettre, de former, d’expérimenter et de déployer cette approche qui vise à réactiver les processus clé de voûte (l’accumulation de bois dans l’eau et les ouvrages castors).

Ralentir l’eau, un enjeu commun pour adapter nos territoires

L’approche est qualifiée de low tech quand elle utilise les matériaux disponibles sur place, lorsqu’elle vise à implémenter des structures simples à partir de matériaux naturels disponibles sur place.

Elle permet de réduire les coûts d’ingénierie et de travaux, de travailler au contact de la rivière et elle est plus autonomisante pour les gestionnaires.

L’activité humaine dérègle le cycle de l’eau, et le réchauffement climatique aggrave cette dynamique : l’eau devient moins disponible en période de basses eaux et les précipitations plus dévastatrices. La sécheresse des sols est une préoccupation croissante. Manque d’eau, pertes agricoles, pression sur les écosystèmes : les conséquences sociales, écologiques et économiques de ces dérèglements sont déjà tangibles et appellent une action urgente et globale. Ralentir l’eau – en favorisant son infiltration et sa rétention dans les sols et les paysages – constitue une voie d’adaptation essentielle. Ce dossier propose aux élus, aux décideurs, aux acteurs de terrain, des axes de réflexion, des retours d’expérience et des pistes d’action pour repenser l’aménagement du territoire, renouer avec les dynamiques naturelles de l’eau et bâtir des stratégies concrètes pour réduire les vulnérabilités des territoires.

Guide de terrain : Régénération low-tech des milieux rivières

Ce guide de poche est conçu pour accompagner les professionnels et praticiens de rivière qui souhaitent intégrer la régénération low-tech fondée sur les processus dans leur pratique de restauration des cours d’eau. Dans cette approche, l’idée n’est pas de tenter de reproduire et de figer ce à quoi une rivière ressemble, mais plutôt de réactiver ce qu’une rivière fait, comment elle se comporte, pour retrouver un milieu rivière sain et autonome.

Il aborde en trois temps :

  1. les principes et clés de lecture des milieux rivières,
  2. des conseils et étapes pour la mise en place d’un projet d’accompagnement des cours d’eau dans la réactivation de leurs processus,
  3. une description détaillée des ouvrages low-tech employés pour imiter deux processus « clés de voute » : les effets de l’accumulation de bois mort et de l’activité de construction des castors (« Structures Bois » et « Ouvrages Type Castor »).

Il comprend un glossaire, qui traduit l’attention particulière portée sur le choix du vocabulaire employé, ainsi qu’une liste de ressources documentaires pour aller plus loin : publications récentes, études, sites et plateformes dédiées…

Il s’agit d’une adaptation libre du « Low-tech Process-based Restoration of Riverscapes : Pocket Field Guide » du Riverscapes Consortium, au contexte francophone pour faciliter la compréhension et la mise en œuvre de cette approche en Europe. 

Charlène Descollonges
Pour une Hydrologie Régénérative 🌱 | Ingénieure hydrologue engagée

Si vous avez envie de voir de tels projets émerger sur votre bassin versant, parlez-en à vos élu•es locaux, contactez la collectivité en charge de la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (GEMAPI) si elle est mise en place (et non il n’existe malheureusement pas de cartographie nationale interactive pour identifier votre gemapien, je le regrette).

Si vous êtes perdu•e ou que personne ne vous répond, vous pouvez contacter Pour une Hydrologie Régénérative et rejoindre un groupe local.

La gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations (GEMAPI) est une compétence confiée aux intercommunalités (métropoles, communautés urbaines, communautés d’agglomération, communautés de communes) par les lois de décentralisation

L’eau, un bien commun sous tension : il faut repenser son financement pour assurer son avenir

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Une note de SUEZ et de la Fondation Jean-Jaurès appelle à repenser le modèle de financement des services d’eau et d’assainissement en France pour assurer un accès durable et équitable à cette ressource.

A l’occasion de l’édition 2025 du Salon des Maires et des Collectivités Locales, SUEZ et la Fondation Jean-Jaurès publient une étude intitulée « L’eau, un bien commun sous tension – Repenser son financement pour assurer son avenir » afin d’interpeller les pouvoirs publics et la société sur l’urgence de faire évoluer le financement des services d’eau et d’assainissement en France.

« Les canicules et sécheresses de 2022 ont forcé la prise de conscience du caractère fragile de la ressource et de la complexité de sa gestion, à un moment où les défis sont majeurs, les risques croissants et les besoins cruciaux. »

Un contexte d’urgence climatique

Cours d’eau asséché en Bourgogne-Franche-Comté
© Institut Terram, mars 2025

Dans un contexte d’urgence climatique entrainant une pression accrue sur la disponibilité et la qualité de la ressource, mais aussi sur l’assainissement des eaux usées, les auteurs de cette note, Arnaud Bazire, Benoît Calatayud et Esther Crauser-Delbourg, analysent les limites du modèle de financement actuel du secteur de l’eau en France, et proposent des pistes concrètes pour assurer la pérennité de ce service public essentiel à l’attractivité des territoires et à la cohésion sociale tout en contribuant aux enjeux de santé publique.

15 milliards d’euros supplémentaires nécessaires d’ici 5 ans pour rattraper le retard pris dans les infrastructures

Benoît Calatayud, Directeur de l’Observatoire de la transition énergétique et sociale de la Fondation Jean-Jaurès

15 Milliards d’euros pour rattraper le retard pris

Alors que les effets du changement climatique accroissent la pression sur la ressource en eau, tant sur le plan qualitatif que quantitatif (vagues de chaleur et de sécheresse récurrentes, inondations, évènements météorologiques extrêmes, conflits d’usage), les défis à relever pour assurer un service d’eau et d’assainissement performant aux Français deviennent plus aigus et structurels : renouvellement des réseaux pour limiter les pertes en eau, recherche de ressources alternatives, traitement des micropolluants pour assurer une eau de qualité, lutte contre les inondations.

Les besoins d’investissements supplémentaires s’élèvent à 15 milliards d’euros dans les cinq ans à venir uniquement pour rattraper le retard en matière de renouvellement des réseaux et de modernisation des infrastructures. Au-delà de ce retard, les impacts de la nouvelle réglementation à venir (DERU 2) tout comme les besoins afférents au traitement des micropolluants vont conduire la France, en particulier les collectivités, à investir pour répondre à ces nouvelles exigences réglementaires.


L’eau, un bien commun sous pression : Le Jeudi 20 novembre 2025 à l’Atrium de Montpellier
La question de l’eau est bien aujourd’hui, plus que jamais, un sujet universel et multiformes. Et son importance ne fera que croître dans les années et les décennies qui viennent, notamment sous l’effet du changement climatique, de la croissance démographique et d’une inéluctable urbanisation, générant potentiellement des risques, des catastrophes, des difficultés économiques et/ou sociales ainsi que des tensions ou des conflits à travers la planète. Comment, alors, intégrer et gérer le fait que les réponses à ces crises plurielles soient de mise en œuvre locales et nécessitent, partout, de reconsidérer certains éléments et fondements du fonctionnement de nos sociétés humaines ?
Cette CONFÉRENCE est LIBRE ET GRATUITE


Un prix de l’eau inférieur à 1% de la facture des ménages

le prix de l’eau équivaut à 0,8% de la facture des ménages reste le plus bas des commodités (2% pour la téléphonie, et 4% à 5% pour l’énergie liée au chauffage).

Il existe aujourd’hui un consensus sur le fait que ce prix et la structure tarifaire associée ne reflètent plus les investissements indispensables à engager pour assurer la pérennité des services de l’eau et répondre aux préoccupations grandissantes de la population.

Alors que la structure des charges des services d’eau et d’assainissement, qu’ils soient opérés par des acteurs publics ou privés, repose à 80%-85% sur des charges fixes incompressibles, indépendantes du volume distribué, les recettes reposent dans les mêmes proportions sur des éléments variables, à savoir les volumes d’eau consommés.

cette consommation ne cesse de diminuer, encouragée par des politiques de sobriété et une gestion plus raisonnée de la ressource.

Si cette politique est évidemment pertinente sur le plan environnemental, elle trouve ses limites au regard du principe fondamental de « l’eau paie l’eau », qui stipule que les dépenses sont équilibrées grâce aux recettes perçues via les consommations.

Face au « mur d’investissements » à engager et alors que les recettes baissent, il est essentiel de repenser le modèle de financement des services d’eau et d’assainissement en France afin de relever les défis de l’eau d’aujourd’hui et dans les années à venir. Dans cette étude commune qui a mobilisé de nombreuses parties prenantes, SUEZ et la Fondation Jean Jaurès s’attachent à proposer des pistes de réforme concrètes s’échelonnant à long, moyen et court terme.

Des solutions concrètes pour réformer le financement du service de l’eau et de l’assainissement

I. A court terme, la nécessité de stopper l’hémorragie

Des mesures tarifaires et d’évolution du modèle de financement peuvent être mises en place rapidement afin de garantir l’équilibre économique des services d’eau et d’assainissement à court terme :

  • Rééquilibrer la structure tarifaire pour mieux refléter les coûts du service et anticiper les investissements nécessaires ;
  • Augmenter progressivement et équitablement les tarifs domestiques pour couvrir les coûts globaux à l’échelle du territoire, en prévoyant une tarification sociale pour les ménages modestes (loi Brottes) ;
  • Repenser la contribution des usages économiques (industrie, énergie, agriculture) au financement du service ;
  • Faire évoluer la part fixe de l’abonnement, avec un plancher fixé à 30 % ;
  • Encourager, pour atteindre les objectifs de sobriété, les économies d’eau via la part variable de la facture, avec des mécanismes de compensation pour l’opérateur, tels que les services complémentaires : suivi des consommations, détection des fuites, conseil, réutilisation des eaux grises ;
  • Créer un indice spécifique du prix de l’eau au sein de l’INSEE pour suivre les coûts réels du secteur ;
  • Permettre la sobriété en installant des compteurs individuels accessibles aux usagers.

II. À moyen terme, des outils contractuels et tarifaires à exploiter de manière innovante

Dans un second temps, des mesures pourront être engagées pour faire évoluer les mécanismes contractuels existants afin de mieux couvrir les variations de volumes d’eau consommés, et l’accroissement des risques climatiques tout au long de la durée des contrats. Cela implique de :

  • Créer un fonds amortisseur et assurantiel de résilience pour couvrir chaque année les risques financiers des collectivités et des opérateurs liés aux événements climatiques majeurs (sécheresses, inondations, tempêtes) ;
  • Prévoir des ajustements pluriannuels des contrats pour réviser ses paramètres économiques en fonction des aléas (sur le modèle de la régulation économique aéroportuaire) ;
  • Adapter progressivement les tarifs à la réalité des conditions climatiques et des variations d’usage territoriales, notamment en zones touristiques ;
  • Les objectifs de sobriété imposés aux opérateurs peuvent aussi se refléter dans la tarification. Par exemple, instaurer un système de forfaits de consommation responsabiliserait chaque usager en lui attribuant un quota individuel de ressource, encourageant ainsi un usage raisonné et partagé de l’eau.

III. A long terme, de nouveaux équilibres à trouver pour répondre aux besoins

A long terme, il apparait nécessaire de :

  • Repenser les contributions relatives des tarifs de l’eau et leur structure ;
  • Diversifier les sources de financement et de rémunération des opérateurs, notamment à travers les services rendus par les services d’eau et d’assainissement en termes d’économie circulaire et de transition écologique (valorisation des boues, réutilisation des eaux usées) ;
  • Développer les dispositifs de responsabilité élargie des producteurs et les financements européens ;
  • Faire évoluer les contrats de concession pour intégrer les nouveaux risques, notamment climatiques, et introduire une part de rémunération liée à la performance des opérateurs, indépendamment des volumes consommés.
  • Repenser la tarification en tenant compte des volumes prélevés, de la pollution émise, de la valeur économique et sociétale générée, pour une équité entre tous les usagers (agriculture, industrie, collectivités, services publics, tourisme).

Réformer le modèle de financement du secteur de l’eau est un enjeu majeur pour la cohésion sociale, le développement économique et l’adaptation écologique de la France. Elle appelle à une mobilisation collective afin de garantir à chaque génération un accès équitable et durable à la ressource en eau.

« L’évolution du modèle de financement des services d’eau et d’assainissement est essentielle et urgente pour préserver l’avenir de la ressource et garantir l’accès pour tous à un service de qualité.

nous devons passer collectivement à l’action pour faire face aux défis structurels de l’eau en France. »

Arnaud Bazire, Vice-Président Exécutif de SUEZ, en charge des activités Eau en France

Rapport « L’eau, un bien commun sous tension. Repenser son financement pour assurer son avenir »

Eau sous tension : les Français face aux défis hydriques de leurs territoires

© Institut Terram, mars 2025

L’inquiétude des Français face à l’urgence hydrique

Longtemps perçu comme un enjeu lointain, le stress hydrique est désormais une source de préoccupation pour une majorité de citoyens : 58 % d’entre eux considèrent qu’il s’agit d’une réalité présente dans le pays, contre 28 % qui expriment un avis contraire et 14 % qui déclarent ne pas savoir

© Institut Terram, mars 2025

La crise de l’eau, une réalité tangible

Pour beaucoup, la crise de l’eau n’est plus une abstraction mais un choc vécu. Au cours des cinq
dernières années, dans leur commune :

  • 29 % des personnes interrogées ont subi une coupure d’eau potable liée à une sécheresse ;
  • 16 % ont été touchées par une inondation majeure ;
  • 13 % ont été confrontées à une pollution de l’eau.

Sécheresses, inondations, pollution : la crise de l’eau est perçue comme multidimensionnelle.
L’analyse des perceptions françaises face à la crise de l’eau révèle une inquiétude complexe, intégrant des aspects environnementaux, économiques, sociaux et sanitaires :

  • 54 % des Français s’inquiètent de la dégradation de la qualité de l’eau ;
  • 48 % des sécheresses de plus en plus longues ;
  • 39 % des risques d’inondations ;
  • 33 % de la hausse du prix de l’eau ;
  • 26 % des conflits d’usage entre l’agriculture, l’industrie et les besoins domestiques.

Qui s’inquiète le plus ?

© Institut Terram, mars 2025

Deux facteurs alimentent particulièrement l’inquiétude :

  • l’expérience des catastrophes hydriques : les individus ayant été confrontés à des catastrophes hydriques dans leur commune au cours des cinq dernières années affichent un niveau d’inquiétude significativement plus élevé ;
  • l’orientation politique : les sympathisants d’EELV (76 %), de LFI (75 %) et du PS (70 %) se montrent plus préoccupés que ceux du RN (63 %), des Républicains (59 %) et de Renaissance (58 %).

Les spécificités géographiques jouent un rôle déterminant.


Play 4 life : Face à l’urgence, il ne suffit plus de comprendre, il faut ressentir pour agir

PLAY4LIFE est une soirée unique dédiée à la planète et au vivant. 2h de live où les savoirs des grands lanceurs d’alerte rencontrent la musique d’artistes engagés. Un dialogue vibrant entre art et science afin de responsabiliser les entreprises, toucher les cœurs et mettre en mouvement celles et ceux qui portent la transformation. Face à l’urgence, il ne suffit plus pour les milieux économiques de comprendre : il faut ressentir pour agir. Au programme, des interventions de Jancovici, Marine Calmet et d’autres experts, ponctuées par une orchestration musicale dirigée par Waxx, avec les performances de Mentissa, Yoa, Lej, Lubiana…

France, Paris, 2025-09-30. Play 4 life, une soirée ponctuée de concert et d’intervention scientifiques pour comprendre par la tête et le coeur l’urgence de préserver le vivant. Une soirée Photographie de Mary Lou Mauricio / Hans Lucas.

Face à l’urgence d’agir

Le constat est sans appel : les trajectoires de décarbonation des pays et des entreprises ne sont globalement pas conformes aux engagements pris en 2015 lors de L’Accord de Paris.

L’érosion de la biodiversité se poursuit à un rythme infernal et 6 des 9 limites planétaires sont dépassées…

Ce que vous allez voir peut être partagé, relayé, diffusé sans retenue autour de vous : entreprises, proches, réseaux, communautés.

Parce que chaque personne qui regarde… c’est une conscience qui s’ouvre.

France, Paris, 2025-09-30. Play 4 life, une soirée ponctuée de concert et d’intervention scientifiques pour comprendre par la tête et le coeur l’urgence de préserver le vivant. Une soirée Photographie de Mary Lou Mauricio / Hans Lucas.

Pourquoi partager maintenant ?

France, Paris, 2025-09-30. Play 4 life, une soirée ponctuée de concert et d’intervention scientifiques pour comprendre par la tête et le coeur l’urgence de préserver le vivant. Une soirée Photographie de Mary Lou Mauricio / Hans Lucas.

Le 30 septembre, à l’initiative de Fabrice Bonnifet, du C3D/GenAct, et avec TF1, plus de 1 000 décideurs se sont rassemblés à La Seine Musicale. Aux côtés d’artistes et de grands lanceurs d’alerte ; Jean-Marc Jancovici, Heidi Sevestre, Olivier Hamant, Marine Calmet, Gilles Bœuf ; ils ont livré un message clair, urgent, impossible à ignorer.

À l’approche des 10 ans de l’Accord de Paris — alors que 6 des 7 limites planétaires sont déjà franchies — nous n’avons plus le luxe d’attendre, ni celui de détourner le regard.

Le Documentaire Play 4 Life

Play4Life, le spectacle qui célèbre le Vivant : après le replay, le making off, le clip de la chanson « Et si pas maintenant ? », le documentaire est en ligne sur YouTube !

En 50 minutes, il restitue l’essentiel des messages portés sur scène par les 5 expert.es qui sont intervenus à la Seine Musicale. Un montage dynamique, une parole claire, une puissance émotionnelle intacte.

Un format qui ne cherche pas à convaincre par la peur, mais à réveiller le lien que l’on tisse avec le Vivant.

Les mots de Gilles Boeuf Dr. Heïdi Sevestre Marine Calmet Olivier Hamant résonnent encore, ainsi que ceux de Jean-Marc Jancovici : « On a besoin de philosophes, de compteurs, d’artistes (…) On a besoin de gens qui vont parler à nos émotions et nous proposer des projets qui vont nous donner envie d’avancer (…) pas des projets strictement techniques. » C’est peut-être par là que tout commence. Nous le savons :

les chiffres alertent, les rapports s’empilent, mais ce sont les émotions qui mettent réellement en mouvement.

« On ne sauvera pas la Terre sans l’aimer un peu plus. Ecoutons le vivant. Il sait depuis longtemps » 🎵 Stéphane Gabbay 💚

« Là où se prennent toutes les décisions qui façonnent notre avenir, nous n’entendons pas résonner la voix de la nature. » – Marine Calmet

« Nous avons oublié que nous sommes vivants. » – Gilles Boeuf

Et si ce documentaire était justement une façon de s’en souvenir, ensemble ?

  • Retrouvez sur GENACT.org les ressources mises à disposition par ses partenaires

Play4Life, c’est un électrochoc.

Un appel à regarder la réalité en face.

Un rappel que le temps n’est plus au doute, mais à l’action.

Ce n’est pas une option : on ne peut plus laisser les gens dans l’ignorance.

Maintenant, c’est vous, ambassadeurs de Play4Life qui portez la suite. Regardez. Partagez. Faites circuler. Amplifiez.

Chaque partage compte.
Chaque vue augmente la prise de conscience collective.
Chaque transmission rapproche de l’action.

Par avance, merci pour votre solidarité.

Christophe Salmon, Délégué Général de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, soutient 60 actions locales pour une autre relation au vivant

En France, un oiseau des champs sur trois a disparu en quinze ans. Et chaque année, des centaines d’espèces s’éteignent, souvent dans l’indifférence. Mais partout sur le territoire, des femmes et des hommes se mobilisent pour inverser la tendance, et la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale vient de leur donner les moyens d’agir. Avec une enveloppe de 2 millions d’euros, ce 3ème appel à projets soutient 60 initiatives locales : autant d’expériences de terrain qui prouvent qu’une autre relation au vivant est possible. Christophe Salmon, Délégué Général de la Fondation a accepté de répondre aux 9 questions essentielles pour Cdurable.

Protection des espèces menacées : il faut agir !

2 millions d’euros à 60 associations environnementales partout en France

Chaque année, plus d’une centaine d’espèces s’éteint dans le monde. En France, 30 % des oiseaux des champs ont disparu en seulement 15 ans. Les impacts sont multiples, écologiques, agricoles, économiques, sociaux et sanitaires.

Il est donc urgent d’agir, en améliorant la protection de la faune et de la flore menacées et en donnant la priorité à la préservation de la santé et du vivant.

Avec une enveloppe de 2 millions d’euros dans le cadre de son 3ème appel à projets, la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale soutient des initiatives locales audacieuses et concrètes pour sauvegarder la biodiversité.

Protection du hérisson d’Europe en milieu urbain, préservation du corail méditerranéen, sauvegarde des échassiers migrateurs : 3 exemples des 60 projets lauréats révélateurs de la dynamique de nos territoires pour la protection de la biodiversité. Des projets qui s’appuient sur des actions portées par des acteurs de terrain. Chacun d’entre eux ouvre la voie à un futur plus durable pour notre planète.

Les projets environnement soutenus par la Fondation

Zoom sur trois initiatives phares : des projets inspirants pour sauver nos espèces

Parmi les 60 associations lauréates sélectionnées à travers toute la France, trois projets illustrent l’impact direct et concret de leurs actions sur la préservation des espèces menacées. Ces initiatives locales témoignent d’un engagement collectif pour un avenir plus durable.

Maison de la Nature du Sundgau – Projet Hérisson sans frontières : redonner un passage à la biodiversité ordinaire

Le projet Hérisson sans frontières, porté par la Maison de la Nature du Sundgau, s’engage pour la protection du hérisson d’Europe, un petit mammifère emblématique de nos jardins, aujourd’hui menacé par la fragmentation des habitats et la circulation routière.

Située au sud de l’Alsace, l’association met en œuvre des actions concrètes pour restaurer les continuités écologiques sur le territoire du Sundgau : création de passages entre jardins publics et privés, distribution d’abris à hérissons et sensibilisation des habitants à la protection de la faune de proximité.

Ce projet participatif illustre la force du lien entre citoyens et nature, en faisant du hérisson un symbole d’engagement local et collectif pour la biodiversité.

  • Un rôle clé pour l’équilibre des écosystèmes : Insectivore indispensable, le hérisson participe à la régulation naturelle des populations d’invertébrés et contribue à la santé des jardins ;
  • Une mobilisation citoyenne forte : En impliquant habitants, écoles et collectivités, ce projet transforme la protection du hérisson en une aventure collective, accessible à tous et ancrée dans le quotidien.

Ocean Quest France – Mission Corail Méditerranée : Sauver un corail endémique vital pour l’écosystème marin

Le projet Mission Corail Méditerranée, porté par Ocean Quest France, s’engage pour la protection du Cladocora caespitosa, un corail endémique de la Méditerranée, actuellement classé en danger par l’UICN.

Ce corail est essentiel pour les récifs méditerranéens, offrant un habitat à de nombreuses espèces marines. Grâce à la science participative, Ocean Quest France engage des bénévoles pour inventorier et réintroduire cette espèce, tout en sensibilisant le grand public à l’importance de la préservation des écosystèmes marins.

  • Un rôle vital pour les écosystèmes marins : Le Cladocora caespitosa est un pilier des récifs méditerranéens, essentiel pour de nombreuses espèces ;
  • Implication citoyenne forte : Ce projet permet aux citoyens de participer activement à la préservation des coraux, créant un lien direct avec la nature.

Chérine – Étude des Marouettes de Brenne frontières : écouter pour mieux protéger les oiseaux migrateurs

Le projet Étude des marouettes de Brenne, porté par l’association Chérine, vise à améliorer la connaissance et la protection de trois espèces d’oiseaux échassiers migrateurs : la marouette de Baillon, la marouette poussin – toutes deux en danger critique d’extinction – et la marouette ponctuée, également menacée. Ces oiseaux discrets nichent dans les zones humides de la Brenne, un écosystème d’une richesse exceptionnelle au cœur du Centre-Val de Loire.

Grâce à une méthode innovante d’écoute acoustique couplée à l’intelligence artificielle, Chérine collecte et analyse des données inédites sur la présence et le comportement de ces espèces rares. Ce travail de terrain constitue une étape clé pour orienter les politiques locales de protection et renforcer la conservation des zones humides indispensables à leur survie.

  • Une approche scientifique de pointe : En associant écoute acoustique et IA, le projet ouvre de nouvelles perspectives pour le suivi et la préservation des oiseaux nicheurs menacés ;
  • Un outil de connaissance pour agir : Les données collectées permettront de mieux comprendre les besoins des marouettes et d’adapter les mesures de gestion et de protection sur le territoire de la Brenne.

Autant de récits à échelle humaine qui réinventent la manière de protéger la biodiversité.

Préserver la biodiversité et le vivant
– Protéger et restaurer les zones humides
– Protéger et restaurer les littoraux
– Protéger et restaurer les forêts
– Protéger les espèces menacées
 

Agir pour la biodiversité : un impératif collectif pour les générations futures

Cet appel à projets est un appel à l’action collective, incitant toutes les parties prenantes (associations, entreprises, collectivités et citoyens) à se mobiliser pour la préservation des espèces menacées. La Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale se positionne comme un catalyseur de cette transformation, en mettant à disposition des moyens financiers et humains, mais aussi un réseau solide pour amplifier l’impact des initiatives locales.

La préservation de la biodiversité est un défi de taille, mais il est encore possible d’agir à la hauteur des enjeux.

À travers cet appel à projets, la fondation s’engage à être un moteur de changement pour l’avenir de notre planète, et invite tous les acteurs concernés à se joindre à ce mouvement.

Soutenir la transition environnementale et solidaire de l’agriculture, du monde rural et de tous les citoyens
– Promouvoir une agriculture durable préservant les ressources environnementales (qualité de l’eau, origines et qualités des semences, protection des stocks, alternance et diversité spécifique des cultures, protection des sols et des nutriments, protection des pollinisateurs et des prédateurs des ravageurs), les écosystèmes et les consommateurs
– Rendre les exploitations résilientes et adaptables face aux dérèglements climatiques (« adapter les exploitations au changement climatique »)
Favoriser la production et la diffusion d’études sur le secteur
– Soutenir les initiatives citoyennes de transition énergétique dans le monde rural
– Sensibiliser tous les citoyens aux enjeux de la nature

Questions Cdurable à Christophe Salmon

Questions Cdurable !
ou c’est pas durable ?

Au delà des communiqués, qui ne présentent souvent que le « meilleur », et du développement durable, qui ne fait que tenter de réduire les impacts négatifs d‘une croissance volumique, nous nous intéressons aujourd’hui, 20 ans après la création de Cdurable.info, aux questions essentielles. Alors Cdurable ou pas ? 9 questions qui nous invitent à Comprendre pourquoi Agir & Coopérer avec le vivant, Cdurable !

1 – Quelle est la nature de ma relation avec le vivant ?

Pour moi, la relation au vivant passe d’abord par un perpétuel sentiment d’émerveillement : je reste chaque fois impressionné par la beauté, la force et la complexité de la nature. C’est ce même attachement, mais aussi la prise de conscience du caractère dramatique de la chute de la biodiversité, qui nous ont conduit, à la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, de lancer un appel à projets dédié à la protection et à la préservation des espèces. Nous voulions mettre en lumière les enjeux majeurs liés au vivant et soutenir des initiatives concrètes, ancrées dans les territoires.

Le vivant n’est pas une abstraction : il se trouve dans nos forêts, nos rivières, nos littoraux, nos campagnes et chaque forme de vie nous engage.

Face au risque de disparition d’une seule espèce, c’est tout un système naturel qui est remis en cause. Notre relation au vivant ne doit donc pas être seulement contemplative, mais aussi active.

Il doit exister une vraie responsabilité collective de le protéger et de s’y relier autrement.

2 – Quels sont mes besoins et choix d’alimentation ?

L’alimentation est pour moi, avant tout, un plaisir. Pas seulement celui de manger mais celui de passer du temps à choisir ses produits, à les cuisiner, et toute la convivialité qui va autour. Je passe tous mes étés sur la côte Atlantique, et au fil des années et des rencontres je me suis aperçu que j’étais quasiment devenu locavore : poissons de la criée du port, fruits et légumes du maraîcher du coin, jusqu’aux vignes qui m’entourent.

Je trouve que cette proximité avec le territoire reconnecte aux saisons, aux producteurs, à une forme de simplicité vivifiante.

Bien manger, c’est aussi prendre conscience de ce qui nous nourrit, non seulement en termes de goût, mais de lien au vivant et au territoire.

3 – Quel est mon type d’habitat actuel et idéal ?

Pour des raisons professionnelles, je vis à Paris la semaine, mais je n’ai jamais quitté les bords de Loire et j’y retourne chaque week-end. Mon habitat idéal n’est pas vraiment défini par son confort ou sa surface mais avant tout par sa localisation et son ouverture vers l’extérieur : un endroit lumineux, connecté à la nature, avec de l’air, des vues dégagées, un jardin ou une terrasse.

Finalement j’ai besoin de cet équilibre entre la densité de la vie urbaine et la respiration qu’offre la nature.

L’habitat n’est pas seulement un lieu où l’on vit, mais un environnement qui influence notre rythme, notre énergie et notre capacité à nous reconnecter à l’essentiel.

4 – Quelle activité physique favorise mon bien-être et ma santé ?

Pour être sincère, le vélo est ma seule activité physique.

Je l’utilise pour aller au travail et c’est quasiment mon seul moyen de déplacement pendant mes vacances. Pour la contemplation, c’est la vitesse idéale : ni trop rapide ni trop lente, juste ce qu’il faut pour prendre le temps d’observer et de ressentir ce qui nous entoure. Le vélo procure une forme de liberté et de déconnexion : c’est un moment où l’on s’isole du reste du monde, où l’on peut réfléchir, penser, respirer autrement. C’est aussi un mode de déplacement simple et accessible. Le mien est pliant ce qui me permet de l’emmener partout avec moi, notamment dans le train, et d’être totalement autonome.

5 – Quels savoirs m’ont permis de comprendre comment agir ?

Je ne crois pas détenir de savoir particulier et je ne suis pas sûr de toujours savoir comment agir. Je me définis plutôt comme quelqu’un de curieux, qui essaye d’être à l’écoute et qui est toujours avide des connaissances des autres. À la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale nous n’oublions jamais que, sur les sujets que nous voulons traiter comme l’environnement ou la solidarité, ceux qui savent ce sont les associations, les chercheurs, les acteurs de terrain. Notre rôle est de les soutenir, de créer les conditions de leur action, de valoriser leurs expertises.

Il n’y a pas d’action efficace sans action collective et elle doit se construire dans la coopération, l’humilité et la confiance.

C’est en s’appuyant sur les savoirs des autres qu’on agit de manière pertinente et durable.

6 – Quel est le sens que je donne à mon travail ?

Grâce aux moyens que peut accorder notre fondation et à l’accompagnement qu’elle offre, nous avons la possibilité de rendre possibles des projets concrets pour l’environnement et pour la solidarité. C’est une responsabilité énorme car les besoins sont immenses et nous devons faire des choix rigoureux. Mais le sens de notre action est clair :

contribuer à une société plus juste, plus respectueuse du vivant et donc plus durable.

Au-delà je trouve que le travail est un élément essentiel de réalisation de soi pourvu qu’on puisse donner du sens à son activité et agir en cohérence avec ses valeurs. J’ai beaucoup de chance car c’est le cas pour ce qui me concerne.

Christophe Salmon, Délégué général de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale

Accompagner ceux qui œuvrent pour l’intérêt général crée une dynamique profondément stimulante.

7 – Quelle énergie j’utilise pour mes usages et besoins ?

J’utilise presque exclusivement l’énergie électrique pour mes besoins quotidiens. Je prends rarement la voiture, presque jamais l’avion, donc je ne suis pas un très grand consommateur d’essence ou de kérozène. Mais parler d’énergie aujourd’hui ne doit pas se réduire à la seule évolution des pratiques individuelles de ceux qui sont en mesure de faire des choix.

La transition environnementale n’a de sens que si elle est solidaire et embarque avec elle ceux qui sont en situation de précarité énergétique.

C’est pour cela qu’avec la fondation nous soutenons par exemple « Stop à l’exclusion énergétique » qui accompagne les personnes les plus démunies dans cette transition. Rénover un logement, remettre un chauffage en état, améliorer l’isolation … ce sont des gestes qui réduisent les émissions mais qui, aussi, améliorent immédiatement la vie des personnes qui en bénéficient et leur rendent la dignité qu’ils méritent.

Stop à l’exclusion énergétique

Et puis je ne peux pas parler d’énergie sans parler de celle de mon équipe.

J’ai la chance de travailler avec des personnes engagées et diverses, qui forment un collectif dynamique. Leur énergie nourrit la mienne. C’est une ressource précieuse.

Christophe Salmon, Délégué général de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale

8 – Quelle est mon implication personnelle pour l’intérêt général ?

Toute l’action de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale est mise au service de l’intérêt général.

Nous inscrivons notre action au cœur de la démarche de Crédit Mutuel Alliance Fédérale, entreprise à mission, et de ses dirigeants qui, dans le cadre du Dividende sociétal, ont fait le choix d’affecter chaque année 15% du résultat de l’entreprise à des initiatives contribuant à la transformation environnementale et solidaire. C’est une manière très concrète d’agir pour le bien commun et de soutenir celles et ceux qui œuvrent sur le terrain.

Mon implication consiste à s’assurer que nos choix soient les plus cohérents, utiles, alignés avec nos priorités, et qu’ils s’inscrivent dans une logique de long terme.

Servir l’intérêt général, c’est refuser les effets d’annonce et privilégier l’impact réel, mesurable, partagé.

9 – Quels sont mes liens de coopération et ma participation au bien commun ?

Quand nous avons lancé la fondation, de nombreux collaborateurs et élus du groupe nous ont demandé comment s’engager dans le sillage de notre action. Nous avons travaillé à la mise en place d’une plateforme d’engagement bénévole qui leur permet aujourd’hui de disposer d’un outil leur permettant de trouver des missions au sein d’associations auprès desquelles ils pourraient s’engager. Lancée il y a quelques jours seulement, 7500 collaborateurs s’y sont déjà inscrits.

C’est une réussite remarquable qui montre que la volonté d’agir, la soif de coopération et le désir de contribuer au bien commun sont communicatifs.

Christophe Salmon, Délégué général de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale

10 – Carte blanche : quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer ?

Dans un contexte souvent anxiogène, où l’on pourrait être tenté de renoncer ou de se résigner, je rencontre chaque jour des femmes et des hommes qui s’engagent, qui refusent l’injustice et la dégradation de l’environnement.

Cette majorité silencieuse, mais déterminée, est une source d’espoir.

Voir des bénévoles ou des porteurs de projets qui s’engagent, inventent, réparent, protègent, accompagnent doit nous donner confiance. L’optimisme ne vient jamais d’un discours mais de ce qui existe sur le terrain. Et tant que des femmes et des hommes continueront d’agir à leur échelle pour l’environnement et la solidarité, il y aura toujours des raisons d’espérer et d’avancer.

La Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale : un modèle d’engagement pour la biodiversité

Pour un Monde plus juste et plus durable
La Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale est déterminée à accompagner et à soutenir le monde associatif qui, chaque jour, contribue à la Solidarité sur les Territoires et à la Préservation de l’Environnement.

Depuis sa création en 2021, la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale s’est imposée comme un acteur clé de la philanthropie environnementale. Rien que sur l’année 2024, elle a engagé près de 15 millions d’euros en faveur de l’environnement.

Abritée par la Fondation de France, elle met en lumière les projets les plus prometteurs en matière de préservation de l’environnement. Grâce au Dividende Sociétal, dispositif pionnier créé par Crédit Mutuel Alliance Fédérale qui consacre chaque année 15% de son résultat net à des projets solidaires et écologiques, la fondation dispose de moyens inédits pour soutenir des actions concrètes ayant un fort impact environnemental et solidaire.

En s’appuyant sur ses valeurs mutualistes de solidarité et de proximité, la fondation soutient de nombreuses initiatives porteuses d’avenir pour notre planète. Avec cet appel à projets, elle renforce son rôle de catalyseur de la transition écologique et affirme son engagement aux côtés des acteurs locaux pour sauver des espèces en péril.

La question de la préservation des espèces, qu’il s’agisse de la faune ou de la flore, se joue souvent au niveau local et cet appel à projets montre que les meilleures initiatives peuvent émerger partout en France. Cela s’inscrit dans la philosophie de solidarité territoriale et d’ambition sociale et environnementale qui anime Crédit Mutuel Alliance Fédérale

Daniel Baal, Président de Crédit Mutuel Alliance Fédérale et Vice-Président de la fondation
Les projets environnement soutenus par la Fondation

Un appel à projets national, mais résolument local : des solutions adaptées aux territoires

Cet appel à projets vise à soutenir des initiatives locales de préservation de la faune et de la flore menacées. La fondation cherche à soutenir des projets concrets, ancrés dans leurs territoires, pour répondre à l’urgence écologique actuelle.

Les projets sélectionnés se concentrent sur des actions de protection, restauration ou réintroduction d’espèces animales et végétales menacées. Les lauréats recevront des subventions comprises entre 5 000 et 50 000 euros, selon la taille et l’impact de leur initiative.

La Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale se distingue par son approche de proximité, permettant ainsi aux acteurs locaux de disposer des moyens nécessaires pour mener à bien leurs actions.

Les projets environnement soutenus par la Fondation

Pourquoi cet appel à projets est essentiel :

  • Réponse à une crise urgente : Les espèces en danger sont aujourd’hui confrontées à des menaces croissantes, dues en grande partie à l’activité humaine. Les chiffres sont alarmants :
    • 14% des mammifères sont menacés d’extinction,
    • 32 % des oiseaux nicheurs sont en déclin,
    • 23% des amphibiens sont menacés en particulier dans les zones humides,
    • 15% des plantes vasculaires sont également en danger.
  • Impact local, vision globale : Chaque action de terrain participe à un effort national plus large, dans le cadre de la préservation de la biodiversité ;
  • Des solutions adaptées : En soutenant des projets locaux, la fondation permet aux actions de prendre en compte les spécificités de chaque écosystème et de chaque territoire ;
  • Soutenir des associations qui pourront continuer de grandir et d’agir.
Les projets environnement soutenus par la Fondation

Peut-on boire l’eau du robinet sans danger partout en France ?

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L’eau du robinet fait partie du quotidien de millions de Français. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cachent des questions essentielles sur la qualité de l’eau, la sécurité de consommation et les risques pour la santé. Si l’on apprécie le confort d’un accès immédiat à une eau claire, il est naturel de s’interroger : est-elle vraiment sans danger sur tout le territoire ? Cette interrogation mérite un éclairage précis, car elle touche à la fois à la pollution environnementale, aux normes sanitaires et à la diversité des situations locales.

Des contrôles stricts mais des disparités selon les régions

En France, la potabilité de l’eau du robinet repose sur un système de contrôle sanitaire particulièrement exigeant. Les autorités surveillent plus de 60 paramètres, allant des métaux lourds aux pesticides en passant par les fameux PFAS, ces « polluants éternels » qui suscitent aujourd’hui de nombreuses inquiétudes. Dès qu’une limite réglementaire est dépassée, une alerte est lancée et des mesures correctives sont prises pour protéger la population.

La majorité des réseaux publics distribue une eau conforme aux standards européens, ce qui garantit une sécurité de consommation élevée dans la plupart des grandes villes. Cependant, il existe des écarts locaux. Certaines zones rurales voient parfois leur eau affectée par l’usage intensif de pesticides ou la présence accrue de nitrates. En ville, l’ancienneté des canalisations peut exposer à une contamination par le plomb, surtout lorsque les infrastructures n’ont pas été rénovées.

Quels risques pour la santé ? Polluants, métaux lourds et résidus persistants

Les principaux risques liés à la consommation de l’eau du robinet concernent la présence de polluants chimiques comme les PFAS, les pesticides et parfois même des traces de médicaments. Même à faible dose, l’addition de ces substances, appelée effet cocktail, continue de faire débat chez les spécialistes de la santé publique. Les enfants et femmes enceintes restent les plus vulnérables face à une exposition prolongée, d’autant plus que certaines solutions existent pour retirer l’arsenic de l’eau potable.

D’autre part, la question des métaux lourds demeure centrale. Dans certaines habitations anciennes, la plomberie en plomb n’a pas encore été remplacée, augmentant le risque de migration de ce métal toxique vers l’eau consommée. La réglementation impose un renouvellement progressif de ces installations, mais la vigilance reste de mise, notamment dans les écoles ou bâtiments publics anciens.

Comment garantir une bonne qualité de l’eau au robinet ?

Pour répondre aux défis croissants posés par la pollution de l’eau et l’émergence de nouveaux contaminants, les opérateurs renforcent régulièrement leurs dispositifs de traitement. L’ajout de filtres actifs, le recours à des technologies innovantes et la multiplication des analyses permettent de limiter efficacement la présence de substances indésirables.

À l’échelle individuelle, ceux qui souhaitent aller plus loin peuvent installer un filtre domestique adapté ou demander une analyse spécifique de leur réseau privé. C’est particulièrement recommandé si l’on habite dans une zone où les bulletins de qualité révèlent des anomalies récurrentes. Les rapports de contrôle, accessibles auprès des mairies ou sur les sites officiels, offrent une information transparente à chaque citoyen.

Faut-il préférer l’eau du robinet ou l’eau en bouteille ?

Sur le plan environnemental et économique, l’eau du robinet présente de sérieux atouts. Elle évite la production de déchets plastiques et reste nettement moins coûteuse que l’eau embouteillée. À condition de bien s’informer sur la qualité locale et d’adapter ses pratiques en cas de doute, elle constitue une option sûre pour la grande majorité des foyers français.

En définitive, boire l’eau du robinet en France reste globalement sans danger, mais il est essentiel de rester attentif aux bulletins de qualité et de suivre les recommandations sanitaires, surtout dans les zones identifiées comme sensibles. Être informé, c’est pouvoir consommer en toute confiance, tout en contribuant à la préservation de l’environnement.

Floriane Addad, fondatrice de MyTroc pour une technologie sobre et utile, au service du vivant

Il y a dix ans, MyTroc naissait avec une idée simple : prouver qu’une technologie pouvait être utile, sobre et au service du vivant. Dix ans plus tard, la start-up française est devenue une référence du réemploi digital, adoptée par plus de 20 grands groupes publics et privés. Floriane Addad, la fondatrice autodidacte qui a prouvé qu’un autre modèle de croissance est possible, sans réseau ni levée de fonds, a accepté de répondre aux questions essentielles Cdurable !?


MyTroc fête ses 10 ans

En 2025, MyTroc célèbre dix années d’impact et d’engagement pour une économie plus circulaire. Née avec 2 000 euros et une idée claire, la startup est devenue une référence du réemploi digital pour les grands groupes, prouvant qu’on peut concilier écologie et performance économique.

En 2015, Floriane Addad fonde MyTroc, animée par une conviction simple :

la tech peut servir le vivant.

Autodidacte, sans réseau ni fonds, elle choisit une voie à contre-courant de la startup nation : une technologie sobre, utile et humaine dans un secteur dominé par les géants du numérique.

Avec son équipe, ils ont construit pas à pas, l’une des références françaises du réemploi digital en France, et créé une alternative concrète au gaspillage et à la surconsommation.

Une réussite rare dans un secteur où seulement un tiers des entreprises dépassent 10 ans, où moins de 12 % des startups sont dirigées par des femmes, et où seulement 2 % des fonds sont levés par des fondatrices. (Sources : INSEE / Bpifrance, baromètre BCG x SISTA, Vernimmen)


ReSHOP : la nouvelle étape
Déjà adoptée par plusieurs grands comptes, ReSHOP marquera dès 2026 une nouvelle étape pour maximiser l’impact environnemental du réemploi à encore
plus grande échelle. ReSHOP permet de relier acteurs publics et privés autour d’une même logique d’économie circulaire, en facilitant le réemploi, la revente et la mutualisation de matériel entre grands groupes, TPE-PME et associations. “Avec ReSHOP, MyTroc veut faire du réemploi professionnel une norme, et non une exception” dit Camille Galliot, responsable grands comptes MyTroc Pro.

Avec 71 000 tonnes de CO₂ évitées, 1,2 millions d’objets sauvés pour 550 000 utilisateurs et une nouvelle plateforme ReSHOP prête à transformer la façon dont les entreprises mutualisent leurs équipements, MyTroc illustre qu’un autre modèle de croissance est possible.

Derrière ces chiffres, une équipe engagée de 9 personnes et une technologie innovante, développée en France, qui accompagne aujourd’hui la transformation circulaire des plus grands groupes publics et privés.

Floriane et ses associés ont commencé par lancer mytroc.fr, la plateforme grand public. Très vite, pour continuer à faire vivre le projet, ils lancent mytroc.pro pour les grands groupes et organisations.

Ses plateformes permettent aux particuliers, acteurs publics et grands groupes de prolonger la vie des équipements, de réduire leur empreinte carbone, le gaspillage, tout en faisant des économies.

Ces dix années n’ont pas toujours été faciles. J’ai connu les doutes, les refus, les nuits blanches, les obstacles liés au fait d’être une femme dans la tech. Mais nous avons tenu, parce que nous savions pourquoi nous nous battions : prouver qu’on pouvait faire de la tech autrement, au service du vivant


Floriane Addad, fondatrice et CEO de MyTroc

Une gouvernance démocratique et une utilité sociale

MyTroc fonctionne différemment jusque dans sa gouvernance. Agréée ESUS et devenue entreprise à mission, elle cultive un modèle démocratique, où chaque membre participe aux décisions. L’équipe, installée dans une ancienne maison du 12ᵉ arrondissement, incarne au quotidien cet équilibre entre performance et bienveillance, sous les yeux de Noisette, le chat de la maison.

À contre-courant des codes de la startup nation, MyTroc est la preuve vivante que l’économie à impact peut être rentable, durable et féminine.

Question Cdurable à Floriane Addad

Questions Cdurable !
ou c’est pas durable ?

Au delà des communiqués, qui ne présentent souvent que le « meilleur », et du développement durable, qui ne fait que tenter de réduire les impacts négatifs d‘une croissance volumique, nous nous intéressons aujourd’hui, 20 ans après la création de Cdurable.info, aux questions essentielles. Alors Cdurable ou pas ? 9 questions qui nous invitent à Comprendre pourquoi Agir & Coopérer avec le vivant, Cdurable !

Floriane Addad, fondatrice de MyTroc

1 – Quelle est la nature de ma relation avec le vivant ?

Depuis mon enfance, j’entretiens un lien très intime avec le vivant.

J’ai toujours ressenti une sensibilité profonde à ce qui nous entoure, les animaux, les plantes, les écosystèmes fragiles. Très jeune j’ai pris conscience de la souffrance que les activités humaines infligent aux autres espèces, et cela m’a donné un sentiment, parfois trop fort, de responsabilité et de culpabilité.

Enfant, je recueillais déjà des oiseaux blessés, des chats abandonnés, des plantes oubliées ou des boutures que je replantais pour leur donner une chance de vivre.

Je le fais encore aujourd’hui. J’ai déjà apporté plusieurs fois des pigeons blessés dans nos locaux et on a même accueilli pour la journée, il y a peu de temps, un chevreau handicapé.

Cette relation est le fil rouge de ma personnalité, elle guide mes choix personnels, mes engagements, et même mon travail. Elle influence profondément ma manière d’être…

2 – Quels sont mes besoins et choix d’alimentation ?

Je suis végétarienne depuis plus de 10 ans. 

Mon fils de 7 ans l’est également depuis sa naissance, et il est en parfaite santé, preuve que l’on peut grandir et vivre très bien avec une alimentation respectueuse de l’environnement. J’achète mes fruits et légumes en circuit court et non traités

Pour moi, notre façon de consommer agit directement sur la nature. Chaque achat est comme un bulletin de vote.

C’est un choix qui peut encourager soit des pratiques destructrices, soit des modèles plus durables et respectueux. Mon alimentation est donc une manière de participer, à mon échelle, à un monde plus juste.

3 – Quel est mon type d’habitat actuel et idéal ?

Aujourd’hui, je vis à Paris, dans un appartement avec mon fils et nos trois chats.

C’est un habitat urbain qui me permet d’être proche de mon travail, mais qui ne répond pas totalement à mon besoin d’être entourée de nature et de vivant. J’essaie néanmoins de recréer un petit écosystème chez moi. J’ai un balcon envahi de plantes, et plus d’une trentaine d’espèces différentes à l’intérieur. Tous mes meubles sont en bois ou en métal, des matériaux le plus naturel possible.

Mon habitat idéal serait une maison à la campagne, ou à la montagne, avec un grand terrain, des arbres, du silence, un potager, et suffisamment d’espace pour accueillir des animaux blessés ou abandonnés. C’est d’ailleurs l’un de mes projets d’avenir. 

4 – Quelle activité physique favorise mon bien-être et ma santé 

Je pratique régulièrement du sport en salle, ce qui m’aide à maintenir mon équilibre physique et mental au quotidien.

Mais ce qui nourrit vraiment mon bien-être, ce sont les activités en pleine nature.

A chaque vacances, je fais de longues randonnées. Cet été, nous avons même dormi en pleine nature à plusieurs reprises, une expérience qui me reconnecte profondément au vivant, et à mes propres rythmes.

5 – Quels savoirs m’ont permis de comprendre comment agir ?

C’est avant tout ma perception du vivant, ma sensibilité et mon intuition qui m’ont permis de comprendre comment agir.

J’avais bien sûr des connaissances générales en développement durable, mais j’ai surtout appris au fur et à mesure, en créant MyTroc il y a dix ans. J’ai étudié en profondeur les enjeux de l’économie circulaire, du réemploi, de la réduction des déchets et des impacts environnementaux.

J’ai compris comment fonctionnent les systèmes, où se situent les leviers d’action, et comment des solutions simples peuvent transformer des pratiques à grande échelle.

En côtoyant des associations, des entreprises publiques, et en travaillant avec des hôpitaux, des collectivités et des grands groupes, j’ai aussi saisi les réalités du terrain, les contraintes, mais aussi les possibilités d’action réelle lorsqu’on mobilise les bons outils et les bonnes volontés.

Et ça n’a pas toujours été facile de bousculer les « codes ».

6 – Quel est le sens que je donne à mon travail ?

Le sens de mon travail est d’agir concrètement pour réduire notre impact sur le vivant et sur les ressources naturelles.

À travers MyTroc, j’ai voulu créer des solutions simples, accessibles et utiles, qui permettent de consommer autrement, de réduire le gaspillage, les déchets, les émissions de CO2. C’est ma manière de contribuer à un modèle plus juste et plus durable.

Mon travail n’est pas seulement une activité professionnelle, je dirais que c’est un engagement, un acte militant ou de résistance. Chaque plateforme de réemploi que nous déployons, chaque organisation que nous aidons à changer ses pratiques, renforce ma conviction que l’on peut transformer les choses à grande échelle en partant de gestes très concrets.

Le sens, pour moi, c’est d’utiliser nos compétences, notre énergie et nos parcours pour servir le vivant, limiter la destruction du monde, et proposer des alternatives qui donnent à chacun la possibilité d’agir.

7 – Quelle énergie j’utilise pour mes usages et besoins ?

J’utilise aujourd’hui l’électricité fournie par EDF. J’ai longtemps été chez Enercoop, car c’était important pour moi de soutenir un fournisseur réellement engagé. Mais les coûts étaient devenus trop élevés, et je n’avais malheureusement plus les moyens de maintenir ce choix. Pour autant, je reste très attentive à ma consommation.

Je privilégie les appareils économes, j’évite de surchauffer, j’utilise la lumière naturelle au maximum et j’essaie de réduire mes usages superflus.

Pour ce qui est de mes déplacements à Paris et Ile de France, je marche ou j’utilise les transports en commun, parfois un Vélib’. 

« L’argent est devenu beaucoup trop puissant » – Troc ton interview avec Cyril Dion

8 – Quelle est mon implication personnelle pour l’intérêt général ?

Mon engagement pour l’intérêt général est au cœur de ma vie, autant dans mes choix personnels que dans mon travail.

J’ai créé MyTroc il y a dix ans pour lutter contre la précarité, la surconsommation et le gaspillage. J’ai travaillé sans salaire les 4 premières années. Aujourd’hui, nos plateformes de réemploi permettent à des millions d’objets d’être réutilisés au lieu d’être jetés, et accompagnent de grandes organisations dans leur transition écologique.

C’est ma manière de contribuer très concrètement au bien commun.

J’ai également organisé et animé bénévolement de nombreuses Troc Parties solidaires à Paris, pour créer du lien, aider des personnes en situation de précarité à accéder gratuitement à des biens essentiels, tout en limitant la surconsommation.

Chez MyTroc, j’ai instauré des pratiques cohérentes avec nos valeurs : nos “mercredis pizza veggie” et tous les repas offerts par l’entreprise sont végétariens. C’est une manière simple de sensibiliser, sans contrainte, et de montrer que l’alimentation végétarienne peut être savoureuse, conviviale, joyeuse et respectueuse du vivant. Chaque année, avec l’équipe, nous faisons un marathon pour une cause qui nous tient à cœur

Je fais également du bénévolat lors d’événements dédiés à la cause animale, et j’accompagne, lorsque mon emploi du temps me le permet, des jeunes entrepreneuses et entrepreneurs sur des aspects administratifs, stratégiques ou liés au développement de leurs projets. 

MyTroc : 10 ans d’impact avec vous !

9 – Quels sont mes liens de coopération et ma participation au bien commun ?

Depuis dix ans, mon travail repose sur la coopération.

Avec MyTroc, j’ai construit des liens étroits avec plusieurs acteurs de l’ESS et de l’économie circulaire

Floriane Addad a parlé Troc et consommation responsable sur France 5

J’ai participe de nombreuses fois à des dynamiques de partage et des évènements au sein de l’ESS : échanges de pratiques, co-construction de projets, participation à des événements sectoriels, collaborations autour du réemploi et de la réduction des déchets.

Ces espaces me permettent d’apporter ma vision, mais aussi d’apprendre des autres et de contribuer à structurer un écosystème solidaire.

MyTrocPro : Plateforme de Réemploi de matériel professionnel

10 – Carte blanche : quel est le message essentiel que vous souhaitez faire passer à nos visiteurs ?

J’aimerais dire que chacun et chacune peut agir et devrait agir.

On sous-estime souvent la force des petits gestes, alors qu’ils sont souvent le point de départ de changements beaucoup plus grands. Un geste simple peut inspirer une autre personne, qui elle-même en inspirera d’autres… et c’est ainsi que les transformations collectives commencent. Il n’y a pas de “petite” action ou de petits pas. Essayer, même imparfaitement, compte déjà énormément. Ce qui importe c’est d’avancer.

Face à  l’urgence écologique et à l’effondrement silencieux du vivant, nous ne pouvons plus attendre.

Toutes les espèces, y compris la nôtre et les générations futures, dépendent de ce que nous choisissons de faire aujourd’hui.

Mis bout à bout, nos gestes individuels et nos engagements collectifs peuvent réellement changer les choses. C’est de cette manière que nous pourrons construire un monde plus durable, plus juste et plus respectueux du vivant.

Nous n’avons pas le choix…

Du bio, du local, du solidaire … Près de chez nous !

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En 2007, Colibris et Le Marché Citoyen décident d’unir leurs forces et leurs réseaux pour référencer sur leurs cartes web les acteurs qui nous permettent, partout en France, de nous alimenter, apprendre, nous soigner, habiter, nous déplacer, voyager… autrement. Après 10 années d’un patient travail collaboratif, des milliers d’acteurs référencés et trois versions successives des cartographies mutualisées, ils se sont regroupés avec les développeurs de Open Atlas pour créer un service web libre et gratuit : Près de chez Nous afin de construire ensemble la meilleure carte collaborative, écologique et solidaire ! 

  • Une base de données de 12 000 acteurs engagés, construite et enrichie quotidiennement depuis 10 ans.
  • Un système de référencement collaboratif, afin que chacun puisse faire sa part en enrichissant la base.
  • Une nouvelle interface de navigation plus fluide et plus rapide, utilisant des logiciels libres.

La carte collaborative, écologique et solidaire

Guide pratique

Du bio, du local, du solidaire…

Produits bio, équitables et locaux, services écologiques, circuits courts, éco-artisans, mode éthique, écoles alternatives… Découvrez les 22 000 bons plans !

en mode collaboratif…

Nous comptons sur la force du collectif pour mener à bien ce projet de référencement.

Ainsi chaque citoyen.ne est libre de contribuer à cette carte, les contributeurs de la carte collaborative, écologique et solidaire sont ouverts à de nouveaux partenariats pour mettre en commun des bases de données !

Propulsé au départ par Colibris, Le Marché Citoyen et Open AtlasPrès de chez Nous a pour but de réunir le maximum de structures, afin de construire ensemble la meilleure carte collaborative, écologique et solidaire ! 

En 2018, la Maif est devenue partenaire du projet, puis le Printemps de l’éducation a rejoint l’aventure en transférant leur annuaire sur Près de chez Nous !

En 2019 ils rejoignent le collectif transiscope dans lequel est également investie Cap ou pas Cap, qui fournit une partie des données. 2019 est également marquée par le renforcement de leur partenariat avec Open street map.

… et en open source !

Près de chez nous est un site gratuit et libre de droits. Ça veut dire que le code source est en accès libre sur Gitlab, à condition que vous le partagiez à votre tour 🙂

Les partenaires de PrèsDeChezNous

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Colibris, mouvement inspiré par Pierre Rabhi et fondé en 2006, s’est donné pour mission d’inspirer, relier et soutenir les citoyens qui font le choix d’un autre mode de vie ! L’association référence notamment depuis 2007 les acteurs locaux en cohérence avec ses valeurs. Pour aller plus loin dans la mutualisation et la collaboration, elle a choisi en 2017 de propulser la création et l’animation de ce site « Près des chez nous », pour en faire un nouveau bien commun accessible à tous.

www.colibris-lemouvement.org

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L’association a pour objet d’être un lieu multidisciplinaire d’échanges permettant de développer des projets œuvrant dans des domaines de l’intérêt général, notamment autour de l’économie de l’information et de la communication. D’intérêt social et solidaire, l’association s’intéresse à tous les territoires, du local à l’international.

Open Atlas a développé l’outil de cartographie libre GoGoCarto, qu’utilise Près de chez Nous

open-atlas.org

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Le Printemps de l’Éducation est un mouvement citoyen né en mai 2012 de la rencontre entre des enseignants, éducateurs, parents, citoyens, enfants, associations, organisations, entreprises et collectivités. Tous ont choisi de s’engager pour permettre aux enfants d’être acteur de leur éducation, de cultiver leur enthousiasme et construire une société plus humaniste, écologique et solidaire.

C’est cette transformation individuelle et sociétale qui est au cœur de la raison d’être de l’association. Le Printemps de l’Education s’est donné pour mission de rendre visible la diversité éducative, valoriser l’apprentissage tout au long de la vie, mutualiser les expériences innovantes, relier les citoyens et les projets sur les territoires, encourager l’action de chacun à sa mesure.

Le printemps de l’éducation a rejoint le projet PrèsDeChezNous en juin 2018 : nous avons fusionné nos base de données et mis nos énrgies en commun pour recenser le plus d’acteurs possible dans le domaine de l’éducation !

printemps-education.org

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Créé en 2006 par Sébastien Ravut, Le Marché Citoyen est l’annuaire internet pour consommer autrement, avec plus de 5000 commerces et services bio, équitables et solidaires. Dès 2007, une mutualisation des outils de cartographies et des données est mise en place avec le mouvement Colibris. C’est donc en cohérence qu’avec Colibris et OpenAtlas ils décident de créer « Près de chez nous » et de s’intégrer complètement dans ce site depuis mars 2018

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En Décembre 2017 nous avons rejoint le collectif  Transiscope . Co-piloté par 12  organisations ce projet a pour objectif d’agréger l’ensemble des données  liées aux acteurs de la transition sur une même plateforme. Transiscope valorise donc l’existant tout en permettant à chacune de ses sources de conserver son identités et ses spécificités. Une partie des données de Près de chez nous est ainsi rediffusée sur transiscope.org et nous participons également au développement open source des outils informatiques à la base du portail. 

transiscope.org

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Cap ou pas cap est une association qui agit pour que le plus grand nombre de citoyens s’engagent dans des actions alternatives qui construisent une société humaine, écologique et solidaire. Créée en 2013 à Paris, elle anime une carte numérique et collaborative des alternatives citoyennes et propose des parcours d’engagement pour que chaque personne qui le souhaite rejoigne ces actions transformatrices du quotidien ou en crée de nouvelles. 

Engagés avec nous dans le projet Transiscope, nous rediffusons sur Près de chez nous une partie des acteurs répertoriés par Cap ou pas cap depuis Février 2019.

capoupascap.info

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Née en 1934, la MAIF est un acteur majeur de l’économie sociale et solidaire et promeut largement la société collaborative. C’est un acteur engagé pour aider au développement d’une société plus collaborative, plus humaine et plus responsable en investissant par exemple dans des projets innovants, en soutenant des start-ups, et en diffusant largement ses messages pour faire connaître ces nouveaux modes de consommation.


Résolument impliquée dans une démarche de responsabilité sociétale d’entreprise (RSE), la MAIF s’appuie sur ses valeurs fondatrices pour continuer de convaincre un nombre croissant de sociétaires. Elle tisse notamment des partenariats avec des acteurs majeurs de la société civile comme Colibris.  Elle cherche en effet à promouvoir un projet sociétal basé sur l’accompagnement des individus dans la transformation de leurs comportements et partage avec Colibris la conviction que le changement passe par l’engagement des individus, et que chaque individu peut agir à son niveau pour l’environnement et pour un monde meilleur.

La Maif a soutenu financièrement Près de Chez Nous de 2017 à 2019.

entreprise.maif.fr

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Open Street Map est bâti par une communauté de cartographes bénévoles qui contribuent et maintiennent les données des routes, sentiers, cafés, stations ferroviaires et bien plus encore, partout dans le monde. OSM fournit des données cartographiques ouvertes sur des milliers d’applications mobiles, d’appareils,  et de sites web dont Près de chez nous.

openstreetmap.org

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Le collectif Point Communs s’est formé spontanément au printemps 2016 autour de la création du portail « Les communs ». L’objectif ? Fournir un point d’accès simple aux personnes qui souhaitent découvrir les communs. Le collectif met à disposition des commoners, notamment un panel de services numériques pour agir en Commun. Près de Chez Nous utilise depuis 2017 le SSO, une infrastructure technique qui permet d’utiliser un même nom d’utilisateur/mot de passe pour se connecter à différentes plateformes sans avoir à changer de compte. 
C’est une messagerie instantanée que l’équipe de « Près de Chez Nous » utilise également depuis octobre 2017 le chat des communs pour discuter et s’organiser au quotidien. On y trouve aussi des équipes de la même « galaxie » comme GogoCarto, Transiscope et l’Assemblée Virtuelle. Actuellement, il y a plus de 1500 comptes actifs et 2000 salons sur ce chat.

pointcom1.encommuns.org

L’Appart du futur de Corentin de Chatelperron : « passer sous les 2 tonnes de CO₂, c’est difficile »

Atteindre 2 tonnes de CO₂ par an et par personne, la limite fixée par l’accord de Paris, est-il encore possible ? Après dix ans d’expérimentations en mer et dans le désert au cœur de biosphères low-tech, l’ingénieur-explorateur Corentin de Chatelperron s’est attaqué à un terrain bien plus commun : un appartement de 28 m² à Boulogne-Billancourt. Avec la designer Caroline Pultz, il en a fait un laboratoire de vie frugale et joyeuse, raconté dans la websérie L’Appart du futur diffusée sur arte.tv et dans un livre publié chez Actes Sud. Leur constat est sans appel. Même en divisant par dix la consommation d’eau et par quinze celle d’électricité, la barre fatidique reste hors d’atteinte. « On arrive à 2,2 tonnes de CO₂. C’est ce qui m’a le plus impressionné », confie Corentin. Une aventure inventive qui interroge les limites individuelles et les transformations collectives à enclencher.

Corentin de Chatelperron et Caroline Pultz, dans « L’Appart du futur », réalisé par Valentin Baillet et Ronan Letoqueux disponible sur la plateforme Arte.tv.

Né en 1983 à Vannes, Corentin de Chatelperron a d’abord fait ses armes au Bangladesh. Diplômé de l’ICAM, il y découvre, en 2009, la pollution massive liée à la fibre de verre utilisée dans la construction navale. Son idée est alors simple. La remplacer par un matériau local, le jute, abondant et biodégradable. De ce pari naît le Tara Tari, un bateau en fibre de jute devenu symbole d’une ingénierie plus sobre et adaptée aux ressources locales. « Je suis ingénieur explorateur de modes de vie » résume Corentin de Chatelperon. « Depuis une quinzaine d’années, je cherche des solutions low-tech utiles, accessibles et durables qui permettent de répondre à nos besoins de base tout en respectant l’environnement et les humains. »

La philosophie low-tech : utile, accessible, durable

La low-tech, contrairement à une idée reçue, n’est pas un retour en arrière. « Ce n’est pas forcément un four solaire ou une éolienne », explique Corentin. « C’est avant tout une démarche qui concilie utilité, accessibilité et durabilité. Utile, parce que cela répond à des besoins réels ; accessible, parce que tout le monde peut s’en emparer ; et durable, parce que c’est respectueux des humains et de la planète. » L’ordinateur, le téléphone ou même la voiture peuvent devenir low-tech s’ils sont conçus pour durer, se réparer, se comprendre.

C’est une approche systémique qui réinterroge nos dépendances à l’énergie, à la technologie, aux ressources, mais aussi à la nature et aux autres.

« En 2013, j’ai crée une association LowTech Lab le but c’est de trouver des innovations low tech partout dans le monde » poursuit Corentin. « C’est devenu un réseau d’une quarantaine d’associations. Avec le voilier Nomade des mers, on a parcouru 25 pays à la recherche de solutions que l’on testait à bord. Au fil des escales, j’ai compris que le vrai défi n’était pas seulement technique, mais de réinventer nos modes de vie. J’ai alors imaginé le programme Biosphère Expérience, des habitats-écosystèmes où humains et autres espèces coopèrent. La première biosphère, en Thaïlande, était une plateforme flottante. Je suis resté quatre mois pour essayer une trentaine de savoirs-faire que l’on avait appris dans les escales précédentes. Cela m’a amené au concept d’habitat écosystème. De voir comment les humains pourraient se connecter avec d’autres espèces vivantes et éléments de la nature pour avoir des modes de vie qui soient à la fois sains, durables et désirables. »

À force d’expériences, Corentin a changé son rapport à la nature. « Quand j’étais plus jeune, je la voyais comme un musée, un décor pour les randonnées. Aujourd’hui, je la vois comme un écosystème dont je fais partie. Je suis moi-même fait de bactéries, de microbes, d’organismes : je suis un écosystème ambulant. » Dans ses biosphères, cette idée devient tangible. « Quand tu manges des plantes que tu as cultivées, nourries par des bactéries, c’est un lien direct, un circuit très court entre toi et les autres espèces vivantes. » Cette reconnexion sensorielle au vivant irrigue toute sa démarche. Ne plus opposer nature et culture, humain et non-humain, mais composer des formes d’habitat coopératives.

La série documentaire La Biosphère du désert est toujours disponible sur Arte.tv


Le but de chaque expérimentation est de vérifier qu’il est possible de vivre de façon sobre et agréable dans n’importe quel contexte. « Il y a eu ensuite La biosphère du désert au Mexique en 2023, et L’appart du futur à Boulogne-Billancourt en 2024 » explique Corentin. « Moins exotique, certes, mais plus universel. Tout le monde ou presque vit en zone urbaine »

L’appart du futur : vivre low-tech à Boulogne-Billancourt

« Cela a été mon plus gros challenge », confie Corentin. « En fait, c’était un cadre hyper contraignant : l’hiver il fait froid, l’été chaud. Tu vis dans une boîte sans accès direct au soleil. Et puis tu es au milieu de milliers de voisins qui ne sont pas du tout sur le même mode de vie. On voulait un logement petit, accessible, représentatif : 28 m², une « passoire thermique » que la ville de Boulogne-Billancourt a mis à notre disposition. On n’imagine pas reconstruire toutes les villes d’ici 2050 dans lesquelles vivront 68% de la population française. Il faut donc transformer l’existant, voir ce qu’on peut faire avec ».

Pendant quatre mois, avec Caroline Pultz, il réinvente tout : isolation, cuisson, gestion de l’eau, toilettes, lessive, alimentation… Le lave-linge est actionné par un rameur, les toilettes deviennent un petit écosystème de larves et de plantes dépolluantes, la douche sert de champignonnière à pleurotes, et les déchets sont valorisés sur place avec un broyeur.

Dans leur cuisine de moins de 3 m², la cocotte isolée leur a permis de préparer des repas plus sains, grâce à une cuisson lente à l’eau, tout en limitant leur consommation d’énergie. L’appareil fonctionne sur un réseau en 12 volts, comme ceux que l’on trouve à bord des bateaux. Des capteurs placés sous l’installation contrôlent la température et ajustent l’énergie consommée, via un algorithme connecté à la batterie. Pendant ces quatre mois d’expérimentation, les restes alimentaires des deux colocataires ont servi à nourrir des grillons qui constituaient leur unique source de protéines animales dans un régime presque entièrement végétarien.

La série documentaire L’appart du futur est disponible sur Arte.tv.


Concevoir un habitat comme un organisme vivant

Ce qui passionne Corentin, c’est justement cette interconnexion. « La partie design m’intéresse vraiment parce que c’est hyper systémique. Tu ne peux pas juste étudier l’eau, l’énergie ou les vêtements. Il faut tout étudier en même temps et voir comment les éléments créent des synergies entre eux. Les déchets deviennent une ressource pour autre chose. »

Ce travail, fruit de dix années d’expérimentations, est à la fois scientifique, technique et poétique.

Une manière d’imaginer un habitat qui respire avec son environnement, où chaque ressource circule en boucle. « Pour concevoir les low techs utilisées dans l’appartement, on a travaillé avec des écoles d’ingénieurs, des designers, même le Centre national d’études spatiales ! »

Atteindre les deux tonnes : mission (presque) impossible

L’expérience avait un objectif précis. Vivre en émettant moins de 2 tonnes de CO₂ par personne et par an, conformément à l’Accord de Paris. Or, malgré des efforts colossaux, Corentin et Caroline atteignent difficilement 2,2 tonnes selon les calculs des experts. « C’est le truc qui m’a le plus impressionné. A quel point c’est difficile d’atteindre les deux tonnes. Je pensais qu’on aurait de la marge » partage Corentin. Le constat est sans appel. Même en réduisant par dix la consommation d’eau et par quinze celle d’électricité, il reste un fossé. « On n’y est pas du tout », reconnaît Corentin. « Même avec tout ce qu’on a mis en place, les 2,2 tonnes que les experts nous attribuent ne sont atteignables qu’en intégrant les progrès supposés des entreprises et des services publics d’ici 2050. Sans ces projections, on n’atteint même pas les 2 tonnes. Là, je me dis : waouh… ce n’est pas impossible, mais il faut être très optimiste. »

« C’est une vraie déception ». Il faut faire le deuil de notre climat actuel. Les changements à venir, dans les prochaines décennies, vont nous obliger à nous adapter. La bonne nouvelle, c’est que ce qu’on fait est nécessaire. On a raison de bosser là-dessus. On travaille à imaginer un scénario qui colle au futur et aux contraintes. Et il faudrait que beaucoup d’autres fassent la même chose, chacun sur d’autres scénarios. »

Corentin de Chatelperron et Caroline Pultz, dans « L’Appart du futur », réalisé par Valentin Baillet et Ronan Letoqueux disponible sur la plateforme Arte.tv.

Comment rendre la sobriété désirable ?

Au-delà des chiffres, Corentin sait que le véritable défi est culturel. « On n’a pas réussi à rendre l’expérience vraiment désirable. C’est notre plus grand défi, et on n’a pas totalement réussi. Il y a beaucoup de freins culturels. Quand tu dis « on cultive des champignons dans la douche », les gens te prennent pour un fou. Ils voient la solution, mais pas le chemin qui y conduit. Or ce n’est pas par amour des champignons que j’en suis arrivé là ! C’est le résultat de dix ans d’expérimentations. Ceux qui suivent notre parcours comprennent la logique, les autres non. Il faut raconter le récit complet pour que ça devienne désirable ».

Pour lui, la clé est d’inspirer plutôt que de moraliser. « Tout le monde ne va pas devenir low-tech demain, mais si chacun trouve une idée ici ou là dans cette expérience, c’est déjà énorme. » Reste aussi la question de l’échelle. « Tout a été conçu sur mesure pour l’expérience, parce que ces objets ne sont pas encore commercialisés. Et puis il y a des freins réglementaires. Mais je suis convaincu qu’il y a des gens prêts à vivre comme ça, il manque juste les promoteurs qui s’en emparent. »

Un livre pour inspirer l’action

Le livre L’Appart du futur – Une aventure low-tech dans la biosphère urbaine (Actes Sud / Arte Éditions) prolonge la série documentaire. Accessible, drôle et foisonnant, il s’adresse à tous ceux qui veulent passer à l’action. « J’ai l’impression de ne pas avoir écrit le livre que je voulais écrire, mais celui que les gens attendaient de moi. Depuis des années, on me demande : « J’adore ce que tu fais, mais comment je peux faire, moi ? » J’ai donc conçu ce livre pour accompagner les gens, leur permettre de piocher des idées, de s’en inspirer. Ce n’est pas un récit, mais un manuel, un outil de curiosité. Tu peux le laisser dans les toilettes et le lire par petits paragraphes (rires). J’ai voulu qu’il donne envie d’expérimenter les low-tech, de montrer qu’on peut faire soi-même ».

Avec L’appart du futur, Corentin démocratise la low-tech en la rendant attractive et joyeuse. Pas besoin d’être ingénieur pour essayer. « Commence par le domaine qui te passionne » conseille Corentin. « Si tu aimes cuisiner, explore les low-techs de cuisine ; si tu aimes jardiner, installe un système de bioponie. L’écologie ne doit pas être une contrainte, mais une source de joie et d’apprentissage. Si chacun fait sa part, relié à un réseau d’amis ou de voisins qui font autre chose, le changement peut aller très vite. »

Ne pas subir le futur, mais le réinventer

Pour Corentin, l’essentiel est d’agir collectivement. « Il ne s’agit pas de rejeter le progrès, mais de l’orienter vers un monde plus juste, plus sain et plus désirable. » Son Appart du futur n’est pas un modèle parfait, mais un prototype d’imaginaire. Il ne montre pas une utopie clé en main, mais une exploration honnête, joyeuse, artisanale, où chaque erreur devient apprentissage.

L’expérience de Corentin de Chatelperron et Caroline Pultz est à la fois un bilan lucide et un message d’espoir. Lucide, parce qu’elle montre l’ampleur du défi climatique et l’impossibilité d’y répondre sans repenser nos modes de vie en profondeur. Mais pleine d’espoir, parce qu’elle prouve qu’une autre voie existe sobre, créative et joyeuse.

« Le futur que nous avons imaginé ces dernières décennies n’est pas soutenable, À nous d’en inventer un autre, à notre échelle ».

Est-il possible de passer un hiver confortable sans chauffage (ou presque) ?

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Et si le confort thermique en automne et en hiver n’était pas seulement une affaire de thermostat ? Une expérimentation sociale menée avec un groupe de ménages volontaires ouvre des perspectives intéressantes. Cette approche, pour être utile, ne doit bien entendu pas se substituer à l’impératif de rénovation énergétique du parc immobilier, mais la compléter. Elle explore ainsi une autre piste : celle d’une sobriété choisie plutôt que contrainte.

L’expression « confort sobre », utilisée pour nommer le programme d’expérimentation sociale mené au cours de l’hiver 2024-205 auprès de 15 ménages, a contribué au vif intérêt que celui-ci a suscité : plus de 500 candidatures reçues !
© VH-Studio/Shutterstock

Par Gaëtan Brisepierre, École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC)

Alors que les Français viennent de rallumer le chauffage, que reste-t-il des deux années de sobriété énergétique que nous venons de vivre ? Souvenez-vous : en 2022, face au conflit en Ukraine et à ses répercussions sur le prix de l’énergie, le gouvernement lui-même demandait aux entreprises et aux citoyens de limiter la thermostat à 19 °C.

Même si une majorité de ménages déclare désormais se chauffer à 19 °C ou moins, la mise en pratique d’une véritable sobriété thermique reste encore limitée, voire assimilée à la précarité énergétique – qui reste toutefois un enjeu clé et une réalité vécue par plus d’un Français sur cinq.

Pourtant, il est possible, à certaines conditions, de passer l’hiver à une température comprise entre 14 °C et 18 °C chez soi, et même d’éteindre le chauffage, tout en se sentant bien.

L’hiver dernier, une quinzaine de familles ont tenté l’aventure du programme Confort sobre, accompagnés par un designer énergétique. Cette expérimentation a donné lieu à une étude sociologique et qui fera prochainement l’objet d’une publication scientifique.

Bien vivre à moins de 19 °C

Aucune de ces familles, toutes en chauffage individuel, n’envisage désormais de revenir à ses anciennes habitudes de chauffage. Les baisses de consommation d’énergie, mesurées par les ménages eux-mêmes, sont loin d’être le seul bénéfice perçu.

Les participants ont mis en avant un mieux-être lié à une ambiance plus fraîche : qualité du sommeil, moins de fatigue, réduction des maladies hivernales… Ils ont également valorisé l’autonomie gagnée en étant moins dépendants du chauffage, et se sentent ainsi mieux préparés aux crises à venir.

Ces ménages ayant fait le choix de s’engager dans un programme de sobriété ne sont pas forcément des « écolos extrémistes ». Certains avaient déjà, avant l’expérience, multiplié les actions pour réduire leur budget énergie, et voulaient voir s’il était possible d’aller plus loin sans perdre en confort. D’autres – parfois les mêmes – étaient dans un parcours de transformation écologique de leur mode de vie et voulaient réduire l’impact de leur consommation de chauffage.

Le confort sobre : qu’est-ce que c’est ?

Le programme de sobriété ici expérimenté est une déclinaison adaptée aux particuliers de la « Méthode Design énergétique », inventée par Pascal Lenormand, déjà éprouvée dans des bâtiments du secteur tertiaire.

L’expression « confort sobre », utilisée pour nommer le programme, a contribué au vif intérêt qu’il a suscité : plus de 500 candidatures reçues ! Cet oxymore permet de contourner l’imaginaire de privation associé à la sobriété. A la fin du programme, il faisait partie du langage courant des participants.

Concrètement, les ménages sont été suivis pendant un hiver, avec cinq rendez-vous en visioconférence animés par Pascal Lenormand. Entre chaque visio, ils étaient invités à expérimenter de nouvelles pratiques chez eux à travers des missions bien plus larges que les habituels écogestes, par exemple, mieux isoler son propre corps en s’habillant différemment. Plusieurs « périodes d’entraînement » successives et progressives les ont encouragés à acquérir une posture d’expérimentateurs de leur propre confort.

Chronologie du programme confort sobre. Restitution de l’étude, design graphique : Mathilde Joly-Pouget.

Un groupe WhatsApp a été mis en place par l’équipe pour permettre aux participants de s’approprier collectivement l’expérience. À l’issue du programme, les participants ont décidé de le prolonger. Cette dynamique entre pairs a fortement soutenu les efforts de sobriété thermique, même si la radicalité de certains participants a pu en marginaliser d’autres, comme on l’illustrera plus loin.

Et dans la pratique ?

Les nouvelles pratiques adoptées par les ménages ont suivi la logique progressive prévue par le programme. La mesure des températures et des consommations d’énergie a fourni un bon point de départ. Souvent réalisé avec les moyens du bord et par les ménages eux-mêmes, ce suivi les a conduits à prendre conscience de leurs croyances limitantes sur le confort. Ils ont par exemple pu se rendre compte qu’ils étaient, tour à tour, confortables à 17 °C à certains moments de la journée, et frigorifiés à 19 °C à d’autres moments, en fonction de l’heure, de leur état de forme, etc.

L’arrêt du chauffage réglé sur une température de consigne par défaut a ouvert de nouvelles perspectives de pilotage, en s’appuyant sur le ressenti plutôt que sur la température mesurée. Cela a pu aller, dans certains cas et pour certains ménages, jusqu’à l’arrêt complet du chauffage.

Quatre types de pratiques de réduction du chauffage. Restitution de l’étude, design graphique : Mathilde Joly-Pouget.

Ce détachement de la logique du chauffage central s’est opéré par palier, avec des retours en arrière en fonction de la météo, de l’état de santé… Bien entendu, il est d’autant plus facile dans un logement bien isolé et/ou ensoleillé, qui reste tempéré malgré l’absence de chauffage.

La combinaison de différents types de pratiques thermiques comme alternatives au chauffage a permis de ressentir du confort malgré une ambiance fraîche, avec des configurations variées en fonction des pièces.

Port du bonnet en intérieur (photo envoyée sur le groupe WhatsApp par un participant, reproduite dans cet article avec son accord). Fourni par l’auteur

L’adoption de tenues d’intérieur chaudes, en particulier, représentait un levier particulièrement efficace, qui a fait l’objet d’une recherche de personnalisation (charentaises versus crocs) par les participants en fonction de leur identité.

Ces pratiques thermiques recoupent un vaste répertoire hétéroclite de tactiques de compensation : ajouter un tapis, isoler une prise, faire du ménage ou du sport pour augmenter momentanément son métabolisme, accepter une sensation de froid passagère, utiliser ponctuellement un chauffage soufflant plutôt que le chauffage central, prendre une boisson chaude…

« Challenge douche froide » et transgression sociale

La consommation d’eau chaude est un thème qui a été spontanément abordé par certains des participants, même si la mise en œuvre des actions d’optimisation technique conseillées (par exemple, baisser la température du chauffe-eau) est restée rare. Plusieurs d’entre eux ont tout de même lancé un « challenge douche froide », ce qui a suscité un clivage dans le groupe, certains souhaitant rester à distance d’une pratique jugée radicale.

Ce clivage s’explique aussi par le fait que l’adoption de certaines pratiques de sobriété thermique puisse apparaître comme une transgression des normes sociales de confort en vigueur.

De fait, au sein des foyers, le bouleversement des habitudes nécessitait de tenir compte des sensibilités de chacun : conjoint suiveur ou récalcitrant, ado rebelle ou écolo, bébé et personne âgée dépendante. La difficile négociation avec les plus frileux passe par des compromis et par des exceptions. Cela a poussé certains participants à agir sans le dire, à imposer ou encore à renoncer.

Malgré le plan de sobriété en vigueur depuis 2023, certains des participants observaient un phénomène de surchauffage de certains locaux hors de chez eux : domiciles de leur entourage, lieux de travail, commerces, et tout particulièrement les lieux de santé et de la petite enfance. Ils déploraient alors le manque d’options : se découvrir, ou baisser discrètement le chauffage, ce qui n’était pas toujours possible.

Avec leurs invités en revanche, les ménages disposaient une capacité de prescription thermique. La proposition du designer d’organiser une soirée sans chauffage a été l’occasion d’expérimenter un nouvel art de recevoir : choisir des invités pas trop frileux, annoncer sans effrayer, réaménager le salon, proposer des accessoires comme le font certains cafetiers en terrasse (par exemple, plaids ou chaussons), des activités ou des dîners qui réchauffent (par exemple, une soirée raclette), etc.

La stigmatisation (« folle », « extrémiste ») subie par certains des participants de la part de leur entourage a parfois suscité une attitude de prudence, voire une dissimulation de leur participation à l’expérimentation (par exemple, relancer le chauffage quand les grands-parents viennent à la maison).

En revanche, les participants évoquaient plus volontiers leurs expériences thermiques dans le cadre de ce qu’on appelle les liens faibles : univers professionnel, voisinage élargi, cercles associatifs, etc.

Faut-il revoir nos normes de confort moderne ?

Depuis quelques années, les recherches convergent à commencer par celles des historiens, pour démontrer que les normes contemporaines du confort sont relatives. De multiples expérimentations sociotechniques en cours ouvrent le champ des possibles et pourraient bien contribuer à un nouveau départ en la matière.

Citons par exemple celle des pionniers belges de Slow Heat, de la designer Lucile Sauzet ou encore de l’architecte Martin Fessard. Notre expérimentation s’inscrit dans cette lignée et dessine les contours d’un nouvel idéal type de confort thermique, que nous proposons d’appeler : le confort sobre.

Il constitue une alternative au principe du chauffage central – chauffer (souvent uniformément) toutes les pièces d’un logement – composante essentielle du confort moderne, qui s’est démocratisé en France pendant les Trente Glorieuses (1945-1975). Le projet du confort sobre est de concilier les acquis de la modernité avec les exigences actuelles de la sobriété.

Jusqu’à présent, la sobriété thermique est trop souvent réduite à l’application d’une température de consigne. Mais, parler de confort sobre, c’est dépasser la pensée unique des 19 °C. Notre expérimentation a montré à quelles conditions les ménages pouvaient entrer dans une démarche de réexamen approfondi de leurs besoins en chauffage pour aboutir à une forme de détachement volontaire. Ce type de démarche pourrait servir de base à la mise en place d’une véritable politique de sobriété énergétique, volontaire plutôt que contrainte.

En effet, la stratégie actuelle de transition énergétique des logements repose encore trop souvent sur une forme de solutionnisme technologique. Pourtant, les participants à l’expérimentation sur le confort sobre ont souvent écarté les systèmes de pilotage intelligent pour leur préférer un pilotage manuel.

L’amélioration de la performance énergétique des logements reste bien sûr essentielle et peut faciliter l’adoption du confort sobre. Mais ce dernier interroge la pertinence d’un modèle de rénovation globale appliquée à l’aveugle à tous les logements.

Bien entendu, cette expérimentation reste, à ce stade, un pilote uniquement testé avec une quinzaine de familles. Mais l’ampleur des changements constatés chez ces ménages et leur volonté de prolonger l’expérience – voire de l’approfondir – cet hiver indiquent que la piste est intéressante. Les modalités de l’accompagnement à distance (visio, WhatsApp…) laissent à penser qu’un élargissement à grande échelle est possible, par le biais des fournisseurs d’énergie par exemple.

Gaëtan Brisepierre, Sociologue indépendant, École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


A lire aussi

Quelle évolution des pratiques ESG et labellisation ISR des fonds immobiliers ?

L’Association française des Sociétés de Placement Immobilier (ASPIM) et l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) publient la nouvelle édition de leur étude annuelle sur l’évolution des pratiques ESG et la labellisation ISR des fonds immobiliers. En 2025, le marché témoigne d’une maturité accrue face aux cadres réglementaires, d’une consolidation du label ISR marquée par une vague de renouvellements, et les premiers jalons d’une finance à impact immobilier encore émergente.

Réglementation : un cadre SFDR1 stabilisé, mais un alignement taxinomique encore faible

RÈGLEMENT SFDR

Les classifications SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) de l’UE (articles 6, 8 et 9) se maintiennent d’une année sur l’autre, signe d’une certaine maturité des acteurs. La grande majorité des sociétés publient leurs informations précontractuelles et périodiques dans le format réglementaire RTS.

Les objectifs d’investissement durable (fonds Article 9) reposent principalement sur l’alignement avec la trajectoire CRREM (Carbon Risk Real Estate Monitor), outil international de référence dans l’immobilier pour définir leurs trajectoires de décarbonation.

Enfin, les rapports périodiques révèlent que la proportion réelle d’investissement durable dépasse souvent l’engagement initial, traduisant une prudence de communication plus qu’un manque d’engagement.

TAXINOMIE ET INVESTISSEMENT DURABLE

En revanche, l’alignement à la taxinomie européenne reste plutôt faible. Ce constat reflète à la fois l’exigence du référentiel et la difficulté de son appropriation, dans un contexte où les ajustements réglementaires à venir (Omnibus) entretiennent l’incertitude.

Label ISR – Une année de transition et de consolidation

Le label ISR est un label d’État français, décliné au secteur de l’immobilier selon un référentiel spécifique, afin de valoriser les fonds engagés dans une démarche ESG.

En 2024, le label ISR Immobilier s’est inscrit dans une dynamique de transition et de consolidation. Malgré 17 nouveaux fonds immobiliers labellisés et une taille moyenne des fonds labellisés en recul (130 M€ contre 700 M€ en 2022), la progression du taux de labellisation des encours issus des fonds grand public reste mesurée (53 % à 55 % du marché en valeur). Mais derrière cette stabilisation apparente se cache une vague importante de consolidation avec 28 renouvellements de cycles en 2024, portant à 45 le nombre de fonds labellisés ou renouvelés sur un total de 101.

Focus sur les renouvellements de cycle ISR

Entre 2023 et 2024, 38 fonds ont renouvelé leur label ISR, soit 65 % de l’encours total des fonds ISR grand public. Un seul fonds a renoncé au renouvellement, afin de conserver un univers d’investissement plus large. Ces renouvellements traduisent une phase de consolidation, marquée par une simplification des grilles (45 critères en moyenne contre 52 auparavant) et leur adaptation aux nouvelles exigences réglementaires (Taxinomie, SFDR, loi Énergie-Climat). La pondération environnementale progresse (47 % contre 45 %), tandis que le pilier social recule légèrement (30 % contre 32 %) et la gouvernance demeure stable (23 %).

À l’échelle européenne, le label ISR reste largement dominant en immobilier, représentant 170 des 184 fonds labellisés.


Le règlement 2019/2088, dit Sustainable Financial Diclosure Regulation (SFDR) ou Règlement Disclosure, fixe des exigences en matière de transparence extra-financière aux acteurs des marchés financiers de l’Union européenne. Ces exigences s’appliquent à l’échelle de l’entité (société de gestion) et des produits d’investissement (fonds immobiliers par exemple)

Finance à impact : un secteur encore émergent

L’étude met également en lumière une stratégie d’investissement encore en phase de développement : la finance à impact immobilière. Le marché recense aujourd’hui 8 sociétés de gestion et 12 fonds, pour un total de 4,25 milliards d’euros d’actifs. Majoritairement classés Article 9 (80 %), ces fonds poursuivent des objectifs sociaux (accès au logement, santé, éducation, inclusion) et environnementaux (réduction de l’empreinte carbone, performance énergétique, recyclage urbain, villes durables). L’étude présente également une grille d’évaluation inédite, conçue par l’Institut de la Finance Durable et co-pilotée par l’ASPIM, qui offre un cadre commun pour qualifier, structurer et valoriser les démarches d’impact des fonds immobiliers.

Présentation de l’étude

Étude « Pratiques ESG et labellisation ISR des fonds immobiliers »

PÉRIMÈTRE DE L’ÉTUDE

  • Analyse de la documentation réglementaire et périodique de 129 fonds représentant 76 % des fonds grand public (en valeur) pour comprendre leurs pratiques ESG en lien avec les réglementations européenne en matière de reporting (Taxinomie, SFDR).
  • Analyse des codes de transparence de tous les fonds grand public labélisés ISR au 31/12/2024, soit 101 fonds.
  • Entretiens qualitatifs avec 11 sociétés de gestion de portefeuille pour compléter l’approche, tant sur la partie réglementaire que sur le label ISR.

Vers des quartiers vivants : végétalisation, biodiversité et bien-être urbain

Être en bonne santé, c’est être dans un « état de bien-être complet, englobant les dimensions physique, mentale et sociale, et non simplement comme l’absence de maladie » (OMS). Cette vision invite à penser l’aménagement urbain et l’immobilier non seulement sous l’angle des infrastructures bâties ou du logement, mais aussi comme des vecteurs de santé et de bien-être.

A cet égard, les Solutions fondées sur la Nature (SfN), se présentent comme une solution holistique. Elles allient « gestion durable et restauration des écosystèmes […] pour relever directement les défis de société […] tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité » (UICN, 2016).

L’indicateur « Cobénéfices Santé & Bien-être » de BIODI-Bat repose sur l’approche des solutions fondées sur la nature (nature-based solutions) et sur le principe One Health, en favorisant des actions qui améliorent simultanément la santé des populations et celle des écosystèmes.


Pour aller plus loin

Plus d’informations sur les éditions précédentes :

À propos

Association française des Sociétés de Placement Immobilier (ASPIM)

L’Association française des Sociétés de Placement Immobilier (ASPIM) représente et défend les intérêts de ses adhérents, les gestionnaires de fonds d’investissement alternatif (FIA) en immobilier (SCPI, OPCI et autres FIA « par objet »). Créée en 1975, l’ASPIM est une association à but non lucratif qui réunit les acteurs du métier de la gestion des fonds immobiliers non cotés. En France, au 31 décembre 2024, les FIA en immobilier représentaient une capitalisation totale de 294 milliards € et 4 millions d’épargnants.

Le nombre total des membres de l’ASPIM s’élève à 143, dont 112 Sociétés de Gestion de Portefeuille (SGP) agréées par l’AMF, filiales de groupes bancaires, d’assurance, de gestion immobilière étrangère ou entrepreneuriales, et 31 experts correspondants qui sont des professionnels de l’écosystème immobilier et financier (avocats, consultants, auditeurs et experts).

Observatoire de l’Immobilier Durable (OID)

Association indépendante, l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID) a pour but d’accélérer la transition écologique du secteur de l’immobilier en France et à l’international.

Composée de plus de 150 adhérents et partenaires parmi lesquels les leaders de l’immobilier, l’OID constitue la référence pour toute la chaîne de valeur du secteur, et promeut l’intelligence collective pour résoudre les problématiques environnementales, sociales et sociétales de l’immobilier. L’OID produit des ressources et outils au service de l’intérêt collectif

  1. Le règlement SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation) de l’UE vise à fournir plus de transparence en termes de responsabilité environnementale et sociale au sein des marchés financiers à travers la publication d’informations extra-financières et la classification des différents fonds. ↩︎